La Vague

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Ce film de  Dennis Hansel  s’inspire d’une expérience qui aurait eu lieu la première semaine d’avril 1967 dans un lycée, en Californie, organisée par un  professeur d’histoire-géographie, Ron Jones, dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie. N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu, sans réagir, laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières, Ron Jones aurait décider  d’organiser une mise en situation. Il aurait fondé un mouvement nommé « La Troisième Vague », dont l’idéologie vantait les mérites de la discipline et de l’esprit de corps, et qui visait à la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l’accent qu’elle place sur l’individu plutôt que sur la communauté.

Tout ceci est à mettre au conditionnel car les sources fiables sur cette expérience sont rares. A l’époque, la « Troisième Vague » est mentionnée à deux reprises dans le journal du lycée, le Cubberley Catamount, d’abord dans une brève parue le 7 avril 1967 puis dans un article de fond peu détaillé. L’expérience est également citée dans le même journal, pendant l’année scolaire suivante.

L’exposé le plus complet est un texte écrit par Ron Jones lui-même en 1972, cinq ans donc après les faits, qui n’a été publié qu’en 1976.

Il décrit cette expérience de 5 jours ainsi:

Lundi 
il donne une allocution sur la discipline : comment elle est nécessaire aux athlètes, aux artistes, aux scientifiques, et comment, par la maîtrise de soi, elle assure la réussite des projets. Il passe ensuite aux travaux pratiques et indique une position assise susceptible de faciliter la concentration et la volonté : pieds à plat sur le sol, dos droit, mains croisées derrière le dos. Il exige des élèves qu’ils adoptent cette position et vérifie qu’ils obéissent. Il leur apprend ensuite à entrer et à sortir de classe, dans le silence et la rapidité. Il donne aussi des instructions pour répondre aux questions : désormais, les élèves doivent se lever, commencer leur réponse par « Monsieur Jones » et répondre en quelques mots seulement. Une série de questions-réponses très intense conclut la séance. Les élèves se sentent stimulés et motivés.
Mardi 
devant une classe en « position d’attention » Jones inscrit au tableau la devise du mouvement : « La force par la discipline, la force par la communauté. » Il analyse l’idée de communauté qu’il définit comme le lien unissant différentes personnes tournées vers un but commun. Il exalte la valeur de la communauté en montrant qu’elle est cette réalité au-delà de l’individu dans laquelle il s’accomplit en s’y intégrant. Ron Jones ordonne ensuite aux élèves de réciter la devise du mouvement, d’abord l’un après l’autre, puis par groupes de deux ou trois, puis toute la classe ensemble. La coordination atteinte permet aux élèves de constater la réalité de la communauté, et de s’y sentir pleinement intégrés, à égalité avec les autres. A la fin de l’heure, Jones enseigne un salut consistant à amener la main droite à hauteur de l’épaule droite, les doigts arrondis en forme de coupe. Il s’agit d’un salut utilisé par les nazis, ce que les élèves ignoraient. Il décide de nommer le mouvement « La Troisième Vague », expliquant aux élèves que c’est à la fois parce que la main lors du salut ressemble à une vague sur le point de déferler, et parce que, conformément à une croyance populaire, les vagues de l’océan avanceraient par groupes de trois, la troisième étant la plus forte. Il omet de mentionner aux élèves la référence la plus importante, qui est bien sûr la référence au Troisième Reich.
Mercredi 
Ron Jones constate que treize élèves d’autres classes viennent assister à son cours. Il distribue des cartes de membre aux élèves participant au mouvement. Parmi les cartes de membre, trois (distribuées aléatoirement) sont marquées d’une « X » rouge. Les membres porteurs de ces cartes se voient confier la mission de dénoncer les membres qui ne respecteraient pas les règles. Ron Jones donne une allocution sur l’action, entendue comme but vers lequel tendent la discipline et la communauté, et sans lequel elles perdent tout leur sens. A la surprise du professeur, plusieurs élèves lui expriment leur satisfaction et leur joie de participer à la « Troisième Vague ». Les élèves montrent de meilleures dispositions pour apprendre et participer en classe. L’égalité instaurée entre eux incite les élèves les moins sûrs d’eux à prendre la parole et à gagner en assurance. Les réponses aux questions se font cependant beaucoup plus laconiques, et les élèves semblent perdre leurs aptitudes à argumenter et à nuancer. Ron Jones dirige la classe vers l’action pure : il donne l’ordre de dessiner une bannière pour la « Troisième Vague », d’apprendre par cœur le nom et l’adresse de tous les membres, de recruter de nouveaux membres. Plus tard dans la journée, Ron Jones constate que la « Troisième Vague » prend des proportions inquiétantes. La moitié des membres en dénoncent d’autres, même si seuls trois élèves ont été spécialement désignés pour cette tâche. De nombreux élèves prennent la « Troisième Vague » très au sérieux et menacent ceux qui tournent le mouvement en dérision. Ron Jones constate aussi que, alors que les élèves les plus médiocres participent de plus en plus et s’investissent beaucoup dans le mouvement (l’un des élèves décide même de devenir le « garde du corps personnel » du professeur, qui se laisse faire), les élèves les plus doués supportent mal l’égalitarisme forcené du cours.
Jeudi 
Arrivé tôt au lycée, Ron Jones découvre sa classe dévastée. Un des parents d’élèves, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et ancien prisonnier de guerre, a pénétré dans l’établissement et commis des dégradations sur le matériel. L’expérience perturbe la vie du lycée de manière manifeste : des élèves sèchent leurs cours pour venir assister aux leçons de Ron Jones (quatre-vingt élèves serrés comme des sardines, au lieu des trente habituels), et une « police secrète » s’organise sur la délation et la peur. Inquiet de l’ampleur et de la tournure que prennent les événements, sentant l’expérience lui échapper, incertain de ses propres motivations pour poursuivre, Ron Jones décide d’en finir. Après une allocution sur la fierté, il annonce que la « Troisième Vague » n’est pas seulement une mise en situation au sein du lycée, mais bel et bien un projet d’ampleur nationale destiné à modifier en profondeur la vie sociale des Etats-Unis. Il prétend que d’autres enseignants ont, comme lui, fondé des « Troisièmes Vagues » partout dans le pays et que, le lendemain, à midi exactement, le leader national du mouvement s’adressera aux jeunesses de la Troisième Vague. Il s’appuie sur la volonté des membres pour organiser en vingt-quatre heures une réunion exemplaire.
Vendredi 
Ron Jones consacre le début de la matinée à préparer la salle de conférence du lycée. Les élèves commencent à arriver dès 11h30. Deux cents étudiants assistent à la réunion. Certains ont apporté des bannières. Des amis de Ron Jones, déguisés en reporters et en journalistes, prennent des notes et photographient les participants. A midi, les portes sont closes et des gardes postés de faction. Ron Jones montre à ses amis l’obéissance aveugle des jeunes présents : il les fait saluer et leur fait réciter la devise du mouvement. A midi cinq, Ron Jones fait éteindre les lumières et allumer des écrans de télévision, annonçant le discours du leader national. Après quelques minutes de silence attentif devant les postes ne montrant que de la « neige », les élèves finissent par s’apercevoir de la supercherie. Coupant court à leur stupeur, Ron Jones procède à un « débriefing » : il explique comment il les a manipulés et dans quelle mesure ils se sont laissés manipuler. Il leur fait visionner un film montrant des images d’archives du Troisième Reich. Répondant aux questions des élèves, il leur montre à quel

