A quoi bon philosopher?

 

 

 

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« L’esprit qui s’est accoutumé à la liberté et à l’impartialité de la contemplation philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartialité dans le monde de l’action et de l’émotion; il verra dans ses désirs et dans ses buts les parties d’un tout, et il les regardera avec détachement comme les fragments infinitésimaux d’un monde qui ne peut être affecté par les préoccupations d’un seul être humain. L’impartialité qui, dans la contemplation, naît d’un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l’esprit qui, à l’action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou dignes d’admiration. Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle fait de nous des citoyens de l’univers et non pas seulement des citoyens d’une ville forteresse en guerre avec le reste du monde. C’est dans cette citoyenneté de l’univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libération d’une servitude faite d’espérances mesquines et de pauvres craintes.

 Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la

philosophie mérite d’être étudiée, non pour y trouver des réponses précises

aux questions qu’elle pose, puisque des réponses précises ne peuvent, en général, être connues comme conformes à la vérité, mais plutôt pour la valeur des questions elles-mêmes ; en effet, ces questions élargissent notre conception du  possible, enrichissent notre imagination intellectuelle et diminuent l’assurance dogmatique qui ferme l’esprit à toute spéculation; mais avant tout, grâce à la grandeur du monde que contemple la philosophie, notre esprit est lui aussi revêtu de grandeur et devient capable de réaliser cette union avec l’univers qui  constitue le bien suprême ».

                 B, Russell, Problèmes de philosophie (1912),

                      Éd. Pavot, 1975, pp. 185-186.


 

Le philosophe dans la cité

Texte  1 socrate-fresque-ephese

 

 

 

 

 

 

 

 

Le philosophe dans la cité

Platon oppose ici le philosophe, peu soucieux de l’organisation de la vie sociale, et l’homme politique constamment absorbé par la vie publique. Même si le  philosophe paraît stupide au commun des mortels, il est  vraiment «  libre »  aux yeux de Platon : 

 

   Socrate/ Théodore 

«  – Socrate . Il y a chance que ceux qui, dès leur jeunesse, ont roulé dans les tribunaux et autres lieux du même genre soient à ceux qui ont été nourris dans la philosophie et dans une occupation semblable, ce que des gens de service sont à des hommes libres.

 Théodore . En quoi donc ?

  S. En ce que ceux-ci ont loisir et que c’est en paix qu’ils tiennent à loisir leurs propos… tandis que les autres, c’est toujours dans l’affairement qu’ils parlent ; car l’heure tourne, et il ne leur est pas permis de parler de ce qu’ils veulent : la partie adverse oppose la contrainte et le formulaire d’accusation dont il n’est pas permis de s’écarter selon le serment légal réciproque, comme ils le disent, et leurs propos portent sur un esclave du même genre qu’eux et s’adressent à un maître qui siège tenant toujours cause en main ; jamais leurs contextes n’ont d’autre objet que privé et la vie en est souvent l’enjeu. Tout cela les rend tenaces et finassiers, habiles à flatter le maître en paroles et à le circonvenir en fait, mesquins et torses en leurs âmes. Tout jeunes, la servitude les priva d’épanouissement, de droiture et de liberté, les astreignit aux pratiques tortueuses, imposa à leurs âmes encore tendres de gros dangers et de grandes frayeurs ; incapables de leur opposer le juste et le vrai, tournés d’emblée vers le mensonge et les injustices réciproques, ils sont à ce point tordus et rabougris que, parvenus à l’âge adulte, leur esprit n’a rien de sain, alors qu’ils sont devenus, à ce qu’ils croient, habiles et savants. […]

Dès leur jeunesse, les philosophes commencent par ignorer le chemin qui mène à la place publique, le lieu du tribunal, du conseil, et de tout autre salle commune ; ils n’ont d’yeux ni d’oreilles pour les lois ni pour les décisions orales ou écrites ; quant aux intrigues des partis pour occuper les postes, aux réunions, aux banquets et aux parties fines avec les joueuses de flûte, ils ne songent pas même en rêve à y prendre part. Qu’un événement heureux ou malheureux se soit produit en ville, qu’un tel ait hérité d’une tare d’une lignée ou de l’autre de ses ancêtres, il l’ignore plus encore que la contenance de la mer, comme dit le proverbe. Et il ne sait même pas qu’il ne sait pas tout cela, car ce n’est pas dans l’intention de se faire valoir qu’il reste à l’écart ; en fait, il n’y a que son corps qui réside et séjourne dans la ville ; quant à sa pensée, qui n’accorde aucun prix à tout cela, elle plane partout,  en-deçà des terres, au-delà des cieux comme dit Pindare, géomètre des unes et astronome des autres, cherchant partout à pénétrer toute la nature de chaque réalité en son entier, sans se laisser choir sur ce qui est proche d’elle.

