S: L'art peut-il se passer de règles?

http://www.dailymotion.com/video/xdpq05

Sur ce sujet, il y avait plusieurs plans possibles qui dépendaient en particulier de la perspective temporelle dans laquelle on lisait le sujet:

  

– soit on le lisait en ayant immédiatement à l’esprit l’art moderne et contemporain et la perplexité dans laquelle ils peuvent laisser certains spectateurs non avertis et cela pouvait donner le plan suivant:

I. L’art, c’est la liberté

L’idée de règles renvoie à l’idée de conventions, de normes et donc de contraintes. Ce qui semble s’opposer à l’idée de création artistique associée spontanément à l’idée de liberté : l’artiste ferait ce qui lui plaît. Une œuvre unique, originale, inutile. Donc, on pourrait penser que l’art peut se passer de règles !

1. Une œuvre d’art est différente de la production artisanale et industrielle : reproductible et utilitaire où le concept précède le produit et obéit à des contraintes techniques. En art, le concept de l’œuvre ne préexiste pas à l’œuvre.

2. L ‘artiste est inspiré c’est-à-dire dépossédé de sa création au moment de la possession.

3. « Pas de recettes pour faire un chef d’œuvre ». Paul Valéry.

a. Différence entre artiste scolaire reproduisant ce qu’il a appris ; l’artiste sans génie qui copie l’artiste n’est alors qu’un brillant artisan.

b. L’application de règles peut entrainer un académisme qui s’oppose à l’art.

 II. Sans règles, pas de création possible

Mais, d’un autre côté, si l’artiste n’est pas qu’un artisan, (« désir » différent de « besoin », « création » différente de « production »), ne doit-il pas être d’abord un artisan ?

1. L’art commence là où la technique s’achève. A la fois au sens où il n’y a plus de règles préétablies, mais aussi au moment où la technique est tellement maîtrisée qu’elle n’apparaît plus. C’est l’idée de Nietzsche sur le génie : on crie au génie en art parce qu’on ne voit pas de traces d’un processus de fabrication. Mais ce processus existe bel et bien et le métier est bien là, tout comme la connaissance de l’art.

2. L’artiste nie ce qui est, la matière brute pour la modeler : c’est dans la contrainte que la liberté peut se montrer. Si le marbre se sculptait seul, ou n’obéissait à aucune règle, ce serait impossible de créer quoi que ce soit.

3. Il y a des règles : le génie donne ses règles à l’art mais :

a. « La règle du beau n’apparaît pas dans l’œuvre et y reste prise en sorte qu’elle ne peut servir jamais d’aucune manière à faire une autre œuvre. » Système des Beaux-Arts, Alain.

b. Kant. Le génie ne peut expliquer ses règles mais il y a des règles données par cette œuvre. Elle sera originale à la fois au sens d’unique mais aussi de celle qui va servir d’original, de modèle pour d’autres artistes. Le génie fait école, le talent crée un style, même si celui si ne suffit pas pour expliquer et produire des chefs d’œuvres.

Transition : Donc, même si la règle ne se voit pas, le travail disparaît pour donner l’impression de facilité, de produit de la nature ou même de l’improvisation.

 III. Nouvelle règle : refuser les règles

Mais la règle contemporaine ne peut-elle pas être de rompre avec la règle ? N’est-ce pas là encore une nouvelle règle de l’art ?

1. Au nom de la liberté, l’art moderne, puis contemporain, refuse la définition de l’œuvre d’art du XVIIIe – XIXe siècle.

2. Dans l’art contemporain, l’œuvre n’est plus nécessairement l’objet, c’est la démarche qui devient souvent le centre de la préoccupation de l’artiste.

« Ce n’est pas la fin de l’art, c’est la fin de son régime d’objet. » Yves Michaux

3. L’art oblige à remettre en questions nos propres règles (la réforme du regard de la conception du monde) : l’art lève le voile (Bergson et Paul Klee).

– soit on lisait le sujet avec à l’esprit que l’artiste a d’abord été un artisan et que l’art a été d’abord imitatif et au service de la religion ou de l’Etat, cela pouvait donner un tout autre plan, en tout cas pour les I et II

I. un artiste est d’abord un artisan obéissant à des règles.

1. Il se caractérise par l’habileté qui permet la belle imitation de la nature si on parle de l’art figuratif qui se doit d’être réaliste et fidèle, de donner l’illusion de l’apparence du réel (« le fini dans l’exécution » selon Aristote, la restitution du détail,..), qui est conforme aux règles de l’art ( perspective, couleurs qu’on apprend à l’école des Beaux-arts…)

2.L’artiste travaille à la commande et les oeuvres d’art ont au départ souvent une fonction religieuse ( temples grecs, peintures rupestre, statuaires, ..) et comme le dira d’ailleurs Malraux, il faudra une véritable « métamorphose du regard » pour ne pas y voir un objet religieux codifié mais une oeuvre d’art: « pour qu’un chrétien voie dans une statue antique une statue et non une idole ou rien, il faut qu’il voie dans une Vierge une statue avant d’y voir une Vierge »

3. la beauté qui est pour Platon dans la convenance matérielle mais surtout formelle exige l’application de règles précises de symétrie, d’harmonie, on peut ici penser au nombre d’or ou lignes de perspective, au point de fuite ou à la règle d’unite de temps, de lieu et d’action dans le théâtre classique, à la métrique en poésie, etc…

II. un artiste n’est pas qu’un artisan et son art ne se réduit pas la technique acquise:

– “Le style pour l’écrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision” écrit Marcel Proust. Ce qui fait l’artiste plus que la matérialisation, c’est l’idée qui est la manière de voir ( ex. Klee, « rendre visible, non rendre le visible » ou voir ce qui apparaît voilé aux autres [Bergson]  ou voir avec les yeux et non l’esprit : le cubisme de Picasso représente la vision telle qu’elle est [on ne voit jamais un visage en entier, on ne voit que des faces selon notre point de vue] ou retrouver un regard innocent, « revenir aux choses mêmes » telles qu’elles sont présentes à notre corps dans le rapport charnel, selon Merleau-Ponty), de penser ( les idées esthétiques du génie chez Kant)

– le génie n’est pas celui qui suit des règles déjà donné mais qui « donne ses règles à l’art »

– la copie de la nature réduit l’art à un « art mécanique » et à un pur exercice technique (Hegel)  et avec l’image, les médias, l’habileté technique est dévaluée, désuète.

 

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La conclusion

S’il ne faut jamais ( au grand jamais!) commencer :

  1. une dissertation par : De tout temps, les homme ont désiré….,ont échangé…, ont parlé…., ont fait des sciences….etc.., ( ça marche avec tous les sujets et c’est bien là le problème et la preuve que cela ne peut être un bon début d’intro, censée amener dans sa spécificité le sujet !!)
  2. une explication de texte par : Nietzsche, grand philosophe du XIXème siècle, le siècle du Soupçon après le le siècle des Lumières, né à … ( ça marche aussi avec tous les philosophes qui sont grands et appartiennent à un siècle important, et c’est bien là le problème et la preuve que cela ne peut être un bon début d’intro d’explication de texte, censée amener le thème du texte, la thèse de l’auteur dans ce texte et de suggérer que cette thèse mérite d’être explicitée et critiquée!!)

Il ne faut jamais ( au grand jamais!) conclure une dissertation en disant :

  • « nous avons vu que … (I) puis que … (II) et souligné que … ( III). En ce qui me concerne, je pense personnellement que… »

 ( en donnant bien sûr une réponse radicalement différente de celles vues en I, II, III! C’est vrai que , quitte à se saborder, autant le faire franchement, en contredisant tout ce qu’on vient de dire et en insistant bien : cette dissertation n’est pas la mienne! Je n’ai rien pensé de tout ce que j’ai écrit ! Le but, c’est plutôt de souligner que tout ce qui a été dit était quelque chose que l’on a pensé mais qui a évolué au fur et à mesure des parties. « Ma réponse à moi personnelle avec laquelle je suis d’accord », c’est ce que j’ai déjà écrit en II ou III! Il suffit simplement de le reprendre pour conclure en le ramenant bien au sujet, parce que parfois le chemin est tordu pour arriver à cette réponse finale et définitive ( pour vous!) qu’il faut revendiquer et assumer!)

  • « nous avons vu que … (I) puis que … (II) et souligné que … ( III). On se rend compte que finalement il est bien difficile de répondre à cette question , car cela dépend de la manière dont on pense la liberté ( par exemple! après on ajuste au sujet quand même!) et il faut bien reconnaître que tout est relatif.

