La Réunion…

et l\’Océan Indien

 

J’écris cet article en raison de la très forte houle australe qui s’est abattue sur les côtes réunionnaises ces 12,13 et 14 mai 2007.

 

houle moyenne

Qu’est-ce que la houle ? Un phénomène de l’océan, dû à une dépression avec beaucoup de vent. Cette zone est appelée « fetch » (ou mer des vents) : ce vent donne de l’énergie à l’eau, formant une onde pouvant se répercuter sur des milliers (voire des dizaines de milliers !) de kilomètres, à la surface de l’eau. La force de l’onde dépend de la superficie du fetch et de la puissance du vent : plus ils sont grands, plus l’onde sera forte et portera loin.

Ce n’est pas l’eau qui se déplace, c’est l’onde, cette énergie qui une fois créée ne peut plus être arrêtée, même si la tempête à l’origine du phénomène prend fin. Comparons avec un drap : si vous le secouez par le haut, vous verrez le drap en entier onduler jusqu’en bas, en forme de vagues : l’énergie que dégage votre mouvement est répercuté jusqu’en bas, mais la matière du drap ne se déplace pas pour autant. Vous avez compris ? L’océan fonctionne comme cela. Cette onde n’est pas dangereuse pour les bateaux au large car bien qu’elle crée une différence de hauteur, il n’y a pas de vagues. Cette onde devient dangereuse lorsqu’elle arrive sur les côtes, car les fonds marins sont de moins en moins profonds, il peut y avoir une barrière de corail ou simplement un changement de profondeur rapide, et les vagues se forment.

Selon la vitesse de l’onde et de l’importance des vents de départ, les vagues sont plus ou moins hautes. En moyenne : 4 à 5 mètres. Ensuite les vagues déferlent là où il y a peu de fond, sur les côtes donc, et si elles sont très grandes, elles s’abattent sur les plages, et déferlent aussi au-delà, poussées par la force de l’onde. Ainsi, les ports, les maisons, les hôtels de bord de plage sont touchés. Les dégâts matériels peuvent être énormes, car l’eau est très puissante et casse tout sur son passage : bateaux, pontons, arbres, clôtures, parkings et terrasses…et peut emporter pêcheurs et marins surpris par les vagues soudaines, ce qui s’est malheureusement passé ici…deux pêcheurs sont portés disparus.

 

 

Vocabulaire utilisé pour mesurer ce phénomène :– Le fetch : zone de vents (tempête) qui donnent leur force aux ondes et donc à la houle. Cette zone peut être très éloignée du lieu où la houle déferlera. Tout dépend des courants marins.Un train : c’est une succession de vagues.Un houlographe : appareil qui mesure la hauteur des vagues. 

On mesure plusieurs choses :          la hauteur entre le creux de la vague et sa crête, qui donne la grandeur de la vague.         La longueur d’onde : la distance qui sépare deux crêtes de vagues qui se suivent.          La période : le temps qui sépare le passage de 2 crêtes.         La « célérité » ou « vitesse de phase » : la vitesse d’un train de vagues. 

Ce sont les trains de vagues qui ont une grande longueur d’onde qui forment la houle car ce sont ceux qui vont le plus vite et le plus loin.? Météo France a relevé la hauteur des vagues pour
la Réunion : 5 mètres en moyenne, mais elle ont atteint 11 mètres ; une longueur d’onde de 180 mètres ; une période de 18 secondes et une célérité de 11 mètres par seconde, soit 66 km/h.

 

 

houle sur les côtes

La houle australe qui déferle à
la Réunion depuis 2 jours a pour origine une tempête située à 2000 km au Sud de l’île, avec des vents de 100 km/h. Rien d’exceptionnel pour la saison. Cela arrive tous les ans en hiver. (Dans la mer du Nord, on a déjà relevé des vagues de 30 mètres !)

 

Seulement, d’habitude, elle ne crée pas autant de dégâts. Certains réunionnais la qualifient de pire que Gamède (le cyclone qui a touché notre île en mars 2007). Des dizaines de bateaux ont été coulés, chavirés, cassés. Des bateaux gisent sur le bord des routes. Un club nautique a même perdu 90% de sa flotte et les hôtels et restaurants du bord de plage voient leurs travaux de reconstruction post-Gamède réduits à néant. Le port de St Gilles est complètement ensablé. Les circuits de renouvellement d’eau de l’Aquarium sont bloqués, heureusement, les poissons peuvent rester plusieurs jours dans la même eau.

L’économie s’en ressent une nouvelle fois, et surtout la filière touristique. Paraît-il qu’il y a eu encore plus grand et fort, il y a 30 ans. Mais la majorité des créoles crient : «  On a jamais vu ça ! » (C’est, soi dit en passant, la phrase préférée de la population après chaque phénomène inhabituel.) Les seules à avoir profité de la houle sont 3 tortues de Kelonia, la ferme des tortues, qui ont profité que l’océan s’invite jusque dans leurs bacs en cassant la clôture pour rejoindre l’océan une bonne fois pour toutes.

 

Se pose alors la question de la prévention : il n’existe que « l’avis de houle », que consultent les marins avant de prendre la mer. Mais il n’existe pas d’avis de forte ou très forte houle. On ne peut donc pas alerter la population sur l’ampleur du phénomène, car la houle est habituelle en cette saison d’hiver austral. C’est pourquoi un « Plan événement météorologique dangereux » va être mis en place sur l’île, afin d’adapter les systèmes d’alerte au climat tropical. Le Préfet pourra alors interdire l’accès au bord de mer, les sorties en mer et prendre d’autres mesures en cas de fortes pluies, vents violents et forte houle. Etonnant que ce système ne soit pas déjà mis en place depuis longtemps ! Nous savons pourtant bien que les conditions météorologiques ne sont pas les mêmes qu’en métropole, ni de la même ampleur !

 

Ces catastrophes répétées sur le littoral remettent en question l’aménagement fait par le département : ont-ils eu raison de construire si près de l’océan hôtels, restaurants et maisons ? Ont-ils eu raison de centrer le tourisme des villes sur les côtes ? La nature reprend ses droits, et c’est l’occasion pour les mairies de réaménager leurs villes en fonction de cette nature toute puissante, ce qui aurait dû être fait dès le départ. Mais l’attrait économique lié au tourisme a été le plus fort, en voici les conséquences, à force de grignoter du terrain sur la nature plutôt que de s’adapter à elle…

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