La Réunion…

et l\’Océan Indien

       Il y a longtemps, la Réunion, grâce à son humidité, sa température, sa grande pluviométrie, son aérologie, était un paradis pour les animaux. Une biosphère exceptionnelle et endémique (= qui existe exclusivement à la Réunion) s’est mise en place : les éléments venus peupler cette île proviennent des cyclones et des courants marins portant troncs d’arbres et autres éléments végétaux. Ainsi, sont venus les graines qui se disséminent dans l’air, certains végétaux et insectes des terres alentours, pas de mammifères (comment seraient-ils venus sur l’île ?) ni de prédateurs, et beaucoup d’oiseaux.

Puis l’homme est arrivé, perturbateur, prédateur (massacre des populations de dodos par exemple), mangeur d’espace (villes tentaculaires), il a bouleversé en très peu de temps l’équilibre écologique de la Réunion. Il ne reste pas grand-chose de ce paradis là où l’homme a pu s’installer, sur le littoral. Heureusement, les reliefs très accidentés de l’intérieur de l’île protègent certaines espèces, qui sont classées espèces protégées, en voie d’extinction.



Ce que dit la loi :


« Sont interdits en tout temps sur tout le territoire du département de La Réunion, la destruction et l’enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la naturalisation des oiseaux d’espèces non domestiques suivantes ou, qu’ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat :


Albatros à bec jaune

Petit Puffin de Baillon

Puffin du Pacifique

Pétrel noir

Pétrel de Barau

Pétrel océanite

Pétrel géant antarctique

Pétrel géant subantarctique Fouquet

Fouquet

Fouquet

Taille vent

Paille en queue


 


Je m’intéresse ici au Pétrel de Barau, espèce endémique dont le nombre d’individus ne cesse de baisser, qui vit très mal la « cohabitation » avec l’homme. On estime qu’il en reste 3000 couples, 12 000 individus en tout. Il n’en existe qu’à la Réunion.

Pétrel de Barau


Son nom ?


Il vient de celui qui a découvert cette espèce, en 1963. Il s’appelait Armand Barau. En scientifique : Pterodroma baraui…on le nomme plus communément fouquet, taille-vent. C’est un oiseau de mer, ses pattes sont donc palmées. Son plumage est gris-bleuté dessus, blanc dessous.


Son habitat ?


Comme les pingouins, il vit en colonies, dans l’Océan Indien, et ne revient sur terre que pour mettre au monde ses petits. Cela se passe pendant l’été austral, à partir d’octobre.

Il niche dans des terriers formés par les aspérités du relief. On les trouve seulement sur les remparts uniques du Grand Benare (plus de 1000 m de dénivelé !) et du Piton des Neiges, les deux plus grands sommets de l’île, se faisant face. Ces remparts ont été formés suite à l’effondrement de la chambre magmatique du Piton des Neiges. Ce milieu est hostile, et seuls les Pétrels de Barau y vivent : faible végétation (dite « altimontaine », faite de branles blancs, verts, et petits tamarins des hauts), soleil frappant sur les parois, humidité de l’air (car ils se trouvent entre 2800 et 3 000 m d’altitude) et grande variation des températures.

Une femelle ne met au monde qu’un seul petit par an. Une fois en âge de voler, plusieurs mois après, en avril, ils s’envolent pour regagner la mer. C’est là que l’homme pose problème…

Pétrel tombé au sol


1. Problème majeur

Les jeunes pétrels sont attirés par les éclairages publics des stades, des villes, et surtout par celles, très nombreuses, du littoral Ouest. Ils chutent alors au sol. Ils ne sont pas faits pour s’envoler depuis un terrain plat et sont très handicapés au sol : ils ne peuvent pas marcher, ils rampent avec leur bec.


2. Conséquences

Il est alors impossible pour eux de reprendre leur envol. Ils sont à la merci des chats, chiens, ou même des hommes. Même si ces derniers les laissent tranquilles, ils n’ont pas beaucoup d’endurance et de graisse et ne survivent pas longtemps seuls. Beaucoup meurent ainsi, et cela suffit à diminuer dangereusement le nombre de Pétrels de Barau, jusqu’à un seuil critique.



Les actions


La SEOR, Société d’Etudes Ornithologiques de la Réunion, est la seule à se préoccuper de leur sort. Depuis 3 ans, elle organise une campagne de sauvetage en avril, au moment de l’envol, afin de récupérer le plus possible de jeunes Pétrels tombés au sol, pour les aider à repartir en direction de l’océan. En 1999, 605 oiseaux ont été récupérés, dont 550 ont réussi à repartir.

