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Paul Lyonnaz – Correspondances

Présentation du recueil Correspondances, un recueil pour faire école buissonnière avec 3 à 4 mains sur 1 à 2 pianos.

Paul Lyonnaz est un compositeur et pianiste né à Bordeaux et résidant à Nantes.
Il est l’auteur de plusieurs musiques originales et improvisées pour l’image et le spectacle vivant, ainsi que de productions phonographiques. Sa discographie comprend un album piano solo « Résidence(s) » sous son nom d’artiste POL. Il s’est produit dans plusieurs festivals nationaux en solo et en trio (Festival Piano en Trièves, Festi’piano, Festival des Rendez-Vous de l’Erdre à Nantes, Finaliste du tremplin national RéZZo Focal Jazz à Vienne 2019, etc.). Entre néoclassique et jazz, sa sensibilité et sa musique se nourrissent de nombreuses rencontres humaines et artistiques, en croisée des arts. En savoir plus : paullyonnaz.fr
Son premier recueil dédié au piano duo est publié aux éditions Buissonnières (mars 2021).

Avec l’aimable accord des éditions Buissonnières, il nous en offre une pièce : Okanagan Valley.

L’idée de ce recueil de partitions miniatures pour duo de pianistes est née alors que mon fils
suivait des cours de piano. L’enseignant accueillait deux élèves en même temps, chacun sur
un piano électronique dans une même salle. Chaque séance durait une heure.
Lorsque j’ai posé la question à mon fils « jouez-vous ensemble ? », j’ai été très surpris de sa
réponse négative.
Quel paradoxe de disposer de deux pianos, d’avoir en présence deux pianistes et de ne pas
profiter d’une telle aubaine pour jouer ensemble ! Comment alors faciliter l’accès au jeu en
duo à des pianistes débutants ? Comment les initier à cette grisante sensation d’être
intimement transporté par la musique tout en partageant le même voyage musical ?

Au-delà de fournir du matériel musical et un accompagnement pédagogique adapté à ces
duettistes, je suis convaincu que la pratique naturelle du piano est à la fois « solitaire et
communautaire » (1). Et en corollaire, il n’y a probablement pas d’œuvre sans relation.
J’aime à penser que les compositeur·trice·s, les interprètes et les mélomanes partagent sans
le savoir la même espièglerie enfantine : s’échapper en complicité pour « entrer dans la
musique » (2) et, tout simplement, jouer ensemble. Entrer dans la musique, comme on se
précipite dans la cour de re-création. Jouer à dérober du temps pour pouvoir s’absenter et
ouvrir des passages secrets vers des mondes sensationnels, entre réel et irréel.
Le piano est un instrument magique. Il a le pouvoir de courber le temps et l’espace. Il se fait
interface en interconnectant les deux pianistes pour les propulser dans d’autres dimensions.
A chaque « traversée », chaque piano se révèle être un véhicule vivant, singulier, mi-machine
mi-animal. D’ailleurs, avec un peu d’attention et de curiosité enfantine, on peut s’interroger
au passage pourquoi en France les pianos ont une queue, et pourquoi en Allemagne ils ont
des ailes (3). Difficile alors de ne pas percevoir dans chaque piano un authentique aéronef de
l’imaginaire.

Il est intéressant aussi de se rappeler que le mot « partition » a pour source étymologique et
latine : partitio dérivé de partire qui signifie diviser, partager. Mais en activant votre oreille
mutine avec moi, peut-être entendrez-vous que ce dérivé latin sonne phonétiquement,
comme une invitation, avec un léger accent italien : « partir et… ». En suspension dans ce
silence qui suit, on peut s’amuser à improviser une suite : « partir et… voyager ».
Les partitions seraient alors des invitations au voyage, des sortes de cartes d’imaginaires avec
des destinations à prendre et des paysages à explorer avec « cœur, corps et esprit » (4).

