La Réunion…

et l\’Océan Indien

archipel des Comores

Cette île, aux frontières arbitrairement tracées par les anciens colons, a été autrefois un repaire de pirates, puis a ensuite connu presque 20 coups d’états en 30 ans, réussis ou non. Et ça continue… Retour sur l’histoire d’un des pays les plus pauvres du monde qui fait parler de lui dans les journaux.

 

1/ Historique

2/ Rétrospective des derniers événements

3/ Situation actuelle

 

1/ Historique

 

Anjouan a connu 130 ans de colonisation française.

 

1975 est l’année la plus importante aux Comores, l’archipel dont fait partie Anjouan : elles deviennent indépendantes de la France et deviennent la nouvelle République Fédérale Islamique des Comores (RFIC). Mayotte, elle, reste fidèle à la France. Cependant, les trois îles de l’archipel sont loin de s’entendre et se déchirent pendant des années, avec l’aide de mercenaires (Bob Denard) et de généraux.

 

En 1997, Anjouan officialise une déclaration d’indépendance par rapport au Comores ! la RFIC et l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) posent un embargo pour protester, qui va faire des ravages dans la population. Bizarrement, Anjouan demande son rattachement politique à la France, mais celle-ci n’en tient pas compte, ne voulant pas se mettre à dos l’UA et la RFIC, ni se retrouver avec une île assistée financièrement, comme Mayotte.

Des militaires y sont envoyés, pour empêcher une sécession, mais ils ne peuvent pas empêcher quatre années de tensions politiques, putshs et contre-putshs. C’est là que le colonel Bacar s’illustre.

La solution fut d’instaurer une nouvelle Constitution, dans laquelle chacune des îles a un président régional, plus d’autonomie, mais qui préserve l’unité de l’archipel, avec un système de rotation pour la présidence de l’Union Comorienne.

colonel Bacar   Bacar est élu président régional à Anjouan en 2002. Tout se calme.

 

Définitions

 

  • Sécession : Action de se séparer d’un Etat avec lequel on  formait une collectivité : faire sécession

  • Putsh : Action militaire destinée à renverses le pouvoir en place. Le militaire à la tête du putsh se proclame généralement dirigeant à la place de celui qu’il a renversé.

 

 

 

2/ Rétrospective des derniers événements

 

Il y a un an et demi, en juin 2007, le colonel Bacar (45 ans) a imposé la tenue d’une élection qui devait être reportée. Il s’est proclamé vainqueur à 90 % des voix, alors qu’il n’en a évidemment pas le droit.

Pourquoi l’élection avait été reportée par le chef des Comores, Ahmed Sambi ? Soi-disant pour se venger d’un refus d’atterrir sur Anjouan lors de la campagne électorale de Bacar…

Installé lui-même au pouvoir, Bacar ne tient aucun compte de la démocratie et de ses règles.

 

Ainsi, en février 2008, des troupes de l’Armée Nationale de Développement ( soldats des Comores envoyés par Sambi) prennent position à Mohéli, l’île voisine, pour encercler le colonel et le capturer, pour l’obliger à trouver une solution diplomatique au problème de la légitimité au pouvoir. L’UA (Union Africaine) envoie également des troupes en renfort car elle est contre ces situations sécessionnistes.

Le colonel Bacar est introuvable. En mars, Sambi lance une offensive (300 soldats) sur Anjouan pour le débusquer. La veille, des tracts lâchés par avion avaient conseillé aux 300 000 habitants d’Anjouan de rester chez eux. Bien que les forces armées clament qu’elles maîtrisent la situation, le colonel Bacar leur échappe, déguisé en femme, dans un bateau à destination de Mayotte ! (Il paraît que Bacar jouirait d’une loyauté sans faille de la part des gendarmes anjouanais.)

Se pose alors le problème du rôle de la France dans ce sauvetage d’un tyran…le colonel n’est certes plus au pouvoir à Anjouan, mais il ne peut y être jugé…

 

 

 

3/ Situation actuelle

 

On peut se demander combien de temps encore resteront les troupes armées de l’UA et des Comores, et les soldats se demandent même s’ils vont être payés (selon un journal malgache). Il y a des réfugiés, sur les autres îles et aussi à Madagascar. Mais elles ne leur offrent pas l’hospitalité.