La SEOR a besoin de la coopération des réunionnais, car ce sont eux qui peuvent signaler la présence d’un Pétrel de Barau dans leur jardin ou leur quartier. (appeler au 0262 20 02 19 si vous en trouvez un).

Pétrel de Barau dans son élément

Pour de plus grands renseignements, allez surfer sur leur site : http://www.seor.fr


Cette espèce endémique est une espèce parmi d’autres à la Réunion, toutes aussi exceptionnelles et menacées d’extinction. Je vous en parlerai dans un prochain article. Ils ont de plus de très belles couleurs vives car ils n’ont pas besoin de se cacher des prédateurs, inexistants à la Réunion, mis à part les chats introduits par l’homme.

 

Continuons notre tour d’horizon des habitants des lagons tropicaux avec les étoiles de mer, oursins, concombres et autres : les échinodermes. Cela veut dire qu’ils sont normalement couverts d’épines (mais ce n’est pas le cas de tous les animaux de cette famille).

 

Caractéristique : la symétrie par 5 ! = à partir d’un point central poussent cinq branches.

 

  1. Les Etoiles de mer (astéries)

 

Ce sont elles qui représentent le mieux cette symétrie car elles ont 5 bras en étoile, avec au bout de chacun un œil, rouge. Les bras ne sont pas obligatoirement 5, mais peuvent être un multiple de 5 : certaines étoiles de mer ont 20 bras, comme l’Acanthaster Planci, mangeuse de corail, appelée « couronne d’épines ».

Ces étoiles se nourrissent de coquillages : elles se fixent dessus et tirent en posant leur ventouses centrales. Dès que le coquillage s’entrouvre, elles jettent littéralement leur estomac à l’intérieur et digère très vite grâce à ses sucs gastriques, car l’étoile de mer n’a pas de dents. Elles mangent des proies semi liquides à moitié digérées à l’extérieur.

Elles peuvent également se faire repousser un bras coupé, ou même le corps entier à partir d’un seul bras ! C’est pourquoi on ne peut se débarrasser de certaines espèces envahissantes en les coupant car ce serait pire…

 Protoreaster lincki, étoile géométrique   Etoile Fromia monilis   étoile de mer, symétrie par 5

 

  1.  Les Ophiures

Etoiles de mer toujours, mais différentes, car leurs bras sont maigres et composés de disques aplatis, comme des vertèbres qui bougent. Elles sont aussi appelées « étoiles serpent ». Elles ont des dents, contrairement aux premières, et ne lancent pas leur estomac, car elles se nourrissent de plancton, pas de coquillages, à quelquefois 6000 mètres de profondeur ! Elles sont plutôt noires et sortent la nuit. Discrètes !

 ophiure à épines   ophiure de 30 cm !

 

  1. Les Oursins

Tout le monde sait qu’il ne vaut mieux pas marcher dessus ! Ils sont faits de plaques calcaires, entourant l’animal, agrémentées d’aiguilles acérées et cassantes, organisées par la même symétrie de 5 que les étoiles de mer. On ne le voit pas, mais l’oursin a un pied et des pédicellaires (petites pincettes servant à se nettoyer ou à attraper de petites proies).

Certains oursins ne sont pas ronds, mais ovales et aplatis : ce sont les « dollars des sables » et on en trouve beaucoup aux embouchures des rivières, même à Mayotte.

L’Oursin Diadème, très répandu, a des piquants très longs, noirs et fins. Par contre, les Oursins Crayons ont des gros piquants usés.

 oursin diadème  oursin crayon

 

  1. Les Concombres de mer (holothuries)

Bien que leur forme soit très différente des étoiles, ils ont les mêmes pieds, régis par la symétrie de 5 ! Ces véritables filtres vivent dans le sable et ne bougent pas beaucoup. Leur squelette : des « baguettes » calcaires dans la peau, invisibles, comme des côtes !

Etonnant : Les concombres peuvent cracher leur estomac sur un prédateur pour se protéger. Un autre estomac repoussera tout seul à l’intérieur !

Reproduction : Pour se reproduire, certains se divisent en 2 tous seuls, et hop un deuxième concombre et né ! C’est tellement plus simple !

 

concombre de mer

  1. Les Lys de mer (crinoïdes)

Ceux-ci sont sûrement inconnus de beaucoup. Le lys a 5 bras en forme de calice, hérissés complètement de dents, comme celles d’un peigne. On en trouve à 4000 mètres de profondeur. Ils se nourrissent de plancton. Dans les eaux peu profondes, l’animal est mobile, et s’accroche grâce à une couronne de crochets !

A Mayotte, ils ont des bras ressemblant à des plumes, et ont des couleurs vives.

