Les sondages, une vraie photographie de l’opinion?

19 05 2012

Introduction :

     Le Mardi 15 Mai 2012, François Hollande a été investi comme président de la République. Ceci avait été largement anticipé par les sondages d’opinion récents. Cependant, tout au long de la campagne, la fiabilité de ces sondages a été remise en cause.
Un sondage est la réalisation d’un questionnaire auprès d’un échantillon d’individus afin de proposer une estimation de la répartition de l’opinion de l’ensemble de la population d’après free-economics. Grâce à un questionnaire posé à un certain nombre de personnes, il sera possible de déduire, d’estimer ce que pense la population. Malgré toutes les critiques faites sur les sondages, on a pu assister à une hausse historique du nombre de sondages dont l’opinion a été abreuvée durant la campagne. Les sondages d’opinion politique nous donnent-ils une vraie photographie de l’opinion ?
Pour répondre à cette question, nous présenterons tout d’abord ce qu’est un sondage. Ensuite, nous verrons dans quels buts sont réalisés les sondages. Et enfin, nous verrons quelles sont les limites de ces sondages.

I) Qu’est-ce qu’un sondage ?

a) Les différents instituts de sondages

Il existe plusieurs instituts de sondages en France. Évidement, il y en a de plus importants et fiables que d’autres. A l’heure actuelle, les instituts dominant sont TNS Sofres, Ipsos, Louis Harris 2, CSA, Ifop, OpinionWay, LH2, BVA, ou encore ISAMA.

       

Cependant, IFOP est le doyen des instituts de sondages depuis 1950.

Contrairement à ce que l’on rencontre aux Etats-Unis, en Asie et dans les autres pays Européens, le marché français des sociétés d’études est très développé avec pas moins de 400 instituts, dont beaucoup de micro- structures d’une ou deux personnes spécialisées notamment dans les enquêtes qualitatives.

Un peu d’histoire :

Les sondages politiques font leurs premières apparitions a partir de 1938, avec l’entreprise IFOP (Institut Francais d’Opinion Publique) de Jean Steotzel. Ces premiers sondages sont publiés en juin, juillet et aout 1939 avant que la publication des sondages ne soit censurée. À partir de la fin des années 1960, la place des sondages s’est considérablement accrue avec l’essor de la communication politique, ce qui a donné lieu à une loi réglementant la fabrication et la diffusion des sondages d’opinion en période électorale (loi no 77-808 du 19 juillet 1977, modifiée le 20 février 2002). Le souci du législateur a été de protéger la libre détermination du corps électoral d’une influence démesurée des sondages en les interdisant la semaine précédant le scrutin (période ramenée à 1 jour depuis 2002) et en créant une autorité de régulation, la Commission des Sondages.

Les partenariats :

Ces instituts de sondages créent des partenariats avec différents moyen de communication comme la presse écrite, les chaines de télévisions. Ces partenariats, sont un moyen de publication pour que la population puisse y avoir accès .

Ipsos Logica Business consulting: France Télévisions, Radio France,Le Monde.

Ipsos: Le Point, France TV

Ifop: Paris Match, France soir, Le Monde, Radio France, France TV

CSA: BFM TV, RMC, L’Humanité, Le Figaro, Le Parisien, La Croix

BVA: RTL, Orange, LCI, Liberation

Harris interactive: VSD, La chaine parlementaire.

LH2: Yahoo!

Les partenariats avec des médias de masse sont très avantageux pour les instituts. Surtout, au moment d’une élection présidentielle car c’est une publicité phénoménale pour eux.

Les plus gros clients :

Les médias de masse sont les principaux demandeur de ses sondages. Les acteurs politiques en sont demandeur car ils peuvent en jouer au niveau de la campagne présidentielle. D’autres clients moins importants: les entreprises, les mouvement associatif et syndicaux, les chercheurs en science social.

b) Comment les sondages sont-ils faits?

Les instituts utilisent la technique des « Quotas » , c’est-à-dire que les sondeurs interrogent un échantillon de personnes qui ont les mêmes caractéristiques socio-démographiques que l’ensemble d’une population. Mais les sondages ne disent pas toujours la vérité. En effet, la marge d’erreur de ces sondages est inférieure à celle des sondages aléatoires, qui consistent à tirer au sort un grand nombre de personnes afin de les interroger.