 

Depuis quelques mois, à Anjouan, la situation économique est catastrophique. Cette île était déjà très pauvre, mais avec cette débâcle, plus rien ne tourne rond, et le président des Comores, Sambi, n’a pas l’air de se mettre au travail. Des gens meurent à Anjouan à cause de cela. Il n’y a plus de carburant, donc plus de denrées de base suffisantes, on ne peut plus se déplacer et donc aller acheter ou vendre des produits.

 

Clandestins

Depuis longtemps déjà et encore plus à cause de cette situation, de nombreux anjouanais prennent des kwassas kwassas surchargés pour tenter de rejoindre Mayotte, qui fait figure d’El dorado à côté d’Anjouan. Evidemment, les morts sont nombreux car les 70 km de mer à franchir sont dangereux pour un bateau en surcharge. Ils sont des fois 50 sur un bateau de 15 personnes ! De plus, les autorités mahoraises arrêtent ces embarcations illégales et ramènent les anjouanais sur leur île, emprisonnent les passeurs. Ces gendarmes ont un quota de personnes à expulser de plus en plus élevé, et même sur Mayotte on assiste à des rafles massives dans les quartiers clandestins et même les écoles ! ( les clandestins représentent plus de 80 % de la population de Mayotte)

Cependant, la population clandestine augmente très rapidement sur l’île et pose désormais de gros problèmes démographiques, de logement…

 

La France souhaite donc un retour à la normale sur Anjouan, afin de faire rentrer rapidement les exilés sur leur terre. Facile à dire.

Lien vers un article du procès du colonel Bacar

 

 

 

 

( article à venir sur la vie des clandestins à Mayotte)

 Continuons sur le chemin du développement de l’île Maurice (suite de l’article « les débuts de l’île Maurice).  

A partir du 17ème siècle, des navires d’approvisionnement commencèrent à arriver sur l’île. Mais ce n’est qu’en 1636 que les Hollandais s’y établirent réellement. Pourtant, ils abandonnèrent les lieux en 1658 pour y revenir, puis à nouveau la quitter, définitivement cette fois, vers 1710…et la laisser à l’abandon.

 

Pourquoi changeaient-ils toujours d’avis ?

A cause des conditions de vie difficiles, ils retournèrent dans leur pays : l’isolement, les cyclones, les rats et les singes, sont autant de difficultés qu’ils n’ont pas voulu (ou pas pu) surmonter. Cependant, durant leurs quelques années de présence, ils implantèrent la canne à sucre et introduisirent le cerf de Java. Il reste des cerfs aujourd’hui encore sur l’île, dans des parcs surtout, et il est même présent sur l’emblème de Maurice.

 

Cerf de Java et ses biches

 

Reprenons l’Histoire :

 

Le 20 septembre 1715, l’île est reprise par les français, et rebaptisée « Isle de France » (pas très original) par Guillaume Dufresne D’Arsel, capitaine du Chasseur, navire de Saint Malo…comme sa voisine
la Réunion, voilà Maurice aux mains de
la Compagnie des Indes Orientales. Jean-Baptiste Garnier du Fougerais (encore un nom bien français !) s’installa sur l’île en emmenant avec lui 16 habitants de
la Réunion.

Ce fut Le Toullec qui y « régna » jusqu’en 1722 ; aujourd’hui, des rues et des écoles portent son nom, même à
la Réunion ; puis ce fut Denyon, 1er Gouverneur français.

 

Il n’est toujours pas facile à ce moment de vivre sur cette île, mais ils survivent grâce à la pêche, abondante, et à la chasse.

 

Un sacré personnage fera connaître ensuite à l’île un essor extraordinaire : Mahé de Labourdonnais, dont les rues et écoles à son nom sont encore plus nombreuses… (gouverneur de 1735 à 1747). Durant cette période, il :

         établit la discipline

         lutte contre la famine en faisant planter du riz, du blé, et du manioc pour les esclaves.

         fait venir du monde : ouvriers, paysans et domestiques, afin de « construire » cette île.

         fait de Port Louis LE port de l’île. (Ouest)

 

La plupart des personnes arrivant sur l’île, ouvriers et esclaves, sont indiens, venant de la côte Malabar de l’Inde. C’est pourquoi aujourd’hui nous les appelons « malbars » à
la Réunion et à Maurice. Ils sont la majorité du peuple mauricien, c’est pourquoi l’île est maintenant pleine de temples indiens et ressemble à une petite Inde.

 

temple indien

Passons les passages d’administration de Maurice aux mains de différents nobles personnages. 

