La Réunion…

et l\’Océan Indien

Le cratère en hélicoptère

Voici quelques semaines, le Piton de la Fournaise, notre volcan hyperactif, a eu droit à un manteau de neige pour quelques heures…ceci se produit très rarement dans les tropiques, car le froid ne s’installe jamais très longtemps…(une fois également en 2003) Cette nuit-là, il a fait froid, il a plu, et au petit matin ce sont les visiteurs arrivés à l’aube pour voir l’éruption en cours qui ont été les plus gâtés ! Le sommet était recouvert de neige, de quoi faire quelques batailles de boules de neige, jeu qui pour la majorité des enfants créoles était encore inconnu…

 

Le plus étonnant était la tenue exceptionnelle de la neige, qui tenait bon tout à côté de la lave sortant du cratère de l’éruption poursuivant son cours, neige ou pas. Attention, les éruptions de ce volcan ne mettent que très rarement la population en danger, d’ailleurs, on peut monter jusqu’au bord du cratère pour voir les éruptions. En voici donc quelques photos magnifiques, et vous invite à aller en admirer d’autres sur ce site : http://www.fournaise.info/neige06.php

Vous pourrez en profiter pour voir l’éruption en elle-même, qui a débuté le 30 août 2006 sans prévenir, sans signes précurseurs malgré le bataillon d’instruments de mesure répartis tout autour du volcan…et qui continue encore à l’heure où vous lisez ceci. Nous sommes le 28 décembre et l’éruption vient de reprendre de plus belle après s’être calmée de moitié ces derniers temps. 4 mois d’activité ininterrompue, c’est exceptionnel ! Le petit cône qui s’était formé en août et d’où s’échappait la lave a fait quatre petits frères dont le dernier est très actif. Une des coulées s’est même échappé de l’Enclos (falaise qui constitue le tour du cratère) pour dévaler les pentes, tranquillement. Elle était visible de la route en contrebas, celle qui fait le tour de l’île. Promis, je vous tiendrai au courant de la fin de l’éruption, qui je pense n’est pas prête de se produire.

Les deux cônes d’éruption dans le cratère

         Voici un petit article traitant de la période de Noël sur notre belle île…en effet, ici c’est tout le contraire de l’hiver qui s’installe dans l’hémisphère nord : ici, c’est l’été ! Il fait maintenant plus de 30 degrés en pleine journée, quelquefois 37. Autant vous dire que les pères Noël d’ici ne ressemblent pas au Père Noël de Laponie…Pour les enfants, les vacances de Noël ont commencé le 19 décembre et ne s’arrêteront qu’à la fin du mois de janvier ! Ces vacances sont très longues ( les petits veinards ) mais elles sont nécessaires car c’est également en décembre que commence la période cyclonique, jusqu’en avril. Les élèves seront moins gênés dans leur scolarité s’ils sont en vacances pendant qu’un cyclone sévit sur l’île, car tout déplacement est impossible pendant, au mieux, plusieurs jours. Mais ne parlons pas de malheur, en ce moment, Bondo, le 2ème cyclone de la saison, se trouve loin de nos côtes et nous devrions passer un Noël bien chaud !

       Ici, pour les enfants, l’arrivée de Noël ne se manifeste pas avec le froid, les sapins, la neige éventuellement, les arbres sans feuilles.. quand on leur pose la question de savoir comment ils savent que Noël approche, ils répondent qu’ils le savent car c’est le moment où les flamboyants fleurissent, les litchis et les mangues arrivent, il fait très chaud et il y a beaucoup d’averses…des repères très différents des petits français !

Un flamboyant dans toute sa splendeur

       Le réveillon, comme partout, se fait en famille, mais beaucoup de « zoreils » (métropolitains) le passent sur la plage, les pieds dans l’eau et une coupe de champagne à la main. Quel bonheur quand à minuit tout le monde se souhaite un Joyeux Noël et saute dans l’eau pendant que d’autres font exploser des feux d’artifices!