point il est facile de verser dans le totalitarisme. Il leur explique aussi combien être dupe de ficelles aussi grossières est honteux, et répond à la question originelle : les Allemands ont nié avoir eu connaissance de l’extermination des Juifs, des Tziganes, des homosexuels etc., de la même manière que les élèves de Cubberley nieront avoir participé à la réunion. Il clôt l’expérience.

  Cette expérience divulguée en 1976 sera mise en scène dans un téléfilm en 1981 et inspirera le best-seller de Todd Strasser, La vague, publié aussi la même année et vendu à 1,5 millions d’exemplaires en Europe. Publié en 1984 en Allemagne, il deviendra aussitôt un ouvrage scolaire de référence.

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Modèle de liberté?

                                         

         1994, souvenez-vous:

   http://www.dailymotion.com/video/x2jirf                                                                          

 

Alors ce personnage incarne-t-il la liberté? Ne correspond-t-il pas à ce que vous pensez sans doute être la liberté, à savoir faire ce qui nous plaît, que ce qui nous plaît! N’est-ce pas le cas de Forrest Gump! Comme il le dit pour expliquer sa course aux journalistes qui cherchent un sens à cette course de 2 ans, « juste envie de courir! »

Si vous êtes allé un peu plus loin dans votre réflexion sur la liberté, vous en êtes peut-être arrivé à l’idée que ce qui fait qu’un acte est libre, c’est qu’il est issu d’un choix libre. Or un choix est libre s’il est contingent, c’est-à-dire non nécessaire ( pas au sens d’utile ou vital! Mais au sens de ce qui ne peut pas ne pas être autrement! Et c’est le cas , semble-t-il, de ce choix. Forrest aurait pu rester assis sur son banc et ne pas se lever, et il s’est levé. « Sans raison » comme il dit. Et c’est sans raison qu’il a continué alors qu’il aurait pu s’arrêter, ne pas faire demi-tour pour repartirà chaque fois. Rien ne semble le pousser à courir sinon la volonté, la volonté de courir.

