L’art

 

 

 

Art : (etym : ars, artis, talent, savoir-faire,   traduction du grec technè,  technique, savoir-faire) 1) Sens  premier : ensemble de techniques ou  de procédés visant un résultat pratique, en particulier dans le cadre d’un métier 2) Sens usuel : Activité ayant en général pour fin de produire de belles apparences, ou bien comportant sa fin en elle-même  comme la danse par exemple 3) Système des beaux-arts comprenant les  arts plastiques ( architecture, sculpture, peinture) et les arts musicaux (musique, danse, poésie) 4) Chez Aristote :  Création de formes et manifestation de liberté de  l’homme qui intervient dans le cours de la nature dans  la mesure où celui-ci laisse une place  à la contingence au hasard 5) Selon Kant :  Activité autonome   visant  la création de formes et d’œuvres  d’autant plus belles (suscitant un plaisir esthétique) qu’elles ne sont subordonnées à aucune fin préétablie.  L’artiste de génie « donne des règles à l’art » contrairement à l’artiste académique qui s’inscrit dans un cadre préexistant. 6) Selon Hegel : Manifestation sensible de l’Idée, l’art désigne un mode d’expression de l’absolu  qui  révèle la vérité mais  à travers les apparences (« l’apparence est un  moment essentiel de l’essence »). En tant que forme éminente de la conscience, l’art est destiné à disparaître pour être remplacée par la religion et la philosophie. 7) Pour la sociologie contemporaine, l’art recouvre toutes les activités reconnues (cf « art vivant ») et approuvées par des institutions qualifiées, et (ou) qui suscitent un large consensus social.
Esthétique :  (etym : aisthétikos, qui peut être perçu par les sens) Terme inventé  vers 1750 pour désigner une « science des sentiments », puis une « science du beau »  Substantif 1) Sens usuel : théorie de l’art et des conditions du beau 2) Chez Kant : qui concerne le beau sensible. Les jugements esthétiques sont soit empiriques soit purs.  Les premiers expriment ce qui , dans une représentation, d’agréable ou de désagréable. Seuls les seconds, qui portent sur la forme, et qui ne s’appuient pas sur des concepts,  sont, à proprement parler des jugements de goût : « le beau est ce qui plaît universellement et sans concept » 3) Chez Hegel :  philosophie des beaux-arts qui prend pour objet le « vaste empire du beau », conçu comme « manifestation de l’esprit sous une forme sensible ».
Adjectif : désigne tout ce qui suscite un sentiment mélangé de plaisir et d’admiration, sentiment généralement rapporté au beau, mais pas toujours.  L’art contemporain se définit par  la recherche d’une écriture,  par l’émergence d’un style et  d’une vision,  ou même  par l’invention d’un geste  ou d’un dispositif  original, et non plus par le souci de  célébrer et de magnifier la nature ou de dévoiler la spiritualité inhérente aux productions des hommes.

Œuvre :  (etym : latin opus, « activité », « œuvre ») 1) Sens ordinaire : activité ou produit du travail humain 2) Esthétique : ensemble organisé de matériaux et de symboles mis en formes par un ou plusieurs artistes, artisans et exécutants (ex : les cathédrales) 3) Chez Hegel : les œuvres sont des manifestations sensibles de l’Idée, c’est-à-dire du « divin » au sens philosophique de ce terme.  Les œuvres  d’art expriment  un contenu spirituel, mais ce contenu n’est jamais dissociable de la forme sensible qui le manifeste 4) Chez Hannah Arendt :  l’œuvre est opposée à la production ordinaire.  Tandis que le travail nous soumet, en règle générale,  à l’empire de la nécessité (nous travaillons pour consommer le produit de notre travail) l’activité artistique nous en  libère en nous arrachant au cycle ininterrompu de la production/consommation.  Les œuvres ne sont pas consommées ; elles existent pour durer, comme en témoigne leur longévité.
Formes symboliques (Etym :  latin : forma, « forme » et  grec   sumbolon,  objet coupé en deux qui servait de signe de reconnaissance). Notion courante dans le domaine  esthétique, qui a été  théorisée plus particulièrement par le  philosophe allemand Ernst  Cassirer  (La philosophie des formes symboliques 1923-1929). Chez Paul Ricoeur et Ernst Cassirer, les formes symboliques sont l’ensemble des productions signifiantes, des institutions et des œuvres ( langage, mythes, récits historiques,cérémonies, dispositifs religieux, œuvres d’art…) qui structurent  le monde et lui donnent une (ou des) significations déterminées. Ces formations « font partie d’un processus vivant » mais la conscience fixe dans ces processus certains points d’arrêt et de repos : « ainsi la conscience préserve en eux le flux perpétuel qui les caractérise ; mais ce flux ne se perd pas dans l’indéterminé, il s’articule autour de certains centres formels et sémantiques » (La philosophie des formes symboliques 1 Le  langage, introduction)

 

 

Le langage

Communication : (etym : communicatio, action de faire part, de communicare, mettre en commun, communiquer) 1) Sens  ordinaire : tout forme d’échanges de signes  et  tout dispositif permettant de faire circuler des mobiles ou des particules (les autoroutes, les fils électriques constituent des  réseaux de communication) ou tout autre réalité  transférable. En un sens plus restreint : processus par lequel une information est transmise d’un émetteur à un récepteur 2) Linguistique :  la  communication implique un code indépendant de ceux qui l’utilisent et qui leur préexiste.  Dans le cas des animaux, ce code possédé instinctivement est un système de signaux.  Dans le cas de l’homme, la langue est un système conventionnel qui peut prendre une forme  intersubjective (communication directe), médiatisée (transmise par des dispositifs  artificiels) ou institutionnalisée (langues et pratiques symboliques  grammaticalement ou politiquement « correctes »).  Les signaux des animaux sont fixes,  étroitement fonctionnels  et univoques contrairement aux signes linguistiques, qui sont  mobiles et ambigus.  Un système de communication constitué d’un nombre limité de signaux  comme ceux qu’utilisent tous les animaux  n’est donc absolument pas un langage.

