On va kiffer Kiefer!!

Billet de blog rédigé par Yasmine K, élève de Terminale HIDA spé à l’issue de la visite de l’exposition consacrée à Anselm Kiefer au Couvent de la Tourette.

Dans le cadre du programme d’Histoire des Arts de terminale L spé, nous sommes allés au couvent de la Tourette à Eveux près de Lyon afin de voir l’exposition d’Anselm Kiefer. Dans ce lieu marqué par la sacralité, l’oeuvre de Kiefer résonne tout particulièrement.

Affiche de l’exposition « Anselm Kiefer à la Tourette », organisée en partenariat avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon du 24 septembre au 22 décembre 2019

Vous avez dit Kiefer ?!

Anselm Kiefer est un peintre, sculpteur contemporain allemand né en 1945 dans le Bade-Wurtemberg.  Il étudie d’abord le droit, les langues et les littératures romanes. En 1963, il il entreprend un voyage en France et séjourne à Paris, Lyon et Arles avant de poser ses valises pour trois semaines, en 1966, au couvent de la Tourette. Il dira par la suite y avoir découvert la « spiritualité du béton », matériau qui aura de l’importance dans son œuvre. C’est au cours de ce séjour/retraite qu’il décide de s’orienter vers l’art et de s’inscrire aux Beaux-Arts, d’abord à Fribourg-en-Brisgau puis à Karlsruhe. Actuellement, il vit et travaille en France ; depuis 1992, son atelier se situe en effet à Barjac, dans le Sud de la France.

Anselm Kiefer, Danae, 2019, plomb, résine, métal, graines de tournesol et feuille d’or, 335 x 240 x 190 cm

Dans le cadre de a Biennale d’Art Contemporain de Lyon, les frères dominicains ont décidé de l’inviter à exposer en leurs murs 52 ans après son séjour au couvent. Il a accepté l’invitation et a sélectionné des oeuvres qui permettent un dialogue fécond avec l’architecture de Le Corbusier, une architecture qui l’a tant marqué.

Sa démarche artistique….

Son art est au service de la mémoire, ses œuvres abordent les désastres de l’histoire et affrontent les démons de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Il utilise beaucoup dans ses productions les matériaux tels que le plomb, le béton, les cendres, la peinture.

Anselm Kiefer, Pourquoi y-a-til quelque chose plutôt que rien ?, (détail) 2010-2016, émulsion, acrylique, huile, gomme-laque, métal, résidu d’électrolyse et livre de plomb sur toile, 190 x 560 x 32 cm.

Quelques œuvres de l’exposition…

Chacune des œuvres exposées est reliée, d’une manière ou d’une autre, à la thématique de la religion, à tout le moins exprime une certaine spiritualité. Les références à la religions chrétienne peuvent être plus ou moins explicites mais ne manquent pas de faire sens dans un lieu comme le Couvent de la Tourette.

Maât-Ani, 2018, Verre, métal, cendre, argile, et plume, 202 x 150 x 120 cm

Cette œuvre évoque de manière très transparente la pesée de l’âme. C’est un épisode important de la vie après la mort dans la mythologie égyptienne. Ainsi, si le cœur est plus léger que la plume, l’accès au paradis est permis. Cela renvoie aussi, naturellement, au thème chrétien du Jugement dernier très présent sur les tympans des églises romanes.

Résurrection, 2019, Béton, sable, résine, plâtre et acrylique, 430 x 730 x 610 cm

Cette œuvre aborde la ruine… et la renaissance! La résurrection, en somme!. Ainsi sur les gravas s’élèvent des tournesols dont il est peu de dire qu’ils revêtent, pour Kiefer, une importance particulière tant son oeuvre y revient régulièrement. Placée dans l’église du couvent, cette oeuvre fait sens et impressionne par ses résonances avec le dogme chrétien.

Heiliges Jerusalem, Jérusalem céleste, 2007-2019Ciment, sable, plomb, plâtre et métal, 205 x 550 x 280 cm

Jérusalem céleste aborde aussi la thématique de la ruine. Les livres en plomb servent à porter les blocs de béton. Ici, il fait référence à l’histoire et au savoir. Il y a un parallèle évident entre le béton des blocs qui composent l’oeuvre et les colonnes de Le Corbusier.

Anselm Kiefer, Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?, (détail) 2010-2016, émulsion, acrylique, huile, gomme-laque, métal, résidu d’électrolyse et livre de plomb sur toile, 190 x 560 x 32 cm.

Anselm Kiefer, Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?, (détail) 2010-2016, émulsion, acrylique, huile, gomme-laque, métal, résidu d’électrolyse et livre de plomb sur toile, 190 x 560 x 32 cm.

