Texte Kant : le religion morale

Kant
 Il est possible, selon Kant, de tenir nos devoirs pour des commandements divins. Il ne s’agit  en aucun cas d’une certitude . Ce n’est qu’une hypothèse (« une pensée subjective ») mais qui fournit à la loi morale un appui transcendant.

 

La religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins.

(Note de Kant): Grâce à cette définition, on évite mainte interprétation erronée du concept de religion en général. Premièrement, elle n’exige pas en ce qui concerne la connaissance théorique et la confession de foi une science assertorique 2 (même pas celle de l’existence de Dieu) ; car, étant donné notre déficience pour ce qui est de la connaissance d’objets suprasensibles, cette confession pourrait bien être une imposture ; elle présuppose seulement, du point de vue spéculatif, au sujet de la cause suprême des choses, une admission problématique (une hypothèse), mais par rapport à l’objet en vue duquel notre raison, commandant moralement, nous invite à agir, une foi pratique, promettant un effet quant au but final de cette raison, par suite une foi assertorique et libre, laquelle n’a besoin que de l’idée de Dieu où doit inévitablement aboutir tout effort moral sérieux (et, par suite, soutenu par la foi) en vue du bien, sans pouvoir en garantir par une connaissance théorique la réalité objective. Pour ce qui peut être imposé à chacun comme devoir, le minimum de connaissance (possibilité de l’existence de Dieu) doit suffire subjectivement. Deuxièmement, on prévient, grâce à cette définition d’une religion en général la représentation erronée, qu’elle constitue un ensemble de devoirs particuliers 4 se rapportant à Dieu directement, et on évite ainsi d’admettre (ce à quoi les hommes sont d’ailleurs très disposés) outre les devoirs humains moraux et civiques (des hommes envers les hommes) des services de cour 3, en cherchant peut-être même par la suite à compenser par ces derniers, la carence des premiers. Dans une religion universelle, il n’y a pas de devoirs spéciaux à l’égard de Dieu, car Dieu ne peut rien recevoir de nous et nous ne pouvons agir ni sur lui, ni pour lui .

Emmanuel Kant , La religion dans les limites de la simple raison (1793), traduction J. Gibelin, Ed . Vrin, 1972, pp 201-202

Note 2 : Un jugement assertorique affirme la réalité d’un objet. Exemple : « Dieu existe ».

Note 3 : Des services liés à des fonctions, c’est-à-dire imposés par le pouvoir, ici le pouvoir ecclésiastique.

Note 4 : Kant rejoint ici Platon (texte 1) : Dieu n’a que faire de nos « soins ».

 

 

11 thoughts on “Texte Kant : le religion morale

  1. Le , Alice a dit :

    Je n’ai pas bien compris ce que Kant entend lorsqu’il écrit « Pour ce qui peut être imposé à chacun comme devoir, le minimum de connaissance (possibilité de l’existence de Dieu) doit suffire subjectivement. »La dernière phrase du texte n’est pas claire non plus, qu’est ce que « l’intention religieuse immanente à toutes nos actions conformes au devoir ? »

  2. 1) Qaund on a la foi, la connaissance de Dieu est superflue
    2) La dernière phrase du texte?
    Sentiment religieux inhérent à la morale? Kant pensait que quand on a le sens moral, on a tendance à supposer qu’il y a un Dieu, et qu’il récomprensera les justes..

  3. Le , Carole a dit :

    pourriez vous m’indiquer ce qu’il faut entendre par « considérée subjectivement » au début de l’extrait ? Merci d’avance !

  4. Le , M. a dit :

    Bonjour, je voudrais avoir quelques éclaircissements svp

    Tout d’abord, pourquoi « cette confession pourrait bien être une imposture »? Est-ce parce que nous devons postuler l’existence de Dieu, et donc que tout acte de foi envers lui pourrait, dans le cas de sa non-existence, être comme une sorte de mensonge?

    Ensuite, je ne comprends pas bien cette phrase :  » mais par rapport à l’objet en vue duquel notre raison, commandant moralement, nous invite à agir, une foi pratique, promettant un effet quant au but final de cette raison, par suite une foi assertorique et libre ».
    J’en ai déduit ceci: notre raison, d’où est issue notre morale, nous incite à agir dans une foi pratique parce que nous aurions quelque chose à y gagner qui nous satisferait. Mais pourquoi la foi deviendrait assertorique (donc relative à l’existence de Dieu) et libre?

    Merci de vos réponses

  5. « Une confession pourrait bien être une imposture »: Kant dit ici que toute personne qui dit SAVOIR que Dieu existe est un imposteur.
    POur la seconde phrase vous coupez le début et la fin. Il faut la lire en entier. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de savoir que Dieu existe en tant que FAIT (on n’en sait rien) mais d’admettre que l’on y croit et d’agir en conséquence en faisant son devoir.
    En clair : on ne sait pas si Dieu existe (certitude assertorique) mais pour faire son devoir cela ne change rien. IL faut juste faire comme si c’était le cas…
    OK?

  6. Considérée subjectivement; du point de vue du sujet, cad du point de vue de la foi par opposition à religion en tant qu’Eglise, institutions, obligations sociales etc…

  7. Le , M. a dit :

    D’accord, je pense avoir un peu mieux compris
    merci 🙂

  8. Le , Zoux a dit :

    Bonjour. Préparant le bac cette année, j’ai souhaité me confronter au moins une fois à un texte de Kant. Je cherche maintenant à saisir la thèse et le plan de ce texte depuis plusieurs jours, et je n’y parviens pas. Pourriez-vous m’aidez svp, car mon prof de philo est absent depuis plusieurs semaines et je ne sais à qui demander conseil. Merci par avance. 🙂

  9. Il y a une thèse en deux points donc deux parties.
    La thèse c’est que la relgion ce n’est qu’un idéal d’ordre moral.
    les deux points sont
    1) Il n’y a pas de connaissance de Dieu. A propos de Dieu il n’y a que des hypothèses, pas de certitude
    2) Il n’y a aucune obligation particulière à l’égard de Dieu, juste des orientations d’ordre moral. Inutile de chercher à influencer Dieu par des services at autres démonstrations vis à vis de l’Eglise ou du pouvoir poltique (la « cour »)
    Conclusion : une telle religion, naturelle, est aussi valable universellement

  10. Le , Zoux a dit :

    Merci beaucoup. 🙂 jJ’y vois déjà plus clair.
    J’ai juste encore un petit souci avec la première phrase du texte, non pas qu’elle soit très complexe, mais je ne saisis pas l’utilisation du mot « connaissance »…
    Je ne comprends pas très bien ce que signifie « connaître tous nos devoirs (d’ordre moral je suppose) comme commandements divins. » Cela signifie-t-il qu’il faut considérer nos devoirs comme des ordres de Dieu (mais alors je trouve cela relativement antithétique avec la suite…)? ou autre chose?
    Merci encore. 🙂

  11. ce qui compte, c’est le « comme » (italiques). Cela veut dire qu’il faut considérer nos devoirs en tant que commandement divin.
    En fait pour Kant come pour Alain la religion est une façon de faire passer la pilule de la morale en l’enrobant gentiment dans des jolies histoires…
    Ce qui compte, dans la religion c’est la morale. Le reste c’est pour les enfants;Kant ne dit pas cela comme ça, mais moi je comprends cela comme ça.

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