Une conférence internationale sur la pollinisation souligne l’importance des abeilles

3 12 2008

Comment faire face à la disparition massive des abeilles ?

La Californie, un des plus gros producteurs d’amandes du monde, se heurte actuellement à un grave manque d’abeilles.

Par Daniel Gorelick
Rédacteur

Washington – Le nombre d’abeilles, d’oiseaux et d’autres insectes pollinisateurs est en voie de diminution, ce qui constitue une menace pour des milliers de végétaux utilisés à des fins alimentaires, médicales et industrielles, ont indiqué des scientifiques et de hauts fonctionnaires lors de la huitième conférence internationale annuelle de la Campagne pour la protection des pollinisateurs en Amérique du Nord.

Des scientifiques, des agriculteurs et des écologistes se sont réunis à Washington, du 22 au 24 octobre, en vue de trouver les moyens de sensibiliser davantage l’opinion publique à une situation que le président de cette campagne, M. Robert Lang, a qualifiée de « crise sanitaire potentielle pour notre planète ».

La pollinisation est indispensable pour que les plantes et les arbres à fleurs puissent se reproduire et donner des fruits. Les abeilles, les oiseaux, les chauves-souris, les papillons et même le vent transportent le pollen d’une fleur à une autre.

Selon une étude récente publiée dans la revue Ecological Economics, on estime que la valeur économique de la pollinisation dans le monde atteint plus de 215 milliards de dollars, soit environ 9,5 % de la production agricole mondiale.

La Campagne pour la protection des pollinisateurs en Amérique du Nord (NAPCC) est administrée par une association à but non lucratif, Pollinator Partnership, qui regroupe quelque 120 organismes publics et privés ainsi que des particuliers qui encouragent et mettent en œuvre des mesures destinées à protéger tous les insectes et animaux pollinisateurs en Amérique du Nord. Sa conférence annuelle a été organisée cette année sous l’égide du département d’État.

La pollinisation à des fins commerciales

Les abeilles en particulier jouent un rôle fondamental en matière de pollinisation. Des agriculteurs louent fréquemment des colonies d’abeilles pour la pollinisation de leurs végétaux. Des ruches peuvent être ainsi transportées d’une exploitation agricole à une autre dans divers coins du pays.

Selon un spécialiste du ministère américain de l’agriculture, le nombre des colonies d’abeilles utilisées à des fins commerciales a diminué de 31 % en 2007.

En outre, un rapport publié en 2006 par le Conseil national de la recherche indique que le nombre d’abeilles était si faible aux États-Unis qu’il a fallu en importer, pour la première fois depuis 1922, de pays situés en dehors de l’Amérique du Nord, en dérogation à la loi qui interdit cette importation de crainte que les abeilles importées introduisent de nouveaux insectes nuisibles.

Ces statistiques alarmantes ont poussé certains à comparer la diminution de la population des pollinisateurs aux indicateurs économiques annonçant la crise financière de 2008.

Le directeur général du Pollinator Partnership, Mme Laurie Davies Adams, a déclaré aux participants de la conférence que la forte diminution du nombre des pollinisateurs constituait un signe avant-coureur de l’effondrement de la production agricole. Le Pollinator Partnership, a-t-elle dit, veut sensibiliser l’opinion publique en vue d’empêcher une telle crise. « Si une vache sur trois mourait, on ferait quelque chose », a-t-elle fait remarquer.

Un apiculteur examine une ruche d’abeilles. Les populations d’abeilles sont en sérieux déclin à travers le monde.

La disparation massive des colonies d’abeilles

Une des causes principales de la mort des abeilles est ce qu’on appelle en anglais « Colony Collapse Disorder » (CCD, « trouble lié à l’effondrement d’une colonie »), phénomène qui se manifeste par l’absence à peu près complète d’abeilles adultes. Sans leur travail, une colonie ne peut que disparaître.

