Les attentats du 13 novembre 2015 : comprendre et débattre 2/2

prayforparis

10 jours après les attentats à Paris, les questions continuent de nous travailler ; les élèves continuent d’en poser, et nous avons besoin de clés pour comprendre ce qui est en train de se passer.

 

 

 

 

Les questions que l’on peut se poser, les débats en cours. Eléments de réflexion :

 

#1 Comment savoir si les informations qui circulent sur le Net et les réseaux sociaux sont vraies ?

Dans les moments de crise, les informations circulent vite, et souvent de fausses rumeurs sont propagées. Dans l’émotion, on peut aller trop vite et croire n’importe quoi. Il faut adopter quelques règles simples :

Partez du principe qu’une information donnée sur le web par un inconnu est par défaut plus fausse que vraie.

Fiez-vous plutôt aux médias reconnus, aux journalistes identifiés et connus. Et ne considérez pas non plus que cela suffit à rendre leurs informations vraies. Dans des situations de crise comme celle-ci, l’information circule très vite, et peut souvent s’avérer par la suite erronée. Il vaut mieux attendre que plusieurs médias donnent un même fait pour le considérer comme établi.

Une photo n’est jamais une preuve en soi, particulièrement quand elle émane d’un compte inconnu. Elle peut être ancienne, montrer autre chose que ce qui est dit, ou être manipulée.

Un principe de base est de recouper : si plusieurs médias fiables donnent la même information, elle a de bonnes chances d’être avérée.«

Ces conseils sont donnés sur le journal Le Monde

Les sites « sûrs » sont ceux des journaux de presse nationaux : le Monde, Libération, le Figaro notamment

Etre responsable

Il ne faut pas re-twitter ni diffuser des informations dont on n’est pas certain car cela peut nuire à des personnes accusées à tort par exemple ; dans le cas des attentats de vendredi soir, le travail de la police peut être gêné par des rumeurs ou fausses informations qui peuvent la détourner de son travail.

Un exemple de blague qui a mal tourné : un faux terroriste

Ces questions seront l’objet du cours de la semaine prochaine en 4è

Parmi les questions posées cette semaine par les élèves, certaines relèvent d’un débat public, national, politique. On peut donner des éléments pour y réfléchir et se forger un avis éclairé par le travail et la réflexion de personnalités diverses : 

#2 Bombarder Daech, est-ce la « bonne » solution ? Pourquoi la France a -t-elle été attaquée ? Que savait-on ?

  • L‘intervention de Marc Trevidic à la télévision le 14 novembre, très largement relayée par les medias et réseaux sociaux

Marc Trévidic, né le 20 juillet 1965 à Bordeaux, est un magistrat français. Il est entre 2006 et 2015 juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris au pôle antiterrorisme. Le 14 novembre il intervenait sur la 2.

Il revient sur

  • la politique menée depuis dix ans, qui a laissé grandir Daech ;
  • la notion de « guerre », utilisée par le gouvernement
  • le fait que l’on commence seulement maintenant à traiter les causes du terrorisme : départs en Syrie, radicalisation, utilisation d’Internet pour radicaliser les individus,
  • ce qu’il faut faire pour éviter que les gens se radicalisent, dans les prisons, dans la société en général
  • les liens que la France a avec l’Arabie saoudite, le Qatar
  • les conséquences possibles du fait de mener la guerre à daech
  • la capacité de la France à ne pas avoir peur des terroristes si elle reste soudée

Intervention de Marce Trevidic le 14 novembre

  • la lettre ouverte de David Van Reybrouck au président, publiée dans le journal Le Monde le 16/11/2015

Lettre ouverte D. Van Reybrouck

David Van Reybrouck, d’expression néerlandaise, est l’auteur de nombreux ouvrages dont Congo, une histoire (Ed. Actes sud), pour lequel il a notamment reçu en 2012 le prix Médicis dans la catégorie « essai ». L’écrivain et historien interpelle le président français sur le champ lexical guerrier de son discours, samedi 14 novembre, lendemain des attentats qui ont endeuillé Paris. Et sur la surenchère que cela pourrait entraîner. Il fait aussi référence aux attentats terroristes qui avaient frappé la Norvège en 2011 et rappelle ainsi qu’une autre réponse au terrorisme qu’une réponse guerrière est possible

 

#3 : Comment éviter les amalgames « musulman » = « terroriste » ; quelle est la vision de l’Islam que propose Daech ? Pourquoi dit-on que tous les musulmans ne sont pas d’accord avec Daech ?

