| La conscience de soi | suppose-t-elle | autrui? |
| 1. a)se rendre simplement compte de ce qui est, se passe
b) percevoir qu’on perçoit d’où écart, rendant possible appropriation ( responsabilité) et jugement et action ( liberté) c) posséder le Je dans sa représentation, se savoir être un sujet et un individu 2. avoir la connaissance pleine et entière de l’objet de conscience et de soi |
a-t-elle pour condition …
1. nécessaire 2. suffisante |
– tous les autres sauf moi |
| Elle est possible et conditionnelle. | La conscience de soi est -conditionnelle
-peut être si ces conditions sont réunies. |
On met tous les autres dans le même panier, on ne distingue pas les uns des autres. |
Introduction: 1.La conscience de soi, c’est le fait de se savoir être là, de se savoir être un sujet et un individu différent des objets et des autres sujets. 2. En ce sens, il semble que l’autre ne soit pas nécessaire à la conscience de soi, je pourrais même selon Descartes douter de son existence sans que cela altère le moindre du monde, ma certitude d’être. 3. Mais la conscience de soi, c’est aussi la connaissance de soi, et là, il semble que je ne sois pas le mieux placé pour savoir qui je suis. Les autres semblent pouvoir jouer un rôle essentiel, ne serait-ce que parce qu’ils me jugent à distance, et que cette distance entre le sujet connaissant et son objet d’étude semble être une condition d’objectivité.4. Aussi on peut se demander si la conscience de soi ne supposerait pas finalement autrui. 5. C’est donc du problème des conditions de la prise de conscience de soi et de ses limites dont nous allons traiter. 6. Se poser cette question, c’est présupposer que derrière l’anonymat du mot autrui, se cachent des autres tous identiques, tous aussi inessentiels ou fondamentaux pour la connaissance de de moi-même.7. Nous nous demanderons donc si la conscience de soi n’est pas solitaire, si pour autant on peut se passer des autres pour se connaître véritablement et si tous les autres sont de précieux médiateurs entre moi et moi-même.
I. la conscience de soi est solitaire
- la conscience de soi est un rapport immédiat ou réfléchi qui ne nécessite pas les autres: l’enfant se sent immédiatement, même s’il ne se distingue pas au départ du monde et des autres. Si les autre sont nécessaires, ce n’est que pour s’en distinguer, comme repoussoir pourrait-on dire. Leur présence est en un sens nécessaire, mais pas eux. Et d’ailleurs, on peut s’en passer pour avoir la certitude d’être.
- « je pense donc je suis » Descartes, certitude d’être dans le solipsisme (seule mon existence en tant qu’esprit est réelle et certaine, le reste est douteux et ne pourrait être que représentation)
Mais être conscient de soi, ce n’est pas seulement ni principalement se savoir être , c’est se connaître et là il semble que nous ne soyons pas les mieux placés pour cela: manque de recul ( on colle à soi), mauvaise foi ( divertissement), subjectivité ( en tant que sujet, je me juge comme objet). D’où une place pour les autres.
II. les autre sont nécessaires à la connaissance de soi
- garant de mon identité et de la réalité de mon existence ( d’où lutte pour la reconnaissance selon Hegel pour attester de la consistance de mon existence en tant que sujet)
- miroir : double de moi ou reflétant ce que je suis ou m’obligeant à me voir ( Sartre)
- « intersubjectivité »: même si chacun n’est pas objectif, en recoupant leur point de vue je peux découvrir ce qui est objectif
III possibles:
- si les autres sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants: limite de la connaissance de soi ( l’inconscient de Freud, l’idée qu’on ne peut se connaître étant des sujets en devenir). Finalement rien n’est suffisant, pour se connaître.
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Si les autres sont nécessaires, ils ne sont pas tous égaux pour moi: certains sont des aides ( psychanalyste, l’ami selon Aristote qui est vraiment un autre moi, l’inconnu si on reprend Sartre…) mais certains sont des obstacles : certains nous empêchent de nous connaître en nous caricaturant ( ennemi ou faux amis), en nous bloquant dans la connaissance et la réalisation de nous-mêmes : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps d’une direction étrangère, restent cependant volontiers leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser en tuteurs des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d’exercer une haute direction de l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail, et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace, si elles essaient de s’aventurer seules au dehors. Or ce danger n’est vraiment pas si grand ; car, elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte détourne ordinairement d’en refaire l’essai. Il est donc difficile pour chaque individu de sortir de la minorité, qui est presque devenue pour lui nature. » KANT