citation commentée Apologie de Socrate

Apologie de Socrate

« Parmi vous, ô humains, celui-ci est le plus savant qui, à l’instar de Socrate, a reconnu qu’en matière de science, il ne vaut rien en vérité » (p 16)

 

Accusé de corrompre la jeunesse, Socrate interprète ici les propos de l’oracle de Delphes, la Pythie. Celle-ci  a déclaré à l’un de ses amis que « personne à Athènes n’était plus savant que lui ». Après une enquête approfondie auprès de tous les athéniens qui passaient pour savants, Socrate découvre qu’aucun d’entre eux ne possède la moindre certitude assurée,   pas non plus   le moindre savoir indubitable. Tous, en revanche, croient détenir cette connaissance qui leur fait pourtant défaut.  Socrate en conclut que la conscience de ne pas savoir (ce qu’on ne sait pas) est une forme de « science ». Il ne s’agit pas exactement de « science », bien sûr,  mais plutôt de modestie et  de lucidité   – Socrate joue ici un peu sur les mots,  selon son habitude.

En réalité, dans ce passage emblématique, Socrate  invente la philosophie.  La philosophie n’est pas la sagesse, ni la possession d’un quelconque savoir. Elle est  un état d’esprit  très particulier  qui allie humilité et amitié pour la vérité. Car, pour rechercher la vérité,  il faut commencer par reconnaître son ignorance. Ni les Dieux ni les sages ne sont philosophes en ce sens, puisque celui qui possède la vérité ou la sagesse n’a plus de raison de la  désirer ni donc de  la rechercher.

Le positivisme (texte d’Auguste Comte)

 

Auguste Comte considère que ce sont les idées qui gouvernent le monde. Les grandes étapes du développement historique  correspondent à des  » états «   (stades) de l’intelligence. Le troisième est dit  » positif  » (du latin

« positivus », certain, réel) ou encore « scientifique ». Cet état  est  celui de l’âge adulte, pour l’individu come pour les peuples.

 

« L’esprit humain, par sa nature, emploie successivement dans chacune de ses recherches trois méthodes de philosopher, dont le caractère est essentiellement différent et même radicalement opposé : d’abord la méthode théologique, ensuite la méthode métaphysique et enfin la méthode positive. De là, trois sortes de philosophie, ou de systèmes généraux de conceptions sur l’ensemble des phénomènes, qui s’excluent mutuellement : la première est le point de départ nécessaire de l’intelligence humaine ; la troisième son état fixe et définitif ; la seconde est uniquement destinée à servir de transition.

Dans l’état théologique, l’esprit humain, dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot, vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers.

Dans l’état métaphysique, qui n’est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l’explication consiste alors à assigner pour chacun l’entité correspondante.

Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain, reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. L’explication des faits, réduite alors à ses termes réels, n’est plus désormais que la liaison établie entre les divers phénomènes particuliers et quelques faits généraux dont les progrès de la science tendent  de plus en plus à diminuer le nombre ».

Auguste Comte,

Cours de philosophie positive (1830-1842), Première leçon, t. 1, Hermann, 1975, pp 21-22.