Et on voit bien dans cette course sans limite, le caractère infini de la liberté dont parle Descates, y voyant la marque du créateur sur sa créature. C’est ce qui fait qu’on est à l’image de Dieu.

Mais son absence d’hésitation, de réflexion souligne que son entendement est, lui, pas seulement fini, comme en tout homme (si nous pouvons tout et toujours vouloir, c’est-à-dire « élire », nous ne pouvons tout savoir, ni imaginer, ni se rappeler) mais « nul » au sens d’inactif. C’est pour cela qu’il n’hésite pas d’ailleurs! Sa volonté est donc comme suspendue dans le vide et c’est pourquoi on la voit à nue.

Mais si Forrest Gump amène ce qui l’entoure à réfléchir sur leur propre liberté, sur les doutes qui les animent et font qu’ils ne peuvent être aussi déterminés et constants que Forrest, on ne peut sans doute pas en faire un modèle de liberté. Comme le dit Olivier Pourriol dans Cinéphilo,  » sa liberté est tellement nue qu’elle est dépouillée d’elle-même ». Comment parler de choix, quand il n’y a aucune réflexion et donc aucune délibération, quand finalement on ne sait pas vraiment ce qu’on choisit et ce qu’on pourrait choisir d’autre? Comme parler de choix libre quand finalement « la volonté se dégrade en envie »? Comment parler de contingence quand à cause de cette envie, « la liberté s’inverse en basse nécessité ».

Certes Forrest Gump réveille chacun, donne l’exemple d’une volonté inflexible, mais il est exemple malgré lui!

le choix ou l’angoisse de la liberté

Regardez : Sophie arrive avec ses deux enfants au camps de concentration de Auchswitz:

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Peut-on imaginer pire choix à faire? Nietzsche disait qu’être humain, c’est épargner à autrui la honte; avec ce film, inspiré du roman de William Styron, on peut dire que le plus inhumain, c’est de le mettre dans ce type de situation où on ne peut se comporter qu’inhumainement, que se faire honte à soi-même et devoir porter sans cesse le poids de cette honte, de ce choix qui est un faux choix !

Ou un vrai choix, Ou encore un choix, là est le problème?

– Ou bien je suis convaincue que la valeur la plus haute est celle de la dignité, et je refuse l’indignité d’un faux choix qui déshumanise celui qui s’y engage ; ou bien je trouve encore la force de calculer, je vois les conséquences de mon refus de choisir, et je sacrifie l’un des enfants. Faut-il accepter de sacrifier l’un pour sauver l’autre ? Faut-il refuser le principe même du choix, parce que sa monstruosité est inhumaine ?

– Ou bien je choisis des raisons qui commandent de choisir ou bien je choisis les raisons qui interdisent de choisir l’un ou l’autre

– Ou bien je choisis ma fille, ou bien je choisis mon fils

– Ou bien je choisis le mal ( sacrifier mes deux enfants en ne choisissant pas) ou je choisis le mal ( préférer un de mes enfants) même si je veux faire le bien ( affirmer la dignité de la personne humaine qui ne saurait s’humilier à faire un tel choix ou sauver un de mes enfants, en évitant le plus grand mal la mort des deux, morale utilitariste)

Et c’est ce qui fait la cruauté et l’inhumanité de celui qui propose ce choix: Sophie vient de se revendiquer comme morale en un sens ( elle est une bonne catholique, elle croit en Dieu et applique les préceptes de sa religion), elle veut combattre une injustice ( en disant qu’elle n’est pas juive et ne se trouve dons pas au bon endroit), et en la mettant face à ce choix, l’officier nazi veut lui montrer l’inconséquence de sa morale: elle ne peut empêcher le mal ( elle se sauve , elle, mais les autres seront, eux, sacrifiés), elle ne lui est d’aucun secours dans ce choix  et elle est même source d’immoralité, car faire le bien, c’est ici aussi faire le mal.

Il s’agit donc bien de l’humilier en lui proposant de ce choix, d’humilier sa foi ou sa raison, si on prend sa moralité indépendamment de sa source, de disqualifier par là, la voie du Bien, comme impasse.