Le Corbusier, l’architecte de la Tourette.

Billet de blog rédigé par Erin V, élève de Terminale HIDA spé, à l’issue de la séance de travail en extérieur au couvent Sainte-Marie de la Tourette le 5 novembre dernier.

Le Corbusier, de son véritable nom Charles-Édouard Jeanneret, compte parmi les plus grands architectes de son temps. Né en 1887 en Suisse, puis naturalisé français en 1930, il est le précurseur du Mouvement moderne en architecture, un mouvement consistant plus particulièrement à bâtir des édifices fonctionnels. C’est cet artiste qui a par ailleurs inventé le principe de « l’unité d’habitation » dont on trouve des exemples à Firminy ou Marseille.

Charles-Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier (1887-1965)

Après une formation de graveur-ciseleur puis de peintre suivie à l’École d’art de sa ville natale de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, il s’oriente vers l’architecture et la décoration en 1904. S’il n’obtient jamais de diplôme dans cette discipline, il se forme sur le tas grâce à des architectes, comme Auguste Perret qu’il rencontre en 1908 et qui lui enseigne la technique de construction en béton armé, à laquelle il restera attaché durant toute sa carrière.

En mai 1911 il entame un grand voyage qui va être source d’inspiration pour lui : Prague, Vienne, Budapest, Istanbul, Athènes, mais aussi le Mont-Athos ; cette pérégrination dans l’Est de l’Europe va, en partie, inspirer sa philosophie. Il se rend également en Italie, notamment à Pise, pour y admirer les productions artistiques, et plus particulièrement celles de la Renaissance. Il emporte avec lui un carnet d’illustrations qu’il va remplir et qui lui servira de sources d’inspiration pour ses réalisations futures.

Sa première construction date de 1912. Dès son retour de voyage et en 1917 il ouvre son propre atelier d’architecture, prélude à une carrière de renommée internationale. Il ne tarde pas par ailleurs à se choisir un pseudonyme : ce sera « Le Corbusier »! Après-guerre, ce théoricien « avant-gardiste » est sollicité par les gouvernements français successifs de la IVème République afin de participer à la Reconstruction ; il réussit à convaincre les décideurs politiques du bien-fondé des grands ensembles verticaux qui ont le mérite de permettre de densifier l’habitat tout en ménageant des perspectives et des espaces verts.

Unité d’Habitation de Firminy Vert construire par Le Corbusier

Il obtient ainsi le soutien sans faille d’Eugène Claudius-Petit et, dans le droit fil de l’utopiste Charles Fourier et de ses phalanstères, il conçoit et construit les fameuses « unités d’habitation » pour 1600 personnes, les « Cités radieuses ». La première est érigée en 1947 à Marseille (c’est la « maison du fada »!). Quatre autres suivront, à Rezé, Berlin, Briey et Firminy

Le Modulor – unité de mesure inventée par Le Corbusier pour servir de mesure à ses constructions

Le Corbusier conçoit ses immeubles en réfléchissant d’abord et avant tout aux besoins de ceux qui les habiteront! Pour ce faire, il s’appuie sur le « Modulor », une unité de mesure qu’il invente à partir du nombre d’or et des suites de Fibonacci. Par ailleurs, il considère que les habitants de ses immeubles doivent pouvoir trouver tous les services indispensables à leur vie quotidienne : école, crèche, commerces… Le tout organisé autour d’une rue intérieure.

Par ailleurs, Le Corbusier entend oeuvrer contre l’humidité et l’insalubrité qui en découle avec son lot de maladies plus ou moins mortelles (tuberculose). Il faut rappeler qu’à cette époque-là la question des taudis et, plus généralement, celle de l’hygiène des villes étaient des questions primordiales. Il a alors commencé à imaginer des logements confortables et économiques en recourant aux techniques industrielles de construction afin de répondre à ces défis. Les 5 points d’architecture font partie de la « recette Le Corbusier » ; les voici :

Pilotis : le principe consiste à libérer le sol de l’emprise du rez-de-chaussée du bâtiment, afin de dégager plus de jardin en pleine terre et de ménager des perspectives paysagères.

Toit terrasse : grâce au béton armé dont il se sert, on n’aura plus besoin de réaliser des combles en pente et il s’avère donc possible d’exploiter le dernier niveau du bâtiment : à Firminy on y trouve la cour de l’école par exemple!  Il faut noter que ce parti pris permet de donner une identité visuel au bâtiment qui se détache dès lors nettement grâce à cette ligne horizontale pure, dépourvue de fioritures et d’ornements comme les corniches « classiques ».