Les scientifiques ne savent pas exactement quelles sont les causes du CCD. Selon une étude publiée dans la revue Science Magazine, il existerait une corrélation entre la disparition de colonies et le virus IAPV (« Israeli Acute Paralysis Virus ») découvert en 2004 en Israël. Toutefois, les chercheurs n’ont pu démontrer que ce virus causait le CDD. D’autres scientifiques ont émis l’hypothèse selon laquelle un ensemble de facteurs telles qu’une mauvaise alimentation, le contact avec des pesticides et des infections virales ou dues à des mites causerait le CDD.

Lors de la conférence, Mme Adams a indiqué qu’il était essentiel d’améliorer l’habitat des pollinisateurs pendant que les chercheurs continuaient à examiner les causes de la diminution de leur population.

Le département d’État collabore avec la NAPPC depuis 2001 et œuvre actuellement en faveur de la protection des pollinisateurs en plantant des espèces de végétaux indigènes qui leur sont favorables et en utilisant des techniques écologiques de lutte contre les insectes nuisibles dans les jardins des ambassades et des consulats des États-Unis, a indiqué un haut responsable de la direction des océans, de l’environnement et des sciences, M. Daniel Reifsnyder.

« Certaines ambassades des États-Unis donnent l’exemple en créant des jardins favorables aux pollinisateurs », a-t-il dit en citant les ambassades d’Athènes, de Bangkok, de Londres, de Niamey et de Yaoundé.

Les États-Unis ont également donné 26 millions de dollars en 2008 au Fonds mondial de l’environnement en vue du financement d’un projet d’une durée de cinq ans destiné à protéger les pollinisateurs en Afrique et en Asie du Sud. Ce fonds qui regroupe 178 pays, institutions internationales, organisations non gouvernementales et des entreprises du secteur privé s’attaque à des questions mondiales relatives à l’environnement tout en finançant des projets nationaux de développement durable. Depuis 1991, il a financé des projets à hauteur de 7,6 milliards de dollars.

En Amérique du Nord, le Pollinator Partnership et la NAPPC ont publié des guides qui recommandent la plantation de végétaux favorables aux pollinisateurs en fonction de diverses zones géographiques et que l’on peut consulter sur l’Internet. Mme Adams a fait part de la préparation d’autres guides intéressant le Canada, le Mexique et Porto-Rico.

L’avenir des abeilles

Dans le cadre de ses activités de protection, la NAPPC remet chaque année un prix à une personne ou à une famille qui a beaucoup contribué à la protection d’espèces de pollinisateur sur des terres cultivées ou à l’état sauvage. Le lauréat de cette année est M. Chuck Hurd dont l’exploitation, Lister Acre Farms, est située à Harrington (Delaware).

M. Hurd utilise le moins possible de pesticides et uniquement après le coucher de soleil en vue de protéger les abeilles butineuses. Il entretient aussi un champ de fleurs sauvages indigènes et a créé sur sa propriété un jardin d’arbustes et de fleurs qui attirent les papillons.

La NAPPC finance aussi des travaux de recherche portant sur la santé des abeilles, dont certains résultats ont été présentés lors de la réunion de Washington. Entomologiste de l’université du Minnesota, Mme Marla Spivack étudie la propolis, substance résineuse qui protège les bourgeons contre les infections et que les abeilles ramassent.

Il s’est révélé que la propolis a des propriétés antimicrobiennes et qu’elle empêche la reproduction du virus du sida en laboratoire. Les abeilles tapissent leur essaim de propolis. Selon les résultats préliminaires des travaux de Mme Spivack, le traitement des abeilles de laboratoire avec de la propolis réduit le nombre des bactéries et renforce leur système immunitaire. À l’heure actuelle, Mme Spivack fait des essais sur le terrain dans l’espoir que la propolis constituera une arme utile dans la lutte pour la survie des abeilles.

Article publié sur :

http://www.america.gov/st/env-french/2008/November/20081112113412adkcilerog0.4447138.html?CP.rss=true


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