Nous nous retrouvons à l’époque impériale, en 1803 : le personnage qui est intéressé par l’île est Charles Decäen, un anglais…pour les anglais, l’Isle de France est très bien située pour leurs voies de commerce. Qu’à cela ne tienne ! Il va décider de prendre l’île par une bataille navale !

Le 13 et 14 août 1810, la bataille eut lieu, et ce fut l’UNIQUE combat naval remporté par les français, durant l’époque Napoléonnienne…oui, les Français ne se laissèrent pas faire.

 

L’île est donc toujours aux mains de

la France. Mais, devenant un point stratégique sur les voies maritimes commerciales, pour combien de temps encore ?

De mémoire d’homme m’a-t-on dit, jamais on avait vu cela à St Paul. Une houle déchaînée a complètement détruit la Baie, le front de mer, emportant avec elle jardins privés, parkings, camion-bar, canons et plateforme d’hélicoptère, et même le mur épais du cimetière marin à côté de la plage.

Si l’état de catastrophe naturelle a été demandé par les autorités, le seul point positif de la colère de la mer est la découverte sur le bord de mer d’ancres anciennes, de chaînes de bateaux et de squelettes, enfouis sous le sable depuis des décennies et que Gamède a trouvé.

Des archéologues les étudient en ce moment et comptent bien les faire parler, mais ce ne sont pas des historiens réunionnais. Pourquoi ?

Voici ce que l’on suppose déjà :

C’est une dizaine d’ancres qui ont été mises à jour par le cyclone, toutes dans la Baie de St Paul car la ville était autrefois le port principal de l’île. Marine marchande et marine nationale oeuvraient dans cette baie. Les vestiges d’un ancien pont ont aussi été découverts, dont les bateaux privés se servaient.

Jusqu’à 1911 (officiellement), le port accueillit des milliers de bateaux venue de tous horizons. Ce fut ensuite la ville du Port qui devint le port d’attache marchand.

Certaines ancres étant en bon état et au même endroit, on peut penser qu’ils s’agissait là d’un endroit où le capitaine du port stockait ses ancres (Les bateaux venant d’Europe avaient ce genre d’ancre). Quand le port a fermé, on y laissa tout ce qui ne pouvait pas être transporté. C’est ainsi que ces ancres se seraient retrouvées sur la plage, puis recouvertes de sable au fil des ans.

ancre ancienne ( pas de photos de celles retrouvées..)

Autre découverte importante : les squelettes découverts HORS de l’enceinte du cimetière marin de St Paul. Jamais ça n’était arrivé avant ce cyclone.

Ces squelettes sont nombreux, alignés en rang dans une sorte de tranchée, qui selon l’historien en charge de la découverte pourrait faire 150 mètres de long … Ils vont être datés au Carbone 14 ; nous saurons ainsi s’ils furent enterrés avant ou après la création même du cimetière en 1788.

? S’ils sont plus anciens que le cimetière, plusieurs hypothèses sont possibles :

  • Ils sont peut-être les victimes d’une épidémie ; celle de la variole en 1729 avait fait de nombreux morts.

  • Ils sont peut-être des pirates ou des assassins (ou les deux…) condamnés à mort.

? S’ils datent d’après 1788, cela voudrait dire qu’ils ont été enterrés hors du cimetière exprès, pour différentes raisons qui restent à découvrir :

  • Soit ils sont des pestiférés (atteints d’épidémie), et donc impossible à mettre dans un cimetière fréquenté des familles.

  • Soit ils sont des condamnés à mort qui ne méritaient pas d’être enterrés dans le cimetière…

  • Soit ce sont les morts de la flotte de Montvergue, qui arriva sur l’île à la fin du 17ème siècle avec à bord 80 malades qui moururent à terre…étant étrangers, ils auraient été enterrés à l’extérieur du cimetière.

Bernard Marek, l’historien, serait pour la thèse des condamnées, car il n’y a là que des squelettes de taille adulte, et pas de bijoux, ni rien du tout. De plus, St Paul avait il y a longtemps son propre tribunal et son propre bourreau…

Finalement, la seule chose sûre dans cette histoire, c’est que les ancres et les squelettes n’en sont qu’au début de leurs révélations sur le passé maritime de St Paul…affaire à suivre.

