La culture

musee-branlyLa culture

Le mot « culture » vient du latin « colere » qui veut dire « mettre en valeur ». On peut mettre en valeur un jardin mais aussi l’esprit. Depuis Platon et le mythe de Prométhée, on admet que l’homme est un être de culture. Prométhée,  constatant que l’homme était moins bien pourvu que les autres animaux,  a dérobé aux Dieux le feu et l’art politique, symboles de la culture.Ce forfait va permettre aux hommes de survivre malgré leur  faiblesse constitutionnelle.

 

Nature et culture

 Une très longue tradition philosophique oppose la nature et la culture, d’abord dans l’ensemble de l’univers, puis en l’homme. Le ciel étoilé, la terre,  les règnes minéraux et végétaux, appartiennent à la nature. Tout ce qui est produit par l’homme depuis la roue jusqu’à la centrale nucléaire et aux toiles de Picasso, appartiennent à la culture ; les institutions et les lois relèvent aussi de la culture, au sens  de « civilisation »,  c’est-à-dire de l’ensemble des coutumes, savoir-faire, traditions et croyances que les générations successives se transmettent. En l’homme, la « nature » désigne ce qui est donné à la naissance, tandis que la  « culture » désigne ce qu’il acquiert tout au long de son éducation. Rousseau nomme « perfectibilité » la capacité de l’homme, non pas (seulement) de progresser, mais d’évoluer sans cesse, en bien comme en mal.

 

La culture et les cultures

 Employé au singulier, le mot « culture » est synonyme de civilisation. Or cette idée de civilisation suggère un mouvement continu de l’humanité vers plus de connaissance et de lumières. On serait donc ainsi plus ou moins civilisé selon les continents et les époques. Les sociétés dites « primitives » seraient moins civilisées, donc moins  cultivées, que la société industrielle la plus performante. Or cette idée est largement remise en cause aujourd’hui. Le mouvement de l’humanité n’est pas un progrès uniforme et continu. Aucune société n’est en avance ni en retard. Lévi-Strauss et la plupart des philosophes et ethnologues préfèrent désormais parler de « cultures » au pluriel. « Culture » désigne  alors l’ensemble cohérent des  constructions imaginaires, structures mentales et modes de productions propres à chaque  communauté.

 

Culture générale, culture universelle

 Le mot « culture » désigne aussi le produit de l’éducation morale et intellectuelle de chaque individu. Tout être humain reçoit une telle « culture » par définition. Mais,  en ce sens, la culture  comporte également des degrés ; toutefois, l’approfondissement de la culture  dite « générale » n’est  pas  d’ordre quantitatif : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine »  (Rabelais). Un homme « cultivé » (une tête bien faite !) est   capable de juger par lui-même,  par exemple de ce qui est beau. Cela signifie que grâce à son éducation il est en mesure  de dépasser les préjugés de sa « culture »,  c’est-à-dire d’une vision du monde close, autrement dit inaccessible à un étranger. Plus un homme est vraiment cultivé,  plus il est tolérant, c’est-à-dire ouvert à  toute autre culture : «  Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Térence)

 

Sujets de dissertation : La culture rend-elle libre ? Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ? Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

 Liens : texte de Rousseau : la perfectibilité, la culture, et le goût doit-il être éduqué ? et de Lévi-Strauss : nature et culture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sujet de bac

 Voici ma propostion :

  » Peut-on séparer la morale et la politique? »

Et pour vous aider à le traiter

 « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux » Rousseau

Le bonheur (texte de Descartes)

 

 Si le bonheur est l’accord entre nos désirs et l’ordre du monde, alors mieux vaut modifier nos désirs:

 

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde; et plus généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir’ est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n’aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou du Mexique; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d’être sains, étant malades, ou d’être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d’avoir des corps d’une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j’avoue qu’il est besoin d’un long exercice, et d’une méditation souvent réitérée, pour s’accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses; et je crois que c’est principalement en ceci que consistait le secret de ces philosophes, qui ont pu autrefois se soustraire à l’empire de la fortune, et, malgré les douleurs et la pauvreté , disputer de la félicité avec leurs dieux »

 

