J'ai tout lu Freud!

Voici quelques liens pour ceux qui s’interrogent sur l’hypothèse de Freud ou/et aimeraient la découvrir davantage:

  • Etudes sur l’hystérie ( 1895.1896)

Co-écrit avec le Dr Breuer qui consacre le II. A ( Histoire de malades)  à Mademoiselle Anna.o.

  • Cinq leçons de psychanalyse (1909)

Texte de conférences données à partir du 7/09/09  aux USA  à la Clarck University ( dans l’auditoire, il y a entre autres William James, père du  pragmatisme, l’anthropologue Boas, Putnam et le psychiatre américain Meyer)

  • Sur les deux topiques

 *  1ère topique, dans L’interprétation des rêves ( 1900): inconscient/préconscient/conscient

« Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. A cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre, dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique, lui impose la censure et l’empêche d’entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie une tendance donnée dès le seuil ou qu’il lui fasse repasser le seuil après qu’elle a pénétré dans le salon, la différence n’est pas bien grande et le résultat est à peu près le même. Tout dépend du degré de sa vigilance et de sa perspicacité. Cette image a pour nous cet avantage qu’elle nous permet de développer notre nomenclature. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce système de la préconscience (le préconscient). Le fait pour un processus de devenir conscient garde ainsi son sens purement descriptif. L’essence du refoulement consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le préconscient. Et c’est ce gardien qui nous apparaît sous la forme d’une résistance, lorsque nous essayons, par le traitement analytique, de mettre fin au refoulement. »

FREUD

* 2ème topique ( 1920)

« Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre Moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s’efforce de mettre de l’harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d’étonnant dès lors à ce que souvent le Moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le Surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le Moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d’avoir personnifié le Moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d’angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d’une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet et à s’attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d’apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D’autre part, le Surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S’il vient à désobéir au Surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d’infériorité et de culpabilité. Le Moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le Surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l’harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : « Ah, la vie n’est pas facile ! »

Lorsque le Moi est contraint de reconnaître sa faiblesse, il éclate en angoisse, une angoisse réelle devant le monde extérieur, une angoisse de conscience devant le Surmoi, une angoisse névrotique devant la force des passions logées dans le ça.

Ces relations structurales de la personnalité psychique que j’ai développées devant vous, je voudrais les exposer dans un dessin sans prétention que je vous soumets ici : comme vous le voyez, le Surmoi plonge dans le ça ; en effet, en tant qu’héritier du complexe d’Œdipe, il a des relations intimes avec lui, il se trouve plus éloigné du système de perception que le Moi. Le ça n’a de rapport avec le monde extérieur que par l’intermédiaire du Moi, du moins dans ce schéma. II est assurément difficile de dire aujourd’hui dans quelle mesure ce dessin est exact ; en un point il ne l’est assurément pas. L’espace qu’occupe le ça inconscient devrait être incomparablement plus grand que celui du Moi ou du préconscient. » Freud, Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse, 1915-1916, Troisième conférence, tr. A. Berman, 1936, Gallimard, 1984,

 

  •  Exemples d’analyse de névroses obsessionnelles dans Introduction à la psychanalyse (1916/1917)

 

  

EXEMPLE 1

« Une dame âgée de 30 ans environ, qui souffrait de phénomènes d’obsession très graves et que j’aurais peut-être réussi à soulager, sans un perfide accident qui a rendu vain tout mon travail (je vous en parlerai peut-être un jour), exécutait plusieurs fois par jour, entre beaucoup d’autres, l’action obsédante suivante, tout à fait remarquable. Elle se précipitait de sa chambre dans une autre pièce contiguë, s’y plaçait dans un endroit déterminé devant la table occupant le milieu de la pièce, sonnait sa femme de chambre, lui donnait un ordre quelconque ou la renvoyait purement et simplement et s’enfuyait de nouveau précipitamment dans sa chambre. Certes, ce symptôme morbide n’était pas grave, mais il était de nature à exciter la curiosité. L’explication a été obtenue de la façon la plus certaine et irréfutable, sans la moindre intervention du médecin. Je ne vois même pas comment j’aurais pu même soupçonner le sens de cette action obsédante, entrevoir la moindre possibilité de son interprétation. Toutes les fois que je demandais à la malade : « pourquoi le faites-vous ? » elle me répondait : « je n’en sais rien ». Mais un jour, après que j’eus réussi à vaincre chez elle un grave scrupule de conscience, elle trouva subitement l’explication et me raconta des faits se rattachant à cette action obsédante. il y a plus de dix ans, elle avait épousé un homme beaucoup plus âgé qu’elle et qui, la nuit de noces, se montra impuissant. Il avait passé la nuit à courir de sa chambre dans celle de sa femme, pour renouveler la tentative, mais chaque fois sans succès. Le matin il dît, contrarié : « j’ai honte devant la femme de chambre qui va faire le lit ». Ceci dit, il saisit un flacon d’encre rouge, qui se trouvait par hasard dans la chambre, et en versa le contenu sur le drap de lit, mais pas à l’endroit précis où auraient dû se trouver les taches de sang. je n’avais pas compris tout d’abord quel rapport il y avait entre ce souvenir et l’action obsédante de ma malade ; le passage répété d’une pièce dans une autre et l’apparition de la femme de chambre étaient les seuls faits qu’elle avait en commun avec l’événement réel. Alors la malade, m’amenant dans la deuxième chambre et me plaçant devant la table, me fit découvrir sur le tapis de celle-ci une grande tache rouge. Et elle m’expliqua qu’elle se mettait devant la table dans une position telle que la femme de chambre qu’elle appelait ne pût pas ne pas apercevoir la tache. Je n’eus plus alors de doute quant aux rapports étroits existant entre la scène de la nuit de noces et l’action obsédante actuelle. Mais ce cas comportait encore beaucoup d’autres enseignements.

Il est avant tout évident que la malade s’identifie avec son mari ; elle joue son rôle en imitant sa course d’une pièce à l’autre. Mais pour que l’identification soit complète, nous devons admettre qu’elle remplace le lit et le drap de lit par la table et le tapis de table. Ceci peut paraître arbitraire, mais ce n’est pas pour rien que nous avons étudié le symbolisme des rêves. Dans le rêve aussi on voit souvent une table qui doit être interprétée comme figurant un lit. Table et lit réunis figurent le mariage. Aussi l’un remplace-t-il facilement l’autre.

La preuve serait ainsi faite que l’action obsédante a un sens ; elle paraît être une représentation, une répétition de la scène significative que nous avons décrite plus haut. Mais rien ne nous oblige à nous en tenir à cette apparence ; en soumettant à un examen plus approfondi les rapports entre la scène et l’action obsédante, nous obtiendrons peut-être des renseignements sur des faits plus éloignés, sur l’intention de l’action. Le noyau de celle-ci consiste manifestement dans l’appel adressé à la femme de chambre dont le regard est attiré sur la tache, contrairement à l’observation du mari : « nous devrions avoir honte devant la femme de chambre ». Jouant le rôle du mari, elle le représente donc comme n’ayant pas honte devant la femme de chambre, la tache se trouvant à la bonne place. Nous voyons donc que notre malade ne s’est pas contentée de reproduire la scène : elle l’a continuée et corrigée, elle l’a rendue réussie. Mais, ce faisant, elle corrige également un autre accident pénible de la fameuse nuit, accident qui avait rendu nécessaire le recours à l’encre rouge : l’impuissance du mari. L’action obsédante signifie donc : « Non, ce n’est pas vrai ; il n’avait pas à avoir honte ; il ne fut pas impuissant. » Tout comme dans un rêve, elle représente ce désir comme réalisé dans une action actuelle, elle obéit à la tendance consistant à élever son mari au-dessus de son échec de jadis.

À l’appui de ce que je viens de dire, je pourrais vous citer tout ce que je sais encore sur cette femme. Autrement dit : tout ce que nous savons encore sur son compte nous impose cette interprétation de son action obsédante, en elle-même inintelligible. Cette femme vit depuis des années séparée de son mari et lutte contre l’intention de demander une rupture légale du mariage. Mais il ne peut être question pour elle de se libérer de son mari ; elle se sent contrainte de lui rester fidèle, elle vit dans la retraite, afin de ne pas succomber à une tentation, elle excuse son mari et le grandit dans son imagination. Mieux que cela, le mystère le plus profond de sa maladie consiste en ce que par celle-ci elle protège son mari contre de méchants propos, justifie leur séparation dans l’espace et lui rend possible une existence séparée agréable. C’est ainsi que l’analyse d’une anodine action obsédante nous conduit directement jusqu’au noyau le plus caché d’un cas morbide et nous révèle en même temps une partie non négligeable du mystère de la névrose obsessionnelle. « 

 

EXEMPLE 2

« Il s’agit d’une belle jeune fille de 19 ans, très douée, enfant unique de ses parents, auxquels elle est supérieure par son instruction et sa vivacité intellectuelle. Enfant, elle était d’un caractère sauvage et orgueilleux et était devenue, au cours des dernières années et sans aucune cause extérieure apparente, morbidement nerveuse. Elle se montre particulièrement irritée contre sa mère ; elle est mécontente, déprimée, portée à l’indécision et au doute et finit par avouer qu’elle ne peut plus traverser seule des places et des rues un peu larges. Il y a là un état morbide compliqué, qui comporte au moins deux diagnostics : celui d’agoraphobie et celui de névrose obsessionnelle. Nous ne nous y arrêterons pas longtemps : la seule chose qui nous intéresse dans le cas de cette malade, c’est son cérémonial du coucher qui est une source de souffrances pour ses parents. On peut dire que, dans un certain sens, tout sujet normal a son cérémonial du coucher ou tient à la réalisation de certaines conditions dont la non-exécution l’empêche de s’endormir ; il a entouré le passage de l’état de veille à l’état de sommeil de certaines formes qu’il reproduit exactement tous les soirs. Mais toutes les conditions dont l’homme sain entoure le sommeil sont rationnelles et, comme telles, se laissent facilement comprendre ; et, lorsque les circonstances extérieures lui imposent un changement, il s’y adapte facilement et sans perte de temps. Mais, le cérémonial pathologique manque de souplesse, il sait s’imposer au prix des plus grands sacrifices, s’abriter derrière des raisons en apparence rationnelles et, à l’examen superficiel, il ne semble se distinguer du cérémonial normal que par une minutie exagérée. Mais, à un examen plus attentif, on constate que le cérémonial morbide comporte des conditions que nulle raison ne justifie, et d’autres qui sont nettement antirationnelles. Notre malade justifie les précautions qu’elle prend pour la nuit par cette raison que pour dormir elle a besoin de calme; elle doit donc éliminer toutes les sources de bruit. Pour réaliser ce but, elle prend tous les soirs, avant le sommeil, les deux précautions suivantes : en premier lieu, elle arrête la grande pendule qui se trouve dans sa chambre et fait emporter toutes les autres pendules, sans même faire une exception pour sa petite montre-bracelet dans son écrin ; en deuxième lieu, elle réunit sur son bureau tous les pots à fleurs et vases, de telle sorte qu’aucun d’entre eux ne puisse, pendant la nuit, se casser en tombant et ainsi troubler son sommeil. Elle sait parfaitement bien que le besoin de repos ne justifie ces mesures qu’en apparence; elle se rend compte que la petite montre-bracelet, laissée dans son écrin, ne saurait troubler son sommeil par son tic-tac, et nous savons tous par expérience que le tic-tac régulier et monotone d’une pendule, loin de troubler le sommeil, ne fait que le favoriser. Elle convient, en outre, que la crainte pour les pots à fleurs et les vases ne repose sur aucune vraisemblance. Les autres conditions du cérémonial n’ont rien à voir avec le besoin de repos. Au contraire : la malade exige, par exemple, que la porte qui sépare sa chambre de celle de ses parents reste entrouverte et, pour obtenir ce résultat, elle immobilise la porte ouverte à l’aide de divers objets, précaution susceptible d’engendrer des bruits qui, sans elle, pourraient être évités. Mais les précautions les plus importantes portent sur le lit même. L’oreiller qui se trouve à la tête du lit ne doit pas toucher au bois de lit. Le petit coussin de tête doit être disposé en losange sur le grand, et la malade place sa tête dans la direction du diamètre longitudinal de ce losange. L’édredon de plumes doit au préalable être secoué, de façon à ce que le côté correspondant aux pieds devienne plus épais que le côté opposé ; mais, cela fait, la malade ne tarde pas à défaire son travail et à aplatir cet épaississement.

Je vous fais grâce des autres détails, souvent très minutieux, de ce cérémonial ; ils ne nous apprendraient d’ailleurs rien de nouveau et nous entraîneraient trop loin du but que nous nous proposons. Mais sachez bien que tout cela ne s’accomplit pas aussi facilement et aussi simplement qu’on pourrait le croire. Il y a toujours la crainte que tout ne soit pas fait avec les soins nécessaires : chaque acte doit être contrôlé, répété, le doute s’attaque tantôt à l’une, tantôt à une autre précaution, et tout ce travail dure une heure ou deux pendant lesquelles ni la jeune fille ni ses parents terrifiés ne peuvent s’endormir.

L’analyse de ces tracasseries n’a pas été aussi facile que celle de l’action obsédante de notre précédente malade. J’ai été obligé de guider la jeune fille et de lui proposer des projets d’interprétation qu’elle repoussait invariablement par un non catégorique ou qu’elle n’accueillait qu’avec un doute méprisant. Mais cette première réaction de négation fut suivie d’une période pendant laquelle elle était préoccupée elle-même par les possibilités qui lui étaient proposées, cherchant à faire surgir des idées se rapportant à ces possibilités, évoquant des souvenirs, reconstituant des ensembles, et elle a fini par accepter toutes nos interprétations, mais à la suite d’une élaboration personnelle. À mesure que ce travail s’accomplissait en elle, elle devenait de moins en moins méticuleuse dans l’exécution de ses actions obsédantes, et avant même la fin du traitement tout son cérémonial était abandonné. Vous devez savoir aussi que le travail analytique, tel que nous le pratiquons aujourd’hui, ne s’attache pas à chaque symptôme en particulier jusqu’à sa complète élucidation. On est obligé à chaque instant d’abandonner tel thème donné, car on est sûr d’y être ramené en abordant d’autres ensembles d’idées. Aussi l’interprétation des symptômes que je vais vous soumettre aujourd’hui, constitue-t-elle une synthèse de résultats qu’il a fallu, en raison d’autres travaux entrepris entre-temps, des semaines et des mois pour obtenir.