Les pirates, flibustiers, ou forbans, comme vous préférez, (les corsaires ne sont pas dans l’illégalité) ont été des habitués de la Réunion : les colons, dans les périodes où manquaient les approvisionnement de métropole, ne manquaient pas de faire affaire avec ces forbans venant leur vendre leur marchandise…voici leur histoire et quelques personnages :

 

C’est dans la Baie de St Paul, surnommée « la Baie du meilleur ancrage », que la majorité des navires venaient jeter l’ancre. Parmi cette activité maritime intense, les vaisseaux de pirates y « relâchaient » aussi, vers la fin du 17ème. Certains de ces capitaines pirates ont obtenu l’amnistie et sont venus habiter l’île, d’autres y ont été pendus…

 

Qui dit pirates dit trésors ! Des découvertes inopinées ont été faites du côté de St Paul, en creusant pour installer sanitaires et fosses sceptiques…des centaines de pièces d’or et d’argent, datant de Louis XV, Louis XVI, Napoléon 1er…selon une archéologue, ces pièce seraient toutes espagnoles et frappées dans des ateliers d’Indes Occidentales. Alors ,vrai ou faux trésor ?

drapeau pirate

Le pirate John Bowen par exemple, arrivé à la Réunion après des semaines de navigation, épuisé avec son équipage, a pu profiter de l’hospitalité des réunionnais, malgré l’interdiction de les accueillir…mais l’ensemble de la colonie ayant préféré capituler devant les pirates plutôt que de les combattre, le Gouverneur fut obligé de s’y plier…John Bowen resta dans l’île avec 6 compagnons, car c’était pour lui une véritable aubaine ! Un nouveau capitaine fut nommé à la tête du navire « la Défiance » qui repartit quelques jours après.

 

La Buse (Olivier Levasseur) est le pirate le plus connu à la Réunion : c’est le dernier qui ai sévi dans l’Océan Indien (17ème et 18ème). Son nom lui vient du fait qu’il fondait sur sa proie aussi vite qu’un rapace. Il accumula d’énormes butins car il s’attaquait aux navires les plus puissants. Parmi ceux-ci, le navire portugais de 72 canons « la Vierge du Cap ». Il s’était abrité dans le port de St Denis à cause d’un cyclone…La Buse y vola un butin estimé aujourd’hui à 4 milliards d’euros ! Non content de voler bijoux, diamants, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissus précieux, et pierres précieuses, il s’empara du navire, qu’il rebaptisa « le Victorieux ».

Mais par la suite, la présence de nombreux autres pirates et flibustiers fit prendre à la Buse une « retraite anticipée », car il préféra profiter de la « Charte de clémence » offerte par le Roi de France contre la restitution de son butin : il « oubliera » de redonner quelques éléments, dont le fameux bateau portugais…

 

Il s’installa ensuite à Madagascar, sur l’île de Ste Marie. Mais il fut reconnu par d’anciennes victimes, attrapé, jugé et condamné à mort : il sera pendu près de l’Eglise de St Paul. La légende dit qu’au moment de sa pendaison, il jeta un cryptogramme à la foule, un message codé sensé conduire à son trésor, enfoui dans l’île, et qui s’il existe, y dort toujours…

la tombe de La Buse, à St Paul

 

FLIBUSTIER : (free booter = qui fait du butin librement) C’est un aventurier faisant partie des associations qui s’attaquaient aux possessions espagnoles en Amérique et écumaient les côtes. (16ème au 18ème)

BOUCANIER : A l’origine, c’est quelqu’un qui chassait les bœufs sauvages pour les boucaner(sécher la viande en la fumant), mais qui rejoignirent les flibustiers à cause de la raréfaction du gibier.

FORBAN : Celui-ci est un vrai pirate qui faisait des expéditions armées sur mer, pour son compte. Les forbans sévissaient sur la mer des Indes.

 

Nous en étions aux débuts de la Réunion en tant que société de plantation esclavagiste, à partir de 1715. Son activité principale était à ce moment-là l’exportation de denrées (café, sucre) vers la métropole, la France. Pour être sûrs de vendre beaucoup, chaque habitant était obligé de cultiver au moins 10 caféiers par esclave. S’ils avaient 10 esclaves, ils devaient donc en cultiver 100. Puis ce quota augmenta : chaque noir cultivateur devait avoir 200 plants…si on détruisait les caféiers, c’était la peine de mort pour le coupable…

Puis dans les années 80, 90, les français ont diversifié leurs exportations en vendant aussi de la girofle (épice) et du coton. A partir de 1815, le sucre prendra le dessus sur le café.