Les Techniques :

Tous les sondages ne sont pas construits et réalisés de la même manière. En effet, selon free-économics il y a différentes techniques:

  • Par téléphone ou CATI. C’est une technique d’enquête empruntée aux sciences sociales et au marketing par laquelle l’enquêteur interroge ses enquêtés par téléphone, tout en suivant sur un ordinateur un script préalable qui affiche les questions qu’il doit poser et les éventuelles modalités de réponses que la personne appelée peut choisir.

-En face à face, ou Computer Assisted Personal Interwieving (CAPI). C’est une technique où l’enquêteur interroge le sondé en face à face et où il utilise un ordinateur pour saisir directement les réponses.

-Le questionnaire rempli via Internet, ou Computer-Assisted Web Interviewing (CAWI ) désigne un système d’administration d’enquêtes en ligne : les interviewés répondent aux questionnaires via Internet.

Les sondés touchent- ils de l’argent?

Les sondés ne sont pas rémunérés pour leur participation à une enquête. En revanche, les instituts peuvent s’attacher la fidélité des personnes interrogées, en particulier sur internet comme le souligne l’Internaute.com. En effet, sur internet, les instituts « indemnisent » avec des points de fidélité, des chèques cadeaux, ou encore des tirages au sort.

Les sondages ont-ils toujours raison?

Non, les sondages n’ont pas toujours raison. En effet , la marge d’erreur d’un sondage dépend du nombre de personnes interrogées. Elle est d’un maximum de 3,2% pour une echelle de 1000 sondés. Il faut savoir que la majorité des sondages d’opinion publiés dans la presse sont effectués sur des echantillons de 1000 personnes. En effet , les statisticiens se basent sur un échantillon de 1000 personnes pour des raisons pratiques (manque de temps, de place, évaluation destructive d’une production…) et économiques (coût trop élevé). L’acte de sélection s’appelle l’échantillonnage. Ce principe est aussi appelé « Loi de 1000 ».Il faut savoir qu’une enquête effectuée sur un échantillon de 1000 individus a 95% de chances de donner un résultat correct à 3% près, soit la marge d’erreur.

Un sondage, combien ça coûte?

Le coût d’une question fermée dans un sondage réalisé auprès d’un millier de personnes représentatives de la population française est d’environ 1000€ HT. Le coût d’une enquête d’opinion sera moins élevé si elle est réalisée en même temps que d’autres enquêtes. C’est ce que l’on appelle les enquêtes « omnibus ». Selon Ipsos, les sondages réalisés pour la presse sont souvent vendus moins cher que ceux qui n’ont pas vocation à être publiés. Le prix des sondages pourra enfin être moins élevé si le client s’abonne à toute une série d’enquêtes.

Durant l’élection présidentielle française de 2012, l’institut de sondage TNS Sofres a réalisé des sondages via Twitter, en recueillant les tweets favorables ou non aux différents candidats. Ce genre de sondage n’est donc pas représentatif de l’opinion du peuple français, mais de celle d’une catégorie sociale bien spécifique.

II) Les sondages, dans quel but ?

a) Le sondage, un moyen d’information

Le sondage est avant tout un moyen d’information, qui permet de donner une tendance sur l’opinion de la population. Celui-ci permet tout au long de la période des élections présidentielles y compris durant les primaires (si il y a) de donner une estimation sur le choix des français pour les présidentielles. Les résultats de ces sondages n’ont pas la même utilité pour la population, pour les journalistes et pour les candidats.

L’utilité pour la population :

Les sondages permettent avant tout à la population de connaître le classement approximatif des différents candidats. Même si les résultats ne sont pas tout à fait exacte ils permettent de donner une tendance. La population va réagir différemment selon les résultats du sondage ainsi d’après un article du Monde datant d’avril 2007 si les sondages montrent des résultats importants pour l’extrême droite il se peut que la population fasse comme un « barrage » et choisit donc de voter majoritairement pour les grands partis (PS, UMP) afin d’éviter des votes trop éparpillés qui gonflent les résultats de l’extrême droite.

Toujours d’après cet article les sondages permettent aussi à la population d’affiner ses choix. Par exemple si une personne hésite entre deux candidats elle va voter pour celui qui à un résultat au sondage plus élevé que l’autre. Étant donner son plus fort résultat dans le sondage, la personne en votant pour ce candidat à plus de chance de le voir gagner.

Cependant les sondages peuvent aussi servir à la population pour montrer son mécontentement en effet comme les sondages sont vus et examinés par les candidats , les personnes peuvent donc se tourner vers les extrêmes lors des enquêtes pour montrer leur méfiance vis à vis du système. De ce fait les sondages sont un moyen pour la population de donner leurs idées directement aux candidats.

