La Réunion…

et l\’Océan Indien

Vous ne pourrez pas aller à Mayotte sans voir que l’activité principale de l’île est la pêche, devant l’agriculture et la culture de vanille ou d’ylang-ylang. Elle est le seul moyen de vivre de beaucoup de personnes…mais un pêcheur est pourtant souvent aussi agriculteur.


Ils se déplacent dans des pirogues en bois de badamier ou de manguier. Elles peuvent faire 10 mètres de long. Certaines ont des voiles pour avancer, les autres n’ont que les rames. Aujourd’hui, elles se modernisent : en plastique, elles sont mêmes motorisées. Avec ce matériel plus sûr et plus rapide, les pêcheurs vont de plus en plus loin en mer.

pirogue traditionnelle malgache


Nombreuses techniques de pêche


  • La palangrotte

Les palangres sont les bateaux équipés de kilomètres de lignes pleines d’hameçons que l’on jette à l’eau. ; c’est ainsi que l’on pêche à la Réunion. Mais à Mayotte, la palangrotte se fait la nuit, pour attraper les poissons de fond, avec des lignes ne dépassant pas les 100m. Une pierre est accrochée au bout pour que la ligne reste au fond. Cette forme de pêche est bien adaptée aux récifs mahorais.


  • La pêche profonde

C’est la même technique que la palangrotte, sauf que la ligne descend jusqu’à 400m de fond. A cette profondeur, la pêche est différente ; ils attrapent du vivanneau royal (réputé excellent), superbe poisson rose.


  • La pêche à la traîne

C’est une pêche occasionnelle, quand des bancs de poissons (thons ou dorades) passent près des côtes. Les pêcheurs les repèrent grâce aux oiseaux qui survolent l’eau en quête des bancs de sardines, elles-mêmes pourchassées par les thons…

schéma de pêche à la traîne

  • La pêche aux « djarifas »

C’est la pêche des femmes : à marée basse, elles tendent des « lambas » (filets) sur les embouchures pendant que d’autres rabattent le poisson vers elles. Elles ramènent ainsi une grosse part de la nourriture de leur village.


  • La pêche à pied

Comme partout, il suffit d’aller à pied chercher crustacés, coquillages, et poulpes à marée basse.


  • L’uruva

L’uruva est une plante que les pêcheurs mettent dans les flaques d’eau où sont prisonniers les poissons…la plante secrète de la roténone, substance qui asphyxie les poissons. Cette plante est normalement interdite d’utilisation mais les mahorais s’en servent encore beaucoup.


Vous l’aurez compris, que mangent les mahorais ? Du poisson !

Les Tamouls sont les indiens de la Réunion, issus de la région du Tamil Nadu (Sud de l’Inde), arrivés sur l’île comme les malgaches et les chinois par l’esclavage, et sont comme eux libres aujourd’hui de célébrer leur culte
Avant 1848 (abolition de l’esclavage), ces rituels étaient interdits, jugés hérétiques, comme le Maloya, musique traditionnelle créole, ou comme le moringue, art martial créole, proche de la capoeira.
Les temples tamouls sont nombreux à la Réunion, surtout à St André et à St Pierre, et l’on peut assister à certaines périodes à la cérémonie de la marche sur le feu (de novembre à février, en juillet-août).
La cérémonie est pleine de significations anciennes, honorant la déesse indienne « Pandiallee », qui marcha sur le feu pour prouver sa fidélité…

Les préparatifs de la marche sur le feu commencent bien avant celle-ci : Les tamouls se purifient durant 18 jours de carême et de jeûne ; ils assistent à des récits de leur mythologie pour bien s’imprégner de leur acte de purification.

Le jour de la cérémonie, tôt le matin, les organisateurs lancent le feu sur un rectangle d’environ 18m² avec du filaos (bois résineux de l’Ouest qui brûle bien), qui va durer 12 heures. Autour du brasier, les fidèles font des offrandes d’encens, de fleurs et de fruits, surtout de noix de coco aux pieds de la déesse « Pandialé » (en créole), célébrant ainsi son mariage avec le guerrier Aldunin.

L’après-midi, un cortège important de fidèles défile dans les rues proches du temple, jetant des fleurs de toutes les couleurs, des confettis, de la poudre colorée, et suivant un char construit pour l’occasion, fait de fleurs et représentant la déesse sous une coupole. Eux-mêmes sont habillés en jaune. Les tambours ne cessent de battre.

