Salutations / migration!

Chers amis, c’est fini! Enfin… disons que nous migrons! La plateforme qui nous héberge ferme et nous allons devoir changer de crémerie! En attendant de nous retrouver sur un nouveau site, consultez le site du lycée Honoré d’Urfé… et passez un bel été!

Fernand Léger, Les loisirs sur fond rouge, 1949, huile sur toile, 113 cm x 146 cm, Musée National Fernand Léger, Biot

Histoire des arts / histoire des femmes ?!

C’était le 19 octobre 2022, c’était à Lyon… et c’était « trop bien » ! Lou-Anne C et Angèle V, élèves de terminale HIDA spé ont pris le clavier pour partager leur « retour d’expérience ». Bonne lecture !
Et merci à elles !

Le groupe d’HIDA au MBA

Le 19 octobre dernier, après un trajet mouvementé en raison des grèves de train, nous avons été accueillis au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Le matin, Marie-Ève Durand nous a accompagnés à travers les collections du musée pour retracer l’évolution de la représentation des femmes dans l’art depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Nous avons ainsi découvert des images variées de femmes parfois fortes et puissantes, d’autres fois douces et contemplatives. L’essentiel des œuvres étaient produites par des artistes hommes qui ont eu tendance à idéaliser les femmes et à les éloigner de la réalité.

Notre médiatrice a sélectionné pour nous un corpus d’œuvres qui nous a permis d’observer l’évolution des canons de beauté et de l’idéal féminin au cours du temps.
Nous avons remarqué que cette évolution n’allait pas nécessairement dans le bon sens. Ainsi, le siècle des Lumières, pour ne citer que cet exemple, contrairement à ce que l’on pourrait croire, a été une période où les femmes ont perdu beaucoup de reconnaissance dans la société. En effet, on considérait alors qu’il était dans la « nature » de la femme de s’occuper de son foyer en raison de certaines caractéristiques physiques alors que l’homme, qui en possédait d’autres, devait faire un travail intellectuel ou manuel en-dehors de la maison.

Dans le même ordre d’idées, nous avons appris qu’à la Renaissance les artistes privilégiaient les figures de vierge à l’enfant. La vierge était alors un modèle de beauté, de pureté et d’innocence tout en mettant en avant la maternité et le rôle protecteur et noble de la vierge. Elle constitue un idéal et un modèle exemplaire pour les femmes. Quelques décennies plus tard, on voit un net changement dans la façon dont les artistes représentent les femmes dans leur art.

Anonyme, Portrait de femme, dit La Maraîchère, vers 1795, huile sur toile, 82,4 x 65,5 cm, Musée des Beaux Arts de Lyon

Le portrait d’une femme dite La maraîchère réalisé à la fin du XVIIIe siècle illustre bien l’évolution du regard porté sur les femmes. Sur cette toile, on observe une femme à l’air puissant et déterminé. Elle est vêtue bien plus modestement que les vierges à l’enfant de la Renaissance. De plus, par son âge, qui semble plus avancé que celui des représentations des vierges, elle n’est plus l’incarnation de l’innocence mais plutôt de la sagesse et de l’expérience. En outre, elle ne tient plus un enfant dans les bras mais est vêtue de vêtements de travail, la femme n’est donc plus maternelle mais indépendante et elle travaille. Malgré tout, il faut relativiser la vision présentée dans cette œuvre qui n’est pas parfaitement représentative de la place des femmes dans la société du XVIIIe siècle même si cela permet de constater une certaine modernisation de la vision de la femme.

La visite nous a toutes beaucoup intéressées et surtout nous a apporté des ouvertures nouvelles sur l’axe du programme que nous travaillons en ce moment:

« Femmes, Féminités, féminisme » en art ». Cela nous a offert de nombreuses pistes de réflexions pour la construction de notre portfolio autour de ce thème. Toutefois, nous aurions apprécié que la visite soit un petit peu plus longue pour que nous ayons le temps d’approfondir davantage certains détails et éventuellement d’étudier quelques œuvres supplémentaires mais aussi de déambuler librement dans l’exposition pour analyser de manière plus personnelle les œuvres ayant retenues notre attention.

Lou-Anne Chantemesse Term spé HIDA

Vue de salle – Exposition « A la recherche des hiéropglyphes oubliés » au MBA de Lyon

Après une pause déjeuner bien méritée, nous avons pu partir à la découverte de l’exposition consacrée à Jean-François Champollion et François Artaud. L’exposition s’intitulait « A la recherche des hiéroglyphes oubliés ». Au début, quelques réticences existaient au sein du groupe (la digestion peut-être ?). Mais elles se sont finalement vite estompées !