Notre malade commence peu à peu à comprendre que c’est à titre de symbole génital féminin qu’elle ne supportait pas, pendant la nuit, la présence de la pendule dans sa chambre. La pendule, dont nous connaissons encore d’autres interprétations symboliques, assume ce rôle de symbole génital féminin à cause de la périodicité de son fonctionnement qui s’accomplit à des intervalles égaux. Une femme peut souvent se vanter en disant que ses menstrues s’accomplissent avec la régularité d’une pendule. Mais ce que notre malade craignait surtout, c’était d’être troublée dans son sommeil par le tic-tac de la pendule. Ce tic-tac peut être considéré comme une représentation symbolique des battements du clitoris lors de l’excitation sexuelle. Elle était en effet souvent réveillée par cette sensation pénible, et c’est la crainte de l’érection qui lui avait fait écarter de son voisinage, pendant la nuit, toutes les pendules et montres en marche. Pots à fleurs et vases sont, comme tous les récipients, également des symboles féminins. Aussi la crainte de les exposer pendant la nuit à tomber et à se briser n’est-elle pas tout à fait dépourvue de sens. Vous connaissez tous cette coutume très répandue qui consiste à briser, pendant les fiançailles, un vase ou une assiette. Chacun des assistants s’en approprie un fragment, ce que nous devons considérer, en nous plaçant au point de vue d’une organisation matrimoniale pré-monogamique, comme un renoncement aux droits que chacun pouvait ou croyait avoir sur la fiancée. À cette partie de son cérémonial se rattachaient, chez notre jeune fille, un souvenir et plusieurs idées. Étant enfant, elle tomba, pendant qu’elle avait à la main un vase en verre ou en terre, et se fit au doigt une blessure qui saigna abondamment. Devenue jeune fille et ayant eu connaissance des faits se rattachant aux relations sexuelles, elle fut obsédée par la crainte angoissante qu’elle pourrait ne pas saigner pendant sa nuit de noces, ce qui ferait naître dans l’esprit de son mari des doutes quant à sa virginité. Ses précautions contre le bris des vases constituent donc une sorte de protestation contre tout le complexe en rapport avec la virginité et l’hémorragie consécutive aux premiers rapports sexuels, une protestation aussi bien contre la crainte de saigner que contre la crainte opposée, celle de ne pas saigner. Quant aux précautions contre le bruit, auxquelles elle subordonnait ces mesures, elle n’avaient rien, ou à peu près rien, à voir avec celles-ci.

Elle révéla le sens central de son cérémonial un jour où elle eut la compréhension subite de la raison pour laquelle elle ne voulait pas que l’oreiller touchât au bois de lit : l’oreiller, disait-elle, est toujours femme, et la paroi verticale du lit est homme. Elle voulait ainsi, par une sorte d’action magique, pourrions-nous dire, séparer l’homme et la femme, c’est-à-dire empêcher ses parents d’avoir des rapports sexuels. Longtemps avant d’avoir établi son cérémonial, elle avait cherché à atteindre le même but d’une manière plus directe. Elle avait simulé la peur ou utilisé une peur réelle pour obtenir que la porte qui séparait la chambre à coucher des parents de la sienne fût laissée ouverte pendant la nuit. Et elle avait conservé cette mesure dans son cérémonial actuel. Elle s’offrait ainsi l’occasion d’épier les parents et, à force de vouloir profiter de cette occasion, elle s’était attiré une insomnie qui avait duré plusieurs mois. Non contente de troubler ainsi ses parents, elle venait de temps à autre s’installer dans leur lit, entre le père et la mère. Et c’est alors que l’ « oreiller » et le « bois de lit » se trouvaient réellement séparés. Lorsqu’elle eut enfin grandi, au point de ne plus pouvoir coucher avec ses parents sans les gêner et sans être gênée elle-même, elle s’ingéniait encore à simuler la peur, afin d’obtenir que la mère lui cédât sa place auprès du père et vint elle-même coucher dans le lit de sa fille. Cette situation fut certainement le point de départ de quelques inventions dont nous retrouvons la trace dans son cérémonial.

Si un oreiller est un symbole féminin, l’acte consistant à secouer l’édredon jusqu’à ce que toutes les plumes s’étant amassées dans sa partie inférieure y forment une boursouflure, avait également un sens : il signifiait rendre la femme enceinte ; mais notre malade ne tardait pas à dissiper cette grossesse, car elle avait vécu pendant des années dans la crainte que des rapports de ses parents ne naquît un nouvel enfant qui lui aurait fait concurrence. D’autre part, si le grand oreiller, symbole féminin, représentait la mère, le petit oreiller de tête ne pouvait représenter que la fille. Pourquoi ce dernier oreiller devait-il être disposé en losange, et pourquoi la tête de notre malade devait-elle être placée dans le sens de la ligne médiane de ce losange? Parce que le losange représente la forme de l’appareil génital de la femme, lorsqu’il est ouvert. C’est donc elle-même qui jouait le rôle du mâle, sa tête remplaçant l’appareil sexuel masculin. (Cf. : « La décapitation comme représentation symbolique de la castration. »)

Ce sont là de tristes choses, direz-vous, que celles qui ont germé dans la tête de cette jeune fille vierge. J’en conviens, mais n’oubliez pas que ces choses-là, je ne les ai pas inventées : je les ai seulement interprétées. Le cérémonial que je viens de vous décrire est également une chose singulière et il existe une correspondance que vous ne devez pas méconnaître entre ce cérémonial et les idées fantaisistes que nous révèle l’interprétation. Mais ce qui m’importe davantage, c’est que vous ayez compris que le cérémonial en question était inspiré, non par une seule et unique idée fantaisiste, mais par un grand nombre de ces idées qui convergeaient toutes en un point situé quelque part. Et vous vous êtes sans doute aperçus également que les prescriptions de ce cérémonial traduisaient les désirs sexuels dans un sens tantôt positif, à titre de substitutions, tantôt négatif, à titre de moyens de défense.

L’analyse de ce cérémonial aurait pu nous fournir d’autres résultats encore si nous avions tenu exactement compte de tous les autres symptômes présentés par la malade. Mais ceci ne se rattachait pas au but que nous nous étions proposé. Contentez-vous de savoir que cette jeune fille éprouvait pour son père une attirance érotique dont les débuts remontaient à son enfance, et il faut peut-être voir dans ce fait la raison de son attitude peu amicale envers sa mère. C’est ainsi que l’analyse de ce symptôme nous a encore introduits dans la vie sexuelle de la malade, et nous trouverons ce fait de moins en moins étonnant, à mesure que nous apprendrons à mieux connaître le sens et l’intention des symptômes névrotiques. »

 

Peut-on préférer à l'illusion qui réconforte le savoir (la vérité) qui dérange?

Analyse du sujet et 2 plans possibles parmi d’autres:

Peut-on préférer l’illusion qui réconforte au savoir qui dérange?

à la vérité qui dérange?

  1. Est-il possible
  2. A-t-on le droit
  • en tant qu’être moral ( droit moral)
  • en tant que citoyen ( droit légal)
  • en tant qu’homme: être doué de raison et conscient ( droit naturel)
Se déterminer pour une personne ou une chose parce qu’on la juge meilleure, plus importante : une préférence est donc le CHOIX du meilleur. Le meilleur est « le plus bon », le bon est :

  1. ce qui nous procure un plaisir, ce qui est agréable ( mobile du choix : le désir comme recherche de plaisir)
  2. ce qui nous procure une satisfaction car utile, c’est-à- dire en accord avec notre nature ( motif du choix: la volonté comme recherche du bon)

Donc AGREABLE / BON:

– on peut désirer ce qu’on ne veut pas

– on peut vouloir ce qu’on ne désire pas

Une illusion est une croyance dérivée de:

  • notre ignorance ( l’illusion est aussi alors une erreur)
  • nos désirs ( l’illusion n’est pas nécessairement une erreur)

 

Le savoir s’oppose à l’ignorance et à l’erreur; savoir, c’est détenir une vérité, qui est l’accord entre l’idée et le réel.
 

Arguments pour un III si on arrive à montrer que ces présupposés sont critiquables

Un choix présuppose

  • deux termes différents ( sinon on choisit au hasard)
  • une connaissance des 2 pour pouvoir se déterminer ( sinon on choisit en aveugle)
  • la liberté de choix ( pas de nécessité, pas de devoir, pas de contraintes)
Le L’ présuppose que toute illusion est réconfortante. On présuppose aussi que tout savoir dérange

 

Plan 1

  INTRO :  1.Pouvoir, c’est d’abord avoir la possibilité. 2.Parmi celles-ci nous avons, semble-t-il, celle de préférer au savoir dérangeant, difficile à accepter, l’illusion et son confort. L’ignorance ou la fuite de la réalité a ses charmes, qui peuvent être des motifs pour les préférer à la vérité . Il est plus confortable par exemple de se croire immortel que d’être confronté à sa mortalité.3.Mais pouvoir, c’est aussi avoir le droit; et on peut penser que même si l’illusion est plaisante, s’en contenter c’est manquer de maturité, de lucidité et de courage. Cette faiblesse n’est peut-être pas en accord avec la noblesse qui pourrait être la nôtre en tant qu’homme. 4.Aussi on peut se demander si on peut vraiment préférer l’illusion qui réconforte au savoir qui dérange. 5. C’est donc de notre liberté face à la connaissance et la vérité dont nous allons traiter, est-elle limitée par des devoirs ou peut-on faire ce qui nous plaît. 6. Se poser cette question, c’est présupposer que nous avons le choix et que les termes du choix sont bien ceux-là. 7. Nous nous demanderons donc s’il est possible de préférer l’illusion, si on peut légitimement se contenter de ce choix et si ce choix nous est vraiment donner dans ses termes.

  I. Est-il possible de désirer l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? OUI

( transition: tout ce qui est possible, n’est pas forcément légitime; ex.)

II. A-t-on le droit de choisir l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)?

En tant qu’être conscient, raisonnable, actif NON et ce serait un mauvais choix car l’illusion n’est pas bonne.

III. Mais a-t-on vraiment le choix entre les deux?

-quand on est dans l’illusion on ne le sait pas et on croit savoir, donc on ne peut pas juger si l’illusion est meilleure

– le savoir (ou la vérité) n’est peut-être qu’une illusion, on ne peut choisir qu’entre deux illusions

-on ne peut pas préférer l’illusion qui finit toujours par se dissiper, on n’échappe pas au savoir qui dissipe l’illusion ( sauf problème de la mauvaise) OU même avec le savoir, elle ne se dissipe pas ( mauvaise foi, désir plus fort que la raison)

-le choix proposé est discutable aussi car toute illusion n’est pas réconfortante, et tout savoir n’est pas dérangeant

Plan 2

INTRO : 1.Préférer, c’est face à un choix, se déterminer pour une chose ou une personne parce qu’on la juge meilleure ou plus importante que l’autre ou que d’autres. On peut associer le meilleur à ce qui est le plus plaisant, lez plus agréable, en somme le plus désirable pour nous. Car on désire ce dont on manque et ce qu’on se représente comme promesse d’un plaisir futur. 2.Dans ce cas , l’illusion réconfortante semble pouvoir être immédiatement préférable au savoir qui dérange. Mieux vaut prendre ses désirs pour des réalités que se confronter à la réalité frustrante ou pauvre. 3. Mais choisir le meilleur, c’est aussi et surtout vouloir pour nous ce qui est bon, c’est d’ailleurs parce qu’on juge l’agréable, bon , qu’on le recherche. Or l’agréable n’est pas nécessairement bon, comme le montre Socrate dans le Gorgias de Platon, avec l’exemple d’un malade qui refusant l’amertume d’un médicament au nom de l’agréable risque la mort, alors qu’il aspire comme tout homme à rester en vie, qu’il veut recouvrer la santé. Certes la vérité peut être dérangeante, mais elle est peut-être ce qui s’accorde avec ce dont nous avons besoin en tant qu’être raisonnable et conscient, et puis fuir la réalité n’est pas peut-être pas la meilleure solution pour la changer, l’améliorer. 4. Aussi on peut se demander si on peut vraiment préférer l’illusion qui réconforte à la vérité qui dérange. 5. C’est donc du problème de savoir ce qui est le meilleur pour nous, entre la vérité et l’illusion et donc ce qui nous définit entre nos désirs et notre raison.6. Nous nous demanderons donc si une préférence pour l’illusion n’est pas possible, si pour autant l’illusion peut devenir un véritable objet de notre volonté et si,enfin, nous avons le droit de réduire le bon à l’agréable en tant qu’homme.

  I. Est-il possible de désirer l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? OUI, l’illusion est agréable

( transition: le choix du meilleur ne se réduit pas au plus agréable, l’agréable désiré n’est pas forcément le bon voulu)

II. Est-il possible de vouloir l’illusion plutôt que le savoir ( ou la vérité)? NON, l’illusion n’est pas bonne: elle détourne de la réalité ( et fait qu’on s’en contente), elle est contraire à la raison ( esclavage du désir ou de l’ignorance), elle ne provoque qu’une joie superficielle et précaire.

III. En a-t-on le droit? NON ( mais l’homme est un être déraisonnable et le savoir engendre le besoin d’illusion)

OCTOBRE TS2

1/10 

2. les médiations 

  • les autres (suite) : résumé de l’argument de Sartre
  • nos oeuvres ou le cogito pratique de Hegel, TEXTE 2 p120

L’homme se définit comme l’animal qui refuse l’animal en lui et nie la nature hors de lui, d’où éducation et travail & art. Transformer la nature, produire et créer nous permet de nous affirmer comme homme, de mettre dans la matière devant nous la preuve de notre existence ( être au dehors) et de nous contempler à distance dans ce qui porte notre « cachet personnel »; si la création est une oeuvre d’art et non pas un objet de consommation et d’usage, cette inscription dans la matière de nous-même est durable, voir éternelle ( l’oeuvre d’art n’étant ni consommée, ni usée, mais simplement contempler). 