Arrivé au temple, le cortège se répartit autour du brasier et les prêtres de la cérémonie entourent les braises de pétales de flamboyants, de lilas, d’œillets… Ils font plusieurs rituels, qui durent un certain temps, où tambours et chants continuent de plus belle.
Ensuite seulement vient la marche sur le feu. Le prêtre passe en premier, calmement. Il bénit ensuite chaque fidèle qui passera, un à un ou par deux sur ce tapis gris de braises brûlantes, avec des cris de douleur parfois, les mains sur la tête, ou impassibles. La tapis de feu se termine toujours par une rigole creusée dans la terre et remplie « d’lait », eau laiteuse qui apaise les brûlures.

La cérémonie se finit par une marche autour du brasier, femmes, hommes et enfants, en dansant au son des tambours qui ont accompagné toute la cérémonie.
La majorité des tamouls font le carême, mais beaucoup regardent seulement la cérémonie sans marcher sur le feu.

Même si marcher sur les braises est douloureux, ce n’est pas réellement dangereux, car le charbon ne transmet pas bien la chaleur, et le contact des pieds au sol est très court…il est ainsi possible de passer sur ce tapis de feu sans pour autant avoir les pieds brûlés !

Voici, en complément, un texte de A. Le Court daté de 1880 sur cette cérémonie :

« Voici le jour de l’épreuve. Des Indiens enchaînés les uns aux autres, vont tout à l’heure, sur la désignation du grand prêtre, traverser au pas de course un brasier où cuirait sans rémission l’hippopotame le plus formidablement cuirassé. Vous êtes haletant de terreur à l’aspect de ces fanatiques qui, en s’exposant ainsi aux flammes, ne font pas autre chose que se soumettre volontairement au jugement de Dieu. Gardez votre pitié et vos craintes pour d’autres; ils n’ont rien à redouter du feu, ces martyrs qui, avant de braver, le subtil élément, prennent la précaution de s’enduire le calcanéum de terre glaise ou de bouse de vache. Ils sont tout disposés à être brûlés, pourvu qu’ils ne le soient pas. Suivez-les cependant, ils ne marchent par sur ce bûcher, ils volent, ils ne le foulent pas, ils l’effleurent avec une agilité de gazelle. Et le comble de l’exploit alors, c’est de réussir, en courant sur les bûches ardentes à couper le cou à un cabri dont la chair est ensuite très libéralement distribuée aux assistants, sauf indemnité ultérieure, ce que ne négligent jamais les Indiens.
Traverser cette fournaise sans y laisser un pied, sinon les deux, n’est-ce pas le pendant de cette autre épreuve, autrement délicate, qui consistait pour entrer au paradis de Mahomet, à passer le pont d’Alsirat, mince comme le tranchant d’un rasoir ? Et cette immolation d’un cabri, ne tiendrait-elle pas, à certain degré des Lupercales, où de jeunes garçons, nus jusqu’à la ceinture, parcouraient les rues armés de fouets faits de peau des chèvres sacrifiées, et dont ils frappaient tous ceux qu’ils rencontraient ? Le feu, on le sait, joue un très grand rôle dans la liturgie indoue : De là le culte d’Agni, l’un des huit vaçous, qui préside au feu sous toutes les formes, au feu céleste, au feu terrestre, au feu qui féconde, réchauffe et purifie, comme celui qui brûle, dessèche et tue. Cette double propriété du feu le fait considérer comme le Fra égyptien. Agni est le grand purificateur, Pacava comme on l’appelle sur les bords du Gange. Ne semble-t’il pas que c’est du nom de ce Dieu que viennent les mots latins, ignis (feu) et agnus (agneau), symboles sacrés du sacrifice ? »

 

La tisanerie est une tradition ancestrale qui se transmet de génération en génération, et qui est aujourd’hui encore beaucoup utilisée par les réunionnais. Mais attention, distinguez bien le tisaneur, discret et honnête, qui connaît sur le bout des doigts les plantes, du vendeur de tisanes, qui fait des bénéfices en vendant ses mélanges douteux sur les marchés ! (Avec le chikungunya de 2006, des personnes sans expérience ont vendu n’importe quoi pour gagner de l’argent.) Le vrai tisaneur n’as pas beaucoup d’argent et ne vend pas, il soigne.