Langage : (etym : lingua : organe de la parole, langue comme parole et langage) 1) Sens ordinaire : tout système de signes permettant la communication ; en un sens plus strict : faculté de parler  propre à  l’homme  lui permettant de communiquer et d’exprimer des pensées  2) Linguistique : faculté de constituer une langue c’est-à-dire un système de signes discontinus correspondant à des idées distinctes, dont  le langage parlé est une possibilité parmi d’autres. Le langage humain comporte une double articulation (division en unités à deux degrés) ce qui le distingue de tout autre mode de communication  3) Philosophie  et anthropologie : le langage humain est un des « propres » de l’homme les plus caractéristiques.  En tant que fonction, l’aptitude au langage est universelle. Mais les langues, produits  contingents du langage, témoignent toutes de manière diversifiée  des aptitudes culturelles et des capacités intellectuelles communes à tous les êtres humains. Les langues sont ses systèmes institués   de signes ou de symboles, verbaux ou écrits,  procédant de conventions et utilisés intentionnellement par des sujets souhaitant exprimer  des désirs et des pensées  singulières. Le langage humain est fondamentalement un dialogue –il inclut la relation potentielle avec un interlocuteur- et un métalangage, c’est-à-dire un langage à propos non pas du réel mais  de l’univers symbolique que le langage instaure. Le langage est donc une institution universelle qui témoigne de l’intelligence et de la sociabilité propre au genre humain. Il ne se réduit en aucun cas à un système de communication et il est toujours  fluctuant et créatif, contrairement aux systèmes de signaux des animaux.

Signes :  (etym : latin signum, « marque », « signe », « empreinte » )    1) Sens ordinaire :  tout élément matériel, vocal, graphique etc… permettant d’évoquer ou de deviner une autre chose à laquelle il renvoie ou qu’il représente 2) Linguistique : il convient de distinguer les signes  naturels ( la fumée,  le cri animal) les signes intentionnels manifestant une volonté de communiquer (mimique, geste, langage) et les signes conventionnels propres à la communication humaine.   Parmi ceux-ci le signe linguistique présente la particularité d’être discret (les signes se détachent les uns des autres) et mobiles (ils changent de sens selon les contextes, comme en témoigne l’usage métaphorique des mots et des symboles). Les symboles sont des signes qui présentent une certaine analogie avec ce qu’ils représentent (exemple : les symboles du guide Michelin) .

 

Les formes symboliques doivent être interprétées

rêve dali
(Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade… de Salvador Dali)

 Tout ce qui relève de l’esprit est d’ordre symbolique et doit donc être interprété.
 Voici le texte  de Hegel à ce sujet:

« Le symbole est une chose extérieure, une donnée directe et s’adressant directement à notre intuition ; cette chose cependant n’est pas prise et acceptée telle qu’elle existe réellement, pour elle-même, mais dans un sens beaucoup plus large et beaucoup plus général. Il faut donc distinguer dans le symbole : le sens et l’expression. Celui-là se rattache à une représentation ou à un objet, quel que soit son contenu ; celle-ci est une existence sensible, ou une image quelconque.

1)   Le symbole est avant tout  un signe. Mais dans la simple présentation, le rapport qui existe entre le sens et son expression est un rapport purement arbitraire. Cette expression, cette image ou cette chose sensible représente si peu elle-même qu’elle éveille plutôt en nous l’idée d’un contenu qui lui est tout à fait étranger, avec lequel elle n’a, à proprement parler, rien de commun […]

2)   Il en est autrement d’un signe destiné à servir de symbole. Le lion, par exemple, est considéré comme le symbole du courage, le renard comme celui de la ruse, le cercle comme celui de l’éternité, le triangle comme celui de la Trinité. Or, le lion et le renard possèdent bien les qualités, les propriétés dont ils doivent exprimer le sens. De même, le cercle ne présente pas l’aspect inachevé ou arbitrairement limité d’une ligne droite ou d’une autre ligne qui ne revient pas sur elle-même ou encore d’un intervalle de temps ; et un triangle a un nombre de côtés et d’angles égal à celui qu’évoque en nous l’idée de Dieu, lorsqu’on compte les déterminations que la religion attribue à Dieu.

 Dans tous ces exemples les objets sensibles ont déjà par eux-mêmes la signification qu’ils sont destinés à représenter et à exprimer, de sorte que le symbole, pris dans ce sens, n’est pas un simple signe indifférent, mais un signe qui, tel qu’il est extérieurement, comprend déjà le contenu de la représentation qu’il veut évoquer. Et en même temps, ce qu’il veut amener à la conscience, ce n’est pas lui-même, en tant que tel ou tel objet concret et individuel, mais la qualité générale dont il est censé être le symbole.

3)   Nous ferons remarquer en troisième lieu que le symbole qui ne doit pas être adéquat à son sens, en tant que signe purement extérieur, ne doit pas non plus, pour rester symbole, lui être tout à fait adéquat. […]

Il résulte de ce qui vient d’être dit qu’envisagé du point de vue de son  concept, le symbole possède toujours un double sens ».

HEGEL
 Traduction S.Jankélévitch
 Esthétique Deuxième volume, Introduction, Du symbole en général, pp 12-13-14, 1978, Champs Flammarion