La Réunion…

et l\’Océan Indien

Les pirates, flibustiers, ou forbans, comme vous préférez, (les corsaires ne sont pas dans l’illégalité) ont été des habitués de la Réunion : les colons, dans les périodes où manquaient les approvisionnement de métropole, ne manquaient pas de faire affaire avec ces forbans venant leur vendre leur marchandise…voici leur histoire et quelques personnages :

 

C’est dans la Baie de St Paul, surnommée « la Baie du meilleur ancrage », que la majorité des navires venaient jeter l’ancre. Parmi cette activité maritime intense, les vaisseaux de pirates y « relâchaient » aussi, vers la fin du 17ème. Certains de ces capitaines pirates ont obtenu l’amnistie et sont venus habiter l’île, d’autres y ont été pendus…

 

Qui dit pirates dit trésors ! Des découvertes inopinées ont été faites du côté de St Paul, en creusant pour installer sanitaires et fosses sceptiques…des centaines de pièces d’or et d’argent, datant de Louis XV, Louis XVI, Napoléon 1er…selon une archéologue, ces pièce seraient toutes espagnoles et frappées dans des ateliers d’Indes Occidentales. Alors ,vrai ou faux trésor ?

drapeau pirate

Le pirate John Bowen par exemple, arrivé à la Réunion après des semaines de navigation, épuisé avec son équipage, a pu profiter de l’hospitalité des réunionnais, malgré l’interdiction de les accueillir…mais l’ensemble de la colonie ayant préféré capituler devant les pirates plutôt que de les combattre, le Gouverneur fut obligé de s’y plier…John Bowen resta dans l’île avec 6 compagnons, car c’était pour lui une véritable aubaine ! Un nouveau capitaine fut nommé à la tête du navire « la Défiance » qui repartit quelques jours après.

 

La Buse (Olivier Levasseur) est le pirate le plus connu à la Réunion : c’est le dernier qui ai sévi dans l’Océan Indien (17ème et 18ème). Son nom lui vient du fait qu’il fondait sur sa proie aussi vite qu’un rapace. Il accumula d’énormes butins car il s’attaquait aux navires les plus puissants. Parmi ceux-ci, le navire portugais de 72 canons « la Vierge du Cap ». Il s’était abrité dans le port de St Denis à cause d’un cyclone…La Buse y vola un butin estimé aujourd’hui à 4 milliards d’euros ! Non content de voler bijoux, diamants, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissus précieux, et pierres précieuses, il s’empara du navire, qu’il rebaptisa « le Victorieux ».

Mais par la suite, la présence de nombreux autres pirates et flibustiers fit prendre à la Buse une « retraite anticipée », car il préféra profiter de la « Charte de clémence » offerte par le Roi de France contre la restitution de son butin : il « oubliera » de redonner quelques éléments, dont le fameux bateau portugais…

 

Il s’installa ensuite à Madagascar, sur l’île de Ste Marie. Mais il fut reconnu par d’anciennes victimes, attrapé, jugé et condamné à mort : il sera pendu près de l’Eglise de St Paul. La légende dit qu’au moment de sa pendaison, il jeta un cryptogramme à la foule, un message codé sensé conduire à son trésor, enfoui dans l’île, et qui s’il existe, y dort toujours…

la tombe de La Buse, à St Paul

 

FLIBUSTIER : (free booter = qui fait du butin librement) C’est un aventurier faisant partie des associations qui s’attaquaient aux possessions espagnoles en Amérique et écumaient les côtes. (16ème au 18ème)

BOUCANIER : A l’origine, c’est quelqu’un qui chassait les bœufs sauvages pour les boucaner(sécher la viande en la fumant), mais qui rejoignirent les flibustiers à cause de la raréfaction du gibier.

FORBAN : Celui-ci est un vrai pirate qui faisait des expéditions armées sur mer, pour son compte. Les forbans sévissaient sur la mer des Indes.

 

Nous en étions aux débuts de la Réunion en tant que société de plantation esclavagiste, à partir de 1715. Son activité principale était à ce moment-là l’exportation de denrées (café, sucre) vers la métropole, la France. Pour être sûrs de vendre beaucoup, chaque habitant était obligé de cultiver au moins 10 caféiers par esclave. S’ils avaient 10 esclaves, ils devaient donc en cultiver 100. Puis ce quota augmenta : chaque noir cultivateur devait avoir 200 plants…si on détruisait les caféiers, c’était la peine de mort pour le coupable…

Puis dans les années 80, 90, les français ont diversifié leurs exportations en vendant aussi de la girofle (épice) et du coton. A partir de 1815, le sucre prendra le dessus sur le café.

caféier en fleurs

Mais à qui doit-on ce développement des plantations ? Aux esclaves, abondante main d’œuvre ne recevant aucun salaire. Et cultiver toujours plus de café revient à importer toujours plus d’esclaves, pour augmenter les surfaces de culture de canne à sucre et faire fonctionner les usines sucrières. On estimait que pour qu’une plantation soit rentable, il fallait au minimum 12 esclaves…l’abolition de l’esclavage en France (1817) n’arrêtera pas la traite des noirs à la Réunion. (Ce n’est que 11 ans plus tard que le comportement des colons deviendra plus légal, en embauchant les esclaves comme « main d’œuvre engagée », donc un peu payée.)