La tisanerie, médecine populaire locale (complétée quelquefois par les guérisseurs, magnétiseurs et médiums), utilise les feuilles, fleurs, fruits, bourgeons, écorce, racines, huiles essentielles des plantes endémiques (propres à la Réunion), indigènes (adaptées à l’île) et même exotiques (introduites par l’homme).

le caloupilé

Cette médecine est un mélange entre le savoir européen et celui des malgaches, indiens et africains. La transmission est orale, et c’est ainsi que sont nées des confusions entre les noms des plantes qui se ressemblent mais qui n’ont pas du tout les mêmes propriétés ! Il faut alors être réellement expérimenté pour être efficace. Par exemple, le bois de savon, qui a été utilisé à outrance (il n’y en a presque plus) pour être utilisé comme rafraîchissant, détruit les globules rouges quand il est trop consommé et rend la peau jaune…une dose de trop et c’est la mort. Brrr…

Info

Comment ont fait les plantes indigènes pour s’installer sur un volcan, une île censée être hostile au développement d’une flore ? Elles sont arrivées par la voie des airs (cyclones, vents, oiseaux et insectes) et par la voie de la mer (courants marins), bien avant l’homme. Elles proviennent des îles alentour (Madagascar, Maurice, voire de l’Afrique).

Remontons un peu le temps : ce sont les esclaves malgaches, au 17ème siècle, qui ont reconnu sur l’île des plantes malgaches et qui ont commencé à s’en servir. Parmi ces plantes se trouvent l’ambaville (anti-inflammatoire, unique à la Réunion), le quivi (utilisé par les femmes esclaves pour avorter suite aux viols de leurs maîtres), très dangereux. Certaines le sont tellement que les blancs se mettent à avoir peur d’être empoisonnés et se soignent avec des plantes venues de France…

Fleurs d'Ambaville

En 1950, il n’y avait que 17 pharmaciens sur l’île, apportant la médecine générale et « chimique ». Les médecins étant également rares à cette époque et trop chers pour les réunionnais, ils se sont donc soignés très longtemps avec leurs plantes.

La flore réunionnaise est d’une richesse incroyable (plus de 300 plantes). Avec au moins 200 microclimats, on trouve vraiment de tout. On ne connaît la composition chimique que de 20% de ces plantes, elles sont donc les seules à être autorisées à la vente car testées en laboratoire. 10% de ces mêmes plantes endémiques sont toxiques, et dangereuses !

 

La récolte des parties spéciales des plantes ne doit pas se faire n’importe comment. Certains, pour utiliser le bois, coupent la plante. Or, elles ne sont pas toutes abondantes et ces comportements mettent en danger certaines espèces. La cueillette se fait à des périodes précises, en fonction de la Lune, avant ou pendant la floraison…elles sont entreposées dans des endroits sombres et secs. Et si le tisaneur prépare sa tisane soit par décoction (faire bouillir les plantes), par infusion (mettre les plantes dans l’eau bouillante) ou par macération (tremper la plante dans de l’eau, de l’huile, de l’alcool…), il ne fait JAMAIS bouillir une tisane de verveine car cela la rend inefficace, et ne garde pas de tisane de plus de 3 jours…

Les tisanes ne remplacent pas la médecine traditionnelle car aucune des plantes utilisées ne sont inscrites à la pharmacopée française. En effet, la médecine générale ne prône pas l’utilisation de remèdes naturels, même si ces derniers sont des plus efficaces. Espérons que le savoir des tisaneurs sera transmis à la prochaine génération ; c’est ce que propose le Tisaneur des Salazes !

A lire

Mémé mil z’herbes de Michel Saad

 

Mémé mil z’herbes, venue de l’Inde il y a presque un siècle est artisan-tisaneur. Timothée, jeune métisse de l’île de la Réunion est marquée par le secret de sa naissance. Dans ce roman, l’auteur puise dans le passé insulaire pour mettre en scène une héroïne et sa grand-mère, respectueuse des traditions.

Livre Mémé Mil z’herbes

 

A
la Réunion, la principale plante cultivée est, depuis des dizaines d’années, la canne à sucre. Cette culture à l’origine coloniale a connu une énorme évolution : c’est elle qui a permis à
la Réunion de prendre son essor, grâce à son exportation notamment. Il a donc fallu « épierrer » (enlever les pierres) les champs, mécaniser, et importer plus d’engrais. Elle est cultivée dans l’Est et le Nord de l’île principalement, et fournit à
la Réunion et à de nombreux autres pays sucre et rhum. Mais la canne à sucre est beaucoup plus que ça pour l’île : tout est utilisé dans la canne et sert le développement durable…

 

 

Tout d’abord, les champs de canne ralentissent l’érosion des sols, importante dans l’Océan Indien à cause des pluies abondantes. Ses racines et la superficie des plantations maintiennent la terre. Le sol n’est réellement découvert qu’une fois tous les 7 à 10 ans, lors de la plantation de nouveaux pieds de canne.

