Les armes de Grenoble sont d’or aux trois roses de gueules. L’origine de ce blason varie selon les historiens, pour Auguste Bouchayer (1874-1943), un des pionniers de la Houille Blanche, les trois roses rouges seraient l’emblème des saints martyrs : Saint-Vincent, patron du diocèse de Grenoble ; Saint-André, patron des Dauphins ; Saint-Jean-Baptiste, patron des citadins. Les trois roses seraient la représentation symbolique des trois autorités qui, au Moyen-âge, gouvernaient la cité.

Trois roses pour trois saints représentant trois tutelles

Grenoble était placée sous l’autorité de deux pouvoirs rivaux, celui de l’évêque et celui du Dauphin. Au XIVe siècle, apparaît une troisième tutelle, les consuls élus par les habitants et défenseurs des libertés et des franchises qui leur avaient été accordées par les deux co-seigneurs.

Cette hypothèse vraisemblable contredit la version du père Ménestrier (1631-1703), jésuite et savant en sciences héraldiques, qui estimait que les trois roses évoquaient les roses d’or que le Pape avait coutume de bénir à la messe du 4e dimanche de Carême.

« Officielles » depuis trois siècles

Au XVe siècle, le sceau de la ville de Grenoble, un des plus anciens de France, ne reprend pas la symbolique des roses mais représente la cathédrale avec la mitre épiscopale (l’évêque), l’église Saint-André un dauphin (le Dauphin) et enfin la Tour de l’Isle, construite en 1381 qui fut le premier Hôtel de Ville (les consuls). Les trois roses en sont certes absentes mais ceux qu’elles sont censées représenter apparaissent de façon figurative.

Grenoble ne s’ornera d’armoiries aux trois roses qu’au XVIe siècle. Une gravure de la ville, éditée en 1575 par François de Belleforest, reprend cette symbolique. Toutefois, il faudra attendre le 13 juin 1698 pour que les armoiries aux trois roses soient enregistrées à l’Armorial général de France suite à un ordre de Louis XIV. La ville de Grenoble les enregistra selon l’intitulé : « Armoiries peintes et figurées d’or à trois roses de gueules posées 2 et 1, surmontées d’une couronne murale d’or ».

De la Révolution à la Libération

À la Révolution, la Convention nationale décida en 1792 la suppression des armoiries et leur remplacement par un sceau représentant une femme appuyée sur un faisceau et tenant une lance surmontée du bonnet de la liberté. Les trois roses avaient vécu.

Avec l’Empire, les armoiries réapparurent. Grenoble récupéra ses trois roses en 1811 agrémentées de trois abeilles, d’un caducée et de l’aigle de l’Empereur.

Après la chute de l’Empire, Louis XVIII décida en 1814 que toutes les villes de France reprendraient les armoiries attribuées par les rois. Au milieu du XIXe siècle, les armoiries de Grenoble animèrent des batailles d’experts sur la couleur du fond : or ou argent. À terme, l’or original s’imposera.

La dernière des évolutions date de la Libération. Par décret du 4 mai 1944, le Général de Gaulle décerna à Grenoble la Croix de la Libération. Comme l’attribution de cette distinction comporte également celle de la Croix de Guerre 1939-1945, Grenoble pouvait joindre à ses armoiries ces deux décorations.

Il faut souligner que les armoiries municipales font partie du patrimoine incorporel et moral de la cité. Elles n’appartiennent pas au domaine public ou privé de la ville. Elles n’ont qu’une valeur symbolique, elles sont un signe de reconnaissance mais elles n’ont pas de valeur juridique comme ce fût le cas sous l’ancien régime.

Antiquité

La première référence à Grenoble date de -43. Le bourg s’appelle alors Cularo et a été fondé par des peuples gaulois appelés Allobroges. Ce n’est qu’une petite bourgade gallo-romaine par rapport à des villes telles que Vienne ou Valence. Un pont en bois à l’emplacement de l’actuelle passerelle Saint-Laurent permet alors de passer de la Savoie à la Gaule.

En 286 est construite une enceinte entourant neuf hectares et dont certains éléments persistent encore aujourd’hui en plusieurs points de la ville (des pastilles métalliques sont disposées sur le tracé de cette enceinte avec l’inscription Cularo IIIe siècle).

Touché par l’accueil que lui ont réservé les habitants de Cularo, l’empereur Gratien élève la ville au rang de « Cité ». La ville est renommée Gratianopolis en 377 en l’honneur de cet empereur. Son nom se transformera par la suite en Graignovol puis Grenoble après que l’on y eut associé le mot noble en référence au roi de France, propriétaire du Dauphiné. Il reste aujourd’hui de la période gallo-romaine et du IVe siècle la crypte Saint-Laurent et le baptistère de Grenoble, utilisé jusqu’au IXe siècle, puis redécouvert en 1989 lors de la construction du tramway et fouillé jusqu’en 1996. Plusieurs portions du mur d’enceinte gallo-romain sont aussi visibles dans la vieille ville notamment rue Lafayette.