( ce qui revient à dire que la question n’a pas été provisoirement résolue et que finalement tout ce qu’on a dit en I,II et III se vaut, donc qu’on n’a pas progressé dans la réflexion et donc que cette dissertation n’a servi à rien, que tenter de répondre à une question de philo ne sert à rien, que finalement la philo, ça sert à rien… C’est peut-être ce que vous pensez! Mais le jour du bac, ce n’est pas vraiment le moment de le dire! Et puis le but d’une dissertation de philo, c’est justement de se rendre compte que la réponse à la question posée peut varier, selon comment on pense les choses, mais qu’il faut essayer de voir quelle réponse semble plus solide que d’autres. Le but, c’est donc de sortir du relativisme, pas de s’en contenter!! Alors pour une conclusion ratée, c’est vraiment ratée. Bravo!!)

  • Vous pouvez enfin vous épargner la question d’ouverture qui, à mon sens, ne sert à rien et dessert bien souvent!

 

N’oubliez pas que si l’introduction détermine la première impression du correcteur , la conclusion déterminera sa dernière. Ce sont donc des moments clefs à ne pas rater!

 

L'introduction

L’introduction comme son nom l’indique doit conduire (ducere) dans ( intro).

Elle doit donc amener au coeur du sujet et de son problème. Ce qui signifie qu’elle ne peut commencer par le sujet, ni par des généralités ( tout homme … , depuis le début de l’humanité…, les hommes ont toujours… ).

Il n’y a pas de méthode officielle de l’introduction, mais des attentes communes à tous les profs de philo: ils attendent toujours une définition des principaux termes du sujet, que l’on pose un problème et parfois que l’on annonce son plan!

Mais ils ne disent pas toujours comment le faire concrètement, dans quel ordre!

 

Voilà une structure possible:

 

1. Définir un des termes principaux du sujet sur lequel vous allez vous appuyer pour faire émerger un problème, parce que ce terme a un double sens et que suivant le sens, il permet de donner une réponse différente au sujet et donc de faire naître une contradiction, une tension, un problème. Au temps 1, donnez donc le premier sens de ce mot, sa première définition claire et précise

……………………., c’est d’abord…………………………….

2. Au temps 2, énoncez la réponse que cela vous permet de donner à ce sujet ( cette première réponse est celle qui sera l’axe de votre futur I, elle doit donc être dépassable, c’est-à-dire immédiate, commune et assez faible). C’est l’énoncé de la réponse immédiate qui doit être justifiée par un argument ou un exemple.

Dans ce cas, on pourrait penser que………………………………………….

  • Mettez cette première réponse au conditionnel puisqu’elle est vouée à être dépassée!

3. Au temps 3, précisez que si on utilise le second sens de ce mot ( que nous appelerons le mot d’articulation, car c’est lui qui vous permet de construire I et II) on abtient une réponse « contradictoire » avec la précédente. Là aussi prenez bien le temps de préciser cette seconde définition et d’expliciter la nouvelle réponse obtenue

Mais,…………………… c’est aussi ……………………, et dès lors, on peut désormais penser que …………………………….

4. Ces 2 réponses « contradictoires » justifient que l’on se pose le sujet:

Aussi on peut se demander si …………………….

  • Attention!  Il faut reprendre le sujet tel qu’il vous a été donné, sans changer un mot !

5. Vous pouvez désormais reformuler le sujet, ce qui est en jeu, ce qu’on appelle un problème: c’est à dire une difficulté, une tension

C’est donc du problème de ………………………… dont nous allons traiter

6. Ce 6èmè temps dépend de votre III :  si le III prolonge le II, si le III joue sur un autre mot d’articulation et propose un nouveau renversement-dépassement du II, ce temps 6 est inutile.

Par contre, si vous voulez en III remettre en question le sujet et par là remettre en question l’ensemble du sujet et de votre devoir, alors ici il faut annoncer ce que présupposait le sujet ! Il s’agit simplement de faire remarquer que le sujet se pose si et seulement si on présuppose que, c’est-à-dire si on admet que…

Mais se poser ce problème, c’est cependant présupposer que …..

  1.  Attention! Ne commencez pas ici au temps 6 de l’intro à critiquer le ou les présupposés, sans quoi l’intro est à peine finie que le problème ne se pose même plus! Il faut absolument attendre le III pour exposer vos critiques et saper le sujet par la base.
  2. Attention! Ne confondez pas ce que présuppose le sujet et ce qu’il suggère: ce qu’il suggère, c’est plutôt une réponse plutôt qu’une autre, en général la réponse immédiate ou qu’une autre réponse est possible ( heureusement ceci dit,  sans quoi, il n’y aurait pas de problème!!). Ce que présuppose le sujet, ce n’est pas une réponse, mais c’est une ou des réponses à d’autres questions que celle ci!! Et sans ces réponses, cette question ne se poserait pas!!

7. Au temps 7, vous n’avez plus qu’à annoncer votre plan, avec 3 questions de préférence…

  • Attention! Les questions doivent être enchaînées ( sans tirets, ni retour à la ligne) et elles doivent formées une progression.

 

Voilà donc une méthode possible!

Prenez en tout cas bien votre temps en intro ( 15-20 lignes, c’est un minimum!)

Et n’oubliez pas que tous les autres termes du sujet devront avec la même précision être définis par la suite!

 

Voici quelques exemples:

Peut-on penser sans préjuger ?

 1 Préjuger, c’est se décider sur une question  avant de l’avoir approfondie, avant d’avoir connaissance de tout ce qui doit servir à la résoudre, avant d’avoir pu vraiment jugé. 2. En ce sens, comme penser, c’est réfléchir,  juger,  il semble possible de penser sans préjuger, il semble même qu’il ne puisse y avoir de véritable pensée qu’à cette condition. « Penser,  c’est dire non » disait Alain et non d’abord à tout ce qui est cause de préjugé : le monde, le tyran, le prêcheur, la foule, les sens, … 3. Mais préjuger, cela pourrait aussi être:  avoir déjà jugé,  avoir déjà exercé son jugement, et il semble qu’une pensée ne puisse se construire sur rien, il faut bien qu’elle s’appuie sur quelque chose. Dès lors toute pensée présupposerait un travail de jugement préliminaire, des vérités posées. Comme le dit le même Alain, si je pense car je pars du principe que “ce que je crois ne suffit pas”, que le préjuger est insuffisant,  mais cette  “incrédulité est de foi stricte”. Autrement dit à l’incrédulité, je dis oui, je ne doute pas de mon doute, je fais même du doute, comme de la rigueur, de la cohérence, de l’universalité, des  conditions de la pensée. Et, cela est affirmé, préjugé ! Le philosophe veut parvenir au vrai et rejette l’opinion car il a jugé que la vérité était plus salutaire, digne  que l’illusion et le faux. 4. Aussi on peut se demander si on peut finalement  penser sans préjuger ?  5. C’est donc du problème des conditions d’existence de la pensée et de la place du préjuger en elle dont nous allons traiter. 7.  Nous l’aborderons en nous demandant si penser n’est pas par définition renoncer au préjuger, si pour autant on peut penser en remettant sans cesse tout en question et sur du vide, et  si la nécessité  du contraire peut suffire à justifier qu’on renonce à penser pour ne pas préjuger?  

Peut-on être soi-même avec les autres ?

(1)Etre soi-même, c’est d’abord accorder son être avec son paraître, se donner à voir aux autres tel que l’on est, rester fidèle à soi. (2) Or il semble bien difficile de rester toujours  fidèle à soi quand les autres sont là. Souvent, nous nous taisons ou même mentons pour ne pas froisser les autres ; nous abandonnons un comportement naturel pour jouer la comédie ou nous forçons à paraître ce que nous ne sommes pas pour être accepté, intégré, aimé ou parce que cela correspond à notre moi social, à ce que nous sommes pour les autres…. (3) Mais être soi-même, ce n’est pas seulement paraître tel que l’on est, c’est aussi et surtout  être ce que l’on est, être soi pour soi. Or,  lorsque je triche pour plaire, par exemple, je ne suis pas moi-même parce que je ne fais pas ce que je pense me plaire, mais ce besoin de plaire n’est-ce pas moi, et peut-être même davantage moi que cet acte que je me suis interdit de faire. Aussi au moment même où je pense ne pas être moi-même, je reste moi en n’étant plus moi-même et il se pourrait même que je sois en réalité moi-même. Et dans ce cas, le rapport à l’autre ne m’a pas empêché d’être moi  et m’a peut-être même permis  d’être moi-même, m’a  révélé qui je suis. Donc la présence des autres n’apparaît plus comme un obstacle  pour être soi-même. (4) Aussi on peut se demander si on  peut être finalement  soi-même avec les autres? (5) Nous aborderons donc ce problème des conditions pour être soi-même, de la place des autres dans celles-ci. (6) Mais poser  cette question, c’est aussi présupposer que l’on peut être comme ne pas être soi-même et que les autres sont  la seule chose qui nous empêche d’être nous-même. (7) Nous traiterons donc de ce problème en nous demandant si  les autres ne sont  pas ce qui m’empêche d’être moi-même ? Si face à eux,  je ne suis plus du tout moi et si les abolir, c’est pour autant me retrouver et être en accord interne avec moi : sont-ils vraiment le seul obstacle pour que je sois moi-même ? Ne sont-ils que des obstacles ?