Les pilotis du couvent de la Tourette – une caractéristique de l’architecture de Le Corbusier

Fenêtre bandeau : grâce au béton qui a « libéré » le plan et la façade, les ouvertures peuvent courir sans interruption d’un bout à l’autre de la construction.

Plan libre : le plan libre est un principe s’opposant au « plan paralysé » des constructions traditionnelles, où les cloisons entre les pièces sont des murs porteurs, superposés d’étage en étage. Chez Le Corbusier, seuls les piliers de béton sont porteurs, ce qui permet en effet de construire des cloisons où on souhaite, en fonction des besoins.

Façade libre : comme les poteaux peuvent être placés en retrait des façades à l’intérieur de l’édifice, la façade peut s’organiser à loisir : les ouvertures peuvent donc être larges et nombreuses…

Atrium du Couvent Sainte Marie de la Tourette à Eveux

Au couvent Sainte-Marie de la Tourette construit dans les années 1950, on retrouve l’essentiel des principes fondamentaux énoncés et mis en pratique par Le Corbusier. Il est à noter qu’avec l’église Saint-Pierre de Firminy et la Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp, c’est l’un des rares édifices à vocation religieuse que Le Corbusier, athée, ait construit tout au long de sa carrière.

Couvent Ste Marie de la Tourette, Le Corbusier, Eveux

 

Honoré danse

Billet de blog rédigé par Samir B. et Charles B., élèves de 1ère HIDA spé, à l’issue de la rencontre avec Seghir Zouaoui au CDI du lycée.

[Samir B.] Le lundi 7 octobre nous avons visité l’exposition « Intérieur Danses » qui se tenait au Centre de Documentation et d’Information du lycée Honoré d’Urfé. Cette découverte s’est faite en présence de l’artiste photographe, Seghir Zouaoui dont on peut rappeler qu’il est stéphanois et que ses thèmes de prédilection sont : les églises, les friches industrielles ou encore les bords de mer. Sur son site internet on peut trouver des thèmes plus vastes comme « l’errance » ou la danse mais nous y reviendrons dans les prochaines lignes.

Après une visite rapide de l’exposition qui donne des sentiments partagés entre incompréhension et émerveillement nous avons longuement discuté avec Mr Zouaoui, il a tenu à nous interpeler sur notre rapport à l’art et à la photographie qui, selon lui, ne peut être enfermé dans un clivage « J’aime/J’aime pas » et il nous a longuement parlé des émotions que peuvent provoquer l’art et tout particulièrement la photographie.

On peut souligner que son exposition peut paraitre «novatrice» en raison d’un mode inédit de réalisation des clichés. C’est en effet à l’occasion de la représentation d’un spectacle de danse que le photographe a pris ses photographies ; il a osé prendre place au sein même de la performance des deux danseurs qu’il entendait immortaliser en mouvement. Le rendu est savoureux puisque les photos prises en pleine performance nous permettent d’apercevoir la sensualité des corps en mouvement.

Une des photographies de Seghir Zouaoui présentées au CDI du lycée en octobre.

[Charles B.] Après le vernissage du 4 octobre auquel les élèves du lycée étaient chaleureusement conviés, la classe de spécialité Histoire des Arts a donc été invitée (comme l’a dit Samir) à discuter avec l’artiste de son travail et à analyser des photos de l’exposition. Seghir Zouaoui, à travers ses clichés, nous montre des histoires : celle de l’ »objet » photographié, mais aussi celle du cliché lui-même. Il nous montre, d’une certaine manière, le photographe au travail. Les cadrages originaux, les flous, etc. rendent le mouvement et nous immergent dans la scène photographiée.

Très inspiré par l’auteur Susan Sontag et son livre Sur la photographie, il va au cours de deux soirées photographier sur scène deux danseurs exécutant une performance. C’est d’ailleurs dans ces moments uniques partagés entre les artistes que le credo de Zouaoui prend tout son sens « j’étais là et j’ai vu ça ». Ses photos qui découlent, brutes, montrent une véritable idée de mouvement et de proximité : exploit qu’il peut réaliser en jouant sur les cadres, seules limites de la photo. Pourquoi un exploit me direz-vous ? La photo, par définition, fige le mouvement, le rend « inanimé », le suspend… Pourtant, ici, le danseur n’est pas pris en entier, son corps dépasse le cadre et son mouvement va alors le transcender : la photo vient de créer son mouvement, sa propre réalité, et, dès lors, seule votre imagination est sa limite.

On peut appeler cela une performance, une transcendance du mouvement par la photographie… un chef d’oeuvre?!