La Réunion…

et l\’Océan Indien

De mémoire d’homme m’a-t-on dit, jamais on avait vu cela à St Paul. Une houle déchaînée a complètement détruit la Baie, le front de mer, emportant avec elle jardins privés, parkings, camion-bar, canons et plateforme d’hélicoptère, et même le mur épais du cimetière marin à côté de la plage.

Si l’état de catastrophe naturelle a été demandé par les autorités, le seul point positif de la colère de la mer est la découverte sur le bord de mer d’ancres anciennes, de chaînes de bateaux et de squelettes, enfouis sous le sable depuis des décennies et que Gamède a trouvé.

Des archéologues les étudient en ce moment et comptent bien les faire parler, mais ce ne sont pas des historiens réunionnais. Pourquoi ?

Voici ce que l’on suppose déjà :

C’est une dizaine d’ancres qui ont été mises à jour par le cyclone, toutes dans la Baie de St Paul car la ville était autrefois le port principal de l’île. Marine marchande et marine nationale oeuvraient dans cette baie. Les vestiges d’un ancien pont ont aussi été découverts, dont les bateaux privés se servaient.

Jusqu’à 1911 (officiellement), le port accueillit des milliers de bateaux venue de tous horizons. Ce fut ensuite la ville du Port qui devint le port d’attache marchand.

Certaines ancres étant en bon état et au même endroit, on peut penser qu’ils s’agissait là d’un endroit où le capitaine du port stockait ses ancres (Les bateaux venant d’Europe avaient ce genre d’ancre). Quand le port a fermé, on y laissa tout ce qui ne pouvait pas être transporté. C’est ainsi que ces ancres se seraient retrouvées sur la plage, puis recouvertes de sable au fil des ans.

ancre ancienne ( pas de photos de celles retrouvées..)

Autre découverte importante : les squelettes découverts HORS de l’enceinte du cimetière marin de St Paul. Jamais ça n’était arrivé avant ce cyclone.

Ces squelettes sont nombreux, alignés en rang dans une sorte de tranchée, qui selon l’historien en charge de la découverte pourrait faire 150 mètres de long … Ils vont être datés au Carbone 14 ; nous saurons ainsi s’ils furent enterrés avant ou après la création même du cimetière en 1788.

? S’ils sont plus anciens que le cimetière, plusieurs hypothèses sont possibles :

  • Ils sont peut-être les victimes d’une épidémie ; celle de la variole en 1729 avait fait de nombreux morts.

  • Ils sont peut-être des pirates ou des assassins (ou les deux…) condamnés à mort.

? S’ils datent d’après 1788, cela voudrait dire qu’ils ont été enterrés hors du cimetière exprès, pour différentes raisons qui restent à découvrir :

  • Soit ils sont des pestiférés (atteints d’épidémie), et donc impossible à mettre dans un cimetière fréquenté des familles.

  • Soit ils sont des condamnés à mort qui ne méritaient pas d’être enterrés dans le cimetière…

  • Soit ce sont les morts de la flotte de Montvergue, qui arriva sur l’île à la fin du 17ème siècle avec à bord 80 malades qui moururent à terre…étant étrangers, ils auraient été enterrés à l’extérieur du cimetière.

Bernard Marek, l’historien, serait pour la thèse des condamnées, car il n’y a là que des squelettes de taille adulte, et pas de bijoux, ni rien du tout. De plus, St Paul avait il y a longtemps son propre tribunal et son propre bourreau…

Finalement, la seule chose sûre dans cette histoire, c’est que les ancres et les squelettes n’en sont qu’au début de leurs révélations sur le passé maritime de St Paul…affaire à suivre.

Celle que l’on appelle la Grande Île a toujours eu peu de forêt, mais aujourd’hui les ¾ de cette bande forestière allant du Nord Est au Sud Est n’existe déjà plus…alors que dans cette forêt primaire vivent plus de 8000 plantes médicinales qui sont sur le point de disparaître avec elle. Une catastrophe non seulement pour la biodiversité malgache mais aussi pour la mise au point de futurs médicaments essentiels. C’est vous dire la gravité de la situation au niveau planétaire : « Au même titre que l’Amazonie est le poumon de la planète, Madagascar en est le réservoir de molécules ». Mondher El-Jaziri, biologiste.