5/10 

  • l’expérience, le vécu: on se découvre en s’épouvant
  • le langage qui est ce qui nous permet de nous penser ( le je dans notre représentation + introspection , mettre des mots sur ce que nous saisissons), de nous raconter ( identité narrative)
  •  

    3. L’hypothèse de Freud 

    distinction entre l’inconscience et l’inconscient : l’inconscience est ce qui peut accompagner nos perceptions TEXTE 1 p. 30 de Leibniz  p. , nos actes, nos intentions, elle n’est pas nécessairement liée à un motif dans l’inconscient, qui est lui, chez Freud, une partie permanente de notre psychisme 

    • la naissance de l’hypothèse à partir des travaux du Dr Breuer sur le cas Anna O.: l’hystérique souffre de réminsicence ( texte 1 p. 36), ses troubles sont un moyen d’exprimer par conversion ce qui a été refoulé dans son inconscient et « l’affect coincé » lié à ce refoulé. Vertu cathartique de la parole , « talking cure « selon Anna.O

    a) les topiques 

    1ère Topique en 1900 dans L’interprétation des rêves 

    7/10 

    2ème Topique ( entre 1915.1920) 

    8/10 

    b) la démarche psychanalytique: principe de l’association d’idées ( texte 3 p 37) basé sur l’idée d’un déterminisme psychique ( texte 2 p. 36), transfert parce que « là où est le ça le moi doit advenir » pour que l’individu retrouve liberté, mémoire et équilibre psychique

    11/10

    c) les critiques de cette hypothèse

    Bien qu’il considère sa théorie comme nécessaire ( la conscience est lacunaire) et légitime ( elle permet de donner du sens à ce qui n’en a pas sans elle, elle a une efficacité thérapeutique, selon lui), Freud les attendait car il savait que la sexualité est un sujet tabou et que, comme il l’écrit en 1916,  »sa théorie  scientifique » imposait à l’homme sa 3ème blessure narcissique ( « à sa mégalomanie ») après Copernic ( théorie héliocentriste est évoqué dès  1514 dans un court traité d’astronomie, mais c’est en 1530 dans un texte publié après sa mort qu’il sera condamné en 1616 à titre posthume par l’Eglise défendant la théorie géocentriste aristotélicienne; Galilée sera lui condamné à abjurer par l’Inquisition en 1633 à propos de la publication de Les deux grands systèmes du monde, où il exposait de manière partiale, semble-t-il, le géocentrisme aristotélicien et la révolution copernicienne, ), et Darwin ( et sa théorie de l’évolution par sélection naturelle exposée en 1859 dans L’origine des espèces , à laquelle s’opposent encore aujord’hui les tenants du créationnisme). L’homme n’est pas le centre de l’univers, n’est qu’un animal évolué et n’est même pas le centre de lui-même: « le moi n’est pas seulement maître dans sa propre maison » contraint qu’il est d’obéir à 3 maîtres : le ça, le surmoi et le principe de réalité.

    • critique épistémologique de Popper ( texte p. 39): la psychanalyse n’est pas une science, ne pouvant satisfaire au critère de falsifiabilité. Après le XIX ème siècle positiviste, qui voit dans l’esprit scientifique ( ou positif) le dernier terme du développement de l’esprit humain, le seul mode de connaissance permettant d’amener au Vrai ( ayant cantonné ses prétentions à répondre à loa question du Comment? – établir les lois universelles des phénomènes observables- et adoptant la méthode expérimentale) et la possibilité d’établir des vérités absolues, le XXème siècle est plus critique. Popper soutient, lui, qu’on ne peut pas établir de vérités en science, car une théorie scientifique est une loi universelle de la nature, et on ne peut faire toute l’expérience possible et nécessaire à sa vérification ( impossible de vérifier la loi de la chute des corps , en faisant tomber tous les corps). On ne peut qu’établir des « corroborées », c’est-à-dire que chaque nouvelle expérience particulière vient confirmer les expériences antérieures sans pour autant pouvoir affirmer que l’on vérifie alors la loi. Par contre on peut, selon lui, être sûr du faux, il suffil d’un seul cas contraire pour ruiner une loi universelle. Mais pour que cela soit possible, il faut que la théorie soit suffisamment précise et poe clairement les conditions et le champs de son application. Une théorie est scientifique si elle doit non pas vérifiable, mais falsifiable. Or ce n’est pas le cas de la théorie de Freud. Et cela parce qu’elle ne laisse rien en dehors de son champs, elle peut tout expliquer y compris une critique de l’inconscient, par un refoulé. C’est pourquoi elle n’est pas scientifique selon Popper. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’a pas de valeur ou d’intérêt, mais elle ne peut bénéficier du label scientifique et de l’autorité qui peut en découler, alors que Freud se met dans la lignée de Copernic et de Darwin. Certains iront jusqu’à dire que c’est un Dogme.

     

    • critique morale d’Alain (reprenant la position de Descartes, je suis une âme et j’ai un corps ( un corps qui n’est que matière et mécanisme) et il n’y a de pensée que par le sujet Je:  texte. P 38): cette hypothèse est une erreur ( on remplace le corps et ses mouvements, instincts par un « autre moi » qui aurait une activité de représentation, donc consciente qui échapperait à ma conscience, c’est incohérent selon Alain.) qui entraîne une faute donnant à l’homme un droit à l’irresponsabilité en se cachant derrière le déterminisme de l’inconscient, alors que l’homme ne peut se défausser devant sa responsabilité face au corps, à la nature en lui.

    14/10

     

     

    = 25 présents. Bravo!! Echanges sur les DM et approche de Peut-on ne pas être conscient de ce que l’on fait?

     

     

    15/10

     = 5 élèves: réflexion libre  sur Dépend-t-il de nous d’être heureux?

     

     Un peu de lecture pour ceux qui ont manqué les 2 heures de philo des 14 et 15 octobre : 

    « L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance. Loin que nous puissions modifier notre situation à notre gré, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous mêmes. Je ne suis « libre » ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, hérédosyphilitique ou tuberculeux. L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. Le coefficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut il «obéir à la nature pour la commander », c’est à dire insérer mon action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu’il ne parait « se faire », l’homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue. L’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie.
    Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut « tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune ». C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est à dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même il est neutre, c’est à dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. Encore ne peut il se manifester de l’une ou l’autre manière qu’à l’intérieur d’un complexe ustensile déjà établi. Sans les pics et les piolets, les sentiers déjà tracés, la technique de l’ascension, le rocher ne serait ni facile ni malaisé à gravir ; la question ne se poserait pas, il ne soutiendrait aucun rapport d’aucune sorte avec la technique de l’alpinisme. Ainsi, bien que les choses brutes […] puis¬sent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites. Si le rocher, même, se révèle comme «trop difficile à gravir », et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme « gravissable »; c’est donc notre liberté qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite.
    […] Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du rêve, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne puis pas pratiquer, par rapport à ma conception, la « mise entre parenthèses » et la suspension de jugement qui distinguera une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu, ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle.
    […] Il faut. en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir [au sens large de choisir] par soi même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à la « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison,.ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader [ou à se faire libérer] c’est à dire que quelle que soit sa condition, il peut pro jeter son évasion et s’apprendre à lui même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est à dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-¬à dire à en prendre une conscience non thétique. Cette distinction essentielle entre la liberté du choix et la liberté d’obtenir a certainement été vue par Descartes, après le stoïcisme. Elle met un terme à toutes les discussions sur «vouloir» et «pouvoir» qui opposent aujourd’hui encore les partisans et les adversaires de la liberté.
    […] C’est donc seulement dans et par le libre surgissement d’une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable. L’homme ne rencontre d’obstacle que dans le champ de sa liberté. Mieux encore : il est impossible de décréter a priori ce qui revient à l’existant brut et à la liberté dans le caractère d’obstacle de tel existant particulier. Ce qui est obstacle pour moi, en effet, ne le sera pas pour un autre. Il n’y a pas d’obstacle absolu, mais l’obstacle révèle son coefficient d’adversité à travers les techniques librement inventées, librement acquises ; il le révèle aussi en fonction de la valeur de la fin posée par la liberté. Ce rocher ne sera pas un obstacle si je veux, coûte que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j’ai librement fixé des limites à mon désir de faire l’ascension projetée. Ainsi le monde, par des coefficients d’adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins que je m’as¬signe ; en sorte que je ne puis jamais savoir s’il me donne un renseignement sur moi ou sur lui. […] A désir égal d’escalade, le rocher sera aisé à gravir pour tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. C’est parce que je suis là et que j’ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à mon corps un coefficient d’adversité. Pour l’avocat demeuré à la ville et qui plaide, le corps dissimulé sous sa robe d’avocat, le rocher n’est ni difficile ni aisé à gravir : il est fondu dans la totalité « monde » sans en émerger aucunement. Et, en un sens, c’est moi qui choisis mon corps comme malingre, en l’affrontant aux difficultés que je fais naître [alpinisme, cyclisme, sport]. Si je n’ai pas choisi de faire du sport, si je demeure dans les villes et si je m’occupe exclusivement de négoce ou de travaux intellectuels, mon corps ne sera aucunement qualifié de ce point de vue. Ainsi commençons nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. » Sartre, L’Etre et le néant

    19/10

    II.B. Du moi au monde: la conscience du monde est-elle connaissance du monde?

    Si la conscience est « dévoilante », si en tant qu’êtres conscients nous sommes , selon Sartre, « les détecteurs de l’être », sortant ce qui est de sa « léthargie » , de sa confuse épaisseur en donnant sens et unité aux choses, à leur co-existence (ex. du paysage : Texte p.26), en créant de la présence  sur fond d’absence par notre attention et nos intérêts , donc si par d’objet sans sujet ( si aussi pas de sujet sans objet, toute conscience est conscience de…,intentionalité vue en I), toute conscience n’est aussi qu’ un point de vue dépendant de :

    • de nos sens, leur structure et leur sensibilité. Ce serait une erreur de croire que ce qu’ils ne perçoivent pas n’est pas ou que ce qu’ils perçoivent est en soi; les qualités sensibles ne sont pas en soi, mais pour so
    • de la nature qui a voilé la réalité pour nous permettre de survivre , en trouvant au plus vite une réponse appropriée, d’où une vision utilitaire et simplificatrice de la réalité, où on groassit les acractéristiques communes et on gomme les particularités individuelles, représentation de la réalité que le découpage de la langue va reprendre à son compte. Et nous pensons avec les mots, nous nous représentons le monde à travers eux !

    Texte: 

    « Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature.[..]Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses. Sans doute l’homme est déjà très supérieur à l’animal sur ce point. Il est peu probable que l’œil du loup fasse une différence entre le chevreau et l’agneau ; ce sont là, pour le loup, deux proies identiques, étant également faciles à saisir, également bonnes à dévorer. Nous faisons, nous, une différence entre la chèvre et le mouton ; mais distinguons-nous une chèvre d’une chèvre, un mouton d’un mouton ? L’individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu’il ne nous est pas matériellement utile de l’apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d’un autre homme), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique.Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. » ( Suite p. 98, texte 1) Bergson, Le rire, 1900

    • heureusement selon Bergson la nature a laissé à certains d’entre nous un coin du voile levé, ce sont les artistes qui peuvent s’arracher à une representation utilitaire ( et quantitative du monde) pour le contempler et en saisir des qualités ( les couleurs pour le peintre, les formes pour le sculpteur et la vie de l’esprit pour le poéte, celle de la nature pour le musicien) et à travers leurs oeuvres d’art, ils nous oblie à voir autrement le monde, à distance, sans le rapport utilitaire ( on ne mange pas un mouton peint, sculpté…).
    • L’art éduque notre regard, nous ouvre les yeux et nous permet de saisir la beauté de la nature, en elle-même an-esthétique

    « Qu’est-ce donc que la Nature? Elle n’est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C’est dans notre cerveau qu’elle s’éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l’existence. A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n’existèrent qu’au jour où l’art les inventa. Maintenant, il faut l’avouer, nous en avons à l’excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d’une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode d onne la bronchite aux gens stupides. Là où l’homme cultivé saisit un effet, l’homme d’esprit inculte attrape un rhume.
    Soyons donc humains et prions l’Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l’a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l’on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mouvantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d’admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubigny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchanteurs. En vérité, il y a des moments, rares il est vrai,qu’on peut cependant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s’y fier toujours. Le fait est qu’elle se trouve dans une malheureuse position. L’Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l’imitation peut devenir la forme la plus sincère de l’inculte,
    se met à répéter cet effet jusqu’à ce que nous en devenions absolument las. Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de
    l’art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme ».
    Oscar Wilde, « Le déclin du mensonge », Intentions (1928),

    • Là aussi dans notre rapport au monde les autres sont précieux: « autrui est la pièce maîtresse de mon univers « dira magnifiquement  Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du pacifique donnant par sa présence l’échelle,assurant de la permanence du monde et de la réalité de ce qui est perçu en ajoutant à ma perspective la sienne, les siennes…

     » La solitude n’est pas une situation immuable ou je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C’est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais en eux sociétés humaines également imaginaires : l’équipage disparu et les habitants de l’île, car je la croyais peuplée. J’étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis l’île s’est révélée déserte. J’avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s’enfonçait dans la nuit. Leurs voix s’étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l’inexorable travail.

    Je sais maintenant que chaque homme porte en lui – et comme au-dessus de lui – un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables, Privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers… Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l’usage de la parole, et je combats de toute l’ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent ellesmêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu’un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d’un monument, ce n’est pas par goût de l’accessoire. Les personnages donnent l’échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles qui ajoutent au point de vue réel de l’observateur d’indispensables virtualités.

    A Speranza, il n’y a qu’un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s’est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles – des paramètres au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L’île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d’interpolations et d’extrapolations qui la différenciait et la douait d’intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n’ai pris conscience de cette fonction – comme de bien d’autres – qu’à mesure qu’elle se dégradait en moi. Aujourd’hui, c’est chose faite. Ma vision de l’île est réduite à elle-même. Ce que je n’en vois pas est un inconnu absolu. Partout où je ne suis as actuellement règne une nuit insondable. Je constate d’ailleurs en écrivant ces lignes que l’expérience qu’elles tentent de restituer non seulement est sans précédent, mais contrarie dans leur essence même les mots que j’emploie. Le langage relève en effet d’une façon fondamentale de cet univers peupléoù les autres sont comme autant de phares créant autour d’eux un îlot lumineux à l’intérieur duquel tout est – sinon connu – du moins connaissable. Les phares ont disparu de mon champ. Nourrie par ma fantaisie, leur lumière est encore longtemps parvenue jusqu’à moi. Maintenant, c’en est fait, les ténèbres m’environnent.