Un moyen de « prendre la température » pour les candidats :

Les sondages permettent donc aussi d’informer les candidats. Premièrement, ils informent les candidats sur leur position et sur leur résultat possible aux élections présidentielles. Ainsi d’après un article publié dans Libération datant du 29 avril 2012 les stratégies des candidats vont changer selon leur résultat et position dans les sondages :

Si les résultats montrent que le candidat est favoris il pourra dès lors commencer à réfléchir aux diverses alliances possibles pour conforter son avance .

Si les résultats montrent que le candidat est second le candidat va chercher des alliances pour gagner des voix et augmenter l’activité de ses militants (porte à porte, distribution de prospectus, affichage).

Si les résultats montrent que le candidats est troisième ou quatrième avec un score moyen (autour de 10%) il pourra dès lors commencer à réfléchir à qui il va apporter son soutient et donc il pourra aussi commencer à négocier des places dans le futur gouvernement voire des circonscriptions pour les législatives.

Nicolas Sarkozy lors de son discours à Toulouse

Les sondages vont aussi permettre aux candidats d’affiner leur programme. Par exemple si les sondages montrent que le score de l’extrême droite (FN) est important, le candidat favori de la droite (UMP) va avoir un discours « plus à droite » que d’habitude pour essayer de récupérer des voix à l’extrême droite. Cela marche aussi pour l’extrême gauche, si l’extrême gauche à un score important dans les sondages le discours du candidat favoris de la gauche (PS) va être « plus à gauche » que d’habitude.

Les sondages permettent aussi aux candidats de renforcer plus ou moins leur campagne sur certaines personnes (retraité, jeune etc…) lorsqu’il s’agit de sondage du type « qui vote pour qui ? ».

Un moyen d’informer pour la presse

Les sondages sont aussi très utile pour les journalistes. En effet ils leur permettent d’examiner, de critiquer, de commenter les programmes des candidats tout en s’appuyant sur les sondages. Ils permettent le débat entre journaliste politique plus ou moins impartiale et donc aux personnes qui regardent ces débats de se donner une idée sur leur choix. Les journalistes et les médias en générale jouent un rôle important. Ils sont les premiers commanditaires des sondages et ce sont eux qui publient les sondages et donc qui donnent l’information. Ils permettent à travers les éditoriales, les débats etc… de décrypter les sondages et d’en tirer des conclusions.

Christophe Jakubyszyn

Directeur de la rédaction de RMC et éditorialiste à BFM TV

Les sondages sont bien un moyen d’information pour la population mais aussi pour les candidats et pour les journalistes. Ces derniers sont les premiers commanditaires des sondages mais aussi les premiers à les publier et par conséquent les premiers à les critiquer. En effet leur validité est de plus en plus erronée et pour certaines personnes les sondages sont plus un moyen d’influence que d’information.

b) Qui peut se transformer en influence…

Les sondages peuvent cependant outrepasser cet objectif d’information et aller jusqu’à avoir un impact important sur les choix des votants.

L’enjeu Marketing du sondage :

Il y a une importante pression financière derrière les sondages, en effet ils sont réalisés par des entreprises marchandes qui ont donc pour but le profit. Les sondeurs sont donc payés pour réaliser ces sondages. Les sondages politiques représentent une faible fraction du chiffre d’affaire des instituts de sondage, mais c’est une « vitrine » qui permet aux instituts de se promouvoir. Les sondages politiques sont énormément utilisés par les journaux pour faire des gros titres, ainsi le Parisien annonçait le 17 Février 2007 lors de la campagne présidentielle que Ségolène Royal décrochait alors qu’elle avait remonté d’un point, mais elle était donnée perdante face à Sarkozy. Le 21 Février, ce même journal disait « elle retrouve de l’oxygène » car elle était remontée de deux points. Des variations de un point ne sont pas une science exacte, mais plutôt des armes médiatiques. Les journaux vont exploiter d’infimes variations de chiffres dans les sondages pour faire des titres et vendre.