canne à sucre en fleurs

L’esclavage est d’ailleurs le seul point d’entente entre les différents habitants de l’île (créoles, français, étrangers…). Les colons vont même jusqu’en Inde pour la traite des noirs. Les colons diversifient les lieux de traite pour une seule raison : éviter la constitution d’un noyau ethnique important, qui serait dangereux pour la sécurité des blancs minoritaires. Les gens libres ne représentaient en 1735 que 21% de la population ! Les derniers maillons du métissage de la Réunion sont les chinois, que la colonie a « introduit » sur l’île au nombre de 1000, un chiffre atteint en 18 ans.

En ce qui concerne la vie religieuse des esclaves, le roi voulait que TOUS ses sujets soient catholiques, y compris les esclaves (considérés comme des objets mais à qui on demande tout de même d’avoir les mêmes « valeurs » que les français !). Le clergé s’employa alors à les convertir, seulement à la Réunion, tout était fait pour les rebuter : la foule se moquait d’eux lorsqu’ils allaient à l’Eglise (par obligation rappelons-le), sur les arbres près des églises étaient clouées les mains des esclaves marrons capturés et tués, pour leur rappeler que toute rebellion était punie, et il était de toute manière très difficile pour eux de se déplacer jusqu’à l’église, car ils étaient sans transport et surtout surchargés de travail…

Finalement, ce mélange de nationalités des colons et de la diversité de provenance des esclaves a une conséquence, à l’origine de la Réunion d’aujourd’hui : une langue, le créole ! Le créole permettait aux maîtres de communiquer avec la totalité de leurs esclaves, et aux esclaves de se comprendre entre eux, puisqu’ils n’avaient pas la même langue maternelle.

L’esclavage à la Réunion s’est installé avec l’arrivée des premiers colons, en 1663 avec les deux premiers français (cf. article sur les premiers habitants). La principale raison du développement de l’esclavage fut le besoin important de main d’œuvre dans les plantations. Cela se passe sous l’administration de la Compagnie Française des Indes Orientales, chargée de diriger la colonie au nom du Roi de France.

Scène entre maîtres et esclaves

Tout au début, ces malgaches importés étaient libres…les colons épousent même les femmes malgaches ! Tout va bien. Mais en 1678, ils furent transformés en esclaves pour travailler dans les champs pour leur maître, sans être payés. Plus les colons avaient besoin d’esclaves, plus la Compagnie les faisaient venir de loin : des côtes africaines (Mozambique surtout, appelés « Cafres » : nom encore utilisé pour une personne noire aux cheveux crépus) et plus tard d’Inde.

Les esclaves, apprenant que les français se faisaient massacrer par les malgaches à Fort Dauphin, complotèrent une révolte, qui fut matée avant d’avoir éclaté, dénoncée par des serviteurs fidèles aux colons. Les rescapés se réfugièrent à l’intérieur des terres : les « marrons » (cf. même article). 90% des « marrons » sont malgaches.

Le nombre d’esclaves « importés » augmenta de manière spectaculaire, au point qu’en 1735, les colons ne représentent plus que 21% de la population ! Les français ne sont pas les seuls à faire la traite des noirs : durant les 17ème et 18ème siècle, portugais, hollandais et anglais en profitèrent aussi. Les colons étaient même aidés dans leurs « achats » d’esclaves par les tribus côtières d’Afrique, qui en les aidant, gagnaient de l’argent…

 

Pendant ce temps, le phénomène des fugitifs « marrons » s’amplifia, à tel point que les maisons des colons étaient attaquées, pillées et les maîtres et les esclaves fidèles tués, par ces bandes devenues organisées et nombreuses…c’est alors qu’arriva M. Mahé de Labourdonnais : le problème devenant très important, il créa des milices de colons avec un autre personnage, François Mussard, qui raconte t-on, traqua les marrons jusqu’à sa mort. Ce sont les premières forces armées que connaîtront les marrons, et les dernières. Ils furent éliminés en 25 ans par ces milices. Pour motiver les captures de marrons, la Colonie offrait même des récompenses financières.

Les cirques de Mafate et de Cilaos, « débarrassés » en quelque sorte de ces tribus, furent vraiment explorés à ce moment, car auparavant, la présence des rebelles empêchait tout accès. Le succès de Mussard reposait sur des expéditions avec peu d’hommes, alors que Labourdonnais organisait de grandes battues.

 

La population des esclaves atteindra au maximum le nombre de 71 000, en plusieurs dizaines d’années, car le besoin de main d’œuvre pour les plantations de café n’arrêta malheureusement jamais d’augmenter. Mais les péripéties de la colonie de plantation vous seront racontées dans le prochain article !

 

Pour en savoir plus sur les conditions générales d’esclavage et sur les marrons, visitez les deux sites que je vous propose dans les Liens. Bonne lecture !