Citation commentée Platon Gorgias

 Gorgias 

 

« Je crois que je suis un des rares athéniens – pour ne pas dire le seul – qui s’attelle vraiment à l’art politique et que je suis le seul parmi nos contemporains à faire de la politique. Comme je ne cherche pas à plaire en tenant les discours que je tiens à chaque occasion, mais que j’ai en vue le meilleur et non le plus agréable […] , je serai jugé comme un médecin serait jugé par des enfants, face à l’accusation d’un cuisinier » ( p 152)

 Dans la dernière partie du dialogue  Gorgias, Socrate,   tenant tête   au fougueux Calliclès, conclut une longue discussion qui vient de l’opposer aux maîtres de rhétorique Gorgias et Polos. La rhétorique serait,  par rapport  à la philosophie,  ce que la cuisine est à la médecine. Les sophistes, qui enseignent la rhétorique, prétendent éduquer les jeunes gens à la vertu – moyennant rétribution. En réalité, ils enseignent  des procédés permettant de réussir dans la vie publique. Leurs meilleurs élèves accèderont sans doute au pouvoir, mais en pratiquant  une politique fondée sur la démagogie,  c’est-à-dire sur l’art de flatter et de manipuler l’opinion publique.  Si les sophistes sont les cuisiniers de la politique, les philosophes au contraire en sont comme les médecins. Ils prescrivent les bons remèdes car ils ne visent que  la vérité,  analogue  de la santé pour la  médecine.

C’est ainsi que Socrate anticipe sa condamnation à mort. Tout comme des enfants, les citoyens préfèreront toujours un flatteur à celui qui les « met à la torture » par ses questionnements  intempestifs, tout comme le médecin tourmente son patient en lui imposant potions amères, cautérisations, ponctions, cataplasmes  et  autres remèdes foncièrement rébarbatifs.