    Et ma solitude n’attaque pas que l’intelligibilité des choses. Elle mine jusqu’au fondement même de leur existence. De plus en plus, je suis assailli de doutes sur la véracité du témoignage de mes sens. Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d’autres que moi la foulent. Contre l’illusion d’optique, le mirage, l’hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l’audition… le rempart le plus sûr, c’est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu’un, grands dieux, quelqu’un. »

    21/10

     conclusion: Si la conscience de soi n’est pas connaissance de soi mais sa condition, on peut se demander si elle est vraiment un privilège?

    un privilège, c’est d’abord ce qui est réservé aux uns et refusé aux autres. C’est ce qui est au cœur du débat sur la différence entre l’homme et l’animal: cette différence est-elle de degré ou de nature?

     On peut  penser que l’enjeu de ce débat a été au départ :

    1. d’affirmer la supériorité de l’homme sur la nature, qu’on trouve dans la religion , où les autres créatures sont à disposition de l’homme. L’homme est donc autorisé à devenir comme le dit Descartes « comme maître et possesseur de la nature » ( « comme » car le Maître reste Dieu et parce que comme le dit  Bacon  » on ne commande à la nature qtu’en lui obéissant »).
    2. de cerner la spécificité de l’homme pour affirmer l’unité du genre humain, masquée  par la diversité culturelle associée à cause d’ethnocentrisme à une diversité naturelle ( une seule culture, une seule voie pour l’humanité : la mienne, celle de ma culture!! Dès lors tout ce qui est différent est considéré au mieux comme sous-développé, au pire comme sauvage , barbare ( et même Montaigne dans les cannibales [Essais livre I chap 3, p 80. 83] ou le mythe du XVIII ème du bon sauvage restent en un sens  dans cette lignée, si le bon sauvage n’a pas été dénaturé par la culture, c’est parce qu’il est resté à l’état naturel, donc il est renvoyé du côté de la nature!). En ce sens Descartes,  soutenant la théorie des animaux-machines texte 1 p.332 , précise « mon opinion n’est pas si cruelle aux animaux qu’elle est favorable aux hommes« 
    3. d’affirmer que le respect du à l’homme n’est pas seulement une convention culturelle ou relative à certains intérêts ( comme on peut prêter aux choses une valeur marchande , affective ou utilitaire qui ne dure que le temps de la demande, l’affection ou l’utilisation) mais fondé en nature. Ce n’est pas que ce respect soit un choix avantageux, c’est qu’il s’impose par la nature même de l’homme comme sujet ( qui posant des valeurs a dès lors une valeur  absolue, en soi, qui n’est liée à rien, qui ne dépend de rien ‡ relatif )

    Mais on peut penser que

    1. l’homme se passe désormais d’autorisation  pour dominer ( et même écraser la nature) car la nature n’est plus vue que comme matière soumise à des lois dans la perspective technico-scientifique. La vision technique a désenchanté le monde.
    2. même si cette idée d’une unité du genre humain sous la diversité culturelle qui ne sont que des variations sur un même thème [ – invariants culturels ( mariage solennel, religion, sépulture selon Vico) et nécessité de développer des aptitudes et outils pour compenser l’absence de dotation naturelle – mythe de Prométhée- , développement permis par l’absence d’instinct et une place pour une perfectibilité. Cf texte Edgard Morin, « l’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par culture » , l’homme comme résultat d’un triple processus de cérébralisation, culturisation et juvénilisation. Texte p. 76] n’est pas encore admise par tous, elle est reconuue par la majorité des hommes.

    Donc si ce débat peut encore avoir lieu, c’est plutôt dans une logique de progrés du droit et d’éveil des consciences, pour la cause animale et pour étendre aux animaux le respect du à l’homme, en tant que sujet. ( une extension qui semble légitime : le stade du miroir, la maîtrise de « mots », la définition de valeurs ( utile/nuisible à la survie, douloureux/agréable), les stratégies intelligentes, des signes de culture – développement de savoir-faire-, des comportements « moraux » étants observés chez certains animaux supérieurs)

    un privilège, c’est ensuite un avantage:

    1. la conscience de soi est un avantage dans le sens où la connaissance est supérieure à l’ignorance pour nous, où la réflexion permet l’évolution et l’action sur soi, où elle permet la liberté ( l’écart crée par la conscience réfléchie permet de rompre avec l’immédiateté, de ne pas simplement subir ou réagir, mais agir et choisir.
    2. MAIS la connaissance peut être douloureuse, la conscience morale qui découle de la conscience peut être frustrante et trop exigeante, la dignité ( valeur absolue) entraîne des devoirs ( Noblesse oblige! Texte 2 de V. Jankélévitch, p.433) et la liberté est synonyme de responsabilité.

    Une responsabilité d’autant plus lourde à porter si on reconnaît avec Sartre que si chez l’objet inconscient « l’essence précède l’existence » , chez le sujet conscient « l’existence précède l’essence » texte 1 p.424. L’objet est déjà défini avant même d’exister dans la tête de son créateur, mais un sujet est par définition indéfini, il est « une nuée de possibilités » et c’est par son existence qu’il va se définir. Même s’il y  a des éléments donnés ( corps, passé, héritage…), une situation non choisie que Sartre appelle « la condition humaine » par opposition à la nature humaine ( limites a priori : être mortel; être au milieu des autres ; être au travail),ils ne sont pas déterminants au point de m’ôter choix, liberté et responsabilité. C’est moi qui détermine leur poids, leur sens, leur valeur et je ne peux donc m’en servir comme excuse ou comme guide. Je suis seul face à mes choix, à mes projets et par eux je me définis et je définis l’homme. D’où une liberté angoissante et une responsabilité écrasante qu’on cherche à alléger sans cesse – ce qui est en même temps l’aveu de notre sentiment de responsabilité!!- : « les circonstances ont été contre moi », « l’erreur est humaine », « tout le monde ne fait pas comme moi », « l’obstacle m’a obligé à faire demi-tour », « j’étais aveuglé par la passion », « j’étais déterminé à mon insu par mon inconscient », etc….

    22/10

    correction DM: suis-je ce que je crois être? et être conscient de soi est-ce être maître de soi?

    DS 2H le 9/11/2010

    OCTOBRE ES1

    1/10

    2. les médiations

    • les autres (Suite)

    -qui sont des alter ego, des autres moi, des moi qui ne sont pas moi, mais dans lesquels je peux me voir à distance ( même si cet écart entre moi et l’autre est peut être irréductible,quand je veux le connaître)

    – qui sont ceux qui m’obligent à me voir et à me juger, texte de Sartre sur la honte, où je deviens objet de la conscience de l’autre, contraint de me voir tel que je suis et de me juger; d’où « l’enfer c’est les autres » dans Huis clos

    « La honte réalise donc une relation intime de moi avec moi : j’ai découvert par la honte un aspect de mon être. Et pourtant, bien que certaines formes complexes et dérivées de la honte puissent apparaître sur le plan réflexif, la honte n’est pas originellement un phénomène de réflexion. En effet, quels que soient les résultats que l’on puisse obtenir dans la solitude par la pratique religieuse de la honte, la honte dans sa structure première est honte devant quelqu’un. Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi je ne le juge ni le blâme, je le vis simplement, je le réalise sur le mode du pour-soi. Mais voici tout à coup que je lève la tête : quelq’un était là et m’a vu. Je réalise tout à coup la vulgarité de mon geste et j’ai honte. Il est certain que ma honte n’est pas réflexive, car la présence d’autrui à ma conscience, fût-ce à la manière d’un catalyseur, est incompatible avec l’attitude réflexive ; dans le champ de la réflexion je ne peux jamais rencontrer que la conscience qui est mienne. Or autrui est le médiateur entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. Et par l’apparition même d’autrui, je suis mis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c’est comme objet que j’apparais à autrui. Mais pourtant cet objet apparu à autrui, ce n’est pas une vaine image dans l’esprit d’un autre. Cette image en effet serait entièrement imputable à autrui et ne saurait me « toucher ». Je pourrais ressentir de l’agacement, de la colère en face d’elle, comme devant un mauvais portrait de moi, qui me prête une laideur ou une bassesse d’expression que je n’ai pas ; mais je ne saurais être atteint jusqu’aux moelles : la honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit ».

    •  l’expérience vécue où on se découvre en s’éprouvant
    • nos oeuvres ou le cogito pratique de Hegel, TEXTE 2 p120

    3. l’inconscient de Freud

    a) distinction entre l’inconscience et l’inconscient : l’inconscience est ce qui peut accompagner nos perceptions TEXTE 1 p. 30 de Leibniz  p. , nos actes, nos intentions, elle n’est pas nécessairement liée à un motif dans l’inconscient, qui est lui, chez Freud, une partie permanente de notre psychisme

    • la naissance de l’hypothèse à partir des travaux du Dr Breuer sur le cas Anna O.: l’hystérique souffre de réminsicence ( texte 1 p. 36), ses troubles sont un moyen d’exprimer par conversion ce qui a été refoulé dans son inconscient et « l’affect coincé » lié à ce refoulé. Vertu cathartique de la parole , « talking cure « selon Anna.O

    4/10

    b) les topiques

    1ère Topique en 1900 dans L’interprétation des rêves

    2ème Topique ( entre 1915.1920)

    7/10

    reprise de la 2ème topique

    c) la démarche psychanalytique: principe de l’association d’idées ( texte 3 p 37) basé sur l’idée d’un déterminisme psychique ( texte 2 p. 36), transfert parce que « là où est le ça le moi doit advenir » pour que l’individu retrouve liberté, mémoire et équilibre psychique

    8/10

    d) critique de cette hypothèse

    – une critique à laquelle Freud s’attendait son hypothèse étant selon lui la 3ème blessure narcissique infligé à l’homme par la science et introduisant la sexualité comme premier moteur de notre vie psychique

    • critique épistémologique: Popper Texte 2 p 39
    • critique morale : Alain Texte 1 p 38

    B. Du moi au monde: la conscience du monde est-elle connaissance?

    Si la conscience est « dévoilante », si en tant qu’êtres conscients nous sommes , selon Sartre, « les détecteurs de l’être », sortant ce qui est de sa « léthargie » , de sa confuse épaisseur en donnant sens et unité aux choses, à leur co-existence (ex. du paysage : Texte p.26), en créant de la présence  sur fond d’absence par notre attention et nos intérêts , donc si par d’objet sans sujet ( si aussi pas de sujet sans objet, toute conscience est conscience de…,intentionalité vue en I), toute conscience n’est aussi qu’ un point de vue dépendant de :

    • de nos sens, leur structure et leur sensibilité. Ce serait une erreur de croire que ce qu’ils ne perçoivent pas n’est pas ou que ce qu’ils perçoivent est en soi; les qualités sensibles ne sont pas en soi, mais pour soi

    11/10

    • de la nature qui a voilé la réalité pour nous permettre de survivre , en trouvant au plus vite une réponse appropriée, d’où une vision utilitaire et simplificatrice de la réalité, où on groassit les acractéristiques communes et on gomme les particularités individuelles, représentation de la réalité que le découpage de la langue va reprendre à son compte. Et nous pensons avec les mots, nous nous représentons le monde à travers eux !

    Texte: 

    « Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature.[..]Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses. Sans doute l’homme est déjà très supérieur à l’animal sur ce point. Il est peu probable que l’œil du loup fasse une différence entre le chevreau et l’agneau ; ce sont là, pour le loup, deux proies identiques, étant également faciles à saisir, également bonnes à dévorer. Nous faisons, nous, une différence entre la chèvre et le mouton ; mais distinguons-nous une chèvre d’une chèvre, un mouton d’un mouton ? L’individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu’il ne nous est pas matériellement utile de l’apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d’un autre homme), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique.Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. » ( Suite p. 98, texte 1) Bergson, Le rire, 1900

    • heureusement selon Bergson la nature a laissé à certains d’entre nous un coin du voile levé, ce sont les artistes qui peuvent s’arracher à une representation utilitaire ( et quantitative du monde) pour le contempler et en saisir des qualités ( les couleurs pour le peintre, les formes pour le sculpteur et la vie de l’esprit pour le poéte, celle de la nature pour le musicien) et à travers leurs oeuvres d’art, ils nous oblie à voir autrement le monde, à distance, sans le rapport utilitaire ( on ne mange pas un mouton peint, sculpté…).
    • L’art éduque notre regard, nous ouvre les yeux et nous permet de saisir la beauté de la nature, en elle-même an-esthétique

    « Qu’est-ce donc que la Nature? Elle n’est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C’est dans notre cerveau qu’elle s’éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l’existence. A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n’existèrent qu’au jour où l’art les inventa. Maintenant, il faut l’avouer, nous en avons à l’excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d’une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode d onne la bronchite aux gens stupides. Là où l’homme cultivé saisit un effet, l’homme d’esprit inculte attrape un rhume.
    Soyons donc humains et prions l’Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l’a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l’on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mouvantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d’admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubigny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchanteurs. En vérité, il y a des moments, rares il est vrai,qu’on peut cependant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s’y fier toujours. Le fait est qu’elle se trouve dans une malheureuse position. L’Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l’imitation peut devenir la forme la plus sincère de l’inculte,
    se met à répéter cet effet jusqu’à ce que nous en devenions absolument las. Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de
    l’art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme ».
    Oscar Wilde, « Le déclin du mensonge », Intentions (1928),

    • Là aussi dans notre rapport au monde les autres sont précieux: « autrui est la pièce maîtresse de mon univers « dira magnifiquement  Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du pacifique donnant par sa présence l’échelle,assurant de la permanence du monde et de la réalité de ce qui est perçu en ajoutant à ma perspective la sienne, les siennes…

     La solitude n’est pas une situation immuable ou je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C’est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais en eux sociétés humaines également imaginaires : l’équipage disparu et les habitants de l’île, car je la croyais peuplée. J’étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis l’île s’est révélée déserte. J’avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s’enfonçait dans la nuit. Leurs voix s’étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l’inexorable travail.

