Texte de Freud : le moi n’est pas maître chez lui

Freud insiste   sur le fait que la souveraineté du moi- qu’il compare à un petit despote vaniteux- est toute relative. C’est la raison pour laquelle  l’inconscient est au centre de la réflexion de l’inventeur de la psychanalyse:

 

«Le psychique1 en toi ne coïncide pas avec ce dont tu es conscient ; ce sont deux choses différentes, que quelque chose se passe dans ton âme, et que tu en sois par ailleurs informé. Je veux bien concéder qu’à l’ordinaire, le service de renseignements qui dessert ta conscience suffit à tes besoins. Tu peux te bercer de l’illusion que tu apprends tout ce qui revêt une certaine importance. Mais dans bien des cas, par exemple dans celui d’un conflit pulsionnel2 de ce genre, il est en panne, et alors, ta volonté ne va pas plus loin que ton savoir. Mais dans tous les cas, ces renseignements de ta conscience sont incomplets et souvent peu sûrs ; par ailleurs, il arrive assez souvent que tu ne sois informé des événements que quand ils se sont déjà accomplis et que tu ne peux plus rien y changer. Qui saurait évaluer, même si tu n’es pas malade, tout ce qui s’agite dans ton âme et dont tu n’apprends rien, ou dont tu es mal informé ? Tu te comportes comme un souverain absolu, qui se contente des renseignements que lui apportent les hauts fonctionnaires de sa cour, et qui ne descend pas dans la rue pour écouter la voix du peuple. Entre en toi-même, dans tes profondeurs, et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu dois devenir malade, et tu éviteras peut-être de le devenir. C’est ainsi que la psychanalyse a voulu instruire le moi. Mais ces deux élucidations, à savoir que la vie pulsionnelle de la sexualité en nous ne peut être domptée entièrement, et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, ne sont accessibles au moi et ne sont soumis à celui-ci que par le biais d’une perception incomplète et peu sûre, reviennent à affirmer que le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».

Sigmund Freud, «Une Difficulté de la psychanalyse» (1917) in L’inquiétante Étrangeté et autres essais, trad. B. Ferron, Éd. Gallimard, coll. «Folio», 1985, p. 186.

1. Le psychique : ensemble de nos pensées, images et représentations.

2. Pulsion : poussée psychique qui a sa source dans le corps.

 

Une réflexion au sujet de « Texte de Freud : le moi n’est pas maître chez lui »

  1. Le , redouane a dit :

    texte qui merite d etre lu et relie car il met a la fois en evidence la crise identitiare dont on souffre tout et en questionement la problematique du moi si difficile a resoudre ……..un mal de siecle qui incarne nos vie nous pousse a revoir le concept du moi et ce texte me semble tres important voire crucial dans le mesure ou est appele a prendre en compre tout ce qui est du pour une eventuelle lucidation du moi-

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