On utilise la plantation par marcottage : la canne a des anneaux, comme le bambou : il suffit de l’allonger dans un sillon, de recouvrir de terre, et un nouveau pied de canne poussera à chaque anneau. Un pied de canne en donne donc plusieurs autres !

anneaux de la canne à sucre

 

La canne à sucre résiste très bien aux cyclones par rapport aux autres plantes : le climat réunionnais est idéal, malgré le souci d’irrigation intensive pendant la période sèche.

De plus, la recherche permanente (IRAT : Institut de Recherche et d’Agronomie Tropicale) d’amélioration des variétés de canne à sucre permet à chaque fois un meilleur rendement, et une meilleure résistance aux maladies. Certaines variétés améliorées n’ont ainsi pas besoin de beaucoup de pesticides. Mais il y a une chose dont la canne ne peut se passer : une irrigation importante : il y a quelques années, un chantier énorme de basculement des eaux de l’Est a permis une meilleure irrigation des plantations de l’Ouest, où il ne pleut presque pas, contrairement à l’Est, très humide. 150 m3 d’eau par hectare produisent une tonne de canne.

On utilise même des procédés biologiques, ainsi, le champignon « Beauveria brongniartii » lutte tout seul contre le ver blanc.

 champ de cannes à sucre

Les cultivateurs de canne à sucre intercalent quelques rangées de lianes de vanille dans les rangées de canne, afin d’avoir une ressource de plus ; cependant il est impossible de vivre de la culture de la vanille, car les cyclones peuvent trop facilement détruire les plants, qui ne refont des fleurs que 3 ans plus tard…

Les champs de canne ne sont interrompus que par les barrières naturelles (montagnes, ravines) et les villes et espaces des cultures secondaires (tabac, maïs, vétyver…).

D’ailleurs, avant 1954, la canne était payée aux cultivateurs en fonction de son poids…aujourd’hui, c’est en fonction de sa teneur en sucre : ils sont obligés de produire de la qualité s’ils veulent être bien payés. Paradoxalement, de moins en moins d’usines sucrières survécurent à la multiplication des hectares de canne, à cause notamment de la croissance des gros cultivateurs au détriment des petites exploitations.

 

En plus de produire le sucre, tout est utilisé dans la canne. Plusieurs produits en sont issus :

         le rhum : les mélasses, résidus de la fabrication du sucre, sont distillées. Le rhum agricole est issu de la première cuisson. Les autres rhums, vieillis en fûts de chêne ou gardés de nombreuses années, prendront des appellations différentes.

         la mélasse : elle est destinée aux aliments d’élevage.

         la bagasse : s’utilise comme combustible dans les centrales thermiques. Aujourd’hui, la centrale thermique de Bois Rouge fournit grâce à la bagasse le quart de l’alimentation des réunionnais en électricité, pendant les 6 mois de la campagne sucrière. Les 6 autres mois, elle est alimentée en charbon.

sucrerie de Bois Rouge, au nord de l'île

         Voici un petit article traitant de la période de Noël sur notre belle île…en effet, ici c’est tout le contraire de l’hiver qui s’installe dans l’hémisphère nord : ici, c’est l’été ! Il fait maintenant plus de 30 degrés en pleine journée, quelquefois 37. Autant vous dire que les pères Noël d’ici ne ressemblent pas au Père Noël de Laponie…Pour les enfants, les vacances de Noël ont commencé le 19 décembre et ne s’arrêteront qu’à la fin du mois de janvier ! Ces vacances sont très longues ( les petits veinards ) mais elles sont nécessaires car c’est également en décembre que commence la période cyclonique, jusqu’en avril. Les élèves seront moins gênés dans leur scolarité s’ils sont en vacances pendant qu’un cyclone sévit sur l’île, car tout déplacement est impossible pendant, au mieux, plusieurs jours. Mais ne parlons pas de malheur, en ce moment, Bondo, le 2ème cyclone de la saison, se trouve loin de nos côtes et nous devrions passer un Noël bien chaud !

       Ici, pour les enfants, l’arrivée de Noël ne se manifeste pas avec le froid, les sapins, la neige éventuellement, les arbres sans feuilles.. quand on leur pose la question de savoir comment ils savent que Noël approche, ils répondent qu’ils le savent car c’est le moment où les flamboyants fleurissent, les litchis et les mangues arrivent, il fait très chaud et il y a beaucoup d’averses…des repères très différents des petits français !

