Histoire et progrès (texte de kant)

 

 

Kant  pense qu’il faut croire au progrès malgré tous les démentis apportés par les faits:

 

« Cette espérance en des temps meilleurs, sans laquelle un désir sérieux de faire quelque chose d’utile au bien général n’aurait jamais échauffé le coeur humain, a même eu de tout temps une influence sur l’activité des esprits droits et l’excellent Mendelssohn (2 lui-même a bien dû compter là-dessus quand il a déployé tant de zèle en faveur du progrès des lumières et la prospérité de la nation à laquelle il appartient. Car y travailler pour sa part et pour son seul compte, sans que d’autres après lui continuent à s’engager plus avant dans la même voie, il ne pouvait raisonnablement l’espérer. Au triste spectacle, non pas tant du mal que les causes naturelles infligent au genre humain, que de celui plutôt que les

hommes se font eux-mêmes mutuellement, l’esprit se trouve pourtant rasséréné par la perspective d’un avenir qui pourrait être meilleur, et à vrai dire avec une bienveillance désintéressée, puisqu’il y a beau temps que nous serons au tombeau, et que nous ne récolterons pas les fruits que pour une part nous aurons nous-mêmes semés. Les raisons empiriques invoquées à l’encontre du succès de ces résolutions inspirées par l’espoir sont ici inopérantes. Car prétendre que ce qui n’a pas encore réussi jusqu’à présent ne réussira jamais, voilà qui n’autorise même pas à renoncer à un dessein d’ordre pragmatique’ ou technique (par exemple le voyage aérien en aérostats), encore bien moins à un dessein d’ordre moral, qui devient un devoir dès lors que l’impossibilité de sa réalisation n’est pas démonstrativement établie. Au surplus il ne manque pas de preuves du fait que le genre humain dans son ensemble a, de notre temps par comparaison à celui qui précède, effectivement progressé de façon notable au point de vue moral (de brèves interruptions ne peuvent rien prouver là-contre), et que le bruit qu’on fait à propos de l’irrésistible abâtardissement croissant de notre temps provient précisément de ce que, monté à un degré plus élevé de moralité, il a devant lui un horizon plus étendu et que son jugement sur ce qu’on est, en comparaison de ce qu’on devrait être, partant, le blâme que nous nous adressons à nous-mêmes, ne cessent de devenir plus sévères, à mesure que nous avons déjà gravi davantage de degrés de la moralité dans l’ensemble du cours du monde venu à notre connaissance ».

Emmanuel Kant, « Sur l’expression courante: il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien « (1793),

 

trad. L. Guillermit, Éd. Vrin, 1980, pp. 54-55.

Y a-t-il plusieurs religions? (texte de Kant)

 

Pour Kant, il n’y a, il ne peut y avoir, au fond, qu’une religion :

 

« Diversité des religions: quelle étrange expression ! Comme si on parlait de diverses morales! Il peut certes y avoir différentes manières de croire, qui ne relèvent pas de la religion, mais de l’histoire des moyens qu’on emploie pour la promouvoir et qui appartiennent au champ de l’érudition. De même peut-il y avoir divers textes fondateurs des religions (le Zend-Avesta, les Védas, le Coran, etc. 2), mais une seule religion valable pour tous les hommes et tous les temps. Ces différentes manières de croire, au contraire, ne sont sans doute que le véhicule contingent de la religion, qui peut varier selon la diversité des temps et des lieux ».

 Vers la paix perpétuelle, 1795 (Notes de Kant)

 

Note 1 Pour Kant, la religion se fonde sur la morale dont elle est l’accomplissement

Note 2: Religions zoroastrienne, hindouisme, Islam

Bénéfices du contrat social (texte de Rousseau)

Rousseau
Ce que l’homme perd par le « contrat social », il le regagne , mais sous une autre forme:

 « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en subsitutant dans sa conduite la justice à l’instinct, en donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seulement que la voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui jusque-là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Quoiqu’il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l’instant  heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme.
Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ; ce qu’il gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté -naturelle qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile qui est limitée par la volonté générale, et la possession qui n’est que l’effet de la force ou le droit du premier occupant, de la propriété qui ne peut être fondée que sur un titre positif’ (1.
On pourrait sur ce qui précède ajouter à l’acquis de l’état civil la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui; car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Mais je n’en ai déjà que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot liberté n’est pas ici de mon sujet »

 Rousseau, Du contrat social  I,  Chap 8
1. C’est-à-dire résultant d’une décision de l’autorité politique, ici le peuple souverain. Positif ne s’oppose pas à négatif mais à naturel. Cff droit naturel par opposition au droit positif. c’est-à-dire posé par le législateur.