Descartes troisième maxime  Discours de la méthode, troisième partie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La raison est commune à tous (Malebranche)

  Malebranche montre ici que tous les hommes possèdent une sorte de savoir qui ne provient pas de l’expérience:

 

«  Je vois que deux et deux font quatre et qu’il faut préférer son mai à son chien, et je suis certain qu’il n’y a point d’homme au monde qui ne le puisse voir  aussi bien que moi. Or je ne vois pas ces vérités dans l’esprit des autres : comme les autres ne le voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu’il y ait une Raison universelle qui m’éclaire, e tout ce qu’il y a d’intelligences. Car si la raison que je consulte n’était pas la même qui répond aux chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis, que les chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la Raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une Raison universelle. Je dis : quand nous rentrons dans nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu’un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu’elles ne sont pas conformes à la souveraine  Raison, ou à la raison universelle que tous les hommes consutltent ». De la recherche de la vérité, X ième Eclaircissement 

Le roseau pensant (texte de Pascal)

PASCAL
« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que de se connaître misérable; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.
Pensée fait la grandeur de l’homme. […]
L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser: une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale ».
Blaise Pascal, Pensées (1660), fragments 347-348, Éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, pp. 1156-1157.

La morale de Kant (textes)

Kant
La bonne volonté
 Y a-t-il quelque chose que l’on puisse tenir indéniablement pour bon  dans le comportement ou l’attitude d’un homme ? 

 « De tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une BONNE VOLONTE. L’intelligence, le don de saisir les ressemblances des choses, la faculté de discerner le particulier pour en juger, et les autres talents de l’esprit, de quelque nom qu’on les désigne, ou bien le courage, la décision, la persévérance dans les desseins, comme qualités du tempérament, sont sans doute à bien des égards choses bonnes et désirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extrêmement mauvais et funestes si la volonté qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s’appellent  pour cela caractère, n’est point bonne. Il en est de même des dons de la fortune. Le pouvoir, la richesse, la considération, même la santé ainsi que, le bien-être complet et le contentement de son état, ce qu’on nomme le bonheur, engendrent une confiance en soi qui souvent  aussi se convertit en présomption, dès qu’il n’y a pas une bonne volonté pour redresser et tourner vers des fins universelles l’influence que ces avantages ont sur l’âme, et du même coup tout le principe de l’action ; sans compter qu’un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais éprouver de satisfaction à voir que tout réussisse perpétuellement  à un être qui ne relève aucun trait de pure et bonne volonté […] » Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Première section,Traduction Victor Delbos ,Librairie Delagrave 1977

 Impératifs hypothétiques et impératif catégorique

 Les impératifs sont  lds règles, ou commandements,  en fonction desquels nous agissons. Certains sont  » hypothétiques « ( » si tu veux obtenir ceci, alors fait cela « ). Mais l’impératif moral ne saurait être ordonné à aucun objectif, quelqu’il puisse être – pas même le bonheur ou le Bien.
 » Tous les impératifs commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypothétiques représentent la nécessité pratique d’une action possible, considérée comme moyen d’arriver à quelque autre chose que l’on veut (ou du moins qu’il est possible qu’on veuille). L’impératif catégorique serait celui qui représenterait une action comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement.
Puisque toute loi pratique représente une action possible comme bonne, et par conséquent comme nécessaire pour un sujet capable d’être déterminé pratiquement par la raison, tous les impératifs sont des formules par lesquelles est déterminée l’action qui, selon le principe d’une volonté bonne en quelque façon, est nécessaire. Or, si l’action n’est bonne que comme moyen pour quelque autre chose, l’impératif est hypothétique ; si elle est représentée comme bonne en soi, par suite comme étant nécessairement dans une volonté qui est en soi conforme à la raison [en tant qu’il est ] le principe qui la détermine , alors l’impératif est catégorique « . Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) Première sectionTraduction Victor Delbos
Librairie Delagrave 1977 pp124-125

 La loi morale 

 Tous les êtres raisonnables, et seuls les êtres raisonnables, peuvent se déterminer a priori.  Ils se décident suivant des principe. Dans le registre de la pratique,  ce principe serala loi morale. Il nous contraint, mais seulement dans l’exacte mesure où nous acceptons cette contrainte.

