La Réunion…

et l\’Océan Indien

 

La tisanerie est une tradition ancestrale qui se transmet de génération en génération, et qui est aujourd’hui encore beaucoup utilisée par les réunionnais. Mais attention, distinguez bien le tisaneur, discret et honnête, qui connaît sur le bout des doigts les plantes, du vendeur de tisanes, qui fait des bénéfices en vendant ses mélanges douteux sur les marchés ! (Avec le chikungunya de 2006, des personnes sans expérience ont vendu n’importe quoi pour gagner de l’argent.) Le vrai tisaneur n’as pas beaucoup d’argent et ne vend pas, il soigne.

La tisanerie, médecine populaire locale (complétée quelquefois par les guérisseurs, magnétiseurs et médiums), utilise les feuilles, fleurs, fruits, bourgeons, écorce, racines, huiles essentielles des plantes endémiques (propres à la Réunion), indigènes (adaptées à l’île) et même exotiques (introduites par l’homme).

le caloupilé

Cette médecine est un mélange entre le savoir européen et celui des malgaches, indiens et africains. La transmission est orale, et c’est ainsi que sont nées des confusions entre les noms des plantes qui se ressemblent mais qui n’ont pas du tout les mêmes propriétés ! Il faut alors être réellement expérimenté pour être efficace. Par exemple, le bois de savon, qui a été utilisé à outrance (il n’y en a presque plus) pour être utilisé comme rafraîchissant, détruit les globules rouges quand il est trop consommé et rend la peau jaune…une dose de trop et c’est la mort. Brrr…

Info

Comment ont fait les plantes indigènes pour s’installer sur un volcan, une île censée être hostile au développement d’une flore ? Elles sont arrivées par la voie des airs (cyclones, vents, oiseaux et insectes) et par la voie de la mer (courants marins), bien avant l’homme. Elles proviennent des îles alentour (Madagascar, Maurice, voire de l’Afrique).

Remontons un peu le temps : ce sont les esclaves malgaches, au 17ème siècle, qui ont reconnu sur l’île des plantes malgaches et qui ont commencé à s’en servir. Parmi ces plantes se trouvent l’ambaville (anti-inflammatoire, unique à la Réunion), le quivi (utilisé par les femmes esclaves pour avorter suite aux viols de leurs maîtres), très dangereux. Certaines le sont tellement que les blancs se mettent à avoir peur d’être empoisonnés et se soignent avec des plantes venues de France…

Fleurs d'Ambaville

En 1950, il n’y avait que 17 pharmaciens sur l’île, apportant la médecine générale et « chimique ». Les médecins étant également rares à cette époque et trop chers pour les réunionnais, ils se sont donc soignés très longtemps avec leurs plantes.

La flore réunionnaise est d’une richesse incroyable (plus de 300 plantes). Avec au moins 200 microclimats, on trouve vraiment de tout. On ne connaît la composition chimique que de 20% de ces plantes, elles sont donc les seules à être autorisées à la vente car testées en laboratoire. 10% de ces mêmes plantes endémiques sont toxiques, et dangereuses !

 

La récolte des parties spéciales des plantes ne doit pas se faire n’importe comment. Certains, pour utiliser le bois, coupent la plante. Or, elles ne sont pas toutes abondantes et ces comportements mettent en danger certaines espèces. La cueillette se fait à des périodes précises, en fonction de la Lune, avant ou pendant la floraison…elles sont entreposées dans des endroits sombres et secs. Et si le tisaneur prépare sa tisane soit par décoction (faire bouillir les plantes), par infusion (mettre les plantes dans l’eau bouillante) ou par macération (tremper la plante dans de l’eau, de l’huile, de l’alcool…), il ne fait JAMAIS bouillir une tisane de verveine car cela la rend inefficace, et ne garde pas de tisane de plus de 3 jours…

Les tisanes ne remplacent pas la médecine traditionnelle car aucune des plantes utilisées ne sont inscrites à la pharmacopée française. En effet, la médecine générale ne prône pas l’utilisation de remèdes naturels, même si ces derniers sont des plus efficaces. Espérons que le savoir des tisaneurs sera transmis à la prochaine génération ; c’est ce que propose le Tisaneur des Salazes !

A lire

Mémé mil z’herbes de Michel Saad

 

Mémé mil z’herbes, venue de l’Inde il y a presque un siècle est artisan-tisaneur. Timothée, jeune métisse de l’île de la Réunion est marquée par le secret de sa naissance. Dans ce roman, l’auteur puise dans le passé insulaire pour mettre en scène une héroïne et sa grand-mère, respectueuse des traditions.

Livre Mémé Mil z’herbes

One Comment

  1. anonyme
    8:48 on août 13th, 2012

    Bonjour,

    Je cherche comment me procurer une plante endémique de la Réunion qui s’appelle « Ambaville ». C’est pour guérir une maladie contagieuse qui persiste malgré les traitements médicamenteux.

    Merci.

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