caféier en fleurs

Mais à qui doit-on ce développement des plantations ? Aux esclaves, abondante main d’œuvre ne recevant aucun salaire. Et cultiver toujours plus de café revient à importer toujours plus d’esclaves, pour augmenter les surfaces de culture de canne à sucre et faire fonctionner les usines sucrières. On estimait que pour qu’une plantation soit rentable, il fallait au minimum 12 esclaves…l’abolition de l’esclavage en France (1817) n’arrêtera pas la traite des noirs à la Réunion. (Ce n’est que 11 ans plus tard que le comportement des colons deviendra plus légal, en embauchant les esclaves comme « main d’œuvre engagée », donc un peu payée.)

canne à sucre en fleurs

L’esclavage est d’ailleurs le seul point d’entente entre les différents habitants de l’île (créoles, français, étrangers…). Les colons vont même jusqu’en Inde pour la traite des noirs. Les colons diversifient les lieux de traite pour une seule raison : éviter la constitution d’un noyau ethnique important, qui serait dangereux pour la sécurité des blancs minoritaires. Les gens libres ne représentaient en 1735 que 21% de la population ! Les derniers maillons du métissage de la Réunion sont les chinois, que la colonie a « introduit » sur l’île au nombre de 1000, un chiffre atteint en 18 ans.

En ce qui concerne la vie religieuse des esclaves, le roi voulait que TOUS ses sujets soient catholiques, y compris les esclaves (considérés comme des objets mais à qui on demande tout de même d’avoir les mêmes « valeurs » que les français !). Le clergé s’employa alors à les convertir, seulement à la Réunion, tout était fait pour les rebuter : la foule se moquait d’eux lorsqu’ils allaient à l’Eglise (par obligation rappelons-le), sur les arbres près des églises étaient clouées les mains des esclaves marrons capturés et tués, pour leur rappeler que toute rebellion était punie, et il était de toute manière très difficile pour eux de se déplacer jusqu’à l’église, car ils étaient sans transport et surtout surchargés de travail…

Finalement, ce mélange de nationalités des colons et de la diversité de provenance des esclaves a une conséquence, à l’origine de la Réunion d’aujourd’hui : une langue, le créole ! Le créole permettait aux maîtres de communiquer avec la totalité de leurs esclaves, et aux esclaves de se comprendre entre eux, puisqu’ils n’avaient pas la même langue maternelle.

L’esclavage à la Réunion s’est installé avec l’arrivée des premiers colons, en 1663 avec les deux premiers français (cf. article sur les premiers habitants). La principale raison du développement de l’esclavage fut le besoin important de main d’œuvre dans les plantations. Cela se passe sous l’administration de la Compagnie Française des Indes Orientales, chargée de diriger la colonie au nom du Roi de France.

Scène entre maîtres et esclaves

Tout au début, ces malgaches importés étaient libres…les colons épousent même les femmes malgaches ! Tout va bien. Mais en 1678, ils furent transformés en esclaves pour travailler dans les champs pour leur maître, sans être payés. Plus les colons avaient besoin d’esclaves, plus la Compagnie les faisaient venir de loin : des côtes africaines (Mozambique surtout, appelés « Cafres » : nom encore utilisé pour une personne noire aux cheveux crépus) et plus tard d’Inde.

Les esclaves, apprenant que les français se faisaient massacrer par les malgaches à Fort Dauphin, complotèrent une révolte, qui fut matée avant d’avoir éclaté, dénoncée par des serviteurs fidèles aux colons. Les rescapés se réfugièrent à l’intérieur des terres : les « marrons » (cf. même article). 90% des « marrons » sont malgaches.

Le nombre d’esclaves « importés » augmenta de manière spectaculaire, au point qu’en 1735, les colons ne représentent plus que 21% de la population ! Les français ne sont pas les seuls à faire la traite des noirs : durant les 17ème et 18ème siècle, portugais, hollandais et anglais en profitèrent aussi. Les colons étaient même aidés dans leurs « achats » d’esclaves par les tribus côtières d’Afrique, qui en les aidant, gagnaient de l’argent…

 

Pendant ce temps, le phénomène des fugitifs « marrons » s’amplifia, à tel point que les maisons des colons étaient attaquées, pillées et les maîtres et les esclaves fidèles tués, par ces bandes devenues organisées et nombreuses…c’est alors qu’arriva M. Mahé de Labourdonnais : le problème devenant très important, il créa des milices de colons avec un autre personnage, François Mussard, qui raconte t-on, traqua les marrons jusqu’à sa mort. Ce sont les premières forces armées que connaîtront les marrons, et les dernières. Ils furent éliminés en 25 ans par ces milices. Pour motiver les captures de marrons, la Colonie offrait même des récompenses financières.