Les manipulations possibles pour orienter les résultats :

Le 4 Février 2012, les intentions de vote pour Nicolas Sarkozy sont montées au même niveau qu’Hollande d’après un sondage Ifop. Pourtant, selon l’Observatoire des sondages, si un tel résultat a pu être obtenu, c’est parce qu’Ifop a supprimé les concurrents principaux à droite de Nicolas Sarkozy, comme Marine Le Pen. Un tel sondage peut avoir des effets sur les électeurs et renforcer la position de Nicolas Sarkozy qui était derrière François Hollande. C’est en faisant usage d’un procédé semblable que le 6 Mars 2011 dans un sondage prévisionnel pour la présidentielle de 2012, Marine le Pen a été placée en tête du premier tour devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry par le Parisien d’après un sondage Harris Interactive qui excluait Dominique Strauss-Kahn qui était à l’époque le favori socialiste.

D’autres manipulations sont possibles, pas seulement en terme de candidats possibles, mais aussi dans la façon de questionner le sondé. Certain sondages usent de stratagèmes pour influencer implicitement les personnes qui répondent aux questionnaires, ainsi Bourdieu critique le fait que les sondeurs puissent poser plusieurs fois la même question de manière détournée afin que la personne sondée se sente « obligée » de fournir au moins une réponse favorable. Il peut aussi y avoir des questions qui ne sont pas tournées de manière neutre et qui vont pousser la personne dans une sorte de réponse. De même que les propositions de réponse peuvent être majoritairement d’un point de vue ou ne pas permettre certains types de réponses.

Le risque de conformisme :

Un candidat donné favori encourage le conformisme. En effet l’expérience d’Asch réalisée en 1951 nous montre que les gens ont tendance à suivre la majorité. Dans le cadre d’un faux test de vision (les gens devait dire si trois bâtons étaient de la même taille, un était clairement plus petit), ce psychologue a démontré que sur 100 personnes seules qui soutenaient une idée contraire à celle du groupe 36,8 étaient amenées à se conformer à l’avis du groupe, il a aussi constaté que un tiers des testés qui maintenaient leur opinion avait émis des doutes. On peut donc se poser des questions quand aux sondages. En effet, le candidat donné favori voit sa position se renforcer. Mais ce n’est pas tout, on peut penser que ça influence à voter utile car, étant donné qu’il y a des sondages de réalisés entre des vainqueurs possibles du second tour avant le premier tour, les autres candidats se trouvent balayés.

On peut se demander si les sondages pourraient avoir l’effet inverse, en effet peut-être que des sondages donnant un candidat largement favori pourraient pousser les gens à ne pas voter utile et à plutôt faire un vote de conviction.

Tocqueville, bien qu’il ait vécu il y a environ deux siècles avait déjà formulé des idées concernant le problème du conformisme. En effet, il dénonce la tyrannie de la majorité qui est selon lui une des faiblesses de la démocratie. La majorité concentrant les pouvoirs, la minorité a forcément tort, c’est selon lui un élément qui peut s’avérer dangereux. En effet la majorité a toujours raison alors qu’une grande partie du peuple ne partage pas ses idées. Les sondages vont renforcer la puissance des majorités de droite et de gauche au détriment des idées des autres partis politiques et limiter la liberté d’esprit en amenant à un conformisme de plus en plus important.

Un conflit d’intérêt possible :

On peut se poser certaines questions quand à l’indépendance des sondages. En effet, les commanditaires des sondages et les personnes qui dirigent les instituts ne peuvent-elles pas influer sur la neutralité des instituts ?
De fait, Laurence Parisot ancienne PDG d’Ifop mais qui en est toujours la vice-présidente est la présidente d’un syndicat patronal, le MEDEF. Elle a lors de la campagne présidentielle de 2012 clairement affiché son soutien à Nicolas Sarkozy. On peut donc se demander si les responsables des instituts de sondage ne devraient pas avoir un devoir de réserve politique afin de préserver une certaine indépendance.

Les sondages ne sont donc pas de simples moyens de montrer l’avis de la population, mais bien des armes politiques avec de gros enjeux financiers qui influencent les électeurs et imposent une majorité.

III) Les limites des sondages

a) Erreur dans un sondage et écarts avec la réalité.

Même si les sondages sont construits de manière rigoureuse, de nombreux facteurs aussi bien techniques que sociologiques peuvent fausser les résultats.

Erreur totale dans un sondage :

Le principal facteur qui peut mettre en danger la crédibilité des instituts de sondage est le manque de qualité des sondages produits. Une erreur dans la production d’un sondage influe sur les résultats.

Le schéma si dessous montre qu’une erreur peut se produire à n’importe quel niveau de la production d’un sondage, et fausser totalement le résultat final.

