Comment faire pleuvoir dans ses toilettes
5 02 2009L’utilisation des eaux tombées du ciel dans les activités sanitaires va enfin pouvoir se généraliser en France, grâce à un arrêté qui l’autorise. Mais comment stocker le précieux liquide ?
En tirant une chasse d’eau, 6 litres d’eau potable vont gaiement rejoindre les eaux usées des égouts. Et encore, les plus vieilles chasses peuvent consommer jusqu’à 20 litres d’eau par visite. Ce gaspillage a motivé l’entrée en vigueur, en août 2008, d’un arrêté du ministère de l’Ecologie autorisant les eaux de pluie à entrer dans les maisons par le biais des sanitaires et des lave-linge. « En Belgique, toute construction ou rénovation doit avoir un système de récupération des eaux de pluie », fait remarquer Christiane Poirot, directrice de Circeo Partners, créé il y a 3 ans et spécialisé dans la récupération et le stockage d’eau de pluie. La société vient de mettre au point des murs d’eau, présentés au dernier salon Pollutec 2008.

Posés verticalement contre un mur, les murs d’eau stockent de l’eau de pluie, afin d’arroser des espaces verts, nettoyer les sols, les véhicules, la voirie, alimenter les camions-citernes, etc. Le mur d’eau, système breveté, est constitué de un à plusieurs réservoirs – ou modules – de polyéthylène recyclable. Chacun d’eux a une capacité de 600 litres d’eau pluviale et l’ensemble de modules est relié à un collecteur d’eau de pluie. C’est à ce dernier que le raccordement se fait avec les toilettes et autres installations ne nécessitant pas d’eau potable. « La pluie, récupérée par des tuyaux à l’extérieur, est filtrée puis va directement alimenter les modules du mur d’eau, qui sont encastrables verticalement », décrit Christiane Poirot. Un mur coûte 699 euros hors taxes. Selon la directrice, ce prix « est largement amorti, dans la mesure où on peut économiser en un an jusqu’à 50% de sa facture d’eau ». Une économie intéressante quand on sait que le mètre cube d’eau potable « grimpe parfois jusqu’à 8 euros en Bretagne ».
Dans les pays du Sud, l’eau est stockée dans des réservoirs extérieurs
Depuis la législation d’août 2008, le marché de la récupération et du stockage des eaux de pluie s’épanouit, version accélérée. Selon le magazine L’Usine Nouvelle, ce marché atteindra près de 200 millions d’euros d’ici à 2010. Il était temps que la France soit moins restrictive. « En 2012, on n’aura plus le droit de déverser les eaux de pluie stockées dans les égouts », d’après Christiane Poirot.
Économiser l’eau potable est loin de n’être qu’un problème de pays riche. « Les nappes phréatiques s’épuisent à force d’être pompées, et les sols sont imperméabilisés par les pluies qui les lessivent », rappelle la directrice. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture), la collecte des eaux de pluie au Burkina Faso, au Kenya, au Niger, au Soudan et en Tanzanie « a de l’avantage multiplier les rendements par deux ou trois par rapport à la culture sèche traditionnelle ». Là-bas, le stockage des eaux pluviales se fait dans des réservoirs extérieurs, étangs et barrages en terre.
La formation des populations est cruciale pour installer les structures de stockage et d’irrigation. En cinq ans, les habitants de la vallée de la Keita, au Niger, ont transformé « près de 5 000 km2 de terres stériles en un jardin florissant où prospèrent les cultures, l’élevage et les arbres », projet de développement de la FAO soutenu par des fonds italiens. Là-bas, c’est une question de survie. Entre Niamey et Paris, les enjeux sur l’eau de pluie diffèrent… à moins que ce ne soit qu’une question de temps.
Publié le 19 janvier 2009 sur :
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