Les cirques de Mafate et de Cilaos, « débarrassés » en quelque sorte de ces tribus, furent vraiment explorés à ce moment, car auparavant, la présence des rebelles empêchait tout accès. Le succès de Mussard reposait sur des expéditions avec peu d’hommes, alors que Labourdonnais organisait de grandes battues.

 

La population des esclaves atteindra au maximum le nombre de 71 000, en plusieurs dizaines d’années, car le besoin de main d’œuvre pour les plantations de café n’arrêta malheureusement jamais d’augmenter. Mais les péripéties de la colonie de plantation vous seront racontées dans le prochain article !

 

Pour en savoir plus sur les conditions générales d’esclavage et sur les marrons, visitez les deux sites que je vous propose dans les Liens. Bonne lecture !

 Souvenez-vous, les Français avaient envoyé deux groupes de mutins sur l’île de la Réunion, en punition de leur rébellion à Fort Dauphin, Madagascar. Ils furent les premiers occupants involontaires qui y survécurent, sous l’administration de la Compagnie française des Indes. Mais deux Français, Louis Payen et Pierre Pau, sont les premiers colons. Ils s’installent sur l’île (volontairement ) en 1663 avec 7 esclaves malgaches et 3 femmes noires, afin de coloniser l’île. C’est à partir de là que l’on considère que la Réunion a eu ses premiers « vrais » habitants français. Ils s’étaient installés à St Paul, dans l’Ouest, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la « Grotte des Premiers Français », grotte naturelle creusée dans la falaise. Pourquoi dans l’Ouest de l’île ? Parce que la baie de St Paul est la plus pratique pour accoster les navires, et une des plus grandes baies existantes.

Grotte des Premiers Français

La «Grotte des premiers Français» est en fait un cimetière d’esclaves. Avant le 20e siècle, elle était appelée « Caverne ». Elle était le cimetière des esclaves noirs : à Saint-Paul, jusqu’en 1848, environ 50.000 esclaves ont été enterrés. Ça fait peu de temps que l’on a découvert où…

Mais les esclaves malgaches essayèrent d’assassiner leurs maîtres français. N’y étant pas arrivés, ils s’enfuirent aussitôt dans les montagnes (dans le cirque de Mafate, difficile d’accès) avec les femmes noires, laissant les deux blancs français seuls, à travailler à leur survie et leur installation. On a appelé ces fugitifs les « noirs-marrons ».

MARRON, en espagnol « cimarrón « , signifie «s’échapper ». On l’employait au départ pour les animaux apprivoisés qui devenaient sauvages. Puis en français, le mot s’appliqua aux blancs qui fuyaient leurs mauvaises conditions de travail. Par la suite, il désigna aussi les esclaves fugitifs.

Le marronnage existait aussi dans les Antilles et en Guyane, et même dans toutes les colonies esclavagistes. C’est un « problème » des colons qui a toujours existé. Les esclaves fugitifs vivaient parfois plusieurs années dans les montagnes sans être inquiétés par les colons. En 1725 pourtant, les français donnaient 30 livres d’argent pour chaque capture de marron, mort ou vif : Certains devinrent des « chasseurs de marrons » professionnels. Quand l’esclavage fut aboli (1848), beaucoup de noirs marrons descendirent des montagnes pour travailler sur la côte.

Les deux premiers Français vivent des années difficiles sur l’île : le défrichement n’est pas évident pour deux personnes, tout doit être créé et aménagé. Les cyclones détruisent régulièrement ce qui s’est construit. Les côtes regorgent de requins, la baignade n’est pas possible partout. Parfois pendant plusieurs années, aucun bateau n’accoste l’île pour les approvisionner, ils doivent revenir à une vie primitive. Toutes ces difficultés font des premiers habitants des prisonniers de leur paradis de départ. Aussi, au bout de quelques années, découragés, ils profitèrent de l’arrivée d’un navire sur l’île pour repartir avec !