Peut-on vouloir ne pas être conscient ?

 (1)Vouloir, c’est d’abord désirer. On désire ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas. (2)La conscience étant ce qui différencie l’homme de l’animal, l’homme ayant le privilège, selon Kant, de « posséder le je dans sa représentation », on peut donc comprendre qu’étant conscient, il puisse désirer ce qu’il n’est pas : être dans l’inconscience, être inconscient, c’est-à-dire ne plus présent à soi et au monde, ne plus être pour soi. Et, on peut d’autant plus le comprendre que la conscience a pour conséquence la responsabilité. Une responsabilité qui fait qu’on peut se sentir fier, mais aussi coupable et paralysé. Donc, on peut, face au poids des responsabilités souhaiter être inconscient, retourner à l’insouciance de l’enfant ou goûter à l’innocence du fou. (3) Mais, si vouloir, c’est d’abord désirer, c’est  aussi délibérer sur ce désir qui se présente, c’est-à-dire peser le pour et le contre, analyser les conditions de sa réalisation. Or  il semble difficile, même si le confort apparent de l’inconscience est tentant, de vouloir se lancer dans un projet qui, si on l’analyse, se révèle presque mort-né, car de même que devenu adulte, je ne peux plus être enfant  et qu’étant sain d’esprit , je ne puis volontairement être fou , il semble impossible qu’en étant conscient, je puisse  jouer l’inconscient. (4) Alors l’homme peut-il vraiment vouloir l’inconscience ? (5) C’est  donc du problème de la nature du  rapport de l’homme et sa conscience et des limites de notre volonté face à celle-ci, dont nous allons traiter. (6) Mais poser cette question, c’est aussi présupposer que si l’inconscience peut être désiré c’est parce que la conscience est, elle, déjà là, première, acquise et pleine et que si on a la capacité de vouloir l’inconscience, on en a aussi le droit, comme le suggère le double sens de « peut-on ». (7) Nous aborderons donc ce problème en traitant les questions suivantes : au regard de ses avantageuses conséquences, ne peut-on pas désirer l’inconscience ? Peut-on pour autant en  faire un réel objet de volonté ? Et, même si l’homme le pouvait, ne serait-ce pas un excès de zèle, discutable au regard de ce qu’il se doit d’être et de ses devoirs ?

Faut-il être seul pour être soi-même ?

 (1)Etre soi-même, c’est d’abord accorder son être avec son paraître, se donner à voir aux autres tel que l’on est, rester fidèle à soi. (2) Or il semble bien difficile de rester fidèle à soi quand les autres sont là. Souvent, nous nous taisons ou même mentons pour ne pas froisser les autres ; nous abandonnons un comportement naturel pour jouer la comédie ou nous forçons à paraître ce que nous ne sommes pas pour être accepté, intégré, aimé… Mais dès que les autres s’en vont, que nous retrouvons seul physiquement, sans entourage nous pouvons regretter de ne pas avoir été nous-même et semblons cesser de jouer la comédie. (3) Mais peut-on réellement, quand nous ne trichons plus, prétendre que  nous sommes nous-mêmes. Car être soi-même, ce n’est pas seulement paraître tel que l’on est, c’est aussi et surtout être ce que l’on est. C’est-à-dire être de fait pour soi ce que l’on est en soi. Ce qui présuppose que l’on se connaisse réellement et que ce que l’on pense être s’accorde avec ce que l’on est. Lorsque je triche pour plaire, je ne suis pas moi-même parce que je ne fais pas ce que je pense me plaire, mais ce besoin de plaire n’est-ce pas moi, et peut-être davantage moi que cet acte que je me suis interdit de faire. Aussi au moment même où je pense ne pas être moi-même, il se pourrait que je sois en réalité moi-même. Et dans ce cas, le rapport à l’autre m’a permis  d’être moi-même, m’a  révélé qui je suis. Donc l’absence des autres n’apparaît plus nécessaire, ni suffisante pour être soi-même. (4) Aussi on peut se demander s’il faut être seul pour être soi-même ? (5) Mais poser cette question, c’est aussi présupposer que l’on peut être comme ne pas être soi-même et que l’autre ne peut être qu’un obstacle pour moi et qu’il est même la seule chose qui, par sa présence, m’empêche d’être moi-même. (6) Nous aborderons donc ce problème des conditions pour être soi-même et de la possibilité même d’être soi-même, (7) en traitant les questions suivantes : les autres ne sont-ils pas ce qui m’empêche d’être moi-même ? Les abolir est-ce pour autant se retrouver et être en accord interne avec soi ? et finalement peut-on et veut-on réellement être soi-même ?

 

L’introduction se fait donc en 7 temps : 

  1. partir de l’analyse d’un des termes principaux du sujet
  2. ramener au contexte du sujet et à la réponse immédiate
  3. montrer une limite de cette réponse en rapport avec un autre sens possible du sujet
  4. poser le sujet sans changer sa formulation
  5. annoncer le problème dont vous allez traiter avec Nous aborderons donc ce problème…
  6. (éventuel!) énoncer le ou les présupposer du sujet avec  Mais poser cette question, c’est aussi présupposer…
  7. annonce de votre plan avec en traitant les questions suivantes 

Peut-on penser l’ordinaire sans penser ordinairement?

Voilà la question que se pose Raphaël Enthoven ici

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/philosophie/3249140.html

 

Une question que devraient se poser ceux qui cherchent  à tout prix à fuir l’ordinaire, la monotonie, la répétition… et qui passent parfois à côté de l’essentiel et d’eux-mêmes!

 

Ralph Waldo Emerson

« Je ne demande pas le grand, le lointain, le romantique, ce qu’on fait en Italie ou dans le monde arabe, ce qu’est l’art grec ou le ménestrel provençal, mais j’embrasse le commun, j’explore et je m’assois au pied du familier, du bas. »

 

Martin Heidegger ,  Chemins qui ne mènent nulle part
« D’après la toile de Van Gogh, nous ne pouvons même pas établir où se trouvent ces souliers. Autour de cette paire de souliers de paysan, il n’y a rigoureusement rien où ils puissent prendre place. Rien qu’un espace vague. Même pas une motte de terre provenant du champ ou du sentier, ce qui pourrait au moins indiquer leur usage. Une paire de souliers de paysan, rien de plus. Et pourtant… […] À travers ces chaussures passe l’appel silencieux de la terre, son don tacite du grain mûrissant, son secret refus d’elle-même, dans l’aride jachère du champ hivernal » etc. etc. etc. « […] ce produit appartient à la terre et il est à l’abri dans le monde de la paysanne. »

L'esprit et la matière

La matière, c’est ce qui s’oppose à l’immatériel ( dans ce cas, elle désigne une catégorie d’objets, un type de réalité ou la réalité même) ou ce qui s’oppose à la forme ( dans ce cas elle désigne ce qui est le matériau, l’étoffe des choses) . Dans les deux cas, la matière se pense par opposition à l’esprit. On est alors dans un dualisme .

 Le dualisme  pose la matière et l’esprit comme étant 2 substances distinctes et irréductibles  aux attributs bien différents : esprit = la pensée et la matière = étendue.

Il s’oppose au monisme  , thèse adverse qui soutient qu’il n’y a qu’une seule substance : soit l’esprit ( immatérialisme), soit la matière ( matérialisme). Il y a un 3ème thèse, celle de Spinoza, le parallélisme qui soutient qu’il y a une seule substance ( Dieu), l’esprit et la matière étant alors  deux modes d’existence de cette substance, et ce qui se passe dans le corps à un corrélat dans l’esprit et inversement.

 Le dualisme présente des avantages: il permet depuis Platon d’affirmer l’immortalité de l’âme et aussi de valoriser l’esprit par rapport à la matière soumise au devenir, au temps ( c’est le monde intelligible et le monde sensible de Platon, le premier étant éternel et vrai, l’autre étant temporel et qu’apparence). Il permet pour ceux qui en sont dotés ( d’esprit) de pouvoir prétendre à dominer, informer ce qui n’est que matière ( c’est une sorte de bénédiction pour l’homme qui peut légitimement devenir « comme maître et possesseur de la nature ».