 Une grande enquête menée par un journaliste américain, Graeme Wood, sur Daech, publiée en Une de The Atlantic, “Ce que veut vraiment l’Etat islamique”,  en mars 2015. 

Cet article a été repris dans le journal Courrier International sous le titre : Ce que veut vraiment l’état islamique

L’auteur a interviewé de nombreux soutiens de Daech, et présente quelles sont les idées de l’état islamique, leurs motivations et leurs idées. Constatant que beaucoup affirment que l’EI n’a rien à voir avec l’Islam, il interroge les liens entre l’idéologie de daech et la religion musulmane. Pour lui, l’islam prônée par l’EI est “issue d’interprétations cohérentes et même instruites de l’islam” : « l’état islamique est islamique, très islamique même » ; cette phrase répond à une déclaration de Barack Obama selon laquelle l’Etat islamique ne serait “pas islamique”. Cette phrase a fait débat ;

Le magazine The Atlantic lui-même a publié sur son site l’opinion d’un professeur d’études religieuses, Caner K. Dagli, sous le titre L’islam bidon de l’Etat islamique. “Ce que les autres musulmans disent depuis le début, c’est que l’EI ne prend pas les textes au sérieux”, explique-t-il.

“Pendant des siècles, juristes et théologiens (…) ont mis au point des méthodes rationnelles et systématiques pour passer au crible les hadith [le recueil des actes et paroles du Prophète et de ses compagnons], qui sont souvent difficiles à comprendre ou paraissent contradictoires sur un même sujet. Ils ont rangé et classé ces textes selon leur degré de fiabilité (…). Mais l’EI ne procède pas de cette façon. Ses membres cherchent des bribes de texte qui soutiennent leur vision, prétendent que ces fragments sont fiables même s’ils ne le sont pas, et négligent tout ce qui va dans le sens contraire (…).”

Marc Sageman, un psychiatre et ancien agent de la CIA au Pakistan, estime que “la religion joue un rôle certes, mais de justification” dans le parcours des terroristes. “Ce ne sont pas les plus religieux qui vont [combattre]”, remarque-t-il. “Les combattants occidentaux, en particulier, ont souvent redécouvert l’islam à l’adolescence, ou comme convertis.” Mehdi Hasan poursuit en citant un rapport des renseignements britanniques obtenu par The Guardian en 2008 :

“Loin d’être des religieux zélés, beaucoup des terroristes ne pratiquent pas régulièrement. Un grand nombre d’entre eux manquent de culture religieuse et pourraient (…) être considérés comme des novices. (…) Une identité religieuse bien établie protège en réalité contre la radicalisation violente.”

Marc Sageman, un psychiatre et ancien agent de la CIA au Pakistan, estime que “la religion joue un rôle certes, mais de justification” dans le parcours des terroristes. “Ce ne sont pas les plus religieux qui vont [combattre]”, remarque-t-il. “Les combattants occidentaux, en particulier, ont souvent redécouvert l’islam à l’adolescence, ou comme convertis.” Mehdi Hasan poursuit en citant un rapport des renseignements britanniques obtenu par The Guardian en 2008 :

“Loin d’être des religieux zélés, beaucoup des terroristes ne pratiquent pas régulièrement. Un grand nombre d’entre eux manquent de culture religieuse et pourraient (…) être considérés comme des novices. (…) Une identité religieuse bien établie protège en réalité contre la radicalisation violente.”

Marc Sageman, un psychiatre et ancien agent de la CIA au Pakistan, estime que “la religion joue un rôle certes, mais de justification” dans le parcours des terroristes. “Ce ne sont pas les plus religieux qui vont [combattre]”, remarque-t-il. “Les combattants occidentaux, en particulier, ont souvent redécouvert l’islam à l’adolescence, ou comme convertis.” Mehdi Hasan poursuit en citant un rapport des renseignements britanniques obtenu par The Guardian en 2008 :“Loin d’être des religieux zélés, beaucoup des terroristes ne pratiquent pas régulièrement. Un grand nombre d’entre eux manquent de culture religieuse et pourraient (…) être considérés comme des novices. (…) Une identité religieuse bien établie protège en réalité contre la radicalisation violente.”