Un flamboyant dans toute sa splendeur

       Le réveillon, comme partout, se fait en famille, mais beaucoup de « zoreils » (métropolitains) le passent sur la plage, les pieds dans l’eau et une coupe de champagne à la main. Quel bonheur quand à minuit tout le monde se souhaite un Joyeux Noël et saute dans l’eau pendant que d’autres font exploser des feux d’artifices!

Je vous souhaite donc un très Joyeux Noël et vous envoie du soleil, que l’on a en ce moment en abondance !

notre sapin de noël made in réunion!

Pourquoi les réunionnais ont réussi à faire du 20 décembre un jour férié ? Parce que l’abolition de l’esclavage proclamée le 27 avril 1848 ne s’est appliquée à la Réunion que plus tard : le 20 décembre 1848, et cette date est TRES importante pour eux.

Tout d’abord, l’esclavage fut aboli dans les dépendances françaises pour la première fois le 4 février 1794 grâce à la Révolution Française (1789). Malheureusement, cela ne s’est pas appliqué à la Réunion, car les hommes envoyés sur l’île pour donner la bonne nouvelle aux esclaves n’ont jamais pu le faire : ils ont été rembarqués de force dès leur arrivée par les colons qui voulaient continuer à se servir des esclaves. L’esclavage continue dans les Mascareignes…et Napoléon le rétablit officiellement en 1802 à la demande de sa femme Joséphine (antillaise, c’est un comble !)

traite des noirs

Déçus par les Anglais

En 1810, la Réunion ( appelée « île Bonaparte » à cette période) passe sous l’autorité des anglais : les esclaves espèrent qu’ils aboliront l’esclavage mais ils se contentèrent d’interdire la traite des esclaves, tout en laissant l’esclavage déjà en place… pour la deuxième fois, la liberté n’est pas au rendez-vous. Les esclaves de Saint Leu (au Sud Ouest de l’île) se rebellent et attaquent alors les colons ! Mais trente d’entre eux seront condamnés à mort et les autres à la prison à perpétuité.

C’est à n’y rien comprendre : on dirait que la Réunion est oubliée par les gouvernements ! La traite a beau être interdite dans les textes, dans la réalité elle continue. En 1815, les affranchis réunionnais sont 4500 seulement. Evidemment, des hommes s’enrichissent en faisant du trafic illégal d’esclaves : en 33 ans, 45 000 esclaves malgaches et africains sont amenés à la colonie.

Finalement, l’abolition de l’esclavage aura lieu le 27 avril 1848, grâce à Victor Schoelcher : à la Réunion (qui s’appelle définitivement ainsi), la nouvelle n’arrive qu’en octobre, avec l’arrivée de Sarda Garriga, le nouveau commissaire de la République. L’abolition concerne 62 000 esclaves à la Réunion ! Ce commissaire demande aux affranchis de signer des contrats avec leurs anciens maîtres pour continuer à travailler dans les plantations : beaucoup acceptèrent au début mais très vite ils abandonnèrent, préférant vagabonder.

Discours de Sarda Garriga

Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga prononce le discours officiel de l’abolition de l’esclavage, et c’est ce jour que nous fêtons à la Réunion ! En voici un extrait :

« Les décrets de la République française sont exécutés : vous êtes libres. Tous égaux devant la loi, vous n’avez que des frères. La liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes d’elle, en montrant à la France et au monde qu’elle est inséparable de l’ordre et du travail. Vous avez tous pris des engagements de travail, commencez-en dès aujourd’hui la loyale exécution.(…) Le travail de la terre n’est plus un signe de servitude depuis que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu’elle prodigue à ceux qui la cultivent. Propriétaires et travailleurs ne forment plus désormais qu’une seule famille dont tous les membres doivent s’entraider. Tous libres, frères et égaux, leur union seule peut faire le bonheur. »

Heureusement pour les Blancs, les anciens esclaves se sont mis au travail pour continuer à produire les ressources nécessaires à la vie de l’île, et l’administration française a pu continuer à faire commerce des plantations (café, sucre ). Sans cette main d’œuvre, la Réunion ne serait pas aussi développée aujourd’hui.

Le 20 desamb (en créole) est une fête très importante à la Réunion car une grande partie des réunionnais descendent des esclaves. Depuis 1981 cette date est fériée pour le département uniquement. On l’appelle la « fêt caf » : tout le monde sort, danse et chante du sega et du maloya (cette dernière est une musique traditionnelle interdite jusque dans les années 70 !). Cafres, Malgaches, Comoriens, Indiens, Yabs (créoles blancs) et Zoreils (métropolitains) sont tous de la fête…