Citation commentée Kant

Citation commentée  

Qu’est-ce que les Lumières ?

 

 «  La paresse  et la lâcheté sont les causes qui font qu’un aussi grand nombre d’hommes préfèrent rester mineurs leur vie durant, longtemps après que la nature les a affranchis de toute direction étrangère […] ; et ces mêmes causes  font qu’il devient si facile à d’autres de se prétendre leurs tuteurs . Il est si aisé d’être mineur »  (§ 2)

 

 La « minorité » est, au sens strict, un état de protection juridique. Tous les enfants, certains malades, des personnes âgées parfois, sont « sous tutelle ». Elles sont dans une situation dite d’ « hétéronomie ». Cela signifie que quelqu’un d’autre prend les décisions à leurs places. Dans le cas d’un adulte, une telle situation est soit momentanée, soit accidentelle.  La vocation de l’homme, en effet, du fait de sa nature rationnelle, est d’être « autonome », c’est-à-dire de se gouverner lui-même en suivant une loi qu’il a choisie librement. Pourtant, alors même que la possibilité leur est offerte de s’émanciper, nombreux sont les hommes qui préfèrent rester « sous tutelle ». Si le verdict de Kant est sévère (« la paresse et la lâcheté en sont les causes ») , ce jugement présente le mérite d’attirer l’attention du lecteur sur le fait que la liberté n’est pas un don naturel mais une conquête. Pour devenir libre, il faut le désirer. Or nous ne désirons pas forcément être libres car, comme le soulignera à son tour Sartre, la liberté n’est pas seulement une joie et un privilège. Elle est aussi un fardeau.

Citation commentée Descartes

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute  autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont »  

Cette déclaration inaugurale du Discours de la méthode  est justement célèbre. Elle ouvre, à sa manière, les temps démocratiques. Le bon sens est universel, il est  identique en tous les hommes, nous dit Descartes. Il n’y a donc pas de degrés dans l’humanité, puisque ce qui nous définit – la raison – est également distribué en chacun d’entre nous. Cela signifie-t-il que tous les hommes sont également sages, ou bien tous  potentiellement savants.? Evidemment non. Car la possession d’un outil ne garantit pas son usage approprié et efficace, loin s’en faut: ?Et ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien, poursuit Descartes. Le Discours de la méthode a précisément pour objet de nous montrer en quoi peut consister un bon usage de la raison ?. Mais pour bien entendre ce discours, et en tirer profit, il faut commencer par admettre que la reconnaissance de la vérité n’a rien d’aisé. En même temps, il n’est pas nécessaire de souhaiter posséder plus de raison. Il est impératif, en revanche, de  faire de celle dont nous disposons  le meilleur usage possible. ?Ose te servir de ton propre entendement ? dira Kant . Rendons hommage à  Descartes  d’avoir  ouvert fermement la voie aux Lumières, et donc, indirectement; à  l’Etat moderne qui tient tous les citoyens pour également capables de participer aux décisions collectives.

citation commentée Apologie de Socrate

Apologie de Socrate

« Parmi vous, ô humains, celui-ci est le plus savant qui, à l’instar de Socrate, a reconnu qu’en matière de science, il ne vaut rien en vérité » (p 16)

 

Accusé de corrompre la jeunesse, Socrate interprète ici les propos de l’oracle de Delphes, la Pythie. Celle-ci  a déclaré à l’un de ses amis que « personne à Athènes n’était plus savant que lui ». Après une enquête approfondie auprès de tous les athéniens qui passaient pour savants, Socrate découvre qu’aucun d’entre eux ne possède la moindre certitude assurée,   pas non plus   le moindre savoir indubitable. Tous, en revanche, croient détenir cette connaissance qui leur fait pourtant défaut.  Socrate en conclut que la conscience de ne pas savoir (ce qu’on ne sait pas) est une forme de « science ». Il ne s’agit pas exactement de « science », bien sûr,  mais plutôt de modestie et  de lucidité   – Socrate joue ici un peu sur les mots,  selon son habitude.