C’est tout de même une merveille que l’on oublie trop souvent d’admirer : le mystère de la
musique qui génère de « l’Ouvert » (5) et libère les imaginaires. Cette musique permet aussi de
tisser des relations, assez intimes au fond puisqu’il s’agit d’émotions partagées. Les sensations
peuvent être vertigineuses lorsqu’elles entrent en résonance.
C’est une joie intense que d’être traversé par la musique et ses bulles imaginaires parfois
infiniment petites, d’autres grandes comme d’immenses sphères. On peut y entrer et, au
passage, s’affranchir des lois de l’univers. Le temps s’y suspend, s’y dilate ou s’y contracte. La
gravité y disparait au point de ne retrouver la sensation de pesanteur qu’au moment où l’on
déconnecte délicatement ses doigts du clavier.
Et cette joie intense que j’évoque est décuplée lorsqu’on partage la même expérience
musicale et imaginaire, le même voyage, presque les mêmes émotions, en même temps.
Je retrouve là des similarités avec le cinéma pour lequel j’ai la chance d’œuvrer
conjointement. En musique, ce sont les interprètes qui allument « ce petit cinéma qui est dans
notre tête » (6) en projetant le court métrage ou le long métrage qui se déroule sur la partition
alors devenue pellicule de féérie.

Composer en scénariste bien plus qu’en pédagogue (que je ne suis pas vraiment), telle a été
ma démarche pour écrire ces pièces et proposer des univers à animer.
Les deux premières miniatures Deux Amis et Les Automates offrent une facilitation de la
rencontre entre les deux pianistes selon deux niveaux de jeu, en progression. Hypnos et la
lune
propose au duo de se faire interprètes complices d’un petit conte poétique. Un Air Frais
et La Marche du Temps font entrer le duo dans la dynamique consistant à générer les
sensations du « déplacement » à travers le temps et l’espace.

Les 5 premières pièces sont écrites pour être jouées sur deux pianos. Les deux dernières pièces
offrent la possibilité de jouer en 3 à 4 mains sur deux pianos ou bien sur un seul et même
piano. De niveaux différents, et là encore en progression, ces deux partitions en fin de recueil
appellent les pianistes à se connecter plus intimement encore dans leur jeu, pour pouvoir
partir dans des contrées plus lointaines.
Okanagan Valley les propulse à cheval en Colombie-Britannique, un des deux pianistes
pouvant être tout à fait débutant. La dernière pièce est d’un niveau plus soutenu.
Elle expédie le duo au Japon sur l’île Miyako à la rencontre de Jizô, bouddha enfant et
protecteur des voyageurs.
J’ai écrit ce recueil pour permettre à des pianistes débutant·e·s ou non d’accéder à ce plaisir
simple et si intense de jouer ensemble, avec la conviction qu’il n’y a pas besoin de gros bagages
techniques pour y parvenir. D’ailleurs, voyager léger aide bien à décoller. Et le piano duo est
un chemin d’initiation auquel il faut faciliter l’accès pour développer en chaque interprète le
goût de la rencontre, cette ouverture et cette sensibilité poétique à l’inconnu, à l’Autre tout
en libérant son propre imaginaire.
N’en doutons pas, composer, interpréter et écouter de la musique, c’est faire communauté.
Et le piano duo est une fantastique opportunité de vivre cette mystérieuse « mélodie des
choses » (7), en correspondances.

Remerciements :
Paul Lyonnaz remercie Catherine Walmetz et les éditions Buissonnières, la professeure de
piano Marguerite Deleuze ainsi que les pianistes-concertistes Sophie Arsénian et Philippe Alaire
qui ont offert leur expertise en relecture de ce recueil.

Paul Lyonnaz

Compositeur pianiste

contact@paullyonnaz.fr

(1) Rainer Maria Rilke. Notes sur la mélodie des choses. Editions Allia, 2008
(2) Jacques Drillon. La musique comme paradis. Essai. Editions Buchet-Chastel, 2018
(3) En allemand le piano à queue est dénommé Flügel, qui se traduit littéralement par le mot « aile »
(4) Encore Jacques Drillon 🙂
(5) Encore Rilke 🙂
(6) Citation d’Edgar Morin

(7) Encore et encore Rilke 🙂

https://www.musiques-buissonnieres.fr/notre-collection/1087-correspondances-paul-lyonnaz.html


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