    Je sais maintenant que chaque homme porte en lui – et comme au-dessus de lui – un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables, Privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers… Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l’usage de la parole, et je combats de toute l’ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent ellesmêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu’un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d’un monument, ce n’est pas par goût de l’accessoire. Les personnages donnent l’échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles qui ajoutent au point de vue réel de l’observateur d’indispensables virtualités.

    A Speranza, il n’y a qu’un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s’est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles – des paramètres au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L’île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d’interpolations et d’extrapolations qui la différenciait et la douait d’intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n’ai pris conscience de cette fonction – comme de bien d’autres – qu’à mesure qu’elle se dégradait en moi. Aujourd’hui, c’est chose faite. Ma vision de l’île est réduite à elle-même. Ce que je n’en vois pas est un inconnu absolu. Partout où je ne suis as actuellement règne une nuit insondable. Je constate d’ailleurs en écrivant ces lignes que l’expérience qu’elles tentent de restituer non seulement est sans précédent, mais contrarie dans leur essence même les mots que j’emploie. Le langage relève en effet d’une façon fondamentale de cet univers peupléoù les autres sont comme autant de phares créant autour d’eux un îlot lumineux à l’intérieur duquel tout est – sinon connu – du moins connaissable. Les phares ont disparu de mon champ. Nourrie par ma fantaisie, leur lumière est encore longtemps parvenue jusqu’à moi. Maintenant, c’en est fait, les ténèbres m’environnent.

    Et ma solitude n’attaque pas que l’intelligibilité des choses. Elle mine jusqu’au fondement même de leur existence. De plus en plus, je suis assailli de doutes sur la véracité du témoignage de mes sens. Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d’autres que moi la foulent. Contre l’illusion d’optique, le mirage, l’hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l’audition… le rempart le plus sûr, c’est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu’un, grands dieux, quelqu’un.

     

    14/10

     = 1 élève

    15/10 

     = 1 élève

    Un peu de lecture: 

    « L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance. Loin que nous puissions modifier notre situation à notre gré, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous mêmes. Je ne suis « libre » ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, hérédosyphilitique ou tuberculeux. L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. Le coefficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut il «obéir à la nature pour la commander », c’est à dire insérer mon action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu’il ne parait « se faire », l’homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue. L’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie.
    Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut « tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune ». C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est à dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même il est neutre, c’est à dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. Encore ne peut il se manifester de l’une ou l’autre manière qu’à l’intérieur d’un complexe ustensile déjà établi. Sans les pics et les piolets, les sentiers déjà tracés, la technique de l’ascension, le rocher ne serait ni facile ni malaisé à gravir ; la question ne se poserait pas, il ne soutiendrait aucun rapport d’aucune sorte avec la technique de l’alpinisme. Ainsi, bien que les choses brutes […] puis¬sent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites. Si le rocher, même, se révèle comme «trop difficile à gravir », et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme « gravissable »; c’est donc notre liberté qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite.
    […] Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du rêve, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne puis pas pratiquer, par rapport à ma conception, la « mise entre parenthèses » et la suspension de jugement qui distinguera une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu, ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle.
    […] Il faut. en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir [au sens large de choisir] par soi même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à la « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison,.ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader [ou à se faire libérer] c’est à dire que quelle que soit sa condition, il peut pro jeter son évasion et s’apprendre à lui même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est à dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-¬à dire à en prendre une conscience non thétique. Cette distinction essentielle entre la liberté du choix et la liberté d’obtenir a certainement été vue par Descartes, après le stoïcisme. Elle met un terme à toutes les discussions sur «vouloir» et «pouvoir» qui opposent aujourd’hui encore les partisans et les adversaires de la liberté.
    […] C’est donc seulement dans et par le libre surgissement d’une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable. L’homme ne rencontre d’obstacle que dans le champ de sa liberté. Mieux encore : il est impossible de décréter a priori ce qui revient à l’existant brut et à la liberté dans le caractère d’obstacle de tel existant particulier. Ce qui est obstacle pour moi, en effet, ne le sera pas pour un autre. Il n’y a pas d’obstacle absolu, mais l’obstacle révèle son coefficient d’adversité à travers les techniques librement inventées, librement acquises ; il le révèle aussi en fonction de la valeur de la fin posée par la liberté. Ce rocher ne sera pas un obstacle si je veux, coûte que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j’ai librement fixé des limites à mon désir de faire l’ascension projetée. Ainsi le monde, par des coefficients d’adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins que je m’as¬signe ; en sorte que je ne puis jamais savoir s’il me donne un renseignement sur moi ou sur lui. […] A désir égal d’escalade, le rocher sera aisé à gravir pour tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. C’est parce que je suis là et que j’ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à mon corps un coefficient d’adversité. Pour l’avocat demeuré à la ville et qui plaide, le corps dissimulé sous sa robe d’avocat, le rocher n’est ni difficile ni aisé à gravir : il est fondu dans la totalité « monde » sans en émerger aucunement. Et, en un sens, c’est moi qui choisis mon corps comme malingre, en l’affrontant aux difficultés que je fais naître [alpinisme, cyclisme, sport]. Si je n’ai pas choisi de faire du sport, si je demeure dans les villes et si je m’occupe exclusivement de négoce ou de travaux intellectuels, mon corps ne sera aucunement qualifié de ce point de vue. Ainsi commençons nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. »

     

    Sartre, L’Etre et le néant

    18/10

    conclusion: Si la conscience de soi n’est pas connaissance de soi mais sa condition, on peut se demander si elle est vraiement un privilège?

    un privilège, c’est d’abord ce qui est réservé aux uns et refusé aux autres. C’est ce qui est au coeur du débat sur la différence entre l’homme et l’animal: cette différence est-elle de degré ou de nature?

     On peut  penser que l’enjeu de ce débat a été au départ :

    1. d’affirmer la supériorité de l’homme sur la nature, qu’on trouve dans la religion , où les autres créatures sont à disposition de l’homme. L’homme est donc autorisé à devenir comme le dit Descartes « comme maître et possesseur de la nature » ( « comme » car le Maître reste Dieu et parce que comme le dit  Bacon  » on ne commande à la nature qtu’en lui obéissant »).
    2. de cerner la spécificité de l’homme pour affirmer l’unité du genre humain, masquée  par la diversité culturelle associée à cause d’ethnocentrisme à une diversité naturelle ( une seule culture, une seule voie pour l’humanité : la mienne, celle de ma culture!! Dès lors tout ce qui est différent est considéré au mieux comme sous-développé, au pire comme sauvage , barbare ( et même Montaigne dans les cannibales [Essais livre I chap 3, p 80. 83] ou le mythe du XVIIIème du bon sauvage restent en un sens  dans cette lignée, si le bon sauvage n’a pas été dénaturé par la culture, c’est parce qu’il est resté à l’état naturel, donc il est renvoyé du côté de la nature!). En ce sens Descartes,  soutenant la théorie des animaux-machines texte 1 p.332 , précise « mon opinion n’est pas si cruelle aux animaux qu’elle est favorable aux hommes« 
    3. d’affirmer que le respect du à l’homme n’est pas seulement une convention culturelle ou relative à certains intérêts ( comme on peut prêter aux choses une valeur marchande , affective ou utilitaire qui ne dure que le temps de la demande, l’affection ou l’utilisation) mais fondé en nature. Ce n’est pas que ce respect soit un choix avantageux, c’est qu’il s’impose par la nature même de l’homme comme sujet ( qui posant des valeurs a dès lors une valeur  absolue, en soi, qui n’est liée à rien, qui ne dépend de rien ‡ relatif )

    Mais on peut penser que

    1. l’homme se passe désormais d’autorisation  pour dominer ( et même écraser la nature) car la nature n’est plus vue que comme matière soumise à des lois dans la perspective technico-scientifique. La vision technique a désenchanté le monde.
    2. même si cette idée d’une unité du genre humain sous la diversité culturelle qui ne sont que des variations sur un même thème [ – invariants culturels ( mariage solennel, religion, sépulture selon Vico) et nécessité de développer des aptitudes et outils pour compenser l’absence de dotation naturelle – mythe de Prométhée- , développement permis par l’absence d’instinct et une place pour une perfectibilité. Cf texte Edgard Morin, « l’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par culture » , l’homme comme résultat d’un triple processus de cérébralisation, culturisation et juvénilisation. Texte p. 76] n’est pas encore admise par tous, elle est reconuue par la majorité des hommes.

    Donc si ce débat peut encore avoir lieu, c’est plutôt dans une logique de progrés du droit et d’éveil des consciences, pour la cause animale et pour étendre aux animaux le respect du à l’homme, en tant que sujet. ( une extension qui semble légitime : le stade du miroir, la maîtrise de « mots », la définition de valeurs ( utile/nuisible à la survie, douloureux/agréable), les stratégies intelligentes, des signes de culture – développement de savoir-faire-, des comportements « moraux » étants observés chez certains animaux supérieurs)

    un privilège, c’est ensuite un avantage:

    1. la conscience de soi est un avantage dans le sens où la connaissance est supérieure à l’ignorance pour nous, où la réflexion permet l’évolution et l’action sur soi, où elle permet la liberté ( l’écart crée par la conscience réfléchie permet de rompre avec l’immédiateté, de ne pas simplement subir ou réagir, mais agir et choisir.
    2. MAIS la connaissance peut être douloureuse, la conscience morale qui découle de la conscience peut être frustrante et trop exigeante, la dignité ( valeur absolue) entraîne des devoirs ( Noblesse oblige! Texte 2 de V. Jankélévitch, p.433) et la liberté est synonyme de responsabilité.

    Une responsabilité d’autant plus lourde à porter si on reconnaît avec Sartre que si chez l’objet inconscient « l’essence précède l’existence » , chez le sujet conscient « l’existence précède l’essence » texte 1 p.424. L’objet est déjà défini avant même d’exister dans la tête de son créateur, mais un sujet est par définition indéfini, il est « une nuée de possibilités » et c’est par son existence qu’il va se définir. Même s’il y  a des éléments donnés ( corps, passé, héritage…), une situation non choisie que Sartre appelle « la condition humaine » par opposition à la nature humaine ( limites a priori : être mortel; être au milieu des autres ; être au travail),ils ne sont pas déterminants au point de m’ôter choix, liberté et responsabilité. C’est moi qui détermine leur poids, leur sens, leur valeur et je ne peux donc m’en servir comme excuse ou comme guide. Je suis seul face à mes choix, à mes projets et par eux je me définis et je définis l’homme. D’où une liberté angoissante et une responsabilité écrasante qu’on cherche à alléger sans cesse – ce qui est en même temps l’aveu de notre sentiment de responsabilité!!- : « les circonstances ont été contre moi », « l’erreur est humaine », « tout le monde ne fait pas comme moi », « l’obstacle m’a obligé à faire demi-tour », « j’étais aveuglé par la passion », « j’étais déterminé à mon insu par mon inconscient », etc….

    21/10

    Correction du DM : suis-je ce que je crois être? et être conscient de soi est-ce être maître de soi?

    22/10

    DS prévu maintenu.

    OCTOBRE STG1

    1/10

    le bonheur sera donc l’accord avec le monde et mes désirs, cela laisse penser qu’il soit une part de chance pour être heureux, soit même des condtions objectives dans le monde pour être heureux.

    C’est la thèse de ceux qui prétendent mesurer le bien-être des hommes avec PIB, puis IDH ( ajoutant l’espérance de vie et le niveau de formation)  et enfin l’IBM de Pierre Le Roy en 2000.

    • Réflexion sur les critères de l’IBM : L’indice du bonheur mondial part de la question suivante : qu’est-ce qu’un monde heureux ? Les 4 volets développés plus loin répondent à la question : un monde heureux est un      monde en paix ; c’est un monde où les droits de l’homme sont respectés ; c’est un monde où la qualité de la vie est élevée ; c’est un monde où chacun peut se former, s’informer et communiquer avec les autres.

    – La paix et la sécurité L’indice prend en compte dix facteurs : charges nucléaires, dépenses militaires, commerce des armes, victimes de conflits armés majeurs, corruption, morts violentes, réfugiés, victimes de catastrophes naturelles, sécurité économique et financière, espérance de vie à la naissance.

    – La démocratie et les droits de l’homme L’indice prend en compte dix facteurs : nombre d’habitants “libres”, niveau moyen de liberté, liberté de la presse, peine de mort, droit des femmes, proportion de femmes parlementaires, taux de scolarisation des femmes, droits des enfants, droits des jeunes, travail des enfants.

    – La qualité de la vie L’indice prend en compte dix facteurs : PIB mondial par individu, disparité du PIB mondial par individu, espérance de vie à la naissance, indicateur de pauvreté humaine, inégalités internes aux pays, suicides, teneur en CO2 dans l’atmosphère, l’accès à des points d’eau aménagés, état des forêts, pollution de l’air.

    – La recherche, la formation, l’information et la communication L’indice prend en compte dix facteurs : développement de la recherche, niveau d’instruction, disparités du niveau d’instruction, nombre d’exemplaires de journaux quotidiens, postes de radio et de télévision, autres moyens de communication, fracture digitale, nombre de livres, nombre de films, voyages touristiques internationaux.

    Remarques: dans ces critères n’apparaissent pas la famille, l’amour, les relations humaines et sociales; ces critères dépendent de certaines valeurs et normes culturelles; penser que ces facteurs suffisent pour être heureux, c’est faire croire que s’ ils sont réunis on peut et doit en un sens être heureux ( d’où redoublement du malheur comme échec personnel, d’autant plus qu’on a le droit désormais d’être heureux ici bas sur terre) et c’est faore croire que l’obstacle au bonheur est extérieur, alors qu’on peut penser qu’il est plutôt intérieur.