Source : Robert Groves, colloque intitulé Practical Tools for Non-response Bias Studies (mars 2006).

Écart entre estimations et réalité :

Habituellement, les résultats des sondages d’intention de votes sont proches des scores réels, mais certains impairs ont marqué les esprits :

– Au premier tour de l’élection présidentielles de 1995, le dernier sondage TNS Sofres positionnait Jacques Chirac en tête du classement avec 24% des voies. Finalement, il obtenu 20,84% soit une baisse plus de 3 points et fut battu par Lionel Jospin. Ce retournement de situation s’explique par le fait qu’après 14 années de gouvernement socialiste, les français avaient la volonté de changer (c’est à dire, passer à droite), mais beaucoup se sont rétractés au jour du premier scrutin.

– Lors des législatives de 1997, les instituts de sondages prévoyaient une majorité de députés de droite, et donc, la dissolution sans complication du gouvernement d’Alain Juppé au profit de Jacques Chirac. Cependant, ces législatives furent le théâtre d’un ras de marrée socialiste (43,3% des sièges de l’assemblée). En conséquence, Jacques Chirac fut obligé de nommer premier ministre son rival de 1995, Lionel Jospin.

– Au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, tous les sondages publiés entre le 10 et le 21 avril annonçaient Jacques Chirac et Lionel Jospin au second tour. Cependant ce fut finalement Jean-Marie Le Pen qui accéda au second tour au détriment de Jospin. Les intentions de vote du candidat FN furent comprises entre 11,5 et 14,5%, son score final fut 16,86%. En cause, le fort taux d’abstention de vote (28,4%) qui n’était pas prévu par les sondages.

Le score du Front National au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 surprit également beaucoup de gens : 17,80% des voies. Hors cette fois, le taux d’abstention était beaucoup plus faible (10 points de moins par rapport à 2002). Pour le sondeur Gaël Sliman, estimer le vote « anti-système » est très difficile, les instituts de sondages ne peuvent prévoir le nombre réel d’intention de votes pour le parti d’extrême droite, car très peu de gens (surtout en milieu rural) avouent soutenir le FN.

D’après Roland Cayrol (directeur de l’institut CSA), les instituts de sondages peuvent procéder à un lissage des résultats en cas de grosses variations. Ainsi, l’écart entre les intentions de vote et les résultats peut être tout aussi bien sous-estimés que sur-estimés.

b) Difficultés à obtenir une vraie photographie de l’opinion.

Au dela des problèmes techniques, les principales erreurs liées aux sondages proviennent de l’hétérogénéité de la population interrogée, mais aussi de l’interprétation qui en est faite.

Les faiblesses du sondage téléphonique :

De moins en moins utilisé, le sondage téléphonique a perdu son titre de meilleure méthode de recueil d’information au profit du sondage internet. Bien qu’il soit beaucoup plus rapide a effectuer que le sondage « face à face », il présente un inconvénient non-négligeable pour la qualité des sondages : les individus contactés peuvent tout à fait refuser d’être sondés … et c’est souvent le cas ! Par exemple, en 2004 aux États-Unis, sur 100 individus ayant été contactés pour un sondage téléphonique, 17 ont accepté de répondre, selon CMOR. L’échantillon de réponses fourni par un sondage téléphonique est donc souvent peu représentatif de la réalité.

L’orientation politique des médias :

Chaque institut de sondage possède des partenariats avec plusieurs médias. Ce sont ces derniers qui commandent aux instituts les enquêtes qu’ils désirent. Ainsi, les sondages publiés par un journal orienté à droite différerons de ceux d’un journal orienté à gauche. Voici un exemple avec deux journaux respectivement positionnés aux deux extrêmes de l’échiquier politique :

– Sondage CSA pour L’Humanité, « L’électorat de Jean-Luc Mélenchon. » (22/04/2012)

– Sondage Opinion Way pour La Croix, « Les français, le protectionnisme et le libre échange. » (non daté.)

Cette orientation politique remet en cause l’objectivité des sondages de deux manières :

– Premièrement, les questions seront orientées de manière à obtenir l’approbation des sondés (voir « L’interprétation des sondages », exemple 1)

– Deuxièmement, les lecteurs différent selon les médias, ce qui engendre une formulation des résultats différente selon les journaux (même pour un même sujet) et une plus forte tendance au lissage de résultats (voir « L’influence »)

Les partenariats entre instituts de sondage et médias peuvent donc influencer l’objectivité des sondages.