T. Que veux-tu dire par là, Socrate ?

S. Ce que veut dire l’anecdote que voici Thalès qui regardait en l’air pour observer les astres, vint à choir dans un puits ; une servante thrace, pleine d’esprit et d’à propos, le railla de son ardeur à savoir ce qui est au ciel, sans voir ce qui se trouvait à ses pieds. Le trait vaut pour tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est de fait que la philosophie ignore tout de son proche et voisin : non seulement ce qu’il fait, mais pour un peu s’il est un homme ou quelque autre créature. En revanche que peut bien être l’homme, que convient-il qu’une telle nature fasse ou subisse de différent des autres, voilà ce qu’il cherche et met tous ses soins à approfondir. Sans doute, vois-tu ce que je veux dire, Théodore ?

T. Je vois et tu dis vrai.

 S. Tel est le philosophe, mon cher, dans le privé, et en public également, comme je te disais, lorsqu’au tribunal ou ailleurs il est forcé de parler de ce qui est à ses pieds ou sous ses yeux : ce n’est pas seulement aux femmes thraces mais à n’importe quelle foule qu’il prête à rire, car il tombe d’embarras en embarras comme dans un puits et sa terrible maladresse lui vaut réputation de stupidité ».

Théétète 172c -176a  traduction Louis Guillermit, Platon par lui-même, G.F. Flammarion, 1989

 

 

 

Les corrigés du bac philosophie 2009

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Sujets corrigés Bac L 2009 de Philo :

Dissertation n°1 : L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

Dissertation n°2 : Le langage traduit-il la pensée ?

Explication de texte : Texte de Schopenhauer, extrait du Monde comme volonté et comme représentation

Sujets corrigés Bac ES 2009 de Philo :

Dissertation n°1 : Que gagne-t-on à échanger ?

Dissertation n°2 : Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

Explication de texte : Texte de Locke : extrait de l’Essai sur l’entendement humain

Sujets corrigés Bac S 2009 de Philo :

Dissertation n°1 : Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Dissertation n°2 : Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

Explication de texte : Texte de Tocqueville : extrait de De la démocratie en Amérique

Citation commentée Epictète

 Manuel Epictète

 

 « Ne te dis jamais philosophe, ne parle pas abondamment, devant les profanes, des principes de la philosophie ; mais agis selon ces principes. Par exemple, dans un banquet, ne dis pas comment il faut manger, mais mange comme il faut.  » (XVVI, p.33)  Les « profanes »   sont parfois éblouis par les talents oratoires des intellectuels qui s’exrpiment, autrefois   sur l’agora,  aujourd’hui, sur les plateaux de  TV. Pourtant la philosophie ne doit pas être confondue avec la rhétorique (art de bien parler) ni les philosophes avec les sophistes d’hier ou  d’aujourd’hui (intellectuels médiatisés). C’est Socrate qui le proclame  le premier         (« je ne suis pas habile pour parler, mais je dis la vérité ») , suivi en cela par l’ensemble de la tradition philosophique, jusqu’à Descartes,  qui rappelle  lui aussi que la philosophie n’est pas faite pour briller dans le monde. Etre philosophe, c’est tout d’abord rechercher un accord avec soi-même, dans l’indifférence à l’opinion commune. Le philosophe n’écoute  que sa conscience et n’a pas besoin de  faire-valoir.  C’est cette authenticité conquise dans la solitude et confirmée  dans les épreuves les plus extrêmes qui expliquent le statut particulier de Socrate ou d’Epictète, deux figures de l’histoire des idées qui pourtant n’ont laissé aucune œuvre écrite. LHL

 Notions : la sagesse, la philosophie

Citation commentée Kant Analytique du beau

 

 

Citation Kant Analytique du beau

 « Est beau ce qui plaît universellement sans concept ».

 

Cette définition du beau qui correspond au second moment de l’Analytique du beau, c’est-à-dire de l’examen des quatre étapes du  jugement de goût, est à la fois bien connue, souvent citée, et rarement bien comprise. Tout le monde sait bien que le beau ne fait jamais l’unanimité, et que les musées,  qui sont censés rassembler  les  œuvres les plus admirables, sont quelque fois encombrés d’objets discutables. D’autre part,  l’ « absence de concepts » est une formule peu éclairante.

Reprenons. Le « beau plaît sans concept » signifie que nous n’avons pas besoin de savoir exactement ce qu’a voulu dire l’artiste (son « message », par exemple) ni d’exprimer sous formes de mots (les mots recouvrent des concepts) ce que nous ressentons. La beauté est ineffable, et c’est précisément l’une des raisons pour lesquelles elle nous galvanise à ce point. On ne peut énoncer clairement ce que l’on éprouve devant la beauté. En réalité, la beauté  (d’une œuvre, d’un paysage..) ne touche jamais tout le monde. Certains ne voient pas la beauté, d’autres ne l’apprécient pas. Mais ce que veut dire Kant, c’est que lorsque nous rencontrons la beauté, nous savons que notre plaisir doit pouvoir être partagé. Car ce qui ne serait beau que pour moi, en vérité, ne serait pas beau ! L’universalité de la beauté n’est, dit Kant, qu’une « prétention », une exigence, mais cette possibilité est pourtant une certitude. Ce qui est beau l’est pour tous, mais en droit, non en fait.