Pourquoi s’acharne t-on à couper ces arbres ? La raison est simlpe : les paysans malgaches eux-mêmes, n’ayant aucune notion de l’environnement exceptionnel et vital qui les entoure, abattent à une cadence infernale les arbres. Sur les bords de routes d’abord, car c’est plus facile à transporter ensuite, puis dans tout endroit susceptible de devenir rizière. La misère est telle qu’elle leur enlève toute idée de conservation de la forêt, qui leur permet pourtant de vivre…ils pratiquent aussi le brûlis, dévastateur, car quand le feu échappe au contrôle des tavy (les personnes qui pratiquent le brûlis), ce sont des hectares précieux de forêt qui s’envolent en fumée.

 

coupe des eucalyptus sur le bord des routes

Pourtant, la forêt malgache a un rôle essentiel : nulle part ailleurs autant de plantes sont abritées, que chercheurs et botanistes se pressent de répertorier, tester, et se cassent la tête pour trouver un moyen de les sauvegarder.

L’IMRA (Institut Malgache de Recherches Appliquées) est le premier centre de Madagascar, constitué de chercheurs, scientifiques, et même médecins que la population peut consulter gratuitement. L’idée de cryogéniser ces plantes au bord de l’extinction vient d’eux, mais elle est irréalisable : la production d’électricité est trop aléatoire pour pouvoir garder des congélateurs en permanence froids…

Certaines plantes pourtant lutteraient contre la leucémie, les cancers, l’insuffisance cardiaque, les brûlures d’estomac…comme elles ne peuvent pas pousser ailleurs, elles disparaîtront avec la forêt.

Un exemple : l’Aloe vahombe est une plante qui pourrait servir conter le sida et l’hépatite. Elle pousse uniquement dans le Sud Ouest, et dans 5 ans, elle aura disparu.

Cependant, une partie de la forêt a été reboisée, d’eucalyptus et de pins (2 espèces que l’on voit fréquemment aujourd’hui sur l’Ile, alors qu’elles n’en sont pas originaires), importés de Nouvelle Zélande. Pourquoi ? Parce que ces deux arbres mettent 5 fois moins de temps à atteindre la taille adulte que le bois de palissandre par exemple (bois local). Et il faut aller vite. Quitte à créer une forêt ne ressemblant en rien à l’originale.

L’énorme problème de cette reforestation express, et que combat certaines associations et ONG, est que ces deux arbres acidifient les sols, c’est bien connu, même dans nos pays occidentaux ; jonchent le sol d’épines et empêchent les plantes de repousser plusieurs mètres autour. Voici un énorme paradoxe : pour sauver la forêt malgache et ses plantes rares, nous sommes obligés de planter en urgence des arbres qui ne permettront pas à ces plantes d’exister. Mais, quand on voit ces collines nues, découvertes, aux herbes brûlées par le soleil, on se dit qu’on n’a pas le choix.

les collines, dénudées d’arbres, en plein soleil

Ainsi, certaines ONG environnementales travaillent à reboiser Madagascar, mais avec des arbres locaux. C’est beaucoup plus long, mais c’est préférable pour la survie de la forêt, à long terme. L’ONG franco-malgache « L’Homme et l’environnement » réussit même à faire travailler la population en oeuvrant au reboisement et à la collecte des plantes afin de les étudier, d’en faire de l’huile essentielle et découvrir leurs propriétés.

Le Ministère de l’Environnement a lancé une opération il y a 3 ans, « Zéro Tavy », afin de convaincre la population d’arrêter la pratique du brûlis : sans succès. En effet, il permet aux paysans d’avoir plus de terres « cultivables », et de mieux surveiller leurs troupeaux.

En revanche, la forêt de Vohimana a été confiée pour 25 ans à l’association l’Homme et l’environnement. Ils doivent, en ce peu de temps, la remettre en état, avec des espèces locales. Ils ont eux, déjà réussi à éliminer les tavy. Ainsi, les plantes médicinales pourront se multiplier à nouveau, permettant aux chercheurs d’en prélever et de trouver les médicaments de demain.