Mehdi Hasan met aussi en avant l’alliance “au cœur de l’Etat islamique” entre les islamistes violents d’Abu Bakr Al-Baghdadi et les restes du régime ba’athiste laïc de Saddam Hussein.

le débat ouvert par l’article de Graeme Wood

#4 L' »état d’urgence » prorogé pour 3 mois nécessite-t-il une modification de la Constitution ? A-t-on le droit de modifier la Constitution ?

Ces questions pourraient être abordées dans le cadre de l’Education Civique en 3è

rappel : comment la Constitution peut-elle être modifiée ?

La procédure de révision est définie à l’article 89 de la Constitution.

L’initiative de la révision revient soit :

  • au président de la République sur proposition du Premier ministre, on parle alors de projet de révision ;
  • soit aux membres du Parlement, il s’agit dans ce cas d’une proposition de révision.

Dans les deux cas, le texte de la révision doit être voté en termes identiques par l’Assemblée nationale et par le Sénat.

Pour devenir définitive, la révision doit ensuite être obligatoirement approuvée par référendum lorsqu’il s’agit d’une proposition de révision constitutionnelle.

Les révisions initiées par le président de la République peuvent être approuvées par référendum ou par la majorité des 3/5e des suffrages exprimés des deux chambres du Parlement réunies en Congrès.

Le chef de l’État peut, en tout état de cause, arrêter la procédure de révision, même si les deux assemblées sont parvenues à l’adoption d’un texte identique, puisqu’il dispose du pouvoir de convoquer le Congrès ou le corps électoral en cas de référendum.

Il faut noter l’utilisation faite, par le général de Gaulle, de l’article 11 de la Constitution qui permet au président de la République de soumettre à référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics :

  • en 1962, pour introduire dans la Constitution l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct ;
  • en 1969, cette fois sans succès, pour la réforme du Sénat et la régionalisation.

Cette procédure présente l’avantage, pour le chef de l’État, de contourner une éventuelle opposition des assemblées parlementaires, dont l’accord est obligatoire dans le cadre défini par l’article 89. Mais, elle a suscité de nombreuses controverses quant à sa conformité à la Constitution.

source : Vie publique.fr

Pourquoi le Président veut-il modifier la Constitution maintenant ?

la déclaration de M. Hollande pour une modification de la Constitution http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/video/2015/11/16/francois-hollande-souhaite-modifier-la-constitution_4811159_4809495.html

Explications :

L’état d’urgence, dans lequel se trouve la France depuis vendredi, n’a en effet pas de définition constitutionnelle. C’est une loi de 1955 qui le définit. S’il suffit d’un décret pour l’instaurer, il faut une loi pour le prolonger au-delà de douze jours.

Cet état restreint fortement les libertés publiques. Sont rendues possibles : l’instauration d’un couvre-feu, la réglementation de la circulation ou du séjour par les préfets, l’assignation à résidence par décision ministérielle, la fermeture de salles, de bars, l’interdiction de réunions, les perquisitions de jour comme de nuit sans passer par un juge, le contrôle de la presse et de la radio…

Surtout, l’état d’urgence n’est pas adapté à une crise durable : les conditions de sa mise en place sont un « péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ou événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique ».

Or, ce que souhaite François Hollande, c’est « pouvoir disposer d’un outil approprié pour fonder la prise de mesures exceptionnelles, pour une certaine durée, sans passer par l’état de siège, ni renier les libertés publiques ». En clair, il s’agirait d’un état d’urgence un peu « allégé » sur le plan des pouvoirs octroyés à l’Etat, mais qui pourrait durer plus longtemps. Une proposition qui n’est pas sans rappeler le « Patriot Act » que l’administration Bush avait fait voter après le 11 septembre 2001.