 

 Notions : Culture, Art, Œuvre.

 

 

 

 

 

Ciation commentée Platon Hippias

 

« Les belles choses sont difficiles » ( page 50). Les derniers mots du dialogue  Hippias majeur sont célèbres, alors qu’ils semblent n’énoncer qu’une piètre  banalité. Etait-il nécessaire d’écrire  ce dialogue aussi subtil qu’inabouti pour en arriver là, c’est-à-dire nulle part, finalement? En vérité,  l’enseignement de ces derniers mots est double. Tout d’abord la philosophie peut être féconde alors même qu’elle fait état de ses échecs. On reconnaît ici le premier enseignement de Socrate : il faut savoir reconnaître son ignorance,  car la philosophie est la recherche de la vérité et non sa possession. D’autre part,  le beau est définitivement quelque chose de très « difficile ». Ce  qu’il faut avant tout combattre c’est l’illusion que Hippias fait sienne, et qui consiste à confondre le beau et ses incarnations (une belle jeune fille, une belle jument, une belle …marmite). Socrate nous suggère au contraire que le beau est une réalité mystérieuse et contradictoire qui   s’enracine assurément dans le sensible mais qui ne saurait s’y réduire. Eprouver le beau et l’admirer est facile. Le définir est quasiment impossible. LHL

L’Hippias majeur

Citation commentée Descartes Méditations

« Que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, par la seule puissance de juger qui est en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux ». Ce célèbre fragment des Méditations de Descartes conclut un passage comportant  trois enseignements qui n’ont en commun que leur immense portée philosophique. Descartes formule implicitement une critique du langage : c’est parce que nous disons que nous voyons des hommes que nous nous imaginons  les voir . C’est la langage qui nous trompe .De simples silhouettes entr’aperçues sont identifiées hâtivement à la suite d’une assocation d’idées purement nominales: manteaux + chapeaux= hommes. Descartes procède également à une critique du préjugé courant  qui nous fait croire que nous voyons un homme alors qu’en réalité nous jugeons  que, derrière ces apparences indécises,  il y a effectivement, probablement, un homme. Derrière toute perception se cache un jugement inaperçu. Dernier enseignement du  passage: la réalité effective d’un homme ne se déduit pas avec une certitude absolue  de son apparition. A l’époque de Descartes, seuls les automates de Vaucanson pouvait venir appuyer cette thèse discutable. Aujourd’hui non seulement la science fiction (cf , Blade Runner de Philip K. Dick) mais aussi la science tout court sait fabriquer des robots dont l’intelligence rivalise  à certains égards  avec celle des hommes. Mieux: c’est l’apparence même des derniers robots qui sème aujourd’hui le trouble.Certains parviennent à donner le change et à donner – un moment? – l’illusion que nous voyons un vrai homme. Reste le toucher pour lever le doute.

 

Citation commentée J.S. Mill

« Mieux vaut un homme mécontent qu’un porc satisfait » John-Stuart Mill (1806-1873) 

 Cette citation peut être exploitée dans un devoir sur le bonheur, sur la conscience, sur la condition humaine, sur le désir.  Il y a ici une comparaison entre un animal et un homme, avec  implicitement l’idée que la conscience humaine  induit  la souffrance et l’insatisfaction. Ce qui nous sépare des autres bêtes est donc  la source de notre dignité, mais aussi  la raison de notre incapacité à jouir innocemment  de tous les plaisirs de l’existence.

 

 Pour une liste de citations voyez ici :

Quiz : https://lewebpedagogique.com/quizz/2009/04/21/bac-quiz-de-philosophie-5-special-citations/

 Le quiz vous dira la bonne réponse.

Citation commentée Périclès

 

 

« Nous cultivons le beau dans la simplicité et les choses de l’esprit sans manquer de fermeté » Périclès.

Une telle citation  peut être utilisée dans un devoir sur l’art (et le beau) ou sur la démocratie,  mais à condition de la commenter. Il faut montrer que vous la comprenez. Le grand Périclès (– 495 – 429, l’un de inventeurs de la démocratie) évoque ici un idéal que  l’on pourrait présenter non seulement comme celui des grecs mais aussi  comme celui de tout homme cultivé et autonome. Il consiste en l’alliance du goût (amour de la beauté simple  et non  pas sophistiquée)  et de la force d’âme (fermeté) propre au sage. Idéalement le citoyen en démocratie présente ce type de « vertu », car ces qualités   conditionnent un jugement éclairé.