Mais  si cette conception dualiste est avantageuse , elle pose 2 problèmes:

  • le problème de la certitude de l’existence du monde extérieur, s’il est certain que si je pense, je suis; je ne suis pas ce corps, mais une substance pensante et parmi les choses dont je peux douter: il y a celle de la réalité du monde extérieur, ce qui amène Descartes au solipsisme. D’où le recours à un Dieu non trompeur pour assurer que ce que nous percevons n’est pas illusion et mensonge. Nous ne sommes pas des « cerveaux dans une cuve » dirait Putnam:

« Voici une histoire de science-fiction discutée par des philosophes : supposons qu’un être humain (vous pouvez supposer qu’il s’agit de vous-même) a été soumis à une opération par un savant fou. Le cerveau de la personne en question (votre cerveau) a été séparé de son corps et placé dans une cuve contenant une solution nutritive qui le maintient en vie. Les terminaisons nerveuses ont été reliées à un super-ordinateur scientifique qui procure à la personne-cerveau l’illusion que tout est normal. Il semble y avoir des gens, des objets, un ciel, etc. Mais en fait tout ce que la personne (vous-même) perçoit est le résultat d’impulsions électroniques que l’ordinateur envoie aux terminaisons nerveuses. L’ordinateur est si intelligent que si la personne essaie de lever la main, l’ordinateur lui fait « voir » et « sentir » qu’elle lève la main. En plus, en modifiant le programme, le savant fou peut faire « percevoir » (halluciner) par la victime toutes les situations qu’il désire. Il peut aussi effacer le souvenir de l’opération, de sorte que la victime aura l’impression de se trouver dans sa situation normale. La victime pourrait justement avoir l’impression d’être assise en train de lire ce paragraphe qui raconte l’histoire amusante mais plutôt absurde d’un savant fou qui sépare les cerveaux des corps et qui les place dans une cuve contenant les éléments nutritifs qui les gardent en vie. Les terminaisons nerveuses sont censées être reliées à un ordinateur scientifique super-puissant qui donne à la personne-cerveau l’illusion que…
    Lorsque l’on évoque ce type de possibilité dans un cours sur la théorie de la connaissance, l’idée, bien sûr, est de soulever en des termes modernes le problème classique du scepticisme vis-à-vis du monde extérieur. (Comment savez-vous que vous ne vous trouvez pas dans cette situation ?). Mais cette histoire fournit aussi un moyen pratique de poser des questions sur les rapports entre l’esprit et le monde.
    Au lieu de ne prendre qu’un cerveau dans une cuve, nous pouvons supposer que tous les êtres humains, peut-être tous les êtres pensants, sont des cerveaux dans une cuve (ou des systèmes nerveux dans une cuve, s’il s »avère que certains êtres au système nerveux minimal sont néanmoins des « êtres pensants »). Évidemment, le savant fou devrait se trouver à l’extérieur – mais, au fait, est-ce nécessaire ? Il n’y a peut-être pas de savant fou. C’est certainement absurde, mais peut-être l’univers n’est-il qu’une machine automatique qui s’occupe d’une cuve remplie de cerveaux et de systèmes nerveux.
    Supposons à présent que la machine automatique soit programmée pour nous faire ressentir des hallucinations collectives plutôt que des hallucinations individuelles sans rapport entre elles. Ainsi, lorsque j’ai l’impression de vous parler, vous avez l’impression d’entendre mes paroles. Bien sûr, mes paroles n’atteignent pas réellement vos oreilles – parce que vous n’avez pas d’oreilles, et que je n’ai pas de bouche ou de langue. En fait, ce qui se passe lorsque je prononce des phrases, c’est que les impulsions efférentes [1] vont de mon cerveau vers l’ordinateur et celui-ci fait que j’entends ma propre voix et que je sens ma langue bouger, etc., et il fait que vous « entendez » ma voix et que vous me « voyez » parler. Dans ce cas, on peut dire qu’en un sens nous communiquons effectivement. Je ne me trompe pas sur votre existence réelle ; je me trompe seulement sur l’existence de votre corps et du « monde extérieur », à l’exclusion des cerveaux. D’une certaine manière, peu importe que le monde entier ne soit qu’hallucination collective ; après tout, vous m’entendez bel et bien parler quand je vous parle, même si le mécanisme n’est pas celui que nous croyons. (Mais dans le cas de deux amants en train de faire l’amour, l’idée qu’ils ne sont que deux cerveaux dans une cuve pourrait être inquiétante).

 

 Hilary Putnam, Raison, vérité et histoire, Minuit, trad. A. Gerschenfeld, 1984, p. 15-17.

  

  • le problème du rapport entre  de ces 2 substances séparées: comment l’esprit peut-il prétendre connaître la matière? Mais surtout celui de leur union chez l’homme : comment ce qui affecte le corps ( matière) peut-il affecter l’âme, comment l’âme peut-elle commander au corps? Comment expliquer ce que nous vivons à chaque instant ? Car il faut bien admettre comme le reconnaît Descartes dans Les méditations métaphysiques que:

– « l’âme de l’homme est réellement distincte du corps, et toutefois qu’elle lui est si étroitement conjointe et unie, qu’elle ne compose que comme une même chose avec lui. »

–  « La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car, si cela n’était lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de soif. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union et comme du mélange de l’esprit avec le corps. »

 

  • On peut en effet dans une certaine mesure faire une analogie entre le rapport âme/corps et le rapport pilote/navire. Depuis PLATON, le corps est considéré comme l’enveloppe de l’âme, comme un contenant, comme le navire transporte le pilote. L’âme et le corps comme le pilote et le navire forment un tout fonctionnel, l’âme anime le corps, le corps offre un véhicule à l’âme, la possibilité d’un rapport au monde. De plus, l’âme peut être considérée comme le pilote du corps, elle commande, il dispose, même si parfois le corps peut déborder l’âme ou lui résister.
  • Mais cette analogie a des limites évidentes : même si le pilote est très attaché à son navire, le navire reste un avoir, une propriété extérieure à lui alors que nous considérons notre corps certes comme une propriété dont on peut disposer, qui ne peut être violée, mais c’est surtout ce que nous sommes. Notre corps, c’est aussi nous et c’est de plus en plus le lieu de la réalisation de soi. À tel point que cela pourrait remettre en question l’histoire imaginée par LOCKE de l’échange d’âme à la résurrection entre un prince et un savetier. Et surtout l’âme et le corps sont dans un rapport d’intériorité. Lorsque l’âme est affectée par ce qui touche le corps, ce n’est pas du dehors dans un constat visuel ou intellectuel, mais c’est du dedans, dans un vécu, un ressenti très subjectif. Ceci semble souligner que l’âme n’est pas simplement unie au corps, elle est mêlée, confondue avec lui au point de ne former qu’un tout.

 

Le problème est de savoir par où elle est unie et comment elle peut l’être alors que ce sont 2 substances distinctes.

La réponde de DESCARTES est la glande pinéale (l’épiphyse, au milieu du cerveau). Si DESCARTES a choisi cette glande comme « le principal siège de l’âme » et point de contact entre l’âme et le corps:

  • 1. c’est d’abord parce qu’elle se situe dans le cerveau. Or c’est là que par expérience on a tendance à situer la pensée parce qu’elle est située au centre, cette position étant parfaite pour commander ( ceci dit cette place est arbitraire, comme le dit Lucrèce, la placer  au milieu de la poitrine car c’est là « que tressautent l’effroi et la joie »  serait aussi possible.
  • 2. parce qu’elle est le seul organe du cerveau qui n’ait pas de double. Son unicité la distingue donc de la matière divisible et semble être en accord avec l’unicité de la conscience.
  •  
  • C’est par là, en l’inclinant que l’âme contrôlerait le mouvement des esprits animaux et l’ensemble du corps. Cette glande pinéale a été l’objet de multiples critiques  car malgré les précautions que prend DESCARTES, il localise l’âme et même si ce n’est qu’en un point, il lui faut donc un minimum d’étendue pour avoir un impact sur cette glande, cela revient donc à matérialiser l’âme en lui donnant l’attribut étendue .
  •  Les orientaux prêtent aussi à cette glande une place particulière. Elle est liée au sixième chakra (Chakra du toisième oeil – AJNA) qui représente, au niveau du plexus pinéal entre les deux sourcils, le Mental, la  cogitation mais aussi la vision de la vie, la connaissance de soi, le discernement, l’intuition, la guérison, l’imagination créatrice, la clarté et  l’unité. Il correspond à l’inspiration et à l’éveil spirituel. C’est l’espace entre les deux hémisphères cérébraux, il est au-delà du temps et peut ralentir le vieillissement. C’est le chakra de la méditation, de la vision intérieure, du don de clairvoyance et de médiumnité, de sagesse et de grande perception sous toutes ses formes. Et si on associe l’homme à une chose pensante « res cogitans » , Descartes et orientaux s’accordent donc!

Ceci dit  Descartes à vouloir situer l’âme ou du moins son point de contact avec le corps  est condamné  à rompre avec le dualisme alors qu’il y avait peut-être d’autres stratégies: d’autres stratégies possibles :

1) Avouer qu’on est ici aux limites de l’explication mécaniste, on ne peut expliquer comment l’âme dirige le corps même si il est évident qu’elle le fait.

2) Il aurait pu distinguer « présence localiter » et « présence virtualiter » selon Kant. On peut imaginer que sans contact, l’âme dirige le corps comme un prince dirige de son palais les confins de son royaume.

3) d’imaginer une interaction entre l’esprit et la matière selon un principe d’harmonie mais sans lien physique.