En réalité, dans ce passage emblématique, Socrate  invente la philosophie.  La philosophie n’est pas la sagesse, ni la possession d’un quelconque savoir. Elle est  un état d’esprit  très particulier  qui allie humilité et amitié pour la vérité. Car, pour rechercher la vérité,  il faut commencer par reconnaître son ignorance. Ni les Dieux ni les sages ne sont philosophes en ce sens, puisque celui qui possède la vérité ou la sagesse n’a plus de raison de la  désirer ni donc de  la rechercher.

Citation commentée République (Platon)

Citation commentée : République, Livre VI, 486c

 

Socrate : « Une âme manquant de culture et d’élégance est, dirons-nous, naturellement portée vers la démesure » […]

Socrate : «  Donc, nous devons chercher un esprit qui joigne à ses autres qualités naturelles la mesure et l’élégance, et que ses dispositions innées guident spontanément vers l’idée de quelque chose » (486c)

 

 Le livre VI de la République comporte une interrogation sur le tempérament philosophique. Comment reconnaître un philosophe véritable ? Comment distinguer un authentique philosophe d’un philosophe seulement simulé – un sophiste ? Rappelons que le philosophe est pour Platon une personne qui ne s’en tient pas à l’opinion mais qui, tout au contraire, parvient par ses seules forces, à se hisser au niveau des idées. Il doit, pour cela, posséder un certain nombre d’aptitudes innées. Sa première qualité relève d’une relation affective à la vérité (« le philosophe est toujours épris de science »). La seconde est la sincérité ; haïssant le mensonge, il oriente en toutes circonstances son désir vers la vérité. La troisième qualité est la tempérance, et c’est ce dont il s’agit ici. La tempérance est la capacité qu’ont les esprits élevés de relativiser les réalités prosaïques (argent , pouvoir, plaisirs des sens…) . Le philosophe sait apprécier et hiérarchiser convenablement les biens véritables. Parce qu’il accès  à l’éternité, il tient pour dérisoire tout ce qui est fini. La cupidité, la bassesse, la vanité et la lâcheté lui sont étrangères. Son âme est juste et douce, et ceci dès les premières années de l’enfance, car l’élégance est une qualité innée. Puis  la culture développe en lui la tempérance qui est l’apanage des esprits éduqués, c’est-à-dire amoureux de la justice et débarrassés de leur sauvagerie originelle.

Citation commentée Aristote

 

Le 29 Mai 2008

  Citation commentée. Aristote

L’amitié est une vertu

 

 « L’amitié est d’abord, amour de soi, puis s’étend aux autres hommes […] . D’où il faut conclure que l’homme vertueux doit nécessairement s’aimer lui-même : des nobles conduites, il ne peut manquer de tirer les plus grands avantages personnels, et tous les autres en tirent profit ». p 53

 Dans le Livre IX de l’Ethique à Nicomaque, Aristote se demande quel est le vrai ressort de l’amitié. Est-il raisonnable d’aimer un autre plus que soi-même, au point de se sacrifier, parfois, pour lui ? N’est-il pas absurde de préférer la vie d’un autre à la sienne ? Et si nous nous effaçons au profit d’un autre,  n’est-ce pas, au fond, parce que l’ami  nous apporte ce qui nous fait défaut ?

 Chacun ne poursuit-il pas finalement son propre intérêt même dans l’abnégation (oubli de soi) caractéristique de certaines formes idéales d’amitié ?

Aristote rejoint ici le sens commun lorsqu’il affirme qu’effectivement l’homme vertueux s’aime d’abord lui-même, puis étend cet amour à ses amis. Ce en quoi il fait bien. Car il donne la priorité au vrai bien  (l’amitié, la générosité, sagesse). Quant aux faux biens (richesse, honneurs etc..) il les cède volontiers à ses amis, qui en tireront, s’ils le peuvent,  profit. Le sage, finalement, se « taille la part du lion » . Il est donc , si l’on veut, un égoïste, mais pas au sens ordinaire du terme.

