Lutte anti-nitrates: y’a comme un Ic

26 04 2009

Les années se succèdent et rien ne semble changer sur le front de la lutte contre les nitrates (sans parler des pesticides) qui polluent les rivières bretonnes et nourrissent les algues vertes. Dernier épisode en date: la fermeture du captage des eaux de l’Ic près de Binic (Côtes d’Armor) qui alimentait jusqu’à présent 10 000 habitants.

Cette fermeture vient s’ajouter à plusieurs autres abandons de prises d’eau dans le département ces dernières années pour des dépassements chroniques de la norme autorisée de 50mg/l, conséquence des rejets dans les sols des élevages intensifs. Pour l’Ic, les taux ne sont jamais descendus en dessous de la norme depuis 25 ans. Eau et Rivières, qui organisait une manifestation ce week-end à Binic, a dénoncé “une gabegie financière et environnementale”.

« Nos « responsables », élus locaux, préfets, se sont montrés incapables de prendre les mesures nécessaires pour faire reculer la pollution en deçà du plafond réglementaire, a dénoncé l’association. Des millions d’euros d’argent public ont été investis en pure perte sur ce captage: traitements d’élimination des nitrates et des pesticides, études diverses, mise en place des périmètres de protection”.

Les associations dénoncent également la mise en place, pour pallier l’abandon de ce captage, d’une « interconnexion” entre Saint-Brieuc et Paimpol, au niveau du barrage du Gouët, qui devrait couter 4 millions d’euros à la collectivité. Toujours à propos de l’Ic, mais ce pourrait être valable pour beaucoup d’autres cas, Eau et Rivières laisse éclater son exaspération.

« Quelle escroquerie intellectuelle que de laisser croire aux consommateurs et aux contribuables que les multiples programmes Bretagne eau pure et autres allaient régler le problème!, accuse t-elle. Quel échec de la politique de l’eau, car captage ou pas, les nitrates de l’Ic iront nourrir les algues vertes qu’il faudra ramasser, stocker, et éliminer à grands frais ».

Les écologistes costarmoricains ne sont en outre pas au bout de leurs peines. Il va falloir en effet compter aussi maintenant avec les conséquences prévisibles de l’avancement des dates d’épandage du lisier provenant des élevages intensifs qui ont été décalées du 15 mars au 15 janvier.

“C’est en contradiction complète avec les mesures de préservation des ressources des bassins versants en excédents structurels (1), s’insurge André Ollivro, vice président de l’association Halte aux Marées Vertes de la baie de Saint-Brieuc (2). « Cette mesure va encore augmenter les quantités de lisiers épandus et donc les productions d’algues vertes”, ajoute t-il, soulignant que l’épandage durant des mois pluvieux favorise le lessivage des sols et donc le ruissellement des pollutions vers la côte.

Le militant écologiste s’alarme également des dernières vélléités de la Chambre d’agriculture en matière d’urbanisme. Lors d’un tout récent colloque à Plédran, celle-ci a en effet préconisé la libération de terrains réservés à la construction pour agrandir les surfaces d’épandage. Voilà qui n’augure rien de bon. C’est à croire que les multiples mises en garde et autres menaces d’amendes émanant de Bruxelles pour inciter la France à faire un peu plus d’efforts pour préserver la qualité de ses eaux, ne servent pas à grand chose. Selon Halte aux marées vertes, qui s’appuie sur des études du CEVA (3), le “gisement d’algues vertes estimé” en Bretagne pour l’année 2008 était de 40% supérieur à celui de l’année précédente. On n’ose songer à ce que réserve 2009.

(1) Zones où les sols sont déjà saturés de déjections animales.

(2) L’association aura les honneurs de l’émission Thalassa, le temps d’un reportage diffusé vendredi prochain sur France 3.

(3) Centre d’étude et de valorisation des algues.

publié le 07/04/2009 sur : http://www.liberennes.fr/libe/2009/04/lutte-anti-nitr.html


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