– Cela va donner l’occasionnalisme de MALEBRANCHE qui présuppose qu’à chaque occasion, c’est Dieu qui assure la synchronisation entre le corps et l’esprit.

– Ou la théorie de l’harmonie préétablie de LEIBNIZ où Dieu aurait réglé au départ de manière parfaite cette synchronisation. Ce qui est selon lui une solution moins complexe, plus économique et qui laisse la place à de véritables miracles. Mais à vouloir sauver le dualisme on est contraint d’accepter la théologie (Dieu).

4) D’où la dernière stratégie : renoncer au dualisme pour un monisme donc

soit voir la matière comme un « épiphénomène de l’esprit » (BERKELEY) :

Berkeley soutient une thèse immatérialiste qui n’est pas pour autant du scepticisme ( ni un athéisme)  car il ne doute pas que ce qu’il perçoit , comme il l’explique ici dans son Traité sur les principes de la connaissance en 1710…

« Que les choses que je vois de mes yeux et celles que je touche de mes mains existent bien, qu’elles existent réellement, je ne soulève aucune question à ce sujet. La seule chose dont nous nions l’existence, est celle que les philosophes appellent matière ou substance corporelle. Et, quand on agit de la sorte, on ne cause aucun dommage au reste des hommes, qui, j’ose le dire, n’en seront jamais privés.  […]Ce que je vois, j’entends et je touche existe réellement, c’est-à-dire ce que je perçois, je n’en doute pas plus que de ma propre existence. Mais je ne vois pas comment le témoignage des sens pourrait être allégué comme preuve de l’existence d’une chose qui n’est pas perçue par le sens. Nous ne désirons pas qu’un homme devienne sceptique et ne se fie plus à ses sens ; au contraire nous donnons à ceux-ci toute la valeur et  toute l’assurance imaginables ; et il n’y a pas de principes plus contraires au scepticisme que ceux que nous venons de poser, comme on le verra clairement par la suite. »

… mais il considère qu’on ne peut pas affirmer qu’il existe quelque chose en dehors de la perception ( activité de l’esprit) et donc qu’il existe une substance séparée que serait la matière! Qu’est-ce, par exemple, qu’une fleur?  C’est  un ensemble de formes, de couleurs, d’odeurs et ce que nous appelons « fleur » , c’est cet  ensemble de qualités sensibles que l’expérience nous montre toujours réunies mais il n’est pas nécessaire pour cela  de supposer pour autant qu’existe, derrière ces qualités, une substance sous-jacente. La fleur existe pour moi, c’est certain mais ce n’est pas pour autant nécessaire qu’elle existe en soi.

Ce qui pourrait le laisser penser c’est que chacun ne choisit pas de la voir et que nous la voyons tous! Pour Berkeley, cela s’explique ainsi : ce que  mon esprit n’en est pas l’origine mais celui de Dieu. C’est Dieu, responsable de l’ordre de la nature, qui m’envoie les perceptions. Les idées ne peuvent exister sans Dieu qui perçoit, qui ne veut nous tromper donc ce que je perçoit est !
 

 » Etre c’est être perçu et percevoir », il n’existe donc que les esprits actifs et les idées qui naissent en celui-ci. « L’âme n’est pas dans le monde mais le monde est dans l’âme ».

 – soit voir l’esprit comme un épiphénomène de la matière, c’est la position matérialiste,

  • c’est celle d’ÉPICURE  et LUCRECE qui considéraient, tous deux,  l’âme comme un composé d’atomes et donc mortelle  ( ce qui fait qu’il n’y a pas à avoir peur de la mort, d’où le célèbre mot d’Epicure dans La lettre à Ménécée « la mort n’est rien pour nous » , dans le sens où la rencontre n’aura pas lieu entre elle et moi, la mort étant la grande dissolution corps et âme! C’est elle ou moi!)

« Je dis maintenant que l’esprit et l’âme se tiennent étroitement unis et ne forment ensemble qu’une même substance; toutefois ce qui est la tête et comme le dominateur de tout le corps, c’est ce conseil que nous appelons esprit et pensée; lui, il se tient au centre de la poitrine. C’est là en effet que bondissent l’effroi et la peur, c’est là que la joie palpite doucement, c’est donc là le siège de l’esprit et de la pensée. L’autre partie, l’âme, répandue par tout le corps, obéit à la volonté de l’esprit et se meut sous son impulsion. L’esprit a le privilège de penser par lui-même et pour lui, et aussi de se réjouir en soi, dans le moment où l’âme et le corps n’éprouvent aucune impression. Et de même que la tête ou l’oeil peuvent éprouver une douleur particulière sans que le corps entier s’en trouve affecté, de même l’esprit peut être seul à souffrir ou à s’animer de joie pendant que le reste de l’âme disséminé à travers nos membres ne ressent plus aucune émotion. Mais une crainte particulièrement violente vient-elle à s’abattre sur l’esprit, nous voyons l’âme entière y prendre part dans nos membres: la sueur alors et la pâleur se répandent sur tout le corps, la langue bégaye, la voix s’éteint, la vue se trouble, les oreilles tintent, les membres défaillent, au point qu’à cette terreur de l’esprit nous voyons souvent des hommes succomber. En faut-il plus pour montrer que l’âme est unie intimement à l’esprit? Une fois que l’esprit l’a violemment heurtée, elle frappe à son tour le corps et l’ébranle. Les mêmes raisons avertissent que l’esprit et l’âme sont de nature corporelle: car s’ils portent nos membres en avant, arrachent notre corps au sommeil, nous font changer de visage, dirigent et gouvernent tout le corps humain, comme rien de tout cela ne peut se produire sans contact, ni le contact s’effectuer sans corps, ne devons-nous pas reconnaître la nature corporelle de l’esprit et de l’âme? Au reste l’esprit souffre avec le corps et en partage les sensations, tu le sais. La pointe d’un trait pénètre-t-elle en nous sans détruire tout à fait la vie, mais en déchirant les os et les nerfs? Une défaillance se produit, nous nous affaissons doucement à terre; là un trouble s’empare de l’esprit; nous avons par instants une vague velléité de nous relever. Donc, que de substance corporelle soit formé notre esprit, il le faut, puisque les atteintes corporelles d’un trait le font souffrir. Mais cet esprit, quels en sont les éléments? comment est-il constitué? C’est ce que je vais maintenant t’exposer. Je dis tout d’abord qu’il est d’une extrême subtilité et composé de corps très déliés. Si tu veux t’en convaincre, réfléchis à ceci: que rien évidemment ne s’accomplit aussi rapidement qu’un dessein de l’esprit et un début d’action. L’esprit est donc plus prompt à se mouvoir qu’aucun des corps placés sous nos yeux et accessible à nos sens. Or, une si grande mobilité nécessite des atomes à la fois très ronds et très menus, qui puissent rendre les corps sensibles à l’impulsion du moindre choc. Car l’eau ne s’agite et s’écoule sous le plus léger choc que parce que ses atomes sont petits et roulent facilement. Le miel au contraire est de nature plus épaisse, c’est une liqueur plus paresseuse, d’écoulement plus lent, du fait que la cohésion est plus grande dans la masse d’une matière formée d’atomes moins lisses, moins déliés et moins ronds. La graine du pavot, un souffle léger qui passe suffit pour la dissiper et la répandre en quantité: au lieu que sur un tas de pierres ou sur un faisceau d’épis, il ne peut rien. C’est donc que les corps les plus petits et les plus lisses sont ceux aussi qui sont doués de la plus grande mobilité. Au contraire, les plus lourds, les plus rugueux, demeurent les plus stables. Ainsi donc, puisque l’esprit se révèle d’une singulière mobilité, il faut qu’il se compose d’atomes tout petits, lisses et ronds : vérité dont tu trouveras en bien des cas, mon cher Memmius, la possession utile et opportune. Autre preuve encore, qui fait voir de quel tissu léger est cette substance: le peu d’espace qu’elle occuperait si l’on pouvait la condenser; quand le sommeil de la mort s’est emparé de l’homme et lui a apporté le repos, quand l’esprit et l’âme se sont retirés de lui, aucune perte ne se constate dans tout son corps, ni dans sa forme extérieure ni dans son poids: la mort laisse tout en place, sauf la sensibilité et la chaleur vitale. Cela prouve que des éléments minuscules composent l’âme entière, partout répandue en nous, étroitement liée à nos veines, à notre chair, à nos nerfs; sinon l’on ne verrait point, après que l’âme a fait sa retraite complète, le corps garder les contours de ses membres et ne pas perdre un grain de son poids. C’est ainsi que se comportent un vin dont le bouquet s’est évaporé, un parfum dont la douce haleine s’est dissipée dans les airs, un mets dont la saveur s’est perdue; à nos yeux, l’objet n’est privé de rien dans sa forme, de rien dans son poids, et précisément parce que saveur et odeur naissent d’un grand nombre de germes minuscules épars dans toute la substance des corps. C’est pourquoi, je le répète, l’esprit et l’âme ne peuvent être composés que d’atomes aussi petits que possible, puisque leur fuite n’enlève rien au poids du corps humain. » Lucrèce, De la nature, Livre III

  • c’est celle de MARX qui voit la conscience comme un produit de l’action des hommes, « c’est la vie qui détermine la conscience » 
  • c’est aussi celle des neurosciences  qui s’efforcent de montrer que , comme le disait CABANIS dès 1802, « le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile ». En étudiant les lésions ou pathologies du cerveau, les neurologues sont parvenus  à identifier des zones propres à certaines tâches d’où  l’étude des aphasies (troubles du langage), des agnosies (troubles de la reconnaissance);  certaines ères du cerveau correspondent à des compétences ou entrent en relation pour produire des états mentaux. Avec les techniques d’imagerie cérébrales, on parvient à  montrer qu’à chaque état mental correspond un corrélat neuronal. C’est ce que soutient par exemple la neurologue Lucy Vincent dans Petits arrangements avec l’amour en 2005: « Vous, vos joies , vos peines , vos souvenirs, vos ambitions, l’idée que vous vous faites de votre identité personnelle et de votre libre arbitre ne sont en fait rien de plus que le comportement d’un vaste assemblage de cellules nerveuses et des molécules qui y sont associées ».