    I. les obstacles intérieurs au bonheur

    • notre constitution selon Freud
    • notre conscience malheureuse d’où divertissement selon Pascal
    • le désir
    1. distinction entre besoin, pulsion, envie et désir comme recherche de l’absolu
    2. analyse des raions de notre insatisfaction alors que le désir est un appetit conscient portant sur un objet bien déterminé et choisi car non vital.
    • présentation du mythe de l’androgyne d’Aristophane dans le Banquet de Platon : l’insatisfaction vient de la nature du manque à combler, un manque infini que rien de fini ne peut combler d’où le fait que l’on va de désir en désir sans trouver de satiété: le tonneau des Danaïdes

    8/10

    •  ce même manque fait que le désir est recherche de l’absoulu, d’où une tendance à absolutiser l’objet du désir, ce que Stendhal appelle concernant l’amour « la cristallisation » et l’écart entre l’idéal et le réel
    • il y a aussi écart entre l’objet apparent du désir et son objet réel qui n’est autre que le désir lui même
    1. soit le fait de désirer
    2. soit le fait d’être désiré

    II. les solutions

    A. renoncer au désir: l’ascétisme de Schopenhauer, « euthanasier le Vouloir-vivre »

    B. réduire ses désirs: les sagesses antiques: stoïciens et épicuriens

    – une technique commune pour parvenir à l’ataraxie: distinguer ce qui dépend de nous ( représentation etdésir) et ce qui ne dépend pas de nous

    – étude de la Lettre à Ménécée, d’Epicure et du Tétrapharmakon

    15/10

     = 1 élève

     

    Un peu de lecture: 

    « L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance. Loin que nous puissions modifier notre situation à notre gré, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous mêmes. Je ne suis « libre » ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, hérédosyphilitique ou tuberculeux. L’histoire d’une vie, quelle qu’elle soit, est l’histoire d’un échec. Le coefficient d’adversité des choses est tel qu’il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut il «obéir à la nature pour la commander », c’est à dire insérer mon action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu’il ne parait « se faire », l’homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue. L’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie.
    Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut « tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune ». C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est à dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même il est neutre, c’est à dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. Encore ne peut il se manifester de l’une ou l’autre manière qu’à l’intérieur d’un complexe ustensile déjà établi. Sans les pics et les piolets, les sentiers déjà tracés, la technique de l’ascension, le rocher ne serait ni facile ni malaisé à gravir ; la question ne se poserait pas, il ne soutiendrait aucun rapport d’aucune sorte avec la technique de l’alpinisme. Ainsi, bien que les choses brutes […] puis¬sent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites. Si le rocher, même, se révèle comme «trop difficile à gravir », et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme « gravissable »; c’est donc notre liberté qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite.
    […] Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du rêve, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne puis pas pratiquer, par rapport à ma conception, la « mise entre parenthèses » et la suspension de jugement qui distinguera une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu, ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle.
    […] Il faut. en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir [au sens large de choisir] par soi même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à la « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison,.ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader [ou à se faire libérer] c’est à dire que quelle que soit sa condition, il peut pro jeter son évasion et s’apprendre à lui même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est à dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-¬à dire à en prendre une conscience non thétique. Cette distinction essentielle entre la liberté du choix et la liberté d’obtenir a certainement été vue par Descartes, après le stoïcisme. Elle met un terme à toutes les discussions sur «vouloir» et «pouvoir» qui opposent aujourd’hui encore les partisans et les adversaires de la liberté.
    […] C’est donc seulement dans et par le libre surgissement d’une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable. L’homme ne rencontre d’obstacle que dans le champ de sa liberté. Mieux encore : il est impossible de décréter a priori ce qui revient à l’existant brut et à la liberté dans le caractère d’obstacle de tel existant particulier. Ce qui est obstacle pour moi, en effet, ne le sera pas pour un autre. Il n’y a pas d’obstacle absolu, mais l’obstacle révèle son coefficient d’adversité à travers les techniques librement inventées, librement acquises ; il le révèle aussi en fonction de la valeur de la fin posée par la liberté. Ce rocher ne sera pas un obstacle si je veux, coûte que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j’ai librement fixé des limites à mon désir de faire l’ascension projetée. Ainsi le monde, par des coefficients d’adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins que je m’as¬signe ; en sorte que je ne puis jamais savoir s’il me donne un renseignement sur moi ou sur lui. […] A désir égal d’escalade, le rocher sera aisé à gravir pour tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. C’est parce que je suis là et que j’ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à mon corps un coefficient d’adversité. Pour l’avocat demeuré à la ville et qui plaide, le corps dissimulé sous sa robe d’avocat, le rocher n’est ni difficile ni aisé à gravir : il est fondu dans la totalité « monde » sans en émerger aucunement. Et, en un sens, c’est moi qui choisis mon corps comme malingre, en l’affrontant aux difficultés que je fais naître [alpinisme, cyclisme, sport]. Si je n’ai pas choisi de faire du sport, si je demeure dans les villes et si je m’occupe exclusivement de négoce ou de travaux intellectuels, mon corps ne sera aucunement qualifié de ce point de vue. Ainsi commençons nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. »

    Sartre, L’Etre et le néant

    22/10

    Problème du jour: pourquoi alors qu’il n’y a ni blocus, ni manifestation, seulement 2 élèves sur 22!!

     devoir maison pour TOUS  pour le 5/11,  Sur le texte de Tocqueville p. 243, répondre aux questions suivantes:

     Questions:

    1. dégagez la thèse de l’auteur. ( la repérer dans le texte si elle est explicite ET l’expliquer le plus précisément possible avec vos propres mots)
    2. dégagez les étapes de l’argumentation ( proposer un plan du texte en indiquant les lignes de début et de fin de chacune des parties ET expliquer le contenu de chacune des parties EN expliquant aussi comme elles s’enchaînent, donc la logique du texte)
    3. Expliquez ce que signifie :

    ce que signifie, ligne 8: « il les touche mais ne les sent point »

    – ce qu’est , ligne 12, « la puissance paternelle » à laquelle le pouvoir décrit par Tocqueville pourrait ressembler, mais ne ressemble pas en fait.

    4. Faire un essai sur le sujet suivant : Peut-on ne pas vouloir faire le bonheur des autres?

     ( un essai est une mini- dissertation ( au minimum 2 pages ½) où on doit traiter d’un problème en 2 parties minimum ( 3 parties, c’est mieux) et il faut essayer dans les 2 premières parties de ne pas faire thèse/antithèse ( c’est-à-dire répondre oui et non, ou non et oui, à exactement la même question) ni de faire « oui…mais… » ou « non…mais…). Le III peut être un renforcement-prolongement du II ou un renversement du II ou même du sujet.

    _______________________________________

    Pour vous aider à répondre aux questions 1,2, 3  , cliquez sur le lien : http://lewebpedagogique.com/terminale-philo/texte-dalain-sur-le-bonheur/

    Pour l’essai , regardez les corrigés de dissertation comme être conscient de soi est-ce être maître de soi?  ou Peut-on parler d’un progrès technique?

    SEPTEMBRE PHILO STAV

    15/09

    Rapide Présentation des buts de l’année et distribution d’un manuel:

    Cours d’introduction : Qu’est-ce que c’est  la philosophie?

    A partir du texte A p15, approche de la vision commune du philosophe comme « tête en l’air » qui a le souci du vrai et se pose des questions sur l’être, le devoir être de l’homme. Mais le philosophe, c’est celui qui désire le vari aussi parce qu’il sait ne pas le posséder d’où étymologie : amour de la sagesse, philosophe, ami de la sagesse; aimer=désirer, désirer présuppose conscience d’un manque ( le philosophe est entre le savant et l’ignorant car il sait qu’il ne sait pas) et vécu de ce manque comme un vide à combler 

    Texte complémentaire

    « Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l’ignorance : car aucun dieu ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine ; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants, aucun d’eux ne philosophe ni ne désire devenir sage ; car l’ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader à ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu’ils possèdent ces qualités : or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu. – Mais, Diotime, qui sont donc ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les sages ni les ignorants ? – Il est évident, même pour un enfant, dit-elle, que ce sont ceux qui tiennent le milieu entre les ignorants et les sages, et l’Amour est de ce nombre. La sagesse est une des plus belles choses du monde ; or l’Amour aime ce qui est beau ; en sorte qu’il faut conclure que l’Amour est amant de la sagesse, c’est-à-dire philosophe, et, comme tel, il tient le milieu entre le sage et l’ignorant. C’est à sa naissance qu’il le doit : car il est le fils d’un père sage et riche et d’une mère qui n’est ni riche ni sage. Telle est, mon cher Socrate, la nature de ce démon. »Le Banquet, Platon ( discours de Diotime rapporté par Socrate).

    Raisonnement:

    1. si on ne philosophe pas, c’est soit qu’on sait, soit qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas, soit qu’on sait qu’on ne sait pas mais qu’on n’a pas envie de savoir.
    2. si on ne sait pas qu’on ne sait pas, c’est parce qu’on est dans la croyance:

    A. allégorie de la caverne

    Illustration de la situation dans la croyance, qui est notre situation initiale commune, et analyse de ses causes avec l’allégorie de la caverne au Livre VII de La république de Platon ( P105): analyse des chaînes qui tiennent et maintiennent dans l’opinion ( corps – prison de l’âme, qui dans l’incarnation oublie les idées contemplées dans le monde intelligible-, la connaissance sensible, la vie collective, l’habitude, le conditionnement…)

    Croire, c’est adhérer à une idée sans justification objective suffisante, à savoir sans démonstration, ni preuves ( en partant du principe qu’elles sont suffisantes, mais c’est une autre question!). Cette adhésion est cependant subjectivement suffisante , ce qui fait aussi que l’on adhère au monde de nos croyances: on a un sentiment d’évidence, de proximité qui fait que nous ne sous sentons pas étranger à nous-mêmes et au monde. On est installé dans une représentation confortable et suffisante du monde, sans conscience que cette représentation est sans fondement rationnel solide et ne peut être une certitude, qui est certes une croyance mais subjectivement ET objectivement suffisante ( même si on peut intérroger les sources de la connaissance et les fondements de cette certitude).

     C’est cet état d’ignorance et de croyance  que décrit l’allégorie de la caverne de Platon,  qui permet de saisir quelques unes des multiples  causes de la croyance  que sont:

    1. le fait de se fier à ce que nous disent nos sens : la connaissance sensible qui fait selon Platon, de nous, des victimes des apparences  ( même si ce ne sont pas nos sens qui nous trompent en réalité, mais notre esprit, notre entendement qui infère mal, conjecture mal à partir de ce qu’ils ne peuvent que constater au regard de leur point de vue, de leur structure et de leur état) ou qui nous condamnent à une connaissance partielle et superficielle
    2. le fait de s’enfoncer dans l’habitude qui fait qu’on ne regarde même plus, qu’on ne s’étonne plus, ne s’interroge plus
    3. le fait d’être dans l’opinion commune, le confort de la majorité et du conformisme qui permet de satisfaire en partie notre désir de reconnaissance
    4. le fait d’être victime d’un conditionnement, d’une manipulation idéologique ( certains ont peut-être intérêt à ce que l’on croit certaines choses, par exemple que l’on se croient libres, pour pouvoir ensuite être tenus comme responsables et coupables )

     

    B. autres causes de la croyance

    22/09

    • lecture de Spinoza sur la superstition P 109

    L’analyse de la superstition ( déviation impie du sentiment religieux) dans la préface du  Traité théologico-politique par Spinoza confirme ce lien entre l’ illusion -qui est  parfois aussi une erreur, dont la cause principale reste l’ignorance du réel et la volonté de s’accorder avec lui- et le désir comme moteur de nos craintes et espoirs quand ils  s’aventurent au-delà de ce qui dépend de nous, de nos forces, de notre pouvoir ( d’où la distinction épicurienne entre les désirs naturels et les désirs vains, d’où l’appel des stoïciens à bien distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, d’où la nécessité de penser nos désirs, de les analyser, de les critiquer.)

    • Travail  à partir de  ce texte de Freud et de questionnaire (A et B faits ensemble) sur la différence entre ERREUR et ILLUSION

    « Une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur, une illusion n’est pas non plus nécessairement une erreur. L’opinion d’Aristote, d’après laquelle la vermine serait engendrée par l’ordure – opinion qui est encore celle du peuple ignorant – était une erreur ;de  même, l’opinion qu’avait une génération antérieure de médecins, et d’après laquelle le tabès aurait été la conséquence d’excès sexuels. Il serait impropre d’appeler ces erreurs des illusions, alors que c’était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d’illusion l’assertion de certains nationalistes, assertion d’après laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines capables de culture , ou bien encore la croyance d’après laquelle l’enfant serait un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui caractérise l’illusion, c’est d’être dérivée des désirs humains.(…) L’illusion n’est pas nécessairement fausse, c’est à dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l’illusion qu’un prince va venir la chercher pour l’épouser. Or, ceci est possible; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés.(…) Ainsi, nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci la réalisation d’un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l’illusion renonce elle-même à être confirmée par le réel. »  

    En fin de cours, travail personnel noté sur le C du questionnaire.

     

    28/09

    Correction du C et  réponses au D, permettant de conclure que s’il est assez aisé de corriger une erreur, il est bien plus difficle de dissiper une illusion. Quelques solutions envisagées: tuer le désit à l’origine de l’illusion par la désillusion, par une analyse du mécanisme de l’illusion, par son remplacement par un autre désir ( celui de la vérité ou de la connaissance); constat que toute sortie de l’illusion est douloureuse ( comme le montre l’allégorie de la caverne, où le prisonnier désenchaîné souffre en étant mis face à la lumière, doit comprendre par lui-même le mécanisme de l’ombre et accède peu à peu à la connaissance) et que l’illusion a tendance à discréditer les raisonnements et la parole de celui qui veut l’en faire sortir, d’où le rejet du philosophe et de la philosophie.

    Cours 1 L’homme et la nature  

    Définition de la nature: la nature, c’est tout ce qui existe dans l’univers hors l’homme et les effets de son action. Donc la nature s’oppose à la culture. Pourtant l’homme appartient à la nature en tant qu’être vivant ( animal), donc il serait à la fois inclu et exclu de la nature.

    I. L’homme dans la nature

    Texte de Rousseau p 21.

     POUR le 13/10 DM sur le texte 6 de ROUSSEAU p.81. Répondre aux 2 premières questions; puis faire une réponse argumentée en 2 parties qui ne se contredisent pas, sur un des deux sujets suivants:

    – le progrés technique nous éloigne-t-il de la nature?

    – Peut-on parler d’un progrès technique?

    Question d’éthique!

     

    L’éthique animale est   » l’étude du statut moral des animaux, c’est-à-dire de la responsabilité des hommes à leur égard », de leurs droits et de nos devoirs. Elle est née d’une indignation face à la souffrance animale et  de la  considèration des animaux dans leur individualité,  à la différence de l’écologie, qui considère la nature en général.

