L’animal n’a point conscience , texte d’ Alain

L’animal n’éprouve  pas de passion, parce qu’il n’est pas doué  de conscience, c’est-à-dire de conscience  morale :

                                                                           

 

« Les animaux, autant que l’on peut deviner, n’ont point de passions. Un animal mord ou s’enfuit selon l’occasion; je ne dirai pas qu’il connaît la colère ou la peur, car rien ne laisse soupçonner qu’il veuille résister à l’une ou à l’autre, ni qu’il se sente vaincu par l’une ou par l’autre. Or c’est aussi pour la même raison que je suppose qu’il n’a point conscience. Remarquez que ce qui se fait par l’homme sans hésitation, sans doute de soi, sans blâme de soi, est aussi sans conscience. Conscience suppose arrêt, scrupule, division ou conflit entre soi et soi. Il arrive que, dans les terreurs paniques, l’homme est emporté comme une chose. Sans hésitation, sans délibération, sans égard d’aucune sorte. Il ne sait plus alors ce qu’il fait. Mais observez les actions habituelles tant qu’elles ne rencontrent point d’obstacles, nous ne savons pas non plus ce que nous faisons. Le réveil vient toujours avec le doute; il ne s’en sépare point. De même celui qui suit la passion n’a point de passion. La colère, le désir, la peur, ne sont plus alors que des mouvements ».
Alain, Propos, 5 avril 1924, t. II, Gallimard, colt. « Bibliothèque de la Pléiade», 1970, p. 624.

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