 

« Au fil des chapitres, le lecteur se sera rendu à l’évidence que le cerveau de l’homme se compose de milliards de neurones reliés entre eux par un immense réseau de câbles et connexions, que dans ces « fils » circulent des impulsions électriques ou chimiques intégralement descriptibles en termes moléculaires ou physico-chimiques, et que tout comportement s’explique par la mobilisation interne d’un ensemble topologiquement défini [1] de cellules nerveuses. Cette dernière proposition enfin a été étendue, à titre d’hypothèse, à des processus de caractère « privé » qui ne se manifestent pas nécessairement par une conduite « ouverte » sur le monde extérieur comme les sensations ou perceptions, l’élaboration d’images de mémoire ou de concepts, l’enchaînement des objets mentaux en « pensée ».
    Bien que l’on soit encore loin de disposer de techniques qui permettent de répertorier les assemblées de neurones mises à contribution par un objet mental particulier, la caméra à positrons crée déjà la possibilité de les « entrevoir » à travers la paroi du crâne.
L’identification d’événements mentaux à des événements physiques ne se présente donc en aucun cas comme une prise de position idéologique, mais simplement comme l’hypothèse de travail la plus raisonnable et surtout la plus fructueuse. Comme l’écrivait J. S. Mill, « si c’est être matérialiste que de chercher les conditions matérielles des opérations mentales, toutes les théories de l’esprit doivent être matérialistes ou insuffisantes ». Et à ceux que cette hypothèse trop simple ferait hésiter, Valéry répond : « Il n’est, de forêt vierge, de buisson d’algue marine, de dédale, de labyrinthe cellulaire qui soit plus riche en connexions que le domaine de l’esprit. »
    Le moment historique que nous traversons rappelle celui où s’est trouvée la biologie avant la dernière guerre mondiale. Ies doctrines vitalistes avaient droit de cité, même parmi les scientifiques. La biologie moléculaire les a réduites au néant. Il faut s’attendre à ce qu’il en soit de même pour 1es thèses spiritualistes et leurs divers avatars « émergentistes ».

 Jean-Pierre Changeux, L’homme neuronal, 1983

Pour les plus optimistes ( comme le neurologue J.P Changeux éliminativiste) , on pourrait donc expliquer par ces états neuraux, nos états de conscience et même notre conscience de ces états.

Pour d’autres, il y a une clôture cognitive qui ferait qu’on ne pourrait pas expliquer par des processus neurologiques la conscience de la conscience, le vécu des états de conscience, ce qu’on appelle « les qualias ».

On peut en effet montrer dans le cerveau ce que cela fait aux neurones et différentes ères d’entendre un morceau de musique, de sentir une rose ou d’être triste ou de former une idée, mais  peut-on voir ce que cela nous fait subjectivement ? Notre vécu? Pour certains, il ya ici là une « clôture cognitive » .

C’est un peu la thèse des émergentistes , l’émergence étant l’idée qu’il y a plus dans le tout que dans la somme de ses parties. Cet écart peut être soit comblé par la connaissance à venir ou soit resté tel.

C’était l’hypothèse de Bergson dans L’énergie spirituelle en 1919:

« On dit quelquefois : « La conscience est liée chez nous à un cerveau ; donc il faut attribuer la conscience aux êtres vivants qui ont un cerveau, et la refuser aux autres. » Mais vous apercevez tout de suite le vice de cette argumentation. En raisonnant de la même manière, on dirait aussi bien : « La digestion est liée chez nous à un estomac ; donc les êtres vivants qui ont un estomac digèrent, et les autres ne digèrent pas. » Or on se tromperait gravement, car il n’est pas nécessaire d’avoir un estomac, ni même d’avoir des organes pour digérer : une amibe digère, quoiqu’elle ne soit qu’une masse protoplasmique à peine différenciée. Seulement, à mesure que le corps vivant se complique et se perfectionne, le travail se divise ; aux fonctions diverses sont affectés des organes différents ; et la faculté de digérer se localise dans l’estomac et plus généralement dans un appareil digestif qui s’en acquitte mieux, n’ayant que cela à faire. De même, la conscience est incontestablement liée au cerveau chez l’homme : mais il ne suit pas de là qu’un cerveau soit indispensable à la conscience. »

 

Mais peut-être s’accroche-t-on à  ces « qualias » car le matérialisme reste difficile à admettre, car il désenchante . Comme le dit Putnam, déjà cité, « d’une certaine manière, peu importe que le monde entier ne soit qu’hallucination collective ; après tout, vous m’entendez bel et bien parler quand je vous parle, même si le mécanisme n’est pas celui que nous croyons. (Mais dans le cas de deux amants en train de faire l’amour, l’idée qu’ils ne sont que deux cerveaux dans une cuve pourrait être inquiétante). » . Ce matérialisme nous ramène aussi à notre animalité et à notre mortalité, que l’homme a toujours cherché à nier d’une manière ou d’une autre.

Mais peut-être que nous prenons la chose à l’excès ( par facilité!) : car le primat de la matière ( de fait) n’empêche pas la primauté d’esprit ( comme valeur!); rien ne justifie qu’on associe  le matérialisme  à un matérialisme vulgaire ( ne jouir et ne se réjouir que des choses matérielles) , car même si l’esprit est matière, il reste le produit le plus élevé de la matière, une matière subtile!

 

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LES ECHANGES

Les échanges ( économiques!)

( sachant qu’il y a aussi les échanges de mots, d’idées avec les autres hommes mais également des échanges entre les êtres vivants que nous sommes et la nature!)

Du latin excambiare, « échanger », «troquer» (de cambiare, «changer »). Acte par lequel deux personnes se livrent mutuellement des objets considérés comme équivalents 

1. Les échanges sont divers :

En droit, contrat par lequel deux parties se donnent respectivement une chose pour une autre. En économie, transfert réciproque de biens ou de services, soit directement (troc), soit indirectement (par l’intermédiaire de la monnaie). Pour sa survie même, tout être vivant entre en relation avec son milieu. La plante, par exemple, puise les nutriments nécessaires à son développement du sol. Sans échanges, toute forme de vie serait impossible. Ce qui caractérise tout organisme vivant, aussi simple soit il, c’est qu’il est le lieu d’un perpétuel échange de matière. Il ne peut se développer, se reproduire sans échanger avec le milieu extérieur les éléments dont il a besoin pour vivre. Par économie du vivant, on désigne cette capacité adaptative et évolutive à transformer en énergie vitale les propriétés physiques et chimiques de la matière inerte. L’échange obéit à une logique Les choix de l’individu rationnel, dans le domaine économique, obéissent au principe de maximisation, autrement dit, l’échange doit procurer le plus grand avantage. Ce principe de «maximisation» peut être donc étendu aux domaines extra-économiques. Chez l’homme, les échanges ne sont pas simplement bornés à la survie biologique et s’étendent jusqu’à la sphère du culturel. Les hommes échangent des choses (dimension économique) mais aussi et surtout des mots (dimension symbolique).

 2. L’échange économique crée un faux lien :

Les hommes échangent pour la même raison qu’il ya division du travail : cette raison, c’est comme le dit Platon « l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même et le besoin qu’il éprouve pour une foule de choses ». Et ce n’est que la renaissance de ces besoins qui font qu’on reste dans un rapport éco. Pas de lien commun mais les mêmes chaînes individuelles naturelles !