 

 

 

 

Fiches de révision philosophie bac 2010 par Laurence Hansen-Love

 

 

 Voici quelques-uns des fiches de révision que j’ai rédigées cette année pour le site l’Etudiant (notions qui tombent le plus souvent au bac)

L’Etat

La conscience

L’inconscient

Le désir

La culture

L’art

La démonstration 

La liberté

L’histoire

La vérité

La religion

Sujet de bac

 Voici ma propostion :

  » Peut-on séparer la morale et la politique? »

Et pour vous aider à le traiter

 « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux » Rousseau

Bac 2009 : réviser la philo

Pour les candidats pressés : voyez mes fiches sur le site de l’Etudiant (fiches révisions, boite à docs). Il ne s’agit que d’aide-mémoire!

 
 Mais pour obtenir une bonne note , il faut faire un petit effort supplémentaire: lisez mes dix leçons de philo…ici https://lewebpedagogique.com/boutique/2009/05/11/dix-lecons-de-philo/

Pour le bac : tout ce que vous.. ne direz pas !

Clichés, idées reçues et  idées fausses  à éviter au  bac

 

 

 « La science cherche des vérités absolues » (faux : la science ne prétend pas atteindre des vérités absolues et ne vise  que des vérités partielles et relatives).

«  Les hommes ont de tout temps recherché la vérité » (faux : avant  la science  et la philosophie (en gros 6 ième siècle av . JC), on pensait que  la vérité, c’était  ce qu’il ne fallait pas oublier, autrement dit les croyances ancestrales. En Grèce le mot vérité est « alétheia » qui veut dire : le non-oubli.

 « Tous les hommes recherchent la vérité » (faux : seuls certains hommes, dont  les savants et les philosophes,  les journalistes, les juges aussi, les médecins etc… recherchent la vérité. Sûrement pas tous les hommes).

«  Le bonheur est le but de la vie » (Non : même si tous les hommes recherchent le bonheur, ce n’est pas forcément LE but de la vie. Il peut y avoir d’autres buts. C’est ce que pense Kant).

 « Kant veut imposer une morale unique à tout le monde » (faux : Kant ne veut rien imposer du tout. Il réfléchit aux conditions de possibilité d’une morale universelle).

 « Quand on agit moralement, c’est pour se donner bonne conscience » (c’est un contresens sur la conscience morale. Vladimir Jankélévitch a montré pourquoi la conscience morale scrupuleuse est toujours malheureuse –  au contraire).

 « Personne n’a  jamais fait quelque chose de  désintéressé » (variante du précédent .Si c’était vrai, il faudrait mettre à la poubelle tous les écrits de Kant sur la morale, car  Kant  définit les comportements  moraux  par leur caractère  désintéressé. Si vous pensez cela, ne le dites pas le jour du bac).

 « La science détient la vérité » (faux : la science propose des théories qui rendent compte partiellement de  la réalité, mais qui ne sont jamais définitives. Elle ne peut « détenir » quoique ce soit).

 « Ce qui, dans la science est vrai à un moment,  devient faux par la suite » (inexact : les vérités scientifiques sont provisoires, mais elles ne sont pas annulées ni renversées par les théories ultérieures. Elles sont soit complétées, soit englobées, soit relativisées).

 « Rousseau veut retourner à l’état de nature » (faux et absurde. Nul ne peut vouloir sérieusement  revenir en arrière, nul ne peut abolir la civilisation).

 « Platon pense que l’art est inutile et le condamne » (faux : Platon ne critique que la poésie et la peinture).

« Le projet politique de Rousseau dans le Contrat social est utopique » (inexact. Ce n’est pas un projet politique mais une théorie qui sert de référence pour juger ce qui est souhaitable)

 « Pour comprendre une œuvre d’art, il faut en déchiffrer le message » (faux : les œuvres d’art n’ont pas forcément un message ; mais surtout, en art, le contenu ne peut être dissocié de la forme. Donc le « message » , c’est ce qui, dans l’oeuvre, ne relève pas de l’art).