« La raison pure est pratique par elle seule et donne à l’homme une loi universelle, que nous nommons la loi morale […]
S’appliquant aux hommes, la loi a la forme d’un impératif, parce qu’on peut, à la vérité, supposer en eux, en tant qu’êtres raisonnables, une volonté pure, mais non leur attribuer, en tant qu’êtres soumis à des besoins et à des causes sensibles de mouvement, une volonté sainte, c’est-à-dire une volonté qui ne soit capable d’aucune maxime contradictoire avec la loi morale. Pour eux la loi morale est donc  un impératif, qui commande catégoriquement, puisque la loi est inconditionnée ; le rapport d’une volonté telle que la leur à cette loi est la dépendance qui sous le nom d’obligation désigne une contrainte, imposée toutefois par la simple raison et sa loi objective, pour l’accomplissement d’une action qui s’appelle devoir[…] « Critique de la raison pratique (1788),Traduction François Picavet ,Presses universitaires de France 1965 pp30-32

Le respect

L’homme n’est pas exclusivement de rationnel. Il lui faut aussi des mobiles pour agir, des mobiles  qui concernent et engagent sa sensibilité.  Le respect  est, si l’on en croit Kant, le seul sentiment  qui puisse être tenu pour moral.

 » Cette idée de la personnalité qui éveille le respect, qui nous met devant les yeux la sublimité de notre nature (d’après sa détermination), en nous faisant remarquer en même temps le défaut d’accord de notre conduite avec elle, et en abaissant par là même la présomption, est naturelle, même à la raison humaine la plus commune, et aisément remarquée. Tout homme, même médiocrement honorable, n’a-t-il pas trouvé quelquefois qu’il s’est abstenu d’un mensonge, d’ailleurs inoffensif, par lequel il pouvait ou se tirer lui-même d’une affaire désagréable ou procurer quelque avantage à un ami cher et plein de mérite, pour avoir le droit de ne pas se mépriser en secret à ses propres yeux ? Est-ce qu’un  honnête homme  n’est pas soutenu, dans les plus grands malheurs de la vie, qu’il pouvait éviter si seulement il avait pu se mettre au dessus du devoir, par la conscience d’avoir en sa personne maintenu l’humanité dans sa dignité, de l’avoir honorée, de n’avoir pas de raison de rougir de lui-même à ses propres yeux et pour craindre le spectacle intérieur de l’examen de conscience ? Cette consolation n’est pas le bonheur, elle n’en est pas même la plus petite partie. Car aucun homme ne souhaitera d’avoir l’occasion de l’éprouver, ne souhaitera peut-être pas même une vie dans de telles circonstances. Mais il vit et ne peut supporter d’être à ses propres yeux indigne de vivre. Cette tranquillité intérieure est donc simplement négative par rapport à tout ce qui peut rendre la vie agréable, c’est-à-dire qu’elle écarte le danger de décroître en valeur personnelle, quand on a complètement déjà renoncé à la valeur de sa situation. Elle est l’effet d’un respect pour quelque chose qui est tout à fait autre que la vie et auprès duquel au contraire, en comparaison et en opposition, la vie avec tout son charme n’a aucune valeur. Il ne vit plus que par devoir, non parce qu’il trouve le moindre agrément à vivre. »  KANT Critique de la raison pratique (1788)
Traduction François Picavet
Presses universitaires de France 1965 pp92-93

Le devoir et le droit (fiche)

