Le moi, une réalité insaissable

La conscience nous donne-t-elle accès au moi?

 

Apparemment rien de plus évident : c’est le même moi qui a chaud, puis froid, puis soif, puis faim etc… À la variété et à la succession des impressions répondrait la continuité d’un moi stable, sujet de toute expérience, ce moi-même censé constituer l’identité personnelle. Mais ce sujet n’est-il pas l’objet d’une simple croyance ? Pour en établir la réalité, il faudrait que j’en fasse l’expérience et que l’impression de ce moi constant soit distincte des perceptions changeantes de chaud, de froid, de plaisir ou de douleur etc…C’est en vain que Hume cherche en lui-même les traces de cette impression du moi.

  

« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaite (…)

Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux jamais rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. »

 

Hume, Traité de la nature humaine,trad. A. Leroy, éd. Aubier, pp.342-343