Comme le dit  Durkheim, soutenant pourtant un solidarité organique via les échanges et le travail,  dans De la division du travail social :

« Si l’intérêt rapproche les hommes ce n’est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur. Dans le fait de l’échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l’opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contactsi même on regarde au fond des choses, on verra que toute cette harmonie des intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné. »

 D’où les textes d’Adam Smith (1723- 1790) et Montesquieu :

– A. Smith : même si les échanges favorisent l’opulence générale ( théorie de la main invisible) , les hommes n’échangent pas dans ce but général, mais par « un penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose pour une autre ». Ce penchant à passer des « conventions », des « contrats » est proprement humain ( les animaux n’agissent ensemble que par accident ayant le même but ) et il vient du fait que l’homme sait qu’il ne peut suspendre sa vie à espérer les faveurs des autres, leur bienveillance pour satisfaire ses besoins ( par flatterie ou amitiés) ; donc il préfère plutôt que de se mettre en position de demande, se mettre en position d’offre (« ce n’est jamais de nos besoins dont nous leur parlons mais c’est toujours de leur avantage ») : il est dans ton intérêt de me donner ce dont j’ai besoin. Donc l’échange est fondé sur l’intérêt privé, chacun défend son intérêt privé, simple rencontre d’intérêts privés différents ( on n’échange pas du même !), pas d’intérêt commun ! (« ce n’est pas à leur humanité que nous nous adressons mais à leur égoïsme »)

Montesquieu : les échanges économiques sont facteurs de paix au plan international ( car les échanges n’ont pas intérêts aux conflits) mais « l’esprit de commerce, lui, pervertit les hommes : rien de gratuit , tout est achetable et vendable !

De l’esprit des lois, Livre XX, chap 2

« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix . Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes: si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels(1). Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particu­liers. Nous voyons que, dans les pays  où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales: les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent. L’esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité, et qu’on peut les négliger pour ceux des autres. La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage, qu’Aristote met au nombre des manières d’acquérir. L’esprit n’en est point opposé à de certai­nes vertus morales: par exemple, l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands. C’est un sacrilège chez les Germains, dit Tacite, de fermer sa maison à quelque homme que ce soit, connu ou inconnu. Celui qui a exercé  l’hospitalité envers un étranger va lui montrer une autre maison où on l’exerce encore, et il y est reçu avec la même humanité. Mais, lorsque les Germains eurent fondé des royaumes, l’hospitalité leur devint à charge. Cela paraît par deux lois du code des Bourguignons, dont l’une inflige une peine à tout barbare qui irait montrer à un étranger la maison d’un Romain; et l’autre règle que celui qui recevra un étranger, sera dédommagé par les habitants, chacun pour sa quote-part.

(1) chap IX:  « La vraie maxime est de n’exclure aucune nation de son commerce sans de grandes raisons. Les Japonais ne commercent qu’avec deux nations, la chinoise et la hollan­daise. Les Chinois gagnent mille pour cent sur le sucre, et quelquefois autant sur les retours. Les Hollandais font des profits à peu près pareils. Toute nation qui se con­duira sur les maximes japonaises sera nécessairement trompée. C’est la concur­rence qui met un prix juste aux marchandises, et qui établit les vrais rapports entre elles.Encore moins un État doit-il s’assujettir à ne vendre ses marchandises qu’à une seule nation, sous prétexte qu’elle les prendra toutes à un certain prix. »

 

Dans l’échange économique, le travail et l’utilité sont la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise.

 – Ainsi la valeur d’une denrée, résultat d’un travail,  pour celui qui la possède et qui n’entend pas en user ou en consommer lui-même, mais qui a l’intention de l’échanger pour autre chose, est égale à la quantité de travail que cette denrée a mis en état d’acheter et de commander.

– La valeur utilité, selon Say, « Je dirai que créer des objets qui ont une utilité quelconque, c’est créer des richesses, puisque l’utilité de ces choses est le premier fondement  de leur valeur, et que leur valeur est de la richesse. Mais on ne crée pas des objets : la masse des matières dont se compose le monde ne saurait augmenter ni diminuer. Tout ce que nous pouvons faire est de reproduire ces matières sous une autre forme qui les rende propre à un usage quelconque qu’elles n’avaient pas, ou seulement qui augmentent l’utilité qu’elles pouvaient avoir. »

 4. PERVERSIONS :

1. la CHREMATISTIQUE : C’ est l’art de s’enrichir, d’acquérir des richesses.Il y en a deux formes : la « chrématistique naturelle » ou « nécessaire »  ET la « chrématistique » proprement dite ou « commerciale ». ARISTOTE associe la première  à la nécessité de l’approvisionnement de la famille. Il l’accepte, car elle est nécessaire à la survie. On distingue dans cette chrématistique naturelle l’art naturel au sens propre, celui relié à la prise de possession directe ou à l’utilisation du travail des esclaves pour s’auto-suffire, de l’art naturel par l’échange nécessaire. Ce dernier est indispensable puisque l’autosuffisance reste difficile à maintenir. Aristote admet le troc et l’échange pratiqué par la monnaie comme important, mais insiste sur le fait que cette dernière ne doit pas être accumulée, qu’elle ne doit être utilisée que pour réaliser l’échange. Selon Aristote, l’accumulation de la monnaie pour la monnaie qui est la « chrématistique » dite « commerciale » est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s’y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l’accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables pour Aristote et Platon.

2. Alors que le travail est producteur de valeur (d’échange et d’usage, en transformant la  matière en chose utile), ajoute de la valeur, s’il « donne de loin la plus grande partie de leur prix aux choses dont nous jouissons en ce monde » selon Locke,  et donc alors qu’il est étalon de valeur ( et donc au-dessus de ce qu’il permet d’évaluer), il devient à son tour une MARCHANDISE qui a un coût et qui peut être vu comme ce qui grève le profit ! Renversement des valeurs !

3. A l’origine, l’économie politique se contentant d’estimer les volumes de productions et des échanges; la mesure de ces mouvements fournissait des indices valables sur l’activité d’une époque ou d’une région. Mais avec le temps, les indices ont pris plus d’importance que l’activité qu’ils devaient mesurer ; la nature des échanges et des productions cédait le pas dans l’échelle des valeurs, à leur volume. Aussi on s’inquiète de l’économie qui stagne quand le taux de croissance du PNB  augmente de moins de deux pour cent par an; or ce chiffre qui n’indique que le volume des activités ne dit rien sur leur qualité ou leur répartition.

4. La rationalité économique exclut tout sentiment, mais coupe aussi de la réalité ou de la vie :

– on ne voit plus nécessairement les choses pour ce qu’elles sont mais pour ce qu’elles valent et non pas en argent sonnant et trébuchant mais en billets, chèque

– on entre dans une logique quantitative plutôt que qualitative : « je dépense donc je suis » Beigbeder dans 99 fr. On cherche à réduire l’acheteur à un consommateur, à une « subjectivité vide et avide ».

– alors que l’argent n’est qu’un intermédiaire ( un signe qui ne vaut pas en lui-même mais pour ce à quoi il renvoie, comme un mot) et qu’il ce qui permet la circulation des biens , la vitalité du marché du travail, on dévitalise l’échange en en faisant une fin, un objet de spéculation.

La logique de profit est différente de la logique de richesse qui elle donne du travail et des échanges

Heureusement ! Comme le dit A. de Tocqueville De la démocratie en Amérique

« Quoique le désir d’acquérir des biens de ce monde soit la passion dominante des Américains, il y a des moments de relâche où leur âme semble briser à tout à coup les liens matériels qui la retiennent et s’échapper impétueusement vers le ciel. » !

 

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Peut-on affirmer que la force de l’Etat fait la liberté des citoyens ?

Peut-on affirmer que la force de l’Etat fait la liberté des citoyens ?

I. L’idée de force renvoie à celle de puissance physique. On peut penser cette puissance de l’Etat comme la capacité à soumettre aux lois par l’usage de la force de coercition.

– la coercition, c’est la contrainte et elle s’oppose logiquement à la liberté qui est pour chacun associée à l’idée d’indépendance, qui est justement l’absence de contrainte.

– un Etat fort, c’est souvent un état autoritaire, tyrannique qui cherche par la force à imposer un ordre, qui n’est donc pas librement choisi sans quoi l’usage de la force serait superflu : donc cet Etat ne peut que porter atteintes aux volontés et désirs des citoyens. C’est en ce sens qu’Alain disait qu’il valait mieux « obéir en résistant » que désobéir, car la désobéissance entraîne la le renforcement de l’Etat, la tyrannie pour tuer la critique et dès lors la liberté est perdue.

– cette coercition peut aussi être psychique, menace pour les dissidents, manipulation idéologique, omniprésence paternaliste de l’Etat  (parfois à la demande des citoyens eux-mêmes)mais le résultat est le même, un atteinte au libre-arbitre, à la liberté de choix

Mais cet usage de la force et l’autoritarisme ne peuvent-ils pas être un aveu de faiblesse  et la liberté se réduit-elle à l’indépendance et à une somme de libertés individuelles?