Je vous souhaite donc un très Joyeux Noël et vous envoie du soleil, que l’on a en ce moment en abondance !

notre sapin de noël made in réunion!

Pourquoi les réunionnais ont réussi à faire du 20 décembre un jour férié ? Parce que l’abolition de l’esclavage proclamée le 27 avril 1848 ne s’est appliquée à la Réunion que plus tard : le 20 décembre 1848, et cette date est TRES importante pour eux.

Tout d’abord, l’esclavage fut aboli dans les dépendances françaises pour la première fois le 4 février 1794 grâce à la Révolution Française (1789). Malheureusement, cela ne s’est pas appliqué à la Réunion, car les hommes envoyés sur l’île pour donner la bonne nouvelle aux esclaves n’ont jamais pu le faire : ils ont été rembarqués de force dès leur arrivée par les colons qui voulaient continuer à se servir des esclaves. L’esclavage continue dans les Mascareignes…et Napoléon le rétablit officiellement en 1802 à la demande de sa femme Joséphine (antillaise, c’est un comble !)

traite des noirs

Déçus par les Anglais

En 1810, la Réunion ( appelée « île Bonaparte » à cette période) passe sous l’autorité des anglais : les esclaves espèrent qu’ils aboliront l’esclavage mais ils se contentèrent d’interdire la traite des esclaves, tout en laissant l’esclavage déjà en place… pour la deuxième fois, la liberté n’est pas au rendez-vous. Les esclaves de Saint Leu (au Sud Ouest de l’île) se rebellent et attaquent alors les colons ! Mais trente d’entre eux seront condamnés à mort et les autres à la prison à perpétuité.

C’est à n’y rien comprendre : on dirait que la Réunion est oubliée par les gouvernements ! La traite a beau être interdite dans les textes, dans la réalité elle continue. En 1815, les affranchis réunionnais sont 4500 seulement. Evidemment, des hommes s’enrichissent en faisant du trafic illégal d’esclaves : en 33 ans, 45 000 esclaves malgaches et africains sont amenés à la colonie.

Finalement, l’abolition de l’esclavage aura lieu le 27 avril 1848, grâce à Victor Schoelcher : à la Réunion (qui s’appelle définitivement ainsi), la nouvelle n’arrive qu’en octobre, avec l’arrivée de Sarda Garriga, le nouveau commissaire de la République. L’abolition concerne 62 000 esclaves à la Réunion ! Ce commissaire demande aux affranchis de signer des contrats avec leurs anciens maîtres pour continuer à travailler dans les plantations : beaucoup acceptèrent au début mais très vite ils abandonnèrent, préférant vagabonder.

Discours de Sarda Garriga

Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga prononce le discours officiel de l’abolition de l’esclavage, et c’est ce jour que nous fêtons à la Réunion ! En voici un extrait :

« Les décrets de la République française sont exécutés : vous êtes libres. Tous égaux devant la loi, vous n’avez que des frères. La liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes d’elle, en montrant à la France et au monde qu’elle est inséparable de l’ordre et du travail. Vous avez tous pris des engagements de travail, commencez-en dès aujourd’hui la loyale exécution.(…) Le travail de la terre n’est plus un signe de servitude depuis que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu’elle prodigue à ceux qui la cultivent. Propriétaires et travailleurs ne forment plus désormais qu’une seule famille dont tous les membres doivent s’entraider. Tous libres, frères et égaux, leur union seule peut faire le bonheur. »

Heureusement pour les Blancs, les anciens esclaves se sont mis au travail pour continuer à produire les ressources nécessaires à la vie de l’île, et l’administration française a pu continuer à faire commerce des plantations (café, sucre ). Sans cette main d’œuvre, la Réunion ne serait pas aussi développée aujourd’hui.