ghilnadarjo
Devoir
 : (etym :  latin debere, de de et habere, « tenir quelque chose de quelqu’un, lui en être redevable ») 1) Sens général : obligation sociale ou morale, propre à une fonction déterminée (le devoir de réserve) ou bien d’ordre plus général (le devoir de solidarité) 2) Chez Kant : commandement qui s’impose à la volonté soit de façon conditionnelle (obligation relative à un objectif particulier) soit de façon inconditionnelle. Le devoir proprement dit est le devoir moral inconditionnel  qui s’impose à tout homme et qui vaut pour tout homme. Le devoir  (au sens moral) implique une idée de l’homme tel qu’il soit capable de concevoir une loi qui  puisse  être reconnue et adoptée pour toutes les volontés raisonnables, c’est-à-dire par tous les êtres doués de raison.
 Droit :  (etym latin directus, « droit », ni courbe ni  tordu ; ce qui est conforme à la règle) 1) Sens courant : pouvoir moral d’exiger quelque chose en vertu d’une règle ou d’un principe reconnu. Les droits  procèdent toujours de contrats tacites qui fixent  des obligations correspondant à ces  droits : il n’y a pas de droits sans devoirs réciproques. 2) Sens juridique : ensemble des règles et des normes qui encadrent la vie sociale et qui s’expriment par des lois. Le droit « positif » est le droit en vigueur dans telle ou telle société.  Le « droit public » est celui qui concerne les rapports des citoyens avec le pouvoir. Le « droit international » régit les rapports des nations les unes avec les autres ainsi que les relations entre les sujets de ces nations. 3) Philosophie : le droit « naturel » ou encore « rationnel »  est celui qui est censé résulter de la nature de l’homme  en tant qu’elle préexiste à toute disposition conventionnelle.  Le droit naturel est posé comme supérieur à toute législation positive ; il constitue la référence indispensable pour tout homme qui refuse de se soumettre au droit positif pour des raisons morales (droit de désobéir, incarné par exemple par Antigone ou Socrate).      

La morale (fiche)

Kant
Mœurs/ Morale
: (etym : du latin mores,  » mœurs « , et de moralis, chez Cicéron, qui traduit le grec ethikos, relatif aux mœurs, moral) 1) Sens ordinaire : les mœurs sont les habitudes, les coutumes et les règles d’une société relatives à la bonne conduite et au devoir. La morale est la théorie de l’action humaine en tant qu’elle se préoccupe de ce qui doit être et vise le bien. 2) Chez Kant : les mœurs recouvrent le domaine des conduites inspirées par les désirs et les inclinations, tandis que la morale renvoie à l’action qui relève de la libre volonté. La morale  (dite de Kant) se contente d’expliciter les principes qui sont à l’œuvre dans toute expérience d’ordre moral, autrement dit   liée  à  l’observation d’  impératifs catégoriques.

Sentiment : (etym : sentire,   » percevoir par les sens « ,  » sentir « ,  » ressentir « ). 1) Sens ordinaire : tous les états affectifs de l’homme qui, par opposition aux émotions fugitives, comportent une certaine stabilité, tels que l’amour, la joie, le chagrin, mais aussi les sensations et les plaisirs esthétiques ou moraux 2) Philosophie : en tant que forme supérieure de l’activité affective, le sentiment est  le propre de l’homme. Certains sentiments peuvent même comporter une dimension spirituelle ou morale, comme la bienveillance, la générosité,  le sentiment religieux  etc…3) Chez certains moralistes (Hume, Rousseau), le sentiment  est le véritable fondement de toutes les inclinations morales qui ne sont des formes de sympathie ou d’amour sublimées. Ils s’opposent en cela aux philosophes rationalistes   (Platon, Descartes, Kant) qui considèrent que le devoir procède de la connaissance de la Loi, elle-même instaurée  par la raison.
Vertu :  (etym latin virtus,  » mérite essentiel « ,  » vertu  » ) 1) Sens ordinaire (vieilli) : volonté de bien faire, souci de l’intérêt de l’autre, force morale. 2) Sens ancien : puissance, aptitude ou capacité propre à un être (exemple : la vertu de l’œil est de bien voir). 3) Sens moderne : a) Chez Montesquieu : préférence accordée par le citoyen à l’intérêt du tout (l’Etat) par rapport à la partie ( individu), probité  et amour des lois. La vertu (synonyme de civisme) est le principe  de la République, c’est-à-dire à la fois son esprit et son fondement. b) Chez Rousseau :  préférence accordée à l’intérêt de  l’autre par rapport au sien propre, bienveillance à l’égard du genre humain ; la vertu,  conçue  ici comme un sentiment altruiste,  est  naturellement dérivée de l’amour de soi et de la compassion c) Chez Kant : disposition constante de la volonté qui observe la loi morale dans un esprit totalement désintéressé.
 CHEZ KANT :

