La justice: 1 allégorie, 3 paraboles, 5 principes, 2 égalités et 1 procédure

 Conférence donnée par  Yves Michaud en  2010  pour l’ UTLS 

Regardez: la_justice_qu_est_ce_que_c_est_yves_michaud

   

  • L’allégorie   

   

 
 

  

 
 

 

On retrouve ici le symbole de la justice : la balance qui tend à maintenir les plateaux à égalité, le glaive qui doit accompagner la justice pour qu’elle soit appliquée contre la force et l’acte de vengeance auquel elle oppose le fait de dire ce qui est juste, c’est-à-dire conforme au droit et en référence implicite ou explicite avec quelque chose sinon de religieux, de transcendant. La justice est aussi associée à l’enfant qui incarne l’innocence et la pureté. Elle a les yeux bandés,signe d’impartialité dans son jugement. 

  

  

  

  

  •  3 paraboles  

le jugement de Salomon:   

2 femmes revendiquent la maternité devant le Roi Salomon d’un enfant: incapable de les départager, le Roi décide ( par ruse) de partager l’enfant en deux, la vraie mère se révélant alors exhortant le Roi de ne pas mettre en oeuvre son jugement.   

   

 La parabole des ouvriers de la 11ème heure:    

un propriétaire engage le matin, des ouvriers pour travailler à la journée et convient avec eux d’un salaire; à midi, il en embauche d’autres  et à la 11ème heure, dernière de la journée de travail ; ils donnent à chacun au final la même somme. Le propriétaire se défend en disant qu’avec chacun, il a honoré son contrat, en lui donnant son dû,  et qu’il a le droit d’être généreux.  

  

La parabole des Talents ( Evangile selon Saint-Matthieu):  

à chacun selon ses capacités  

  

   

  • Selon Yves Michaud ,  5 principes de justice :  
  1. à chacun selon ses besoins?
  2. à chacun selon son travail ou ses capacités?  
  3. à chacun selon son statut?
  4. à chacun selon les contrats qu’il a passés?
  5.  à chacun selon ses mérites?  
  • Pour Aristote, 2 types d’égalité
  1.  égalité arithmétique ( celle des droits de l’homme, où tout homme en tant que personne est égal à un autre en droits et en dignité) et
  2. égalité géométrique ( celle qui prend en compte nos différences en tant qu’individu et qui oblige à traiter différemment chacun de manière juste)  
  • Pour John Rawls, et sa procédure  du voile d’ignorance ( où chacun ignore qui il est) arrive à l’idée d’une égalité de base qui peut être pondéré par le principe de différence si l’inégalité profite à tous, au bien -être général …   

Tout cela ne suffit cependant pas forcèment pour dire ce qui est juste ou non; dans chaque cas particulier, il faut en juger au plus juste…   

    

 

 

Sur la désobéissance civile

http://www.dailymotion.com/video/x76nqs

La Boétie dans De la servitude volontaire (1598): « Soyez résolus de ne servir plus et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre ».  

Gandhi: « Le criminel enfreint les lois subrepticement et tâche de se soustraire au châtiment ; tout autrement agit celui qui résiste civilement. Il se montre toujours respectueux des lois de l’Etat auquel il appartient, non par crainte des sanctions, mais parce qu’il considère ces lois nécessaires au bien de la société. Seulement, en certaines circonstances, assez rares, la loi est si injuste qu’obéir semblerait un déshonneur. Alors, ouvertement et civilement, il viole la loi et subit avec calme la peine encourue pour cette infraction»

John Rawls dans Théorie de la justice : « La désobéissance civile exprime la désobéissance à la loi dans le cadre de la fidélité à la loi, bien qu’elle se situe à sa limite extérieure. La loi est enfreinte, mais la fidélité à la loi est exprimée par la nature publique et non-violente de l’acte, par le fait qu’on est prêt à assumer les conséquences légales de sa conduite. Cette fidélité à la loi aide à prouver à la majorité que l’acte est, en réalité, politiquement responsable et sincère et qu’il est conçu pour toucher le sens de la justice du public. »

Hannah Arendt : « Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit ».

Et dans La désobéissance civile (1972), elle écrit sur cette différence :

On comprend bien que «loin de procéder de la philosophie subjective de quelques individus excentriques la désobéissance civile résulte de la coopération délibérée des membres du groupe tirant précisément leur force de leur capacité d’œuvrer en commun. »

 
A lire également cet article de Valérie le Héno:

http://www.scribd.com/doc/10054900/La-desobeissance-Un-Moteur-devolution

Déclaration universelle des droits de l’homme

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« Le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd’hui qu’il l’a été durant des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un étalon du juste et de l’injuste qui est indépendant du droit positif et lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif.

Bien des gens aujourd’hui considèrent que l’étalon en question n’est tout au plus que l’idéal adopté par notre société ou notre “civilisation” tel qu’il a pris corps dans ses façons de vivre ou ses institutions. Mais, d’après cette même opinion, toutes les sociétés policées ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées. Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu’ils sont reçus, dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l’homme policé. De ce point de vue, les premiers ne peuvent être rejetés comme mauvais purement et simplement. Et puisque tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d’accepter en toute tranquillité une évolution vers l’état cannibale. S’il n’y a pas d’étalon plus élevé que l’idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique. Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l’idéal de notre société montre qu’il y a dans l’homme quelque chose qui n’est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés, de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l’idéal de notre société comme de tout autre. Cet étalon ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés, car elles ont, ainsi que leurs composants, de nombreux besoins qui s’opposent les uns aux autres : la question de priorité se pose aussitôt. Cette question ne peut être tranchée de façon rationnelle si nous ne disposons pas d’un étalon qui nous permette de distinguer entre besoins véritables et besoins imaginaires et de connaître la hiérarchie des différentes sortes de besoins véritables. Le problème soulevé par le conflit des besoins sociaux ne peut être résolu si nous n’avons pas connaissance du droit naturel. «  

                           

L. Strauss, Droit naturel et histoire (1953)