     

    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer  s’exprime ici en quelques mots

    http://www.dailymotion.com/video/xceo9g

     

    et  plus longuement là :

     

    http://www.dailymotion.com/video/x57ptb

     

    Sur Arté, Raphaël Enthoven et son invitée s’efforcent de distinguer la morale ( et ses anathèmes)  et l’éthique ( et ses doutes)

     

    lien : http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie_ethique-3420010.html

    Peut-on vivre sans philosopher?

     

     

     

     Peut-on vivre sans philosopher?

     

                      

    I. oui, c’est possible de survivre sans philosopher car

    1.   La vie, c’est « l’ensemble de fonctions qui résistent à la mort », pour survivre, il faut répondre à ses besoins vitaux et philosopher n’en fait pas partie, même si la philosophie peut nous rappeler où ils sont et de ne pas les sacrifier à des désirs ni naturels, ni nécessaires ( Epicure)
    2.  On peut survivre sans savoir  que l’on est dans la caverne, dans l’opinion, pas de manque; même si on le sait pas nécessairement le souci du vrai, d’autres soucis ( vitaux justement)
    3. on peut emprunter d’autres voies pour réfléchir : art, religion, spiritualité, science…  ( même si chacun a ses limites, son domaine de prédilection et son mode de penser bien particulier; tout homme qui s’étonne, s’interroge, cherche un sens, à comprendre n’est pas un philosophe!)¹
    4. on peut penser que philosopher est même nuisible à la survie et aux actions nécessaires à celle-ci
    • c’est un exercice stérile: certes on se libère de l’opinion, on remet en question mais cela n’aboutit à rien et en plus on perd son temps, dans le sens où cela détourne d’occupation bien plus sérieuse. C’est l’argument de Calliclès ( personnage imaginaire) dans le Gorgias de Platon

      « Il est beau d’étudier la philosophie dans la mesure où elle sert à l’instruction et il n’y a pas de honte pour un jeune garçon à philosopher ; mais, lorsqu’on continue à philosopher dans un âge avancé, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j’éprouve à l’égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment très voisin de celui que m’ins­pirent les gens qui balbutient et font les enfants. Quand je vois un petit enfant, à qui cela convient encore, bal­butier et jouer, cela m’amuse et me paraît charmant, digne d’un homme libre et séant à cet âge, tandis que, si j’entends un bambin causer avec netteté, cela me paraît choquant, me blesse l’oreille et j’y vois quelque chose de servile. Mais si c’est un homme fait qu’on entend ainsi balbutier et qu’on voit jouer, cela semble ridicule, indigne d’un homme, et mérite le fouet.C’est juste le même sentiment que j’éprouve à l’égard de ceux qui s’adonnent à la philosophie. J’aime la philo­sophie chez un adolescent, cela me paraît séant et dénote à mes yeux un homme libre. Celui qui la néglige me paraît au contraire avoir une âme basse, qui ne se croira jamais capable d’une action belle et généreuse. Mais quand je vois un homme déjà vieux qui philosophe encore et ne renonce pas à cette étude, je tiens, Socrate, qu’il mérite le fouet. Comme je le disais tout à l’heure, un tel homme, si parfaitement doué qu’il soit, se condamne à n’être plus un homme, en fuyant le cœur de la cité et les assemblées où, comme dit le poète , les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite à chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et géné­reux. » […]En ce moment même, si l’on t’arrêtait, toi ou tout autre de tes pareils, et si l’on te traînait en prison, en t’accusant d’un crime que tu n’aurais pas commis, tu sais bien que tu serais fort embarrassé de ta personne, que tu perdrais la tête et resterais bouche bée sans savoir que dire, et que, lorsque tu serais monté au tribunal, quelque vil et méprisable que fût ton accusateur, tu serais mis à mort, s’il lui plaisait de réclamer cette peine. Or qu’y a t il de sage, Socrate, dans un art qui « prenant un homme bien doué le rend pire », impuissant à se défendre et à sauver des plus grands dangers, soit lui-même, soit tout autre, qui l’expose à être dépouillé de tous ses biens par ses ennemis et à vivre absolument sans honneur dans sa patrie ? Un tel homme, si l’on peut user de cette expression un peu rude, on a le droit de le souffleter impu­nément.Crois moi donc, mon bon ami, renonce à tes arguties, cultive la belle science des affaires, exerce toi à ce qui te donnera la réputation d’un habile homme ; « laisse à d’autres ces gentillesses », de quelque nom, radotages ou niaiseries, qu’il faille les appeler, « qui te réduiront à habiter une maison vide. Prends pour modèle non pas des gens qui ergotent sur ces bagatelles, mais ceux qui ont du bien, de la réputation et mille autres avantages. »                           Gorgias, Platon

     Le cas de Socrate semble confirmer cela: condamné à mort en 399 av.JC pour impiété et corruption de la jeunesse.

    •  La philosophie détourne de l’action, paralyse d’où l’idée de Descartes d’une morale provisoire pour répondre à l’urgence de l’action, en attendant une morale appuyée sur des fondements rationnels, clairs et distincts à découvrir

    II. Non, car une existence humaine ne se réduit pas à la survie de l’animal: vivre, ce n’est pas seulement survivre, c’est mener une existence satisfaisante ( bonheur; sens; digne d’un homme) qui nous comble corps et âme

    • aucun homme ne se satisfait d’une vie de simple survie
    • en tant qu’esprit, il a aussi besoin de nourritures spirituelles
    • l’homme a besoin de vérité et de sens
    • la philosophie permet de bien vivre : vivre heureux ou mener une existence qui rend digne d’être heureux

     « J’aurais voulu premièrement y expliquer ce que c’est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont que ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts ; et qu’afin que cette connaissance soit telle, il est nécessaire qu’elle soit déduite  des premières causes, en sorte que pour étudier à l’acquérir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c’est-à-dire des principes; et que ces principes doivent avoir deux conditions : l’une, qu’ils soient si clairs et si évidents que l’esprit humain ne puisse douter de leur vérité, lorsqu’il s’applique avec attention à les considérer; l’autre, que ce soit d’eux que dépende la connaissance des autres choses, en sorte qu’ils puissent être connus sans elles, mais non pas réciproquement elles sans eux; et qu’après cela il faut tâcher de déduire tellement de ces principes la connaissance des choses qui en dépendent, qu’il n’y ait rien dans la suite des déductions qu’on en fait qui ne soit très manifeste. (… )
    J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse être dans un État que d’avoir de vrais philosophes.  Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre; mais ce dernier est encore meilleur que les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. Or, c’est proprement les veux fermés sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance celles qu’on trouve par la philosophie; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pasLes bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture.. »

    Principes de la philosophie, Descartes, 1644

     «Nous nous définissons humainement par ce superflu qui, selon la formule connue, est plus nécessaire que le nécessaire, et qui n’est autre chose que l’esprit. Non que l’on ne puisse vivre sans penser, mais par définition même, une telle vie est, humainement parlant, dénuée de sens. Car c’est l’esprit qui, chez l’homme, donne un sens à la vie. La vie n’a de sens que pour l’homme spirituel qui est en chacun de nous, mais souvent en sommeil. Et la dignité de l’homme consiste en cela seul qu’il peut concevoir qu’une certaine dignité est de son essence. Par quoi l’homme est tout autre chose qu’un animal: il est un animal conscient de transcender l’animalité; il est un animal métaphysique».

    Initiation à la philosophie, Marcel Deschoux

    III. En   III, on pourrait :

    • soit renforcer le II
    1. en démontrant qu’une vie sans philosophie serait une mauvaise vie ( souffrance et Mal)
    2. en jouant sur le second sens de « peut-on » = a-t-on le droit? D’où on n’en a pas le droit

    – même si la loi de l’Etat  ne nous oblige pas à philosopher ( hormis via les programmes de l’éducation nationale en Terminale générale et technologique) , l’Etat attend de chaque citoyen un exercice éclairé de sa citoyenneté donc on peut dire que l’on a besoin de philosopher sur les valeurs et fins de notre société ( éthique)

    – en tant qu’être de raison, on se doit d’en faire usage sous peine de n’être que des objets ou animaux; l’homme est d’abord esprit, un « animal métaphysique »; en qualité d’être doué de raison, on peut penser qu’il serait contradictoire avec notre nature de ne pas en faire usage à travers l’exercice philosophique. L’homme est un « roseau pensant » dont toute la dignité repose dans la pensée. En qualité d’être moral, on peut considérer que ne jamais exercer son jugement critique, penser le bien et le mal et se contenter des normes et valeurs imposées par la société ou le fait ( ce qui se passe, se fait) peut être dangereux, c’est ce que souligne Hannah Arendt avec son analyse du nazi Eichmann, de « la banalité du mal » chez cet homme ordinaire qui se caractérise par « son extraordinaire superficialité » cf p 442.443

    • soit le dépasser en se demandant si cette association de la vie réussie de l’homme correspond à une conception de l’homme comme devant être  un être de raison, conception peut-être  abusive et discutable
    • soit souligner que la question ne se pose pas, on ne peut que philosopher à un moment de notre vie , ne pouvant pas traverser l’existence sans être confronter au sentiment d’étrangeté à soi et au monde, donc comme ne pas philosopher n’est pas possible de manière, la question ne se pose pas car elle présupposait qu’on peut philosopher et ne pas philosopher. La question serait alors plutôt de savoir si la philosophie peut vraiment dissiper ce sentiment d’étrangeté, bien vivre sachant que nous sommes des êtres conscients et dotés de raison ( par exemple pour Kant, on doit renoncer à rechercher plaisir et bonheur pour ne chercher qu’à être vertueux et se rendre par là digne du bonheur.

     

    Note 1 : sur la distinction art/religion/science et philosophie

      Art Religion Science (de la nature)
    Ce qu’on recherche ici comme dans la philosophie Une réponse au sentiment d’être étranger à soi (désir d’être soi), aux autres ( désir de communier), à la nature (désir de comprendre) Une réponse au sentiment d’être étranger à soi, aux autres, à la société ( désir d’un monde commun et plus juste) et à la nature ( désir de comprendre et maîtriser) Une réponse au sentiment d’être étranger à la nature (désir de comprendre et maîtriser, « comme maîtres et possesseurs de la nature », Descartes)
    Points communs avec la philosophie comme prise de conscience et sortie de l’opinion L’artiste est un « oculiste » ( Proust); « pouvoir de révélation de ce qui se dérobe sous la proximité de la possession » ( Merleau-Ponty); l’artiste lève le voile ( Bergson) Les religions proposent une représentation en rupture avec notre rapport immédiat au monde (par ex. condamnation ou dévaluation du monde terrestre et de ses valeurs) L’attitude scientifique présuppose une véritable « catharsis intellectuelle et affective » Bachelard; « en science, les convictions n’ont pas droit de cité, voilà ce qu’on dit à juste titre » Nietzsche
    Caractéristiques Moyen: une œuvre matérielle ( limites des mots, l’idée y apparaît de manière sensible)But: la beauté, émotion esthétiqueOn touche l’esprit via les sens. Moyen: un dogme révélé ou immémorial ( extérieur à nous); la foi; « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » Pascal: les vérités de la foi sont au-delà des pouvoirs bien limités de la raisonBut: répondre aux questions et angoisses, donner du sens, promettre un salut, organiser la vie en communauté Moyen: la méthode expérimentale combinant expérience ( observation, expérimentation et vérification) et raisonnement ( hypothèses, déductions…)But: ramener la nature à des lois permettant explication, prédiction et action ; rationaliser notre représentation du monde et rendre le monde « disponible »; parvenir à la vérité et à la connaissance
    Limites Œuvre parfois difficile à comprendre; difficile de dire ce qu’on a ressenti, de le verbaliser; l’œuvre ne « parle »pas à tous, ne « dit » pas à chacun, la même chose; sa compréhension est relative. Multiplicité des religions, révélation ( lumière divine extérieure), dogmatisme, irrationalité de la foi, de ses objets et parfois des pratiques qu’elle implique; obscurantisme ( foi opposée à la raison et la science), jeux de pouvoirs des institutions religieuses… – les sciences ne répondent pas aux questions du pourquoi et du pour quoi , mais seulement à celle du comment ( loi des 3 états d’Auguste Comte)- les sciences entraînent une « mathématisation » , un « arraisonnement » de la nature et des êtres, réduits à du mesurable, du quantifiable, à des « faits »- l’expérience est toujours singulière, temporelle, contingente ( même si la science s’efforce de montrer qu’il y a un ordre nécessaire et ne s’arrête pas aux résultats, cherchant les causes)
    Philosophie« la philosophie est une activité qui par des discours et des raisonnements ( nous procure la vie heureuse) » Epicure Moyen: un discours ( des mots, signes de concepts)But: la vérité; compréhension par la raison; on s’adresse directement à la raison: universalité et rationalité Moyen: la lumière naturelle de la raison (un discours = un parcours, un raisonnement que tout homme peut élaborer ou suivre)But: parvenir à des réponses rationnelles universelles; penser par soi-même: liberté Moyen: la démonstration à partir de principes a priori ou a posteriori, clairs et distinct, donc la conclusion est nécessaire, universelle et éternelleBut: parvenir à répondre rationnellement et de manière cohérente à toutes les questions pour trouver la vérité et du sens

    D'où viennent nos croyances ( et donc nos opinions, erreurs et illusions)?

     

     

    Ce qui fait que l’on ne s’interroge pas, que l’on ne doute pas, que l’on ne désire pas savoir ( et donc qu’on ne philosophe pas, comme le savant ou celui qui sait que ses croyances ne sont que des croyances mais ‘a pas envie de savoir ou le souci de la connaissance et de la vérité), c’est qu’on croit!

    Croire, c’est adhérer à une idée sans justification objective suffisante, à savoir sans démonstration, ni preuves ( en partant du principe qu’elles sont suffisantes, mais c’est une autre question!). Cette adhésion est cependant subjectivement suffisante , ce qui fait aussi que l’on adhère au monde de nos croyances: on a un sentiment d’évidence, de proximité qui fait que nous ne sous sentons pas étranger à nous-mêmes et au monde. On est installé dans une représentation confortable et suffisante du monde, sans conscience que cette représentation est sans fondement rationnel solide et ne peut être une certitude, qui est certes une croyance mais subjectivement ET objectivement suffisante ( même si on peut intérroger les sources de la connaissance et les fondements de cette certitude).