A gauche, l'article 36 ; à droite, la proposition de modification formulée en 2007 par le comité Balladur.
 source : le Monde
débats:
– est-il nécessaire de modifier la Constitution dans les circonstances actuelles ?
  •  le 17/11/2015, France Culture consacrait un dossier à cette problématique :
(extraits courts d’interveiws)

  • le 21/11/2015, France Culture propose une série d’infographies et de mini interviews pour faire le point sur les différentes mesures adoptées par le gouvernement et le Parlement ;

Sur la révision de la Constitution : « Dans le viseur de François Hollande, les articles 16 et 36 : le premier permet d’accorder les pleins pouvoirs au chef de l’État « lorsque les institutions, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés », le second de décréter l’état de siège. Didier Maus, professeur de droit constitutionnel, expose les raisons et les limites d’une révision de la Constitution » : interview D. Maus

– certains considèrent que la modification demandée par le Président conduit à une dérive en donnant trop de pouvoir au gouvernement, et parlent de dérive vers l' »arbitraire » (notion vue en 4è et en 3è en Histoire et en EDC/EMC)
sur France Culture :  La Constitution de la Ve République protège-t-elle de l’arbitraire ? »

« Les situations d’urgence supposent des décisions rapides. Tout va très vite cette semaine, sur le plan législatif.Le gouvernement présentait hier son projet de loi visant à prolonger, pour trois mois, l’état d’urgence en France, et à en modifier le contenu pour l’adapter aux exigences du moment.

Ce jeudi, les députés ont largement approuvé le texte. Les sénateurs en feront autant demain.

Prochaine étape : la réforme constitutionnelle.

C’est le vœu formulé lundi par François Hollande devant le Congrès, et là encore, l’exécutif veut aller vite : tout doit être bouclé d’ici la fin février, c’est-à-dire d’ici la fin de l’état d’urgence.

Ce que souhaite le chef de l’Etat, c’est justement d’inscrire cette notion dans la Constitution de la Ve République, pour ‘’permettre’’ –dit-il-  ‘’aux pouvoirs publics d’agir conformément à l’Etat de droit contre le terrorisme de guerre’’

Il s’agirait donc de mieux encadrer des pratiques jusque là dérogatoires.

 

Mais beaucoup craignent l’effet inverse : un état d’exception permanent, un ‘’Patriot act’’ à la française pour reprendre les analyses les plus hostiles à ce projet.

Il faut pourtant bien constater que jusqu’à présent, les institutions de la Ve ont plutôt permis de bien gérer les périodes de crise.

Le général de Gaulle se défendait en 1958 de vouloir entamer, à son âge, une carrière de dictateur. Il ne l’a pas fait, pas plus que ses successeurs, malgré le recours possible aux ‘’pleins pouvoirs’’.

Ecouter l’émission : « Du grain à moudre » du 19/11/15 : La Constitution nous protège-t-elle de l’arbitraire ?

Invité(s) :
Anne Levade, juriste, professeure de droit public à l’Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne
Marie-Anne Cohendet, constitutionnaliste, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Raphaël Hadas-Lebel, président de section au Conseil d’Etat
– la loi passée cette semaine implique de modifier la Constitution, car elle est, en état, anti-constitutionnelle : le gouvernement peut-il faire passer une loi non constitutionnelle ? quel est le rôle du Conseil Constitutionnel ?
La Constitution n’ayant pas encore été modifiée, le Ministre de l’intérieur Manuel Valls a demandé jeudi aux sénateurs de ne pas saisir le Conseil constitutionnel car celui-ci invaliderait la loi votée cette semaine (permettant le maintien en résidence surveillée 12h/jour et l’utilisation du bracelet électronique) comme étant non constitutionnelle.
Qu’est-ce que le Conseil Constitutionnel ?

Le Conseil constitutionnel est une institution française créée par la Constitution de la Cinquième République du 4 octobre 1958. Il veille à la régularité des élections nationales et référendums. Il se prononce sur la conformité à la Constitution des lois et de certains règlements dont il est saisi. Il intervient également dans certaines circonstances de la vie parlementaire et publique. (…) Ses décisions s’imposent  « aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles ». Le Conseil constitutionnel français a donc une grande autorité sur l’ensemble des institutions françaises, mais cette autorité est limitée au champ du contrôle de constitutionnalité.

source : wikipedia

#5 les valeurs et les symboles de la République

ce vendredi 27 novembre , le gouvernement demande aux Français de pavoiser le drapeau bleu blanc rouge et:ou  de publier des selfies tricolores .

Une analyse de ce « retour » aux valeurs et symboles républicains : http://www.franceculture.fr/2015-11-27-a-vos-drapeaux-citoyens

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