Notre médiatrice nous a tout d’abord un peu parlé de Monsieur Artaud qui fut le premier directeur du Musée des Beaux-Arts de la ville de Lyon. Suite au décret Chaptal de 1801, cet édifice religieux a acquis des fonctions muséales. Dès 1803, les premières œuvres arrivent pour constituer les collections. François Artaud et Jean-François Champollion ont beaucoup échangé au sujet de l’Égypte (on compte à peu près 100 lettres écrites et envoyées) mais l’exposition n’en a choisi que sept dans lesquelles il existe une description et une discussion autour des objets qui la composent.

Cette présentation se compose en différentes parties. La première parle du savoir sur l’Égypte antique avant Champollion ; petite précision, ces connaissances étaient plus des interprétations que de réels savoirs. A ces époques, les collections ressemblent beaucoup plus à des cabinets de curiosités qu’à des collections ordonnées. C’est par ce biais là que certains objets venus d’Inde par exemple se retrouvent dans les collections dites Égyptiennes. A Lyon, différents cabinets existent, plus ou moins grands. Il en existe deux qui nous intéressent particulièrement aujourd’hui. Premièrement celui du Père Dumas, qui conservait quatre petits pots avec les représentations des fils d’Horus. En Égypte ancienne, ces pots contenant des organes étaient disposés au côté de la momie pour que le dieu des morts puisse reconstituer le corps du défunt dans le nouveau monde. Les animaux pouvaient également recevoir des soins funéraires pour accompagner leurs maîtres. Les Égyptiens prenaient en moyenne 70 jours après la mort de la personne pour la mettre dans la caisse à momie (terme plus approprié que sarcophage). Les Égyptiens prenaient donc grand soin du corps. La seconde collection est celle de Monsieur Dufour qui après avoir reçu un sarcophage, décide d’envoyer les échantillons de l’écriture qu’il avait trouvée sur celui-ci à Kircher, père de l’égyptologie. Ce dernier rapproche alors le langage découvert au Kopte (langue ancienne égyptienne).

Léon Cognet (1794-1880), Portrait de Champollion (1790-1832), 1831, huile sur toile, 73,5 x 60 cm, Musée du Louvre, Paris.

La seconde partie se concentre sur la campagne de Napoléon en Égypte, ce fut un désastre militaire mais une grande réussite scientifique, qui lança un certain engouement pour l’Égypte en Europe. Les objets sont récupérés par les Anglais, comme la pierre de Rosette (qui est une pierre gravée retrouvée à Rosette dans le delta du Nil). Sur la partie haute, on trouve des écritures en hiéroglyphes, puis en cursive (démotique) et sur sa partie basse en grec. Cette expédition a réuni plus de 170 scientifiques représentant de nombreux domaines : des historiens, des biologistes, des architectes…

Champollion déteste le collège mais il part étudier à Paris où il se plaît beaucoup. Son frère, qui l’a toujours soutenu, lui soumet l’idée de se lancer dans la course au déchiffrement des hiéroglyphes. Champollion part donc à Lyon car il a besoin de matière. C’est alors la rencontre avec Artaud, collectionneur, antiquaire et directeur du musée à l’époque. Le directeur a un sarcophage sur lequel Champollion fait des relevés. Et, en 1822, dans une lettre envoyée à son frère, il décrit et explique sa méthode de déchiffrage. Il la partage également avec Monsieur Dacier alors directeur de l’Institut des Belles Lettres à Paris. Puis, le Musée des Beaux-Arts de Lyon rachète des collections privées et enrichit sa collection d’objets égyptiens. Dans l’exposition, de nombreux objets sont présentés comme des sculptures, des petits objets, un membre momifié, des pierres remplies de hiéroglyphes… Pour terminer parlons un peu de la langue égyptienne. On distingue deux catégories : les hiéroglyphes, qui relèvent de l’écriture sacrée, et l’écriture cursive qui est, elle, réservée aux éléments plus manuels et est également présente sur les papyrus qui sont utilisés essentiellement pour les affaires administratives. Les langues sont passées du hiéroglyphe au démotique pour terminer par le Kopte. Toutes ces écritures ne sont maîtrisées que par les scribes qui se transmettent ce savoir de père en fils.

Et difficile de terminer sans évoquer la pierre de Rosette qui porte un texte qui s’évère être un traité dans lequel Ptolémée V rend hommage par les offices religieux. C’est cette pierre multilingue qui a permis, par correspondance, de déchiffrer les hiéroglyphes ! On peut facilement dire que Champollion redonne sa voix à l’Égypte, et qu’il est le père d’une réelle science : l’égyptologie. Je n’ai pas pu décrire toute l’exposition, ni toutes les informations que nous avons reçues mais c’était très intéressant et l’exposition était très bien faite et très claire. La guide était également intelligible dans ses propos.

