Le rêve (deux textes de Freud)

 Selon Freud,  les rêves seraient la « réalisation déguisée de désirs refoulés ». Dans l’exemple qui suit, Freud démontre que les rêves les plus insignifiants en apparence peuvent dissimuler un contenu caché inattendu:

«Vous dites toujours, déclare une spirituelle malade que le rêve est un désir réalisé. Je vais vous raconter un rêve qui est tout le contraire d’un désir. Comment accorderez-vous cela avec votre théorie ? » Voici le rêve ; Je veux donner un dîner mais je n’ai pour toutes provisions qu’un peu de saumon fumé. Je voudrais aller faire des achats mais je me rappelle que c’est dimanche après-midi et que toutes les boutiques sont fermées. Je veux téléphoner à quelques fournisseurs mais le téléphone est détraqué. Je dois donc renoncer au désir de donner un dîner…Ce qui vient (d’abord) à l’esprit (de la malade) n’a pu servir à interpréter le rêve. J’insiste. Au bout d’un moment, comme il convient lorsqu’on doit surmonter une résistance elle me dit qu’elle a rendu visite hier à une de ses amies ; elle en est fort jalouse parce que son mari en dit toujours beaucoup de bien. Fort heureusement l’amie est maigre et son mari aime les formes pleines. De quoi parlait donc cette personne maigre ? Naturellement de son désir d’engraisser. Elle lui a aussi demandé ; «Quand nous inviterez-vous à nouveau ? On mange toujours si bien chez vous. » Le sens du rêve est clair maintenant. Je peux dire à ma malade : «C’est exactement comme si vous lui aviez répondu mentalement «Oui-da», je vais t’inviter pour que tu manges bien, que tu engraisses et que tu plaises plus encore à mon mari ! J’aimerais mieux ne plus donner de dîner de ma vie»…. Le rêve accomplit ainsi votre vœu de ne point contribuer à rendre plus belle votre amie… Il ne manque plus qu’une concordance qui confirmerait la solution. On ne sait encore à quoi le saumon fumé répond dans le rêve : «D’où vient que vous évoquez dans le rêve le saumon fumé ? » «C’est, répond-elle le plat de prédilection de mon amie. »

Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves (1926), trad. J. Meyerson, Éd. des PUF, (ANNÉE ???), pp. 112-114.

 

 Le rêve doit donc être interprété à la manière d’un rebus, ou encore d’une série de hiéroglyphes.

Toutes les tentatives faites jusqu’à présent pour élucider les problèmes du rêve s’attachaient à son contenu manifeste1, tel que nous le livre le souvenir, et s’efforçaient d’interpréter ce contenu manifeste. Lors même qu’elles renonçaient à l’interprétation, elles se fondaient encore sur ce contenu manifeste. Nous sommes seul à avoir tenu compte de quelque chose d’autre : pour nous, entre le contenu du rêve et les résultats auxquels parvient notre étude, il faut insérer un nouveau matériel psychique, le contenu latent ou les pensées du rêve, que met en évidence notre procédé d’analyse. C’est à partir de ces pensées latentes et non à partir du contenu manifeste que nous cherchons la solution. De là vient qu’un nouveau travail s’impose à nous. Nous devons rechercher quelles sont les relations entre le contenu manifeste du rêve et les pensées latentes2 et examiner le processus par lequel celles-ci ont produit celui-là. Les pensées du rêve et le contenu du rêve nous apparaissent comme deux exposés des mêmes faits en deux langues différentes ; ou mieux, le contenu du rêve nous apparaît comme une transcription des pensées du rêve dans un autre mode d’expression, dont nous ne pourrons connaître les signes et les règles que quand nous aurons comparé la traduction et l’original. Nous comprenons les pensées du rêve d’une manière immédiate dès qu’elles nous apparaissent. Le contenu du rêve nous est donné sous forme d’hiéroglyphes, dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve. On se trompera évidemment si on veut lire ces signes comme des images et non selon leur signification conventionnelle. Supposons que je regarde un rébus3 : il représente une maison sur le toit de laquelle on voit un canot, puis une lettre isolée, un personnage sans tête qui court, etc. Je pourrais déclarer que ni cet ensemble, ni ses diverses parties n’ont de sens. Un canot ne doit pas se trouver sur le toit d’une maison et une personne qui n’a pas de tête ne peut pas courir ; de plus, la personne est plus grande que la maison, et, en admettant que le tout doive représenter un paysage, il ne convient pas d’y introduire des lettres isolées, qui ne sauraient apparaître dans la nature. Je ne jugerai exactement le rébus que lorsque je renoncerai à apprécier ainsi le tout et les parties, mais m’efforcerai de remplacer chaque image par une syllabe ou par un mot qui, pour une raison quelconque, peut être représenté par cette image. Ainsi réunis, les mots ne seront plus dépourvus de sens, mais pourront former quelque belle et profonde parole. Le rêve est un rébus, nos prédécesseurs ont commis la faute de vouloir l’interpréter en tant que dessin. C’est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur.

Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves (1926), trad. J. Meyerson, Éd. des PUF, p. 241.

1. Contenu manifeste : contenu du récit du rêve fait par le rêveur.

2. Pensées latentes : pensées cachées et refoulées que le travail d’analyse doit révéler.

  Image: Balthus

 

Première topique, le refoulement (texte de Freud)

Dans ce qu’il nomme une première « topique » (de « topos » , lieu) , Freud divise l’esprit en trois zones, qi’l compare aux pièces d’un appartement. L’idée-clé de refoulement, est formulée ici, mais la notion de gardien( que représente-t-il ?) reste floue.

« Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne également la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique lui impose la censure et l’empêche d’entrer au salon si elle lui déplaît […]. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce système de la préconscience […] ».

L’essence du refoulement consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le préconscient »

Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves (1926), trad.. Berger, Éd. des PUF, p. 424.

L’inconscient (Freud, première topique)

Inconscient, conscient, préconscient : dans ce qu’il nomme une première « topique » (de « topos » , lieu) , Freud divise l’esprit en trois zones, qi’l compare aux pièces d’un appartement. L’idée-clé de refoulement, est clairement formulée, mais la notion de gardien (que représente-t-il ?) pose ici problème:
« Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne également la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique lui impose la censure et l’empêche d’entrer au salon si elle lui déplaît […]. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce système de la préconscience […]. L’essence, du refoulement, consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le préconscient ».
Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves (1926), trad.  Berger, Éd. des PUF, , p. 424.

L’inconscient : texte de Freud

Inconscient, conscient, préconscient . Freud divise l’esprit en trois zones, qi’l compare aux pièces d’un appartement. L’idée-clé de refoulement, est clairement formulée, mais la notion de gardien ( que représente-t-il ?) reste énigmatique.
« Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne également la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique lui impose la censure et l’empêche d’entrer au salon si elle lui déplaît […]. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce système de la préconscience […]. L’essence, du refoulement, consiste en ce. Qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le préconscient ».
Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves (1926), trad. Berger, Éd. des PUF, p. 424.