Ce qu’il faut retenir c’est que si rien n’est fait, dans 15 ans, il n’y aura plus de forêt…

D’après un article de l’Actualité, Montréal

ps : 2 liens dans cet article vous permettent d’en savoir plus sur les actions menées, et sur les associations.

 

A
la Réunion, la principale plante cultivée est, depuis des dizaines d’années, la canne à sucre. Cette culture à l’origine coloniale a connu une énorme évolution : c’est elle qui a permis à
la Réunion de prendre son essor, grâce à son exportation notamment. Il a donc fallu « épierrer » (enlever les pierres) les champs, mécaniser, et importer plus d’engrais. Elle est cultivée dans l’Est et le Nord de l’île principalement, et fournit à
la Réunion et à de nombreux autres pays sucre et rhum. Mais la canne à sucre est beaucoup plus que ça pour l’île : tout est utilisé dans la canne et sert le développement durable…

 

 

Tout d’abord, les champs de canne ralentissent l’érosion des sols, importante dans l’Océan Indien à cause des pluies abondantes. Ses racines et la superficie des plantations maintiennent la terre. Le sol n’est réellement découvert qu’une fois tous les 7 à 10 ans, lors de la plantation de nouveaux pieds de canne.

On utilise la plantation par marcottage : la canne a des anneaux, comme le bambou : il suffit de l’allonger dans un sillon, de recouvrir de terre, et un nouveau pied de canne poussera à chaque anneau. Un pied de canne en donne donc plusieurs autres !

anneaux de la canne à sucre

 

La canne à sucre résiste très bien aux cyclones par rapport aux autres plantes : le climat réunionnais est idéal, malgré le souci d’irrigation intensive pendant la période sèche.

De plus, la recherche permanente (IRAT : Institut de Recherche et d’Agronomie Tropicale) d’amélioration des variétés de canne à sucre permet à chaque fois un meilleur rendement, et une meilleure résistance aux maladies. Certaines variétés améliorées n’ont ainsi pas besoin de beaucoup de pesticides. Mais il y a une chose dont la canne ne peut se passer : une irrigation importante : il y a quelques années, un chantier énorme de basculement des eaux de l’Est a permis une meilleure irrigation des plantations de l’Ouest, où il ne pleut presque pas, contrairement à l’Est, très humide. 150 m3 d’eau par hectare produisent une tonne de canne.

On utilise même des procédés biologiques, ainsi, le champignon « Beauveria brongniartii » lutte tout seul contre le ver blanc.

 champ de cannes à sucre

Les cultivateurs de canne à sucre intercalent quelques rangées de lianes de vanille dans les rangées de canne, afin d’avoir une ressource de plus ; cependant il est impossible de vivre de la culture de la vanille, car les cyclones peuvent trop facilement détruire les plants, qui ne refont des fleurs que 3 ans plus tard…

Les champs de canne ne sont interrompus que par les barrières naturelles (montagnes, ravines) et les villes et espaces des cultures secondaires (tabac, maïs, vétyver…).

D’ailleurs, avant 1954, la canne était payée aux cultivateurs en fonction de son poids…aujourd’hui, c’est en fonction de sa teneur en sucre : ils sont obligés de produire de la qualité s’ils veulent être bien payés. Paradoxalement, de moins en moins d’usines sucrières survécurent à la multiplication des hectares de canne, à cause notamment de la croissance des gros cultivateurs au détriment des petites exploitations.

 

En plus de produire le sucre, tout est utilisé dans la canne. Plusieurs produits en sont issus :

         le rhum : les mélasses, résidus de la fabrication du sucre, sont distillées. Le rhum agricole est issu de la première cuisson. Les autres rhums, vieillis en fûts de chêne ou gardés de nombreuses années, prendront des appellations différentes.

         la mélasse : elle est destinée aux aliments d’élevage.

         la bagasse : s’utilise comme combustible dans les centrales thermiques. Aujourd’hui, la centrale thermique de Bois Rouge fournit grâce à la bagasse le quart de l’alimentation des réunionnais en électricité, pendant les 6 mois de la campagne sucrière. Les 6 autres mois, elle est alimentée en charbon.

sucrerie de Bois Rouge, au nord de l'île