Angèle Vray Term spé HIDA

Globalisto… ce n’est pas un gros mot!

Un billet rédigé d’après le travail de Louise M., Alicia M. et Maurren G., élèves de 2nde option Histoire des Arts. MAIS aussi avec la contribution de Lou F-D de « terminale option » et fidèle parmi les fidèles! Merci à elles !  

Raphaël Barontini (1984 ), Black Centurion, 2019, détail.

Le 16 septembre dernier, nous nous sommes rendues au MAMC+ (Musée d’Art Moderne et Contemporain) avec la classe d’Histoire des Arts de seconde pour voir l’exposition « Globalisto », dont le commissaire est Mo Laudi. La médiation de notre visite a été assurée par Myette et Julie.

A l’occasion de la 12ème édition de la Biennale internationale Design de Saint-Etienne, le MAMC+ de Saint-Etienne Métropole a donné carte blanche à Mo Laudi pour organiser une exposition en ses murs. Il a choisi de mettre en avant le panafricanisme à travers les œuvres de 19 artistes se sentant concernés par ce mouvement. Rappelons peut-être que le panafricanisme est un mouvement et une idéologie de solidarité africaine qui promeut l’indépendance totale du continent africain après des décennies de colonisation… et de néo-colonialisme.

Cette exposition, en donnant la parole aux artistes africains ou d’origine africaine, nous invite donc, en tant que visiteurs, à nous questionner sur la « condition noire » et sur sa traduction en art aux XXème et XXIème siècles.

Nous allons maintenant vous parler de quelques œuvres nous ayant particulièrement touchées :

La première est l’œuvre de Sammy Baloji (1978 –   ), originaire du Congo. Sur cette œuvre de 2020, intitulée Han Himmelheber, Masked figure with beak and crown of feather, munyinga, DR Congo Byombo region, May 20-22 1939, scan of a Chalcopyrite from Kipushi mine, and your reflection in the mirror,  on peut voir notre reflet dans un miroir juxtaposé avec la reproduction d’une photographie argentique prise par un ethnologue allemand du nom de Himmeleber, au début du XXème siècle, et consignant des scènes « typiques » de l’Afrique de son temps, le « temps béni des colonies » ( ?!). Ainsi nombre de ces clichés représentent des danses rituelles africaines, témoignant d’une Afrique « éternelle » vue avec un peu de condescendance. En regard de ces clichés, on peut observer la représentation d’un minerai en couleur, la chalcopyrite qui rappelle que la présence européenne au Congo s’y est enracinée pour mieux exploiter ses ressources naturelles ; l’économie du Congo repose d’ailleurs toujours sur l’exploitation du sous-sol… par des compagnies occidentales. Ce pillage néo-colonial nous concerne donc ! Cet artiste veut confronter le visiteur avec l’Afrique, le prendre à témoin, l’impliquer à travers son reflet dans l’œuvre. Sammy Baloji veut nous faire comprendre que l’on ne peut plus fermer les yeux sur ce qui s’est passé et se passe encore en Afrique ; il veut nous rappeler les temps difficiles qu’ont pu connaître les peuples noirs dans le passé mais encore aujourd’hui.

Sammy Baloji (1978 ), Hans Himmelheber…. 2020.

La seconde œuvre s’intitule Histoire de la noix de Cola et est un œuvre de Otobong Nkanga (1974 –    ). Elle s’inscrit dans la même lignée que la précédente bien que la technique de cette œuvre diffère radicalement de la première. En effet, cette œuvre est une tapisserie de facture traditionnelle (ce qui constitue en soit un engagement féministe car l’art de la tapisserie est associé aux femmes) quand la première œuvre recourait à une technique mixte plus « moderne ».

Sur cette œuvre, on observe la noix de cola sous différents angles, à différents moments de sa maturation. Cela peut ainsi nous faire penser à une planche botanique. A travers cette œuvre, l’artiste dénonce le capitalisme et l’exploitation de la noix de cola dans son pays d’origine, le Nigéria ; Otobong Nkanga pointe notamment ici les impacts environnementaux engendrés par la production de Coca-Cola.

Nous avons beaucoup apprécié cette œuvre, pour son aspect visuel : ses nuances de verts, ses détails et son esthétisme, mais aussi pour le message qu’Otobang Nkanga souhaite nous transmettre à travers elle, un message caractéristique du courant panafricaniste qui tient à cœur à l’artiste.

Otobong Nkanga (1974 ), Kolanut tales – Dismembered, 2016, textile tissé / filé, polyester, coton organique, lin, acrylique.

