Miracle en Alabama

 

 

Dans la Revue L’avant-scène du 1er Janvier 1963, Douglas H.Schneider, attaché culturel à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, titre son article : Helen Keller ou le triomphe du courage sur la matière. Ce numéro de l’Avant-scène est entièrement consacré à ce destin hors du commun qu’est celui d’Helen qu’une maladie infantile à 20 mois, va laisser sourde et aveugle. Miracle Worker (1959), une pièce de William Gibson, inspirée de L’histoire de ma vie écrit en 1954  par Helen Keller elle-même, vient d’être reprise au théâtre par la Compagnie Théâtre vivant au Théâtre Athénée-Louis Jouvet en Octobre 1962, avec une réadaptation de Marguerite Duras (  » le travail a été de décongestionner le texte pour qu’il trouve la respiration propre à la l’interprétation théâtrale » disait-elle à ce propos) et de Gérard Jarlot, sous le titre Miracle en Alabama. Le texte intégral est dans ce numéro spécial.

Le 23 mai 1962 sort également aux Etats-Unis, avec un scénario de W.Gibson, sous la direction Arthur Penn, le film Miracle Worker.

 

En 1963, l’Oscar de la meilleure actrice reviendra à  Anne Bancrof  pour son interprétation du   rôle d’ Anne Mansfield Sullivan, l’éducatrice qui, à partir de 1887, prendra en charge, malgré la résistance d’Helen et de ses parents, la jeune fille avec des méthodes révolutionnaires.

 

 

Voici le film :

 

 

 

                 Helen Keller ( 1880-1968 ) sera la première mal voyante et entendante à obtenir un diplôme universitaire, à la Faculté de Radcliff College. Internationalement honoré pour son courage et son engagement pour la cause de ses pairs ( elle aida à l’établissement de l’American Foundation for the Blind (Fondation Américaine pour les Aveugles dès 1921 et à celui d’autres fondations dans le monde, jusqu’à sa mort), elle reçut  la Légion d’Honneur en 1952 à l’occasion des commémorations du centenaire de Louis Braille,  le Lions Humanitarian Award en  1961 à Washington et fut reçue par le Président JF Kennedy à la Maison Blanche et bien d’autres. En 1971, le conseil d’administration du Lions clubs International a déclaré que désormais, le 1er juin serait la  » Journée Helen Keller.  » Les Lions du monde entier organisent des projets liés aux problèmes de la vue durant cette journée.

Les limites des mots mises en images et sons

« Or, quelle est la fonction primitive du langage ? C’est d’établir une communication en vue d’une coopération. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il décrit. Dans le premier cas, c’est l’appel à l’action immédiate ; dans le second, c’est le signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriétés, en vue de l’action future. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la fonction est industrielle, commerciale, militaire, toujours sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu’il signale sont les appels de la chose à une activité humaine. Le mot sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se les représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot. »

BERGSON
La Pensée et le Mouvant, II,

http://www.dailymotion.com/video/x9a4ha

« Le moi touche au monde extérieur par sa surface ; et comme cette surface conserve l’empreinte des choses, il associera par contiguïté des termes qu’il aura perçus juxtaposés : c’est à des liaisons de ce genre, liaisons de sensations tout à fait simples et pour ainsi dire impersonnelles, que la théorie associationniste convient. Mais à mesure que l’on creuse au-dessous de cette surface, à mesure que le moi redevient lui-même, à mesure aussi ses états de conscience cessent de se juxtaposer pour se pénétrer, se fondre ensemble, et se teindre chacun de la coloration de tous les autres. Ainsi chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage. »

 BERGSON,

Essai sur les données immédiates de la conscience [1927],

les mots, la pensée et la pub.