Moyen Âge

Dans la nuit du 14 au 15 septembre 1219, Grenoble est ravagée par une crue sans précédent. Le 10 août 1191, le lit de la Romanche est barré par un éboulement qui crée un barrage naturel au niveau des gorges de l’Infernet à Livet-et-Gavet. Un lac, appelé Saint-Laurent, se forme alors sur des kilomètres en amont dans la plaine du Bourg d’Oisans jusqu’à atteindre pratiquement le village, rebaptisé « Saint-Laurent-du-Lac ». Le 14 septembre 1219, un violent orage apporte un surplus d’eau qui cause la rupture du barrage à 22 heures et la vidange du lac. Une vague descend la Romanche puis le Drac et se jette dans l’Isère. Grenoble est plutôt épargnée par cette première crue car la ville ne s’étend pas jusqu’au Drac. Mais la hausse du niveau des cours d’eau provoque un reflux de l’Isère qui coule à contre-sens pendant quelques heures et forme un lac dans le Grésivaudan à la hauteur de Meylan. Lorsque la décrue du Drac survient, c’est le lac de l’Isère qui se vide à son tour. Le niveau de l’eau monte alors dans la ville et les habitants sortent dans les rues pour fuir. La nuit étant tombée, les portes de la ville sont fermées et les habitants se retrouvent pris au piège sur les quais et sont emportés par les flots. Des milliers de personnes périssent. Le bilan catastrophique est en partie expliqué par la tenue d’une foire marchande à cette période à Grenoble. Les marchands connaissant mal les heures de fermeture des portes et les marchandises encombrant les rues, le nombre des victimes s’est alourdi. Grenoble mettra des années à s’en remettre car beaucoup d’habitants sont morts et le pont a été emporté. Le dauphin Guigues-André exemptera d’impôts tous ceux qui ont souffert de la crue.

Renaissance

Durant le Moyen Âge, puis à la renaissance, Grenoble devient la capitale du Dauphiné et voit la création d’une université au XIVe siècle peu avant le rachat du Dauphiné par la France le 30 mars 1349 avec le traité de Romans. Ce rachat est singulier car c’est le propre souverain du Dauphiné, Humbert II, dauphin du Viennois et sans héritier, qui vend son royaume à la France afin d’éponger ses dettes. Le premier Dauphin qui réside dans la province et la gouverne est Louis XI.

En 1453, Grenoble est la troisième ville française à obtenir son parlement, la faisant passer au statut de capitale provinciale.

Pierre Terrail, seigneur de Bayard naît à Pontcharra en 1476. Sa statue trône au centre de la place Saint-André de Grenoble.

La Réforme déclenche de violents affrontements entre catholiques et protestants de Grenoble.

En 1562, Mongiron, capitaine catholique, s’empare de la ville. Les huguenots sont jetés à l’Isère. La ville est reprise sans combat par le baron des Adrets, qui venge les morts. Le connétable de Lesdiguières s’empare de la ville en passant par la Bastille et décide de fortifier la rive droite de l’Isère en construisant une muraille rejoignant la Porte de France (à l’Ouest) à la porte Saint-Laurent (à l’Est). Il transforme la ville en construisant l’Hôtel de Lesdiguières et le Jardin de Ville qui deviendront publics en 1719, ainsi que des égouts, ponts et fontaines.

XVIIe siècle

Après les années mouvementées des guerres de Religion, le renouveau catholique de la Contre-Réforme permet la construction de plusieurs édifices religieux.

C’est le cas du couvent Sainte-Marie-d’en-Haut en 1622 (l’actuel musée dauphinois), de son extension rue Très-Cloître, Sainte-Marie-d’en-Bas (l’actuel Théâtre Sainte-marie-d’en-Bas).

Les Minimes construiront une chapelle transformée de nos jours en salle de musique Olivier Messiaen. Enfin, les Jésuites construiront leur collège qui deviendra par la suite le futur lycée Stendhal.

XVIIIe siècle

Au milieu du XVIIIe siècle sévit Louis Mandrin qui vole les riches et redistribue ses larcins aux pauvres. Il dirige jusqu’à 300 hommes ; il est roué vif à Valence en 1755.

Naissance d’Henry Beyle, plus connu sous le nom de Stendhal en 1783, rue des Vieux Jésuites (aujourd’hui rue Jean-Jacques Rousseau).

Le 7 juin 1788 est une date clé dans l’histoire de Grenoble, de la France et de la Révolution française. À cette date a lieu la « Journée des Tuiles » : les protestations se multipliaient depuis mai suite à l’annonce de la dissolution du parlement dauphinois par Louis XVI et le 7 juin ces agitations poussent la garnison à intervenir. Celle-ci est reçue par des jets de tuiles lancées par les habitants de Grenoble montés sur les toits. Il s’agit là des préludes de la Révolution française. Suite à ces évènements, Louis XVI autorise la réunion des États généraux de la province à Vizille, à l’origine des États généraux à Paris. Une représentation de cette journée se trouve au musée de la Révolution française de Vizille (on y distingue très nettement l’ancien couvent qui deviendra par la suite la cité scolaire Stendhal). La « fontaine des Trois Ordres » sur la place Notre Dame rend hommage aux Dauphinois qui ont porté les prémices de la Révolution française. Elle fut réalisée par le sculpteur Henri Ding pour célébrer le centenaire des évènements en 1888. Grenoble n’a pas été le seul foyer d’agitation mais ses élus ont été le plus loin dans les revendications politiques et ont donné au mouvement un retentissement national. En l’hommage à son rôle, le fort surplombant la ville fut baptisé La Bastille.