Impératif hypothétiques/catégoriques :  L’impératif (etym : imperare,  » commander « ) est un commandement de la raison qui s’adresse à la volonté.  L’impératif hypothétique ordonne ce qui est indispensable pour réaliser n’importe quel objectif. L’impératif catégorique commande de faire son devoir inconditionnellement, c’est-à-dire quels que puissent être les obstacles ou les objections.
Fondement (s)  : (etym : fundare,  » fonder « ) 1) Sens général : ensemble des éléments qui constituent  les principes de base   d’une doctrine ou d’une  théorie philosophique. 2) Chez Kant : c’est la raison qui détermine une chose et précède donc logiquement cette chose. Le fondement de la morale est à chercher dans un examen de la raison par la raison, c’est-à-dire dans ce que Kant appelle la critique de la raison pure pratique.
Autonomie/ hétéronomie (voir p 00 chapitre la liberté )
Nature (sens général :  voir p 00, chapitre Peut-on définir l’homme) : Chez Kant : la nature est  » l’existence des choses en tant que déterminées par des lois universelles « . La science de la nature, chez Kant, ne porte que sur ce qui est objet d’expérience possible, jamais sur les choses en soi.
Loi / loi morale : (etym : latin lex,   » loi « ) 1) Sens scientifique : la loi est une relation constante entre les faits,  ou entre les phénomènes ; elle  ne comporte jamais d’exception 2) Sens juridique : règle obligatoire établie par une autorité souveraine afin d’encadrer et de stabiliser les relations entre les hommes 3)   La loi morale, chez Kant :  elle est le principe de détermination de la volonté qui est valable pour tous les êtres raisonnables. Elle revêt par définition un caractère d’universalité.
Matière/ forme :  (etym :  latin mater,   » mère « ,  » source  » et  latin forma, ensemble des caractéristiques extérieures d’une chose) . Chez Kant : la matière est le contenu, le but ou encore la fin de l’action, c’est-à-dire ce en vue de quoi nous l’accomplissons, comme la réussite ou le plaisir par exemple. La forme consiste exclusivement dans son universalité, c’est-à-dire dans un caractère qui lui est inhérent. De façon générale, les formes sont chez Kant des principes qui ordonnent des matériaux empiriques, qui mettent en ordre les données de l’expérience.

Pratique :  (etym :  grec :  prattein,  » agir « ) . Chez Kant :  la pratique est le domaine de ce qui relève  de la liberté. Ce terme désigne plus précisément le champ des actions humaines en tant qu’elles se soumettent, ou sont susceptibles de se soumettre,  à la loi morale.
 Phénomènes/ choses en soi : Chez Kant : les phénomènes désignent le réel en tant qu’il est connu, c’est-à-dire tel qu’il se manifeste au sujet qui appréhende le réel suivant sa sensibilité et son entendement, tandis que la
chose en soi désigne ce même réel tel qu’il est en lui même.  La chose en soi est inconnaissable, par définition, mais nous pouvons nous efforcer de la penser.
Piétisme : (etym :  latin : pietas,  » piété « )   Doctrine austère  d’ une secte protestante luthérienne (17 ième siècle)  qui prône la métamorphose morale de l’homme en insistant sur la piété personnelle et le sentiment religieux plutôt que sur une stricte orthodoxie.
A priori/ a posteriori : Expressions latines qui signifient respectivement :  » en partant de ce qui vient avant  » et  » en partant de ce qui vient après « , c’est-à-dire  ce qui précède et ce qui suit. Chez Kant,  » avant  » et  » après  » prennent un sens logique. Est a priori ce qui précède logiquement l’expérience, et qui en constitue donc la condition de possiblilité.  Est a posteriori ce qui en découle et ne peut donc être établi autrement qu’à partir d’elle. L’universel et le nécessaire sont les marques de l’ a priori.
 

La justice (texte de Montesquieu)

montesquieu
La justice ne peut dépendre de conventions

Usbek, le héros des Lettres persanes, explique ici à son interlocuteur Rhédi que l’idée de justice n’est pas arbitraire, ni même conventionnelle. Elle est donc naturelle. C est au nom de cette idée de justice universelle que la conscience morale peut m’interdire, dans certaines circonstances, l’obéissance aux lois de la cité.

