Citation commentée J.S. Mill

« Mieux vaut un homme mécontent qu’un porc satisfait » John-Stuart Mill (1806-1873) 

 Cette citation peut être exploitée dans un devoir sur le bonheur, sur la conscience, sur la condition humaine, sur le désir.  Il y a ici une comparaison entre un animal et un homme, avec  implicitement l’idée que la conscience humaine  induit  la souffrance et l’insatisfaction. Ce qui nous sépare des autres bêtes est donc  la source de notre dignité, mais aussi  la raison de notre incapacité à jouir innocemment  de tous les plaisirs de l’existence.

 

 Pour une liste de citations voyez ici :

Quiz : https://lewebpedagogique.com/quizz/2009/04/21/bac-quiz-de-philosophie-5-special-citations/

 Le quiz vous dira la bonne réponse.

Citation commentée Epicure

Epicure Lettre à Ménécée  

 

«  Tout plaisir en tant que tel est un bien, et cependant il ne faut pas rechercher  tout plaisir ; de même la douleur est toujours un mal, pourtant elle n’est pas toujours à rejeter »    11)

Le plaisir est pour Epicure le premier des  biens naturels, il est même, selon ses propres termes, « le commencement et la fin de la vie heureuse ». Dans le langage courant, l’adjectif « épicurien » désigne toute personne qui recherche avant tout le plaisir,  privilégiant même les plaisirs des sens. Pourtant, la philosophie d’Epicure est bien loin de se réduire à des indications aussi grossières. « Il ne faut pas rechercher tout plaisir ».  Tout individu qui réfléchit comprend aisément que tous les plaisirs ne se valent pas, et que certains peuvent être sources de désagréments ultérieurs. On doit donc sélectionner nos plaisirs avec la plus grande circonspection. De même, certaines souffrances doivent être endurées avec patience. De telles précautions  ne contredisent pas le postulat hédoniste de l’épicurisme. Elles indiquent, en revanche, que la sagesse ne peut s’acquérir sans philosophie. Le bonheur ne peut dériver des seules sensations chez un être qui pense. Et la sagesse enveloppe  une  idée de félicité  spirituelle qui ne peut être atteinte que par le moyen de l’intelligence, et qui ne peut donc se confondre avec un quelconque libertinage : « Une vie sans prudence ni bonté ni justice,  ne saurait être  heureuse » § 13 .

 

Notions : Devoir, bonheur, liberté, raison.

Eloge de la philosophie

 

Le philosophe regarde les naufrages de la société, mais sans y participer. Tel est l’avantage non négligeable de la philosophie!

« Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ; non qu’on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. Il est doux aussi d’assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais la plus grande douceur est d’occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions , sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s’épuisent en efforts de jour et de nuit pour s’élever au faîte des richesses ou s’emparer du pouvoir.

O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres, parmi quels  dangers, se consume ce peu d’instants qu’est la vie ! Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d’autre qu’un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d’inquiétude et de crainte ?

Au corps, nous voyons qu’il est peu de besoins. Tout ce qui lui épargne la douleur est aussi capable de lui procurer maintes délices. La nature n’en demande pas davantage : s’il n’y a point dans nos demeures des statues d’or, éphèbes tenant dans leur main droite des flambeaux allumés pour l’orgie nocturne ; si notre maison ne brille pas d’argent et n’éclate pas d’or; si les cithares ne résonnent pas entre les lambris dorés des grandes salles, du moins nous suffit-il, amis étendus sur un tendre gazon, au bord d’une eau courante, à l’ombre d’un grand arbre, de pouvoir à peu de frais réjouir notre corps surtout quand le temps sourit et que la saison émaille de fleurs l’herbe verte des prairies. Et puis, la brûlure des fièvres ne délivre pas plus vite notre corps, que nous nous agitions sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu’il nous faille coucher sur un lit plébéien.

Puisque les trésors ne sont pour notre corps d’aucun secours, et non plus la noblesse ni la gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l’esprit ?