Le 20 desamb (en créole) est une fête très importante à la Réunion car une grande partie des réunionnais descendent des esclaves. Depuis 1981 cette date est fériée pour le département uniquement. On l’appelle la « fêt caf » : tout le monde sort, danse et chante du sega et du maloya (cette dernière est une musique traditionnelle interdite jusque dans les années 70 !). Cafres, Malgaches, Comoriens, Indiens, Yabs (créoles blancs) et Zoreils (métropolitains) sont tous de la fête…

 Souvenez-vous, les Français avaient envoyé deux groupes de mutins sur l’île de la Réunion, en punition de leur rébellion à Fort Dauphin, Madagascar. Ils furent les premiers occupants involontaires qui y survécurent, sous l’administration de la Compagnie française des Indes. Mais deux Français, Louis Payen et Pierre Pau, sont les premiers colons. Ils s’installent sur l’île (volontairement ) en 1663 avec 7 esclaves malgaches et 3 femmes noires, afin de coloniser l’île. C’est à partir de là que l’on considère que la Réunion a eu ses premiers « vrais » habitants français. Ils s’étaient installés à St Paul, dans l’Ouest, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la « Grotte des Premiers Français », grotte naturelle creusée dans la falaise. Pourquoi dans l’Ouest de l’île ? Parce que la baie de St Paul est la plus pratique pour accoster les navires, et une des plus grandes baies existantes.

Grotte des Premiers Français

La «Grotte des premiers Français» est en fait un cimetière d’esclaves. Avant le 20e siècle, elle était appelée « Caverne ». Elle était le cimetière des esclaves noirs : à Saint-Paul, jusqu’en 1848, environ 50.000 esclaves ont été enterrés. Ça fait peu de temps que l’on a découvert où…

Mais les esclaves malgaches essayèrent d’assassiner leurs maîtres français. N’y étant pas arrivés, ils s’enfuirent aussitôt dans les montagnes (dans le cirque de Mafate, difficile d’accès) avec les femmes noires, laissant les deux blancs français seuls, à travailler à leur survie et leur installation. On a appelé ces fugitifs les « noirs-marrons ».

MARRON, en espagnol « cimarrón « , signifie «s’échapper ». On l’employait au départ pour les animaux apprivoisés qui devenaient sauvages. Puis en français, le mot s’appliqua aux blancs qui fuyaient leurs mauvaises conditions de travail. Par la suite, il désigna aussi les esclaves fugitifs.

Le marronnage existait aussi dans les Antilles et en Guyane, et même dans toutes les colonies esclavagistes. C’est un « problème » des colons qui a toujours existé. Les esclaves fugitifs vivaient parfois plusieurs années dans les montagnes sans être inquiétés par les colons. En 1725 pourtant, les français donnaient 30 livres d’argent pour chaque capture de marron, mort ou vif : Certains devinrent des « chasseurs de marrons » professionnels. Quand l’esclavage fut aboli (1848), beaucoup de noirs marrons descendirent des montagnes pour travailler sur la côte.

Les deux premiers Français vivent des années difficiles sur l’île : le défrichement n’est pas évident pour deux personnes, tout doit être créé et aménagé. Les cyclones détruisent régulièrement ce qui s’est construit. Les côtes regorgent de requins, la baignade n’est pas possible partout. Parfois pendant plusieurs années, aucun bateau n’accoste l’île pour les approvisionner, ils doivent revenir à une vie primitive. Toutes ces difficultés font des premiers habitants des prisonniers de leur paradis de départ. Aussi, au bout de quelques années, découragés, ils profitèrent de l’arrivée d’un navire sur l’île pour repartir avec !

Finalement, le premier « échantillon » du peuple réunionnais s’est constitué à l’arrivée d’Etienne Regnault (en 1665), premier commandant de Bourbon pour la Compagnie française des Indes, venu s’installer, cette fois pour de bon, avec une vingtaine de colons et leurs esclaves. Le métissage qui fait l’identité de la Réunion est déjà là, car français, indiens, malgaches, cohabitent, même si c’est en esclaves…