     

    C’est cet état d’ignorance et de croyance  que décrit l’allégorie de la caverne de Platon,  qui permet de saisir quelques unes des multiples  causes de la croyance  que sont:

    1. le fait de se fier à ce que nous disent nos sens : la connaissance sensible qui fait selon Platon, de nous, des victimes des apparences  ( même si ce ne sont pas nos sens qui nous trompent en réalité, mais notre esprit, notre entendement qui infère mal, conjecture mal à partir de ce qu’ils ne peuvent que constater au regard de leur point de vue, de leur structure et de leur état) ou qui nous condamnent à une connaissance partielle et superficielle
    2. le fait de s’enfoncer dans l’habitude qui fait qu’on ne regarde même plus, qu’on ne s’étonne plus, ne s’interroge plus
    3. le fait d’être dans l’opinion commune, le confort de la majorité et du conformisme qui permet de satisfaire en partie notre désir de reconnaissance
    4. le fait d’être victime d’un conditionnement, d’une manipulation idéologique ( certains ont peut-être intérêt à ce que l’on croit certaines choses, par exemple que l’on se croient libres, pour pouvoir ensuite être tenus comme responsables et coupables )

     

    Mais il y a bien d’autres causes à nos croyances  qui sont souvent des erreurs ou/et des illusions, et la distinction de ces 2 états de crédulité infondée permet d’en saisir une des autres causes importantes : LE DESIR

     

    FREUD

    « Une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur, une illusion n’est pas non plus nécessairement une erreur. L’opinion d’Aristote, d’après laquelle la vermine serait engendrée par l’ordure opinion qui est encore celle du peuple ignorant – était une erreur ;de  même, l’opinion qu’avait une génération antérieure de médecins, et d’après laquelle le tabès aurait été la conséquence d’excès sexuels. Il serait impropre d’appeler ces erreurs des illusions, alors que c’était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d’illusion l’assertion de certains nationalistes, assertion d’après laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines capables de culture , ou bien encore la croyance d’après laquelle l’enfant serait un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui caractérise l’illusion, c’est d’être dérivée des désirs humains.(…) L’illusion n’est pas nécessairement fausse, c’est à dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l’illusion qu’un prince va venir la chercher pour l’épouser. Or, ceci est possible; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés.(…) Ainsi, nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci la réalisation d’un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l’illusion renonce elle-même à être confirmée par le réel. »  

     

    L’analyse de la superstition ( déviation impie du sentiment religieux) dans la préface du  Traité théologico-politique par Spinoza confirme ce lien entre l’ illusion -qui est  parfois aussi une erreur, dont la cause principale reste l’ignorance du réel et la volonté de s’accorder avec lui- et le désir comme moteur de nos craintes et espoirs quand ils  s’aventurent au-delà de ce qui dépend de nous, de nos forces, de notre pouvoir ( d’où la distinction épicurienne entre les désirs naturels et les désirs vains, d’où l’appel des stoïciens à bien distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, d’où la nécessité de penser nos désirs, de les analyser, de les critiquer.)

    SPINOZA

    « Si les hommes étaient capables de gouverner toute la conduite de leur vie par un dessein réglé, si la fortune leur était toujours favorable, leur âme serait libre de toute superstition. Mais comme ils sont souvent placés dans un si fâcheux état qu’ils ne peuvent prendre aucune résolution raisonnable, comme ils flottent presque toujours misérablement entre l’espérance et la crainte, pour des biens incertains qu’ils ne savent pas désirer avec mesure, leur esprit s’ouvre alors à la plus extrême crédulité ; il chancelle dans l’incertitude ; la moindre impulsion le jette en mille sens divers, et les agitations de l’espérance et de la crainte ajoutent encore à son inconstance. Du reste, observez-le en d’autres rencontres, vous le trouverez confiant dans l’avenir, plein de jactance et d’orgueil. (…)On voit par là que les hommes les plus attachés à toute espèce de superstition, ce sont ceux qui désirent sans mesure des biens incertains ; aussitôt qu’un danger les menace, ne pouvant se secourir eux-mêmes, ils implorent le secours divin par des prières et des larmes ; la raison (qui ne peut en effet leur tracer une route sûre vers les vains objets de leurs désirs), ils l’appellent aveugle, la sagesse humaine, chose inutile ; mais les délires de l’imagination, les songes et toutes sortes d’inepties et de puérilités sont à leurs yeux les réponses que Dieu fait à nos vœux. (…) Tel est l’excès de délire où la crainte jette les hommes. La véritable cause de la superstition, ce qui la conserve et l’entretient, c’est donc la crainte. »( de ne pas voir leur désir réalisés!!)

    L’analyse des superstitions et la découverte de leur origine historique et souvent religieuse permet aussi de saisir d’autres causes de nos croyances:

     » Le 13 comme porte-malheur– Dans l’Antiquité, le 12 était un nombre « parfait » : les 12 dieux de l’Olympe, les 12 signes du Zodiaque, les 12 mois du calendrier… Le 13 était le nombre qui venait rompre cette perfection, il était donc considéré comme « néfaste ».
    – Dans la Bible, la Cène réunit à la même table les 12 apôtres plus le Christ… qui sera trahi par Judas, le 13ème convive !
    ( Mais En Italie, c’est le 17 qui porte malheur (car en chiffres romains il s’écrit XVII, anagramme de Vixi : « J’ai vécu » en latin; en Asie (notamment au Japon), c’est le 4 qui porte-malheur. Sa prononciation est identique à celle du mot « mort »)

    Vendredi 13: -A Rome, dans l’Antiquité, le vendredi était le jour où l’on exécutait les condamnés à mort.- D’après la Bible, Jésus Christ a été crucifié un vendredi (le vendredi saint).- Dans la mythologie nordique, le vendredi était le jour où l’on célébrait Freya, femme d’Odin et reine des dieux (en anglais, vendredi se dit « friday » qui est la contraction de « Freya’s day », le jour de Freya). La christianisation des pays nordiques a diabolisé cette fête païenne, et le vendredi est devenu un jour maudit, celui où les sorcières organisaient leur sabbat…

    Passer sous une échelle: référence à la la Bible , à l’échelle appuyée contre la croix du Christ lors de sa crucifixion. Passer dessous serait un sacrilège ou le triangle formé par l’échelle, le mur et le sol est un symbole de la Sainte-Trinité chrétienne : en passant sous l’échelle, on brise cette Sainte-Trinité, d’où punition et malheur…

    Croiser un chat noir: le chat a été, avec le rat, l’un des principaux vecteurs des épidémies de peste noire qui ont décimé l’Europe au Moyen Age. Le chat noir, invisible la nuit, pouvait faire naître de véritables psychoses collectives, d’où sa mauvaise réputation…

    Sel renversé: les Romains, après la conquête d’une territoire qu’ils ne pouvaient occuper, recouvraient les terres de sel afin que rien ne puisse plus y pousser. Du coup, lorsque du sel était répandu sur les tables durant les repas, c’était un mauvais augure, le signe qu’un grand malheur allait se produire…

    Pain retourné: au Moyen Age, le jour des exécutions publiques, le boulanger retournait toujours le pain destiné au bourreau. Ce personnage lugubre, qui procédait à l’exécution des condamnés, était le symbole de la mort et il était très craint… En retournant le pain qui était destiné à son repas, le boulanger s’assurait que personne ne toucherait à ce pain qui lui était réservé et ne s’attirerait la colère du sinistre bourreau !

    Ne pas allumer 3 cigarettes avec la même allumette: Pendant la Première Guerre mondiale, pendant cette guerre des tranchées, lorsque les soldats trompaient leur ennui en fumant durant les longues nuitées de veille. Un soldat ennemi pouvait repérer la flamme de l’allumette qui embrasait la première cigarette, ajuster sa visée à la deuxième cigarette, et tirer à la troisième… »

    • le poids de la tradition et du passé
    • « l’expérience » qui confond corrélation et causalité
    • la poids de la religion dans notre représentation du monde, même si nous ne sommes pas adeptes de cette religion
    • l’absence d’examen critique
    • l’argument d’autorité
    • la connaissance par ouïe-dire

    Cette distinction erreur/illusion permet de comprendre la différence entre corriger une erreur et dissiper une illusion, entre la facilité de la correction de la première ( il suffit de sortir de l’ignorance et de progresser dans le savoir) et la difficulté de la dissipation de la seconde ( renoncer à ses désirs, à ses représentations, accepter le réel et d’en faire son référent incontournable, se résoudre à accepter le principe de réalité, aurait dit Freud, alors que notre inconscient ne connaît que le principe de plaisir et que nous restons souvent dans la toute-puissance infantile).

    L’analyse des sources de la croyance religieuse permet de saisir d’autres causes ( dont les conséquences ou les limites des pouvoirs de la raison) , voir dans le cours sur la religion, la partie sur les raisons, le besoin de croire.

    "L'homme est la mesure de toutes choses" Protagoras

    « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui existent et de leur nature ; de celles qui ne sont pas et de l’explication de leur non-existence »

    selon Protagoras dans La Vérité ou Discours destructifs ( V ème siecle avant JC)

     

     

    Pour cette thèse , selon  Sextus Empiricus , dans  Contre les mathématiciens, VII, 60, « Protagoras a été rangé, lui aussi, par certains auteurs dans le choeur des philosophes qui ont détruit le critère de la vérité » puisqu' » il affirme, en effet, que toutes les représentations et les opinions sont vraies, et que la vérité est de l’ordre du relatif puisque tout ce qui est objet de représentation et d’opinion pour quelqu’un est immédiatement doté d’une existence relative à lui ».

    Ainsi interprété comme remettant en question le caractère un et universel de la vérité, il est vu non comme le père de la relativité, de la  subjectivité et du subjectivisme  mais du relativisme.

    Or on pourrait aussi en faire, à la simple lecture de cette phrase,  le père de l’humanisme contre l’obscurantisme religieux ( l’homme étant le centre et la mesure de la connaissance et non plus Dieu – même si pour certains  humanistes il y a de fait homme et Homme, ce dernier étant celui qui est un homme accompli par et dans les humanités) ou le grand-père de la révolution copernicienne et critique opérée par  Kant conduisant à la distinction entre phénomène/noumène, à l’idée que le monde n’est que représentation à travers les catégories et les cadres a priori (même si celle-ci étant relative à l’esprit humain n’est pas pour autant relativiste!) ou même un précurseur de l’immatérialisme de Berkeley ( « être c’est être perçu et percevoir »,  » Ce que je vois, j’entends et je touche existe réellement, c’est-à-dire ce que je perçois. Mais je ne vois pas comment le témoignage des sens pourrait être allégué comme preuve de l’existence d’une chose qui n’est pas perçue par les sens », donc pas un scepticisme mais une impossibilité de poser une substance matérielle séparée de l’esprit: « l’âme n’est pas dans le monde mais le monde est dans l’âme ») ou de l’existentialisme de Sartre qui ne réduit pas non plus subjectivité à relativisme dans L’existentialisme est un humanisme, ne réduisant pas la subjectivité à l’individuel mais l’associant « à l’impossibilité pour l’homme de dépasser la subjectivité humaine » p. 31.)

     En tout cas, sa  formule pourrait être aujourd’hui le mot d’ordre du relativisme  triomphant sous d’autres prétextes: principe d’égalité ( ou plutôt égalitarisme!), de liberté d’opinion, de diversité culturelle  et de tolérance.  

    Aussi est-il d’actualité  de relire ce passage du Thééthète qui souligne simplement que le relativisme est soit un masque bien pensant, « politiquement correct », soit bien moins relativiste que ce que l’on croit, soit  un serpent qui se mord la queue, une position intenable!

     «  Eh bien, sais-tu, Théodore, ce qui m’étonne de ton camarade Protagoras ?

    THÉODORE

    Qu’est-ce ?

    SOCRATE

    En général, j’aime fort sa doctrine, que ce qui paraît à chacun existe pour lui ; mais le début de son discours m’a surpris. Je ne vois pas pourquoi, au commencement de la Vérité, il n’a pas dit que la mesure de toutes choses, c’est le porc, ou le cynocéphale ou quelque bête encore plus étrange parmi celles qui sont capables de sensation. C’eût été un début magnifique et d’une désinvolture hautaine ; car il eût ainsi montré que, tandis que nous l’admirions comme un dieu pour sa sagesse, il ne valait pas mieux pour l’intelligence, je ne dirai pas que tout autre homme, mais qu’un têtard de grenouille. Autrement que dire, Théodore ? Si, en effet, l’opinion que chacun se forme par la sensation est pour lui la vérité, si l’impression d’un homme n’a pas de meilleur juge que lui-même, et si personne n’a plus d’autorité que lui pour examiner si son opinion est exacte ou fausse ; si, au contraire, comme nous l’avons dit souvent, chacun se forme à lui seul ses opinions et si ces opinions sont toujours justes et vraies, en quoi donc, mon ami, Protagoras était-il savant au point qu’on le croyait à juste titre digne d’enseigner les autres et de toucher de gros salaires, et pourquoi nous-mêmes étions-nous plus ignorants, et obligés de fréquenter son école, si chacun est pour soi-même la mesure de sa propre sagesse ? Pouvons-nous ne pas déclarer qu’en disant ce qu’il disait, Protagoras ne parlait pas pour la galerie ? Quant à ce qui me concerne et à mon art d’accoucheur, et je puis dire aussi à la pratique de la dialectique en général, je ne parle pas du ridicule qui les atteint. Car examiner et entreprendre de réfuter mutuellement nos idées et nos opinions, qui sont justes pour chacun, n’est-ce pas s’engager dans un bavardage sans fin et s’égosiller pour rien, si la Vérité de Protagoras est vraie, et s’il ne plaisantait pas quand il prononçait ses oracles du sanctuaire de son livre ? »

    Idem dans l’Euthydème (287 a) concernant Protagoras et les sophistes : « Si nous ne nous trompons point, ni dans nos actions, ni dans nos paroles, ni dans nos pensées, s’il en est bien ainsi, au nom de Zeus, qu’est-ce que vous êtes venus enseigner ? »