Travail et ennui (Texte de Nietzsche)

©Rembrandt philosopheTravail et ennui. –

 » Dans les pays de la civilisation presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu’ils cherchent du travail à cause du salaire; – pour eux tous, le travail est un moyen et non le but lui-même; c’est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu’il procure un gain abondant. Or il y a des hommes rares qui préfèrent périr plutôt que de travailler sans que le travail leur procure de la joie : ils sont minutieux et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d’un gain abondant, lorsque le travail n’est pas lui-même le gain de tous les gains. De cette espèce d’hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs de toute espèce, mais aussi ces désoeuvrés qui passent leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d’amour et aux aventures. Tous ceux-là cherchent le travail et la peine lorsqu’ils sont mêlés de plaisir, et le travail le plus difficile et le plus dur, si cela est nécessaire. Mais autrement ils sont d’une paresse décidée, quand même cette paresse devrait entraîner l’appauvrissement, le déshonneur, des dangers pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent pas autant l’ennui que le travail sans plaisir il leur faut même beaucoup d’ennui pour que leur propre travail puisse leur réussir. Pour le penseur et pour l’esprit inventif l’ennui est ce « calme plat » de l’âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux; il leur faut le supporter, en attendre l’effet à part eux : – c’est cela précisément que les natures moindres n’arrivent absolument pas à obtenir d’elles-mêmes! Chasser l’ennui de n’importe quelle façon est aussi vulgaire que travailler sans plaisir. Les Asiatiques se distinguent peut-être en cela des Européens qu’ils sont capables d’un repos plus long et plus profond que ceux-ci; leurs narcotiques même agissent plus lentement et exigent de la patience, à l’encontre de l’insupportable soudaineté de ce poison européen, l’alcool. »
Le Gai savoir Nietzsche

5 réflexions au sujet de « Travail et ennui (Texte de Nietzsche) »

  1. Le , Antoine a dit :

    Bonjour à tous,
    voila j’ai un commentaire à faire sur cet extrait mais je n’arrive pas a savoir si la thèse est au début ou a la fin et je ne sais pas non plus quel plan faire (quel est l’ordre de déroulement du texte?)
    Merci de votre aide!

  2. Oui, la thèse est diluée dans le texte.
    Nietzsche considère le travail un peu comme une drogue et il manifeste une sorte d’admiration pour tous les gens qui ont le courage de ne pas travailler… et d’affronter l’ennui.
    Suivez phrase par phrase, et montrez à quel point Nietzsche dit des choses plutôt scandaleuses (pour nous qui redoutons plus que tout le chômage!)

  3. Le , couperose a dit :

    Bonjour, je suis en Term L et j’ai aussi un commentaire à faire sur cet extrait mais qui s’arrete à « Chasser l’ennui de n’importe quelle façon, cela est vulgaire, tout comme le travail sans plaisir est vulgaire »
    J’ai pour ma part quelques idées de plan mais j’ai peur de me perdre au milieu de questions que le texte soulève qui sont très paradoxales à notre époque…
    Je pensais premièrement traiter de la nature du travail( premier paradoxe: peut on parler de nature pour le travail qui spécifique à l’homme est donc proprement du registre de la culture?) donc traiter dans mon
    I)En travaillant, l’Homme gagne les conditions de sa survie dans la nature puis dans la société donc ( non moins cruelle)
    mais,  » pour quoi travailler? », « que gagnons-nous à travailler? », « En quoi le travail peut il être le gain des gains, s’il n’est qu’une contrainte nécessaire imposée pas la nature? » d’où le
    II)Le travail comme condition de réalisation de son humanité… Question paradoxale de « la peine » mélée au « plaisir », du  » travail le plus difficile et le plus dur » associé à une  » paresse décidée » ??? Le travail qui humanise et permet le devenir ne serait il accessible qu’à une élite hasardeuse? Certains hommes sont ils sont plus à même de devenir que d’autres? Y aurait il des degrés d’humanité au sein de l’espèce humaine « civilisée » dans ce cas?Encore, peut on se contenter d’attendre qu’ennui se passe pour que création se fasse? l’ennui s’il est ce  » calme plat » qui précède le travail, est il suffisant? Enfin, si ce n’est qu’une fois cette période d’ennui révolue que je peux me réaliser par mon travail, mon humanisation de la nature, mon objectivation de la subjectivité, comment chasser l’ennui? Si seule la fin( mon travail) m’importe, peu importent les moyens pour accéder à ce travail? puis-je alors chasser l’ennui de quelque façon que ce soit? puis-je travailler de quelque façon que ce soit?
    III)En travaillant l’Homme peut aussi perdre son âme…
    Nietzsche insiste sur la « vulgarité » du travail à tout prix pourvu qu’on en paie le prix, n’est ce pas un peu polémique de nos jours de dévaloriser le travail dans nos société du mérite de l’ascension sociale, le chômeur au même titre que l’artiste bohême sont perçus le plus souvent comme des parasites…. comment expliquer que si un travail dont le seul but est l’autosuffisance financière peut aliéner l’Homme, il est néanmoins nécessaire à la survie en société…

  4. Non, il ne faut pas faire un plan par thème! Il faut suivre le texte pas à pas, en explicitant bien ce que dit Nietzsche, phrase après phrase.
    Ensuite vous passerez à la discussion critique.. (ne pas travailler, est-ce vraiment un choix, à quelles conditions, tout le monde peut-il utiliser intelligemment ses loisirs etc..)

  5. Le , couperose a dit :

    merci beaucoup j’allais me lancer tête baissée comme d’habitude…. bon eh bien je m’y mets au ligne par ligne alors !

Laisser un commentaire