 

crinoïde jaune

 

 

La tisanerie est une tradition ancestrale qui se transmet de génération en génération, et qui est aujourd’hui encore beaucoup utilisée par les réunionnais. Mais attention, distinguez bien le tisaneur, discret et honnête, qui connaît sur le bout des doigts les plantes, du vendeur de tisanes, qui fait des bénéfices en vendant ses mélanges douteux sur les marchés ! (Avec le chikungunya de 2006, des personnes sans expérience ont vendu n’importe quoi pour gagner de l’argent.) Le vrai tisaneur n’as pas beaucoup d’argent et ne vend pas, il soigne.

La tisanerie, médecine populaire locale (complétée quelquefois par les guérisseurs, magnétiseurs et médiums), utilise les feuilles, fleurs, fruits, bourgeons, écorce, racines, huiles essentielles des plantes endémiques (propres à la Réunion), indigènes (adaptées à l’île) et même exotiques (introduites par l’homme).

le caloupilé

Cette médecine est un mélange entre le savoir européen et celui des malgaches, indiens et africains. La transmission est orale, et c’est ainsi que sont nées des confusions entre les noms des plantes qui se ressemblent mais qui n’ont pas du tout les mêmes propriétés ! Il faut alors être réellement expérimenté pour être efficace. Par exemple, le bois de savon, qui a été utilisé à outrance (il n’y en a presque plus) pour être utilisé comme rafraîchissant, détruit les globules rouges quand il est trop consommé et rend la peau jaune…une dose de trop et c’est la mort. Brrr…

Info

Comment ont fait les plantes indigènes pour s’installer sur un volcan, une île censée être hostile au développement d’une flore ? Elles sont arrivées par la voie des airs (cyclones, vents, oiseaux et insectes) et par la voie de la mer (courants marins), bien avant l’homme. Elles proviennent des îles alentour (Madagascar, Maurice, voire de l’Afrique).

Remontons un peu le temps : ce sont les esclaves malgaches, au 17ème siècle, qui ont reconnu sur l’île des plantes malgaches et qui ont commencé à s’en servir. Parmi ces plantes se trouvent l’ambaville (anti-inflammatoire, unique à la Réunion), le quivi (utilisé par les femmes esclaves pour avorter suite aux viols de leurs maîtres), très dangereux. Certaines le sont tellement que les blancs se mettent à avoir peur d’être empoisonnés et se soignent avec des plantes venues de France…

Fleurs d'Ambaville

En 1950, il n’y avait que 17 pharmaciens sur l’île, apportant la médecine générale et « chimique ». Les médecins étant également rares à cette époque et trop chers pour les réunionnais, ils se sont donc soignés très longtemps avec leurs plantes.

La flore réunionnaise est d’une richesse incroyable (plus de 300 plantes). Avec au moins 200 microclimats, on trouve vraiment de tout. On ne connaît la composition chimique que de 20% de ces plantes, elles sont donc les seules à être autorisées à la vente car testées en laboratoire. 10% de ces mêmes plantes endémiques sont toxiques, et dangereuses !

 

La récolte des parties spéciales des plantes ne doit pas se faire n’importe comment. Certains, pour utiliser le bois, coupent la plante. Or, elles ne sont pas toutes abondantes et ces comportements mettent en danger certaines espèces. La cueillette se fait à des périodes précises, en fonction de la Lune, avant ou pendant la floraison…elles sont entreposées dans des endroits sombres et secs. Et si le tisaneur prépare sa tisane soit par décoction (faire bouillir les plantes), par infusion (mettre les plantes dans l’eau bouillante) ou par macération (tremper la plante dans de l’eau, de l’huile, de l’alcool…), il ne fait JAMAIS bouillir une tisane de verveine car cela la rend inefficace, et ne garde pas de tisane de plus de 3 jours…

Les tisanes ne remplacent pas la médecine traditionnelle car aucune des plantes utilisées ne sont inscrites à la pharmacopée française. En effet, la médecine générale ne prône pas l’utilisation de remèdes naturels, même si ces derniers sont des plus efficaces. Espérons que le savoir des tisaneurs sera transmis à la prochaine génération ; c’est ce que propose le Tisaneur des Salazes !

A lire

Mémé mil z’herbes de Michel Saad

 

Mémé mil z’herbes, venue de l’Inde il y a presque un siècle est artisan-tisaneur. Timothée, jeune métisse de l’île de la Réunion est marquée par le secret de sa naissance. Dans ce roman, l’auteur puise dans le passé insulaire pour mettre en scène une héroïne et sa grand-mère, respectueuse des traditions.

Livre Mémé Mil z’herbes