Finalement, le premier « échantillon » du peuple réunionnais s’est constitué à l’arrivée d’Etienne Regnault (en 1665), premier commandant de Bourbon pour la Compagnie française des Indes, venu s’installer, cette fois pour de bon, avec une vingtaine de colons et leurs esclaves. Le métissage qui fait l’identité de la Réunion est déjà là, car français, indiens, malgaches, cohabitent, même si c’est en esclaves…

L’histoire commence avec les Arabes, qui passèrent dans l’archipel des Mascareignes (Madagascar, île Maurice et Réunion) entre le 10ème et 15ème siècle. Seulement, ils ne s’y intéressèrent pas ! Ils donnèrent à la Réunion le nom de Dina Morgabim, signifiant «île de l’Ouest». (Dina Mozare et Dina Arobi étaient les noms de Madagascar et Maurice).

Puis, au 15ème siècle, vinrent les européens qui voulaient faire commerce eux-mêmes des richesses orientales sans passer par les arabes : l’explorateur portugais Vasco de Gama découvrit donc l’Océan Indien en passant par le cap Horn au sud de l’Afrique. Personne ne sait exactement qui a posé le pied le premier sur l’île ni à quelle date : un Portugais, Pereira, lui aurait donné le nom de «Santa Apolonya» car c’était le jour de la sainte Apolline. Mais c’est le capitaine Pedro Mascarenhas qui va donner son nom à l’archipel des Mascareignes, et nommer l’île «Mascarin».

Des Anglais qui passèrent aussi par là l’appelèrent «England’s Forest», et «Pearl Island» (du nom de leur navire), mais ces noms n’eurent aucune importance, et les européens ne s’intéressant pas à l’île, elle resta déserte et méconnue jusqu’au 17ème siècle, même si les navigateurs décrivaient une île où l’eau et les vivres sont en abondance :

«Nous avons envoyé un canot à terre et nous y avons trouvé un nombre considérable de grandes tortues terrestres, aussi grosses qu’un homme peut porter et qui étaient un excellent manger.»
«…une grosse espèce de volaille, de la taille d’un dindon, si grasse et à ailes si courtes qu’elle ne peut voler. Ses plumes sont blanches et elle n’est pas sauvage, comme du reste tous les animaux de cette île, aucun d’eux n’ayant été jusqu’ici chassé.» M. Purchas, 1625(Il parle ici du dodo, espèce disparue, que l’homme s’était mis à chasser en posant le pied sur l’île…).

Malgré ce paradis, les européens ne se servent de l’île que pour faire escale, car ils ne voient aucun intérêt à pour eux de s’y installer : pas de population à évangéliser (christianisme), pas d’épices ni de métaux précieux à exploiter, pas de population et donc de consommateurs pour acheter leurs denrées, aucun port sûr pour accoster (beaucoup de courants marins), des cyclones qui balaient l’île, et de plus, elle est à l’écart des voies maritimes vers l’Orient et oblige à un détour, ce qui fait perdre du temps aux navires partis commercer en Asie.

C’est donc par hasard que les Français arrivent à la Réunion, par dépit : ils n’ont pas réussi à s’installer à Madagascar. Ils en prennent possession en 1638, au nom du roi, mais personne ne veut y vivre (pour les raisons précédentes). Ils la nomment «île Bourbon», du même nom que la famille royale de France.

Un peu plus tard (1646), à Fort Dauphin, les français se débarrassent d’une bande de 12 mutins qui les gênent en les exilant sur l’île, pensant qu’ils n’y survivraient pas. Pourtant, quand ils retournèrent les chercher des années plus tard, cherchant des cadavres ou des personnes mal en point, ils les trouvèrent nourris et en bonne santé ! C’est à partir de là que les français voulurent s’y installer :

«Cette île produit avec tant de facilité et en si grande abondance tout ce qui est nécessaire pour l’entretien et la vie de l’homme, connue aussi d’Aloes, de tabac, de sucre, et plusieurs autres marchandises, qu’on peut douter avec raison si elle a sa pareille ». O.Dapper

Flacourt dessina la première carte de l’île avec ce que les exilés lui racontèrent. Ils ne connaissaient que le tour de l’île, l’intérieur étant très montagneux. Flacourt dessina un grand lac au centre, d’où partaient les 7 rivières de l’île. Ce lac n’existe que dans l’imagination du dessinateur car il ne savait pas ce qu’il y avait au centre ! L’île Bourbon a alors des allures de paradis. La colonisation arrive !

– La suite dans le prochain article, la semaine prochaine –