 « L’art abstrait a pour contenu des idées abstraites » (faux : l’art abstrait ne cherche pas à communiquer des idées).
 « La religion peut se définir comme le fait de croire en un Dieu » (faux : la plupart des religions pratiquées dans le monde aujourd’hui même ne se réfèrent à aucun Dieu  (animisme, fétichisme, chamanisme, bouddhisme, syncrétisme etc…), ou bien à plusieurs  divinités.

« Les stoïciens sont fatalistes et résignés »  (faux : la doctrine stoïcienne prône un coopération active et joyeuse au destin).

 « Pour la doctrine déterministe, l’homme n’est pas libre » (faux : c’est la fatalisme qui nie la liberté, pas le déterminisme)

 « Machiavel  prône dans Le Prince un régime de type dictatorial » (faux : Machiavel est républicain, mais il constate que la fondation d’un Etat appelle des procédés souvent violents).

 « La beauté est relative au goût de chacun » (faux : l’agréable varie selon le goût de chacun, au contraire le beau est susceptible de plaire universellement)

«  Les philosophes pensent que l’homme doit en toute circonstance  suivre la raison » (faux : Pascal a dit que c’est une erreur de croire que l’homme n’est constitué que d’une partie rationnelle. Saint Augustin,  Kant etc… estiment eux aussi que la raison seule ne suffit pas pour mettre l’homme sur la voie du salut. D’autres encore (Nietzsche, Heidegger) critiquent la raison.

 « La démocratie est un régime politique parfait, c’est   le meilleur » (il est préférable de dire :   c’est « le pire de tous, à l’exception de tous les autres »  Churchill )

 « Les philosophes veulent « éradiquer » toute opinion » (faux : Platon par exemple,  insiste sur le rôle de  l’opinion droite dans le Ménon. H. Arendt montre qu’il ne peut y avoir de démocratie fondée sur le savoir incontestable  de ce qui est juste ou vrai, un tel savoir n’existe pas, et aucun homme ne peut se prévaloir de ce type de savoir.

 « Toute inégalité est injuste » (faux : revoyez votre cours sur la justice)

 « La justice, c’est de traiter tout le monde également » (faux : revoyez la définition de l’équité).

« Aimer ne peut être un devoir, car on ne peut se forcer à aimer » (à nuancer : revoyez votre cours sur la morale de Kant).
 « Parce que nous vivons en société, nous ne pouvons être libres » (Enfantillage : l’homme ne peut se passer de ses semblables, car il est un « animal politique » (Aristote). C’est un songe creux de croire qu’à l’ « état de nature » où loin de toute société (cf le film  Into the wild) nous pourrions être heureux et libres. Seuls des êtres d’exception peuvent y parvenir, et en général soit ils ont la foi, soit ils écrivent pour la postérité, comme  le fameux philosophe américain Thoreau.

 « Pour Freud, l’homme n’est pas libre car il est déterminé par son inconscient » :  (pour Freud en effet, l’homme est en grande partie déterminé par son inconscient, mais cela ne l’empêche pas d’être libre ou d’y tendre. La psychanalyse l’aide à reconquérir sa liberté)

 « Pour Spinoza la liberté est une illusion  » : (c’est le libre arbitre qui est une illusion. Pour Spinoza, l’homme devient libre par la connaissance  rationnelle)

 

Texte de Pascal : raison et passion

 

 

 Pascal ne croit pas en la suprématie  ni  même en la prépondérance de la raison chez l’homme. Il constate  plutôt entre les deux ennemies une lutte sans merci et sans trêve.

 

« Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute (Des Barreaux 1). Mais ils ne l’ont pu ni les uns ni les autres, et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et l’injustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui s’y abandonnent. Et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer. […]

Guerre intestine de l’homme entre la raison et les passions. S’il n’y avait que la raison sans passions. S’il n’y avait que les passions sans raison. Mais ayant l’un et l’autre il ne peut être sans guerre, ne pouvant avoir paix avec l’un qu’ayant guerre avec l’autre. Aussi il est toujours divisé et contraire à lui-même.

Blaise PASCAL, Pensées 410-413 + 411-412 (1657-1662), in Oeuvres complètes, Le Seuil, 1963, pp. 549 et 586.

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1) Des Barreaux est un  penseur épicurien.