II.   Réduire la force de l’Etat à la force de coercition, c’est en effet être victime des apparences :

Diderot dans L’encyclopédie distingue 2 formes de puissance ou d’AUTORITE : « La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation, et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent ; en sorte que si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité, la défait alors : c’est la loi du plus fort. Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature, c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis ; mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler ; et celui qui se l’était arrogée, devenant alors prince, cesse d’être tyran. »

En somme ce qui fait qu’un Etat est réellement fort, c’est que justement il n’a pas besoin de faire usage de la force (cet usage étant en réalité un aveu de faiblesse, d’absence d’autorité), parce qu’il a su obtenir librement le consentement de ceux qui lui obéissent et cela parce qu’il apparaît comme légitime.

Un Etat est véritablement  fort parce qu’il incarne une autorité incontestée et légitime, et cela

– soit parce qu’il est l’incarnation de la volonté du peuple et dans ce cas en y obéissant, le peuple ne perd pas sa liberté.

– Certes il perd son indépendance, mais l’indépendance n’est qu’une liberté précaire et illusoire, le masque du caprice, de la soumission aux pulsions et de l’hétéronomie, mais il gagne l’autonomie : l’obéissance à la loi à laquelle il a consentie ou même mieux qu’il s’est lui-même prescrite (contrat de Rousseau à développer)

– soit parce qu’il remplit bien avec compétence ses missions qui ne se réduisent pas à assurer l’ordre pour lui-même mais pour  permettre la coexistence des libertés et que chacun puisse faire librement son bonheur en corrigeant les inégalités, en donnant une égalité des chances.

III. cependant on peut penser que la liberté ne se réduit pas à la liberté politique (exercice du pouvoir souverain : Benjamin Constant et la liberté des Anciens distincte de celle des Modernes, avec chacune leur péril), que  ce n’est pas à l’Etat de faire la liberté des citoyens mais simplement de lui permettre d’être  en maintenant l’ordre, qui n’est que la condition de la liberté. Il serait dangereux de laisser aux mains de l’Etat la liberté des citoyens. C’est au contraire à eux de la préserver et de la développer.

Ce qui fait la liberté des citoyens, c’est leur force, au sens latin de « virtù », de force de la volonté, de courage face au danger ou aux difficultés. Un citoyen faible, c’est un citoyen qui se décharge sur l’Etat de ses responsabilités, qui entre dans une servitude volontaire par passion de l’égalité, par confort ou par un aveuglement pour un matérialisme médiocre…. Ce qui fait la liberté des citoyens, c’est un citoyen actif et vigilant donc fort ou même une société civile forte face ou dans l’Etat (Tocqueville qui prône une démocratie locale, un pouvoir corporatif, une vie associative pour raviver le goût de l’engagement public et le sens de l’intérêt général)

Corrigé de QUI a dit QUOI

QUI A DIT QUOI ?

 

1 – ‘Mais les vrais philosophes, demanda-t-il, qui sont-ils selon toi ? Ceux qui aiment contempler la vérité, répondis-je »
Kant Platon Descartes
2 – ‘Avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire…’Leibniz Sartre Schopenhauer
3 – ‘Il n’y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit…’ Descartes Malebranche Hegel
4 – ‘L’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à l’étude de l’inconscient…’ Nietzsche Lacan Freud
5 – ‘L’inconscient est une méprise sur le moi, c’est une idolâtrie du corps. On a peur de l’inconscient’ Sartre Alain Popper
6 – ‘Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion.’Hegel Marx Engels
7 – ‘Toute inclination amoureuse […] pour éthérée que soient ses allures, prend racine uniquement dans l’instinct sexuel.’
Hegel Saint-Augustin Schopenhauer
8 – ‘Le travail constitue la meilleure des polices.’ Nietzsche Marx Jonas
9 – ‘C’est seulement par le risque de sa vie que l’on conserve sa liberté.’ Marx Hegel Saint Thomas
10 – ‘Ma chute originelle, c’est l’existence de l’autre.’ Sartre Hegel Lucrèce
11 – ‘Qu’est-ce donc que le temps ? Quand personne ne me le demande, je le sais; dès qu’il s’agit de l’expliquer, je ne le sais plus.’
Einstein Kant Saint Augustin
12 – ‘La mort n’est rien pour nous.’ Heidegger Epicure Montaigne
13 – ‘Une tentative philosophique pour traiter l’histoire universelle en fonction du plan de la nature, qui vise à une unification politique totale dans l’espèce humaine, doit être envisagée comme possible.’ Hegel Kant Marx
14 – ‘L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes.’ Hegel Marx Comte
15 – ‘Le premier langage de l’homme, le langage le plus universel, le plus énergique, et le seul dont il eût besoin, avant qu’il fallût persuader des hommes assemblés, est le cri de la nature.’ Diderot Rousseau Voltaire
16 – ‘Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles.’ Kant Aristote Bergson
17 – ‘En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel.’ Bachelard Bernard Descartes
18 – ‘Un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience.’ Kant Popper Hume
19 – ‘L’art occupe le milieu entre le sensible pur et la pensée pure.’ Hegel Kant Platon
20 – ‘La religion […] est la relation de l’homme à lui-même ou plus exactement à son essence, mais à son essence comme à un autre être;’ Nietzsche Freud Feuerbach
21 – ‘La religion est l’opium du peuple.’ Freud Marx Nietzsche
22 – ‘Il apparaît clairement par là qu’aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est la guerre de chacun contre chacun.’
Aristote Hobbes Rousseau
23 – ‘Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct.’ Aristote Locke Rousseau
24 – ‘Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, ou que ceux qu’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes […] il n’y aura de cesse […] aux maux des cités, ni, ce me semble, à ceux du genre humain.’ Platon Aristote Epictète
25 – ‘Aussi est-il nécessaire au prince qui se veut conserver qu’il apprenne à pouvoir n’être pas bon.’
Hobbes Machiavel Rousseau
26 – ‘Ne cherche pas à faire que ce qui arrive, arrive comme tu le désires; veuille, au contraire, ce qui arrive comme il arrive. Alors tu jouiras de la paix intérieure.’ Epicure Epictète Bouddha
27 – ‘Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.’ Rousseau Hume Pascal
28 – ‘Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.’ Kant Descartes Socrate
29 – ‘Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques.’
Marc-Aurèle Kant Sartre
30 – ‘L’homme est condamné à être libre.’ Hegel Sartre Epicure
31 – ‘Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.’
Hobbes Rousseau Machiavel
32 – ‘Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe, c’est de le transformer.’
Condorcet Hegel Marx
33 – ‘L’homme est un animal politique.’ Aristote Platon Husserl
34 – ‘Toute conscience est conscience de quelque chose.’ Descartes Alain Husserl
35 – ‘Ils conçoivent l’homme comme un empire dans un empire.’ Kant Spinoza Leibniz
36 – ‘Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.’ Kierkegaard Pascal Bergson
37 – ‘Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt.’
Pascal Hume Saint Paul
38 – ‘Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.’ Leibniz Marc-Aurèle Voltaire
39 – ‘L’homme porte en lui-même la justification principale de la propriété.’ Locke Rousseau Engels
40 – ‘Nul n’est méchant volontairement.’ Platon Aristote Sartre

L’accord avec autrui est un critère suffisant de vérité ?

L’accord avec autrui est un critère suffisant de vérité ?

I. On peut penser que si ce qui est vrai doit l’être pour tous ( la vérité est absolue et universelle ou n’est pas), réciproquement, ce qui est vrai pour tous ne pourrait  que nécessairement être vrai :

– car les hommes ne peuvent pas croire ce qu’ils savent ne pas être vrai en tant qu’être rationnels

– l’accord avec l’esprit de l’autre peut être vu comme la « pierre de touche » de la vérité présente dans le mien : c’est le présupposé des dialogues de Platon ; on ne peut tenir comme recevable, vrai que ce que les deux interlocuteurs admettent après examen

– si  seul on peut être victime de sa subjectivité, l’inter-subjectivité peut être un gage d’objectivité : ce qui est commun à différents points de vue

– si autrui = spécialiste, alors on peut se fier à ce qu’ils posent comme vrai. C’est le cas de la vérité scientifique qui est admise par l’ensemble du corps scientifique.

II. Si l’accord commun est la conséquence du vrai ( comme l’évidence d’impose à tous) , l’accord commun n’est pas suffisant pour garantir de la vérité de ce qui est cru :

-Exemples nombreux de ceux qui ont défendu le vrai, seul contre tous..

l’homme n’est pas qu’un être de raison, c’est aussi un être de désir, capable dès lors de s’illusionner, donc la croyance commune n’est pas nécessairement vraie (allégorie de la caverne, manipulation idéologique, limite du paradigme en science…)

– la science avance en corrigeant des erreurs dues à différents facteurs, qui semblent être un moment nécessaire, pour être dépassé dans la conquête de la vérité

– ce qui compte ce n’est pas l’accord, mais les raisons de cet accord : d’où les autres critères : évidence, cohérence, correspondance

III. Mais ces critères sont-ils suffisants ? Limites des vérités formelles et matérielles.