 

« La justice est un rapport de convenance, qui se trouve réellement entre deux choses; ce rapport est toujours le même, quelque être qui le considère, soit que ce soit Dieu, soit que ce soit un Ange, ou enfin que ce soit un homme.

Il est vrai que les hommes ne voient pas toujours ces rapports; sou vent même, lorsqu’ils les voient, ils s’en éloignent, et leur intérêt est toujours ce qu’ilss voient 1e mieux. La Justice élève la voix; mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des passions.

[…] quand il n’y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la Justice, c’est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être dont nous

avons une si belle idée, et qui, s’il existait, serait nécessairement juste. Libres que nous serions du joug de la Religion, nous ne devrions pas l’être de celui de l’Équité.

Voilà, Rhédi, ce qui m’a fait penser que la justice est éternelle et ne dépend point des conventions humaines; et, quand elle en dépendrait, ce 15 serait une vérité terrible, qu’il faudrait se dérober à soi-même. Nous sommes entourés d’hommes plus forts que nous; ils peuvent nous nuire de mille manières différentes; les trois quarts du temps, ils peuvent le faire impunément. Quel repos pour nous de savoir qu’il y a dans le coeur de tous ces hommes un principe intérieur qui combat en notre faveur  et nous met à couvert de leurs entreprises! »

Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Lettres persanes (1721), Lettre LXXXIII, Le Livre de poche, 1984, p. 161-163.

Texte Kant : le religion morale

Kant
 Il est possible, selon Kant, de tenir nos devoirs pour des commandements divins. Il ne s’agit  en aucun cas d’une certitude . Ce n’est qu’une hypothèse (« une pensée subjective ») mais qui fournit à la loi morale un appui transcendant.

 

La religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins.

(Note de Kant): Grâce à cette définition, on évite mainte interprétation erronée du concept de religion en général. Premièrement, elle n’exige pas en ce qui concerne la connaissance théorique et la confession de foi une science assertorique 2 (même pas celle de l’existence de Dieu) ; car, étant donné notre déficience pour ce qui est de la connaissance d’objets suprasensibles, cette confession pourrait bien être une imposture ; elle présuppose seulement, du point de vue spéculatif, au sujet de la cause suprême des choses, une admission problématique (une hypothèse), mais par rapport à l’objet en vue duquel notre raison, commandant moralement, nous invite à agir, une foi pratique, promettant un effet quant au but final de cette raison, par suite une foi assertorique et libre, laquelle n’a besoin que de l’idée de Dieu où doit inévitablement aboutir tout effort moral sérieux (et, par suite, soutenu par la foi) en vue du bien, sans pouvoir en garantir par une connaissance théorique la réalité objective. Pour ce qui peut être imposé à chacun comme devoir, le minimum de connaissance (possibilité de l’existence de Dieu) doit suffire subjectivement. Deuxièmement, on prévient, grâce à cette définition d’une religion en général la représentation erronée, qu’elle constitue un ensemble de devoirs particuliers 4 se rapportant à Dieu directement, et on évite ainsi d’admettre (ce à quoi les hommes sont d’ailleurs très disposés) outre les devoirs humains moraux et civiques (des hommes envers les hommes) des services de cour 3, en cherchant peut-être même par la suite à compenser par ces derniers, la carence des premiers. Dans une religion universelle, il n’y a pas de devoirs spéciaux à l’égard de Dieu, car Dieu ne peut rien recevoir de nous et nous ne pouvons agir ni sur lui, ni pour lui .

Emmanuel Kant , La religion dans les limites de la simple raison (1793), traduction J. Gibelin, Ed . Vrin, 1972, pp 201-202

Note 2 : Un jugement assertorique affirme la réalité d’un objet. Exemple : « Dieu existe ».

Note 3 : Des services liés à des fonctions, c’est-à-dire imposés par le pouvoir, ici le pouvoir ecclésiastique.

Note 4 : Kant rejoint ici Platon (texte 1) : Dieu n’a que faire de nos « soins ».