« Nous n’avons conscience de nos pensées, nous n’avons des pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme objective, que nous les différencions de notre intériorité, et que par suite nous les marquons d’une forme externe, mais d’une forme qui contient aussi le caractère de l’activité interne la plus haute. C’est le son articulé, le mot, qui seul nous offre une existence où l’interne et l’externe sont si intimement unis. Par conséquent, vouloir penser sans les mots est une entreprise insensée. Mesmer en fit l’essai et de son propre aveu, il en faillit perdre la raison. Et il est également absurde de considérer comme un désavantage et comme un défaut de la pensée cette nécessité qui lie celle-ci au mot. On croit ordinairement, il est vrai, que ce qu’il y a de plus haut, c’est l’ineffable.Mais c’est là une opinion superficielle et sans fondement ; car en réalité l’ineffable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot. Ainsi le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie. »

HEGEL, Philosophie de l’Esprit

C’est ce qu’ont bien compris les publicitaires qui veulent associer un objet à un monde, et nous faire entrer dans ce monde.

Image de prévisualisation YouTube

 

 

Kanzi, les singes et la parole humaine?

Kanzi (trésor enfoui en swahili)

est un bonobo mâle se révélant très doué pour le langage et qui a fait l’objet de recherches à la Georgia State University par le Dr. Sue Savage-Rumbaugh.

Né le 28 octobre 1980 au zoo de San Diego, bébé d’une femelle bonobo nommée Lorel, Kanzi fut rapidement adopté par une autre femelle dominante nommée Matata qui allait être l’objet de recherches au Georgia State University. Encore bébé, Kanzi suivait Matata lors des différents exercices qu’elle devait faire. Ces exercices consistaient notamment à utiliser des symboles sur un clavier pour communiquer. Elle n’avait la capacité de mémoriser que six symboles. Se révélant un élément parasite à la concentration de Matata, le bébé bonobo devait être constamment distrait par l’essentiel de l’équipe.

Après le sevrage de Kanzi, Matata fut transférée pour être accouplée et Kanzi se retrouva seul avec l’équipe. Il s’avéra qu’il avait appris sans aucune difficulté une dizaine de symboles du clavier et les utilisait pour annoncer ses intentions. Par exemple, après avoir appuyé sur la touche « pomme », il allait chercher ce même aliment.

Sa façon spontanée d’apprendre les symboles différait des autres bonobos (notamment Matata), pour lesquels le travail de mémorisation des symboles s’appuyait sur la constante répétition des exercices. De plus, il avait compris quelques mots anglais prononcés par l’équipe, tel que light (lumière), au son duquel il pouvait actionner l’interrupteur. Il avait appris l’équivalent anglais de la plupart des symboles. Il avait aussi la capacité d’agencer deux symboles tels que « ouvrir orange ».

À force d’enseignement, le nombre de symboles connus par Kanzi en novembre 2006 est de 348 et il comprend plus de 3 000 mots parlés.

Ce sont en effet des symboles que comprend Kanzi, semblables à ceux que sont nos mots.

 

Un mot, selon le linguiste, Ferdinand de Saussure, c’est ceci:une « entité psychique à double face » où sont reliés par une convention: – un signifiant ( image acoustique: empreinte laissée par les sons constituant le mot dans l’esprit)– un signifié ( ou concept, le sens associé à ce son pour ce même esprit)Le tout ( le signe ou symbole) renvoie dans la réalité à un référent, c’est-à-dire une chose ou un fait.Le lien entre le référent et le signe est lui aussi arbitraire, c’est-à-dire immotivé et conventionnel.[Ce n’est pas parce les « tables » avaient une tête à s’appeler « tables » qu’elles ont été associées à ce mot, ni parce que le « fouet » fend l’air en faisant « fouiiiit » qu’on l’appelle « fouet », le « fouet » aurait trés bien pu s’appeler « table » !]

Aussi pour comprendre un signe, il faut des facultés qu’on a souvent réservées à l’homme à savoir: la faculté conceptuelle ( capacité d’extraire par abstraction le général dans le particulier pour former une idée générale ou concept) et une faculté symbolique ( être capable de ramener un son à un sens, une idée qui n’est pas qu’une image – une image est toujours particulière).

 

 

Kanzi vient-il remettre en question ce privilège humain avec sa maîtrise de son lexigramme?
Faites vous une idée en regardant ceci :

Image de prévisualisation YouTube

Image de prévisualisation YouTube Image de prévisualisation YouTube