Pour finir, la dernière œuvre dont nous avons décidé de parler est une œuvre de Moshekwa Langa (1975  ), réalisée en 1957 à Bakenberg en Afrique du sud. Cette œuvre a été réalisée sur un grand tissu, initialement blanc mais devenu marron après avoir été traîné par terre autour de la ville de l’artiste. Moshekwa Langa vivant dans une ville n’étant pas répertoriée sur les cartes, il décide, par « provocation » d’accrocher un tissu à l’arrière de sa voiture et de rouler aux lisières. Ainsi, le tissu se retrouve imprégné de « sa » terre et cela permet de « cartographier » sa ville et de s’approprier son territoire. Cette action prouve que cette ville existe bien… et que lui aussi !

Moshekwa Langa (1975 ), Drag Paintings, 2016

Nous avons beaucoup apprécié cette œuvre car l’acte de l’artiste est fort et osé ; de plus, l’artiste parvient bien à transmettre son intention bien qu’il soit préférable d’avoir des explications sur l’œuvre pour la comprendre. Cette œuvre dénonce indirectement un problème grave auquel il faut remédier car on pourrait parler d’« inconsidération » envers la population de cette ville, cela est rabaissant et témoigne du regard que, plus généralement, l’on porte sur l’Afrique et ses peuples et cette œuvre permet de le dénoncer.  

Nous avons beaucoup aimé cette exposition car elle nous a permis de prendre conscience des injustices envers les peuples noirs, de plus, elle nous a fait découvrir le panafricanisme et tout simplement la culture africaine, loin des clichés habituels. Pour finir, cette exposition était un très bon moyen pour les artistes de s’exprimer et de dénoncer certaines injustices, ce qui peut être une vocation de l’art.

Lou F-D, de terminale option, nous propose elle aussi son ressenti à l’issue de la visite que le groupe a pu faire le 28 septembre dernier. Merci à elle!

Le 28 septembre 2022, nous sommes allés au musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne pour voir l’exposition « Globalisto ».

Globalisto est une exposition totalement dédiée à l’art africain, sous représenté encore aujourd’hui dans nos musées. Au MAMC+ par exemple seulement 6% des collections sont des œuvres réalisées par des personnes noires.

L’artiste sud-africain Mo Laudi est le commissaire de cette exposition ; notons qu’il a plusieurs cordes à son arc : il est en effet à la fois commissaire (à ses heures!), artiste, réalisateur, compositeur, DJ! A l’occasion de la Biennale Design, le MAMC+ l’a invité à rassembler dans cette exposition 19 artistes noir.es pour les mettre à l’honneur. Ces artistes interrogent les spectateurs sur l’influence toujours présente dans le monde actuel de la colonisation, sur l’inclusivité, sur la façon de raconter et d’enseigner ces années d’expansion coloniale.

C’est le cas de l’artiste originaire du Mozambique, Euridice Zaituna Kala qui reprend de vielles photos d’archive durant la colonisation pour interroger la façon dont on restitue le passé. C’est le cas avec son œuvre, Je suis l’archive, 2020.

Euridice Zaituna Kala (1987 ), Modèle 1 tiré de la série « Personal Archives : an exercice on emotional archaeologies », 2022

Dans cette œuvre, l’artiste reprend une photographie qu’elle a retrouvée dans les archives d’un photographe qui a documenté le Paris artistique du début du XXème siècle, un certain Marc Vaux…et qui a « omis » les noirs, sauf lorsqu’ils étaient des modèles, souvent nus… Bref, les noir.e.s, les grands oubliés de l’histoire, les noir.e.s qui ne seraient « pas entrés dans l’Histoire » comme disait un certain Nicolas S. en 2007! Euridice Zaituna Kala fait donc le choix de réparer le forfait et de se saisir de la photographie d’une inconnue retrouvée dans lesdites archives de Marc Vaux ; elle reprend cette image, la pose sur une plaque de verre et la coupe à plusieurs endroits. Elle dialogue avec Vaux en faisant écho aux photographies sur plaques de verre ; elle grossit le sujet, en dresse le portrait à taille humaine pour lui redonner une visibilité à défaut d’une identité… Le fait que cette femme soit restée anonyme montre bien le peu de considération qu’avaient les blancs pour les populations africaines. Et puis, elle suture les plaises de la mémoire en venant apposer un peu de peinture rosée. Ce genre d’images aussi nous est familière car on les trouve dans les manuels d’histoire qui nous racontent la colonisation, ce qui pose encore des questions sur la façon dont on nous rend compte de cette période. Le fait que cette photo soit découpée, restructurée pourrait presque vouloir dire que même à notre époque la mémoire des populations colonisées est abîmée,enfermée.