L’interprétation des sondages :

Les résultats peuvent être influencés par la formulation des questions. La compréhension ne sera pas la même du point de vue de l’individu :

Exemple : Sondage IFRES-groupe UDF de l’assemblée nationale, 22 octobre-2 novembre 1983
« En cas d’alternance du pouvoir, croyez-vous qu’il faudra dénationaliser? »


On peut croire que la dénationalisation sera inévitable car cela est cohérent avec une politique de droite. Par conséquent on ne sait pas si on répond à la question : « êtes vous d’accord sur le fait de dénationaliser? » ou bien plutôt à « y aura t-il dénationalisation? »

Pour le sociologue Pierre Bourdieu, l’habitus des sondés joue un rôle primordial dans leur comportement face aux questions. Les questions seront interprétées différemment selon le groupe social et les intérêts de la personne interrogée :

Exemple 1 : Le thème de l’insécurité dans un sondage n’évoque pas le même handicap pour chaque groupe social : pour les personnes à revenus élevés, l’insécurité recouvre le vol et/ou la dégradation de biens alors que pour les personnes à revenus modestes, cela signifie plutôt le chômage et la précarité de l’emploi.

Exemple 2 : Lorsqu’un individu touche un héritage, quelque soit sa PCS, il aura tendance à voter pour le parti politique protégeant le système légataire (UMP).


Pour palier ces problèmes, il est possible d’avoir recours à un questionnaire plus approfondi, des échantillons plus vastes ou encore un pré-sondage pour tester la compréhension du questionnaire. Cependant, ces solutions ne sont généralement pas utilisées dans les sondages d’opinion commercialisés.

Effet de consensus et indifférenciation des opinions :

« On additionne des gens qui mesurent en centimètre avec des gens qui mesurent en kilomètre »

Pierre Bourdieu

Le sociologue Pierre Bourdieu a écrit un ouvrage qui s’appelle « L’opinion publique n’existe pas. Selon lui, la production d’une opinion n’est pas à la portée de tous. Les sondages forcent les personnes interrogées à se poser une question, alors que certains ne se la posaient pas avant (exemple marquant de l’année 2012 : la viande halal). A l’intérieur d’un pourcentage de « oui » ou de « d’accord », « satisfaits »… est regroupé un certain nombre d’avis, d’opinions qui ne signifient pas la même chose (qui peuvent même être divergents si on tient compte des problèmes de compréhension). Tout le monde n’a pas d’opinion sur tout. De plus, les individus de par leurs capitaux économiques, sociaux et culturels,leur vie professionnelle, conditions de vie …n’ont pas toujours les connaissances suffisantes pour porter un jugement. Par exemple, pour une élection, selon Bourdieu, le clivage gauche droite selon l’intérêt pour la politique n’est pas appréhendé à la même échelle par les individus (ex : gauche-droite, ou encore extrême gauche, gauche, centre gauche, centre …). De cette manière, on peut affirmer que les personnes interrogées sur internet sont plus politisées que les autres, car elles font elles mêmes la démarche de donner leur opinion.

Le questionnaire donne l’illusion d’un consensus, d’une opinion publique sur le problème abordé (ex : gauche-droite = bien-mal). Les personnes interrogées répondent de la même façon alors que leurs réponses recouvrent des opinions très diverses. Cela suppose même de pouvoir trancher sur le thème en question, en terme de « oui » ou « non ».


Conclusion :

     Depuis les années 50, de nombreux instituts de sondages cherchent à montrer ce que pense la population française. Ils réalisent des sondages politiques, cependant ils sont de plus en plus controversés car il y a d’importants enjeux financiers et politiques derrière. En effet, ils vont certes donner une image de ce que pensent les français à un moment donné. Mais par leur production statistique, ils vont influencer le choix des français et imposer la majorité politique. De plus, on constate que les sondages ont tendance à fournir des informations politiquement orientées. Ils ont donc une objectivité alternée par le positionnement politique des instituts et des médias ainsi que par les interprétations hétéroclites des questions par les sondés en fonction d’habitus différents.
    Comme le dit Free-economics : « N’oublions pas que l’opinion révélée par le sondage reste quelque chose d’artificiel, de construit dont il est difficile parfois d’y voir une information objective et pertinente. » Les sondages ne devraient-ils pas à cause du poids qu’ils ont sur les décisions des français être davantage surveillés par un organisme politiquement neutre?