(…] Si la hantise des soucis ne cède ni au bruit des armes, ni aux cruels javelots, s’ils tourmentent avec audace rois et puissants du monde, s’ils ne respectent ni l’éclat de l’or, ni la glorieuse splendeur de la pourpre comment douter que la raison ait seule le pouvoir de les chasser, d’autant plus surtout que notre vie se débat dans les ténèbres ? »

LUCRÈCE (98-55 av. J.-C.), De la Nature, Livre II, v. 1-52, trad. H. Clouard, Garnier-Flammarion.

 

Le bonheur (texte Bentham)


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Voici la profession de foi d’un philosophe dit « utilitariste »:
« La nature a placé l’humanité sous l’autorité de deux maîtres absolus: le plaisir et la douleur. Il n’appartient qu’à eux de désigner ce que nous avons à faire comme de déterminer ce que nous ferons. Le critère du vrai et du faux comme l’enchaînement des causes et des effets sont assujettis à leur domination. Ils nous commandent dans tout ce que nous faisons, disons et pensons, et tout effort pour échapper à leur emprise ne sert qu’à en démontrer et à en confirmer la réalité. On peut prétendre en paroles se soustraire à leur empire alors qu’en fait on y reste soumis au moment même où on le prétend. Le principe d’utilité reconnaît cette sujétion et en fait le fondement du système dont l’objectif est d’élever l’édifice du Bonheur à l’aide de la raison et de la loi…
Par utilité on entend la possession de tout objet grâce auquel on tend à obtenir un profit, un avantage, un plaisir, un bien ou le bonheur (ce qui dans le cas présent revient au même) ou (ce qui revient également au même) à prévenir un échec, une peine, un mal, ou le malheur de qui que ce soit, qu’il s’agisse de la société en général ou de l’individu… »
On peut dire d’une action qu’elle est conforme au principe d’utilité ou plus simplement qu’elle est utile (relativement à la société en général) lorsque sa tendance à accroître le bonheur de la société est supérieure à ce qui le diminue ».
Jeremy Bentham, Principes de morale et de législation (1780), chap. I, 1, 8, trad. A. Lagarde.

e désir (texte de Platon, le Gorgias)

                        

           Désirer ne nous rend pas forcément heureux. Car l’homme de désir est comme un « tonneau percé ». Socrate essaie, mais en vain, de convaincre son interlocuteur, le jeune et fougueux Calliclès, qu’une vie tempérante vaut mieux qu’une vie déréglée ( « l’homme aux tonneaux percés »).
Socrate :[…] Suppose qu’il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l’un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d’autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu’on n’obtient qu’au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s’occuper d’eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L’autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou celle de l’homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d’admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?

Calliclès :Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l’homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n’a plus aucun plaisir, il a exactement le type d’existence dont je parlais tout à l’heure : il vit comme une pierre. S’il a fait le plein, il n’éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu’on peut dans son tonneau .

Socrate :Mais alors, si on verse beaucoup, il faut aussi qu’il y en ait beaucoup qui s’en aille, on doit donc avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s’échapper !

Calliclès : Oui, parfaitement .

Socrate : Tu parles de la vie d’un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! -non ce n’est pas la vie d’un cadavre [1], même pas celle d’une pierre ! Mais dis-moi encore une chose : ce dont tu parles, c’est d’avoir faim et de manger quand on a faim, n’est-ce pas ?

Calliclès : Oui

Socrate : Et aussi d’avoir soif, et de boire quand on a soif

Calliclès : Oui, mais surtout ce dont je aprle, c’est de vivre dans la jouissance, d’éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir-voilà, c’est cela la vie heureuse !

Platon, Gorgias (vers 390 av JC),493d-494b, Flammarion 1987 GF, Traduction Monique Canto

NOTE : Calliclès a fait observer préalablement que le type de « vie » que recommandait Socrate s’apparentait à celle d’un cadavre, ou d’un mort vivant (492 e).