XIXe siècle

Le 7 mars 1815, Grenoble accueille triomphalement Napoléon de retour d’exil de l’île d’Elbe. Le tracé de sa remontée vers la capitale au départ de Golfe-Juan est appelé Route Napoléon ; elle passe et se termine à Grenoble avenue Jean Perrot.

La Bastille est transformée entre 1824 et 1848 par le général Haxo et prend son aspect actuel.

La dernière enceinte urbaine est remaniée à l’occasion de la guerre de 1870 contre l’Allemagne.

XXe et XXIe siècle

Dans la période de l’entre-deux guerres, la ville connait une très forte immigration italienne provenant de quelques villages comme Corato. Ces immigrés italiens s’installent principalement sur la rive droite de l’Isère dans le quartier Saint-Laurent.

Sous le mandat du maire Paul Mistral, natif de La Morte, la ville organise en 1925 l’exposition internationale de la houille blanche (énergie hydraulique par conduites forcées) et du tourisme.

Le maire profite de l’occasion pour ouvrir la ville vers le Sud ; les remparts sont détruits et des grands boulevards sont aménagés à leur place.

En 1934 est construit le téléphérique de la Bastille qui permet d’accéder très facilement à un point de vue étonnant sur Grenoble.

Le 26 mai 1944, la ville est bombardée par les Alliés, et libérée le 22 août. La même année, elle est nommée « Compagnon de la Libération » par le gouvernement provisoire du Général de Gaulle.

Le 10 juin 1961, Grenoble ouvre le premier planning familial de France, ce qui représente alors une étape essentielle dans le combat mené par les défenseurs d’une maternité libre et choisie.

Grenoble est sélectionnée en 1964 pour organiser les Jeux Olympiques d’hiver de 1968. Cet évènement majeur, mené à bien par Hubert Dubedout (maire de 1965 à 1983), modifiera considérablement l’aspect de la ville :

  • construction du village olympique sur l’emplacement de l’aérodrome Jean Mermoz ;
  • construction du palais des sports et du stade Charles Berty dans le parc Paul Mistral (aujourd’hui détruit pour laisser place au nouveau stade des Alpes) ;
  • construction du nouvel Hôtel de Ville et de la Maison de la Culture (rebaptisée MC2 après son agrandissement en 2004) ;
  • construction de la nouvelle gare et du nouveau tracé de la voie SNCF plus au Sud ;
  • construction des autoponts des grands boulevards (aujourd’hui détruit suite à la création de la ligne C du tramway) et de Gières (sur la route de Saint-Martin-d’Uriage qui permet d’accéder à la station de ski de Chamrousse) ;
  • transfert des universités sur un campus unique, à l’américaine (partagé entre les communes de Saint-Martin-d’Hères et de Gières), ce qui était inédit en France.

La ville se développe énormément vers le sud à partir de cette date : l’urbanisation est continue entre toutes les communes de l’agglomération, la Villeneuve et le centre commercial Grand’Place sont construits dans les années 1970, le parc des expositions Alpexpo est installé à la limite avec Eybens, les autoroutes (A48, A41, A49, A51 et A480) arrivent à Grenoble et la Rocade sud est construite.

En 1987, Grenoble est la deuxième ville française après Nantes à réintroduire le tramway en ville.

Enfin, dans les années 1990, création d’un centre d’affaires, à l’image du quartier de la Défense, Europole. Ce quartier est aujourd’hui un centre rassemblant les implantations de plusieurs sociétés emblématiques de la ville telle Schneider Electric (ex- Merlin Gerin).

L’ensemble finit par constituer un tout peu homogène, intégrant beaucoup d’éléments caractéristiques de l’architecture des années 1950-1960. Le centre historique, petit pour une agglomération de cette taille est de plus en plus mis en valeur mais n’est pas exempt d’insertions malheureuses comme l’Office du Tourisme. Il fait actuellement l’objet d’une valorisation grâce au classement en 2005 du centre ancien en Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP). Le gris des façades dû au « ciment moulé » donne à la ville un chromatisme particulier renforcé par une assez forte densité des constructions. Des quartiers entiers nés ex-nihilo dans les années 1960 ou 1970 comme Mistral, Teisseire ou La Villeneuve à l’architecture typique des ZUP sont autant de témoins d’une ville qui a grandi trop vite. Les autres villes de l’agglomération, quasi inexistantes il y a cinquante ans, sont la plupart du temps d’anciens villages composés aujourd’hui d’immeubles des années 1960-1970. Grenoble est une ville champignon qui, favorisée par son développement économique, a poussé à la plus mauvaise période de l’histoire architecturale.