La vérité sur le bio
7 07 2010Qualité, prix, contrôles… Faut-il faire confiance aux produits labellisés «agriculture biologique» qui conquièrent les grandes surfaces ? Pour répondre à cette question et à toutes celles que se posent les consommateurs, «le Nouvel Observateur » mène l’enquête. Car le bio est aussi un laboratoire des développements agricoles de demain
Évidemment, ça trouble. Jusqu’à peu, on imaginait qu’un œuf ou une carotte siglés bio venaient tout droit d’une fermette, où une vache, deux chèvres et une fermière en tablier à carreaux coulaient des jours heureux. Mais comment ces fermettes pourraient-elles brusquement fournir depuis un an les hypermarchés en œufs, yoghourts, jus de pomme et autres légumes bio ? Un gros doute : et si ce bio de masse était du toc ?
Eh bien, non. Le bio des grandes surfaces, qui réalisent sur ce marché aujourd’hui 45% des ventes, contre 40% en 2005, n’est ni plus ni moins que celui qu’on trouve via la vente directe (12%) ou chez Biocoop et Naturalia (38%). Pourquoi ? Parce que ce que garantit d’abord le cahier des charges, ce n’est pas un plus mais du moins : l’interdiction absolue dans les cultures, les élevages et… les nappes phréatiques des OGM, des pesticides ou des nitrates. Colorants compris : c’est même pourquoi les saumons bio ont si mauvaise mine !
«Taratata, on trouve des résidus !», dénonce une récente étude à charge contre le bio signée par Léon Guéguen et Gérard Pascal, deux retraités de l’Inra. Exact. Mais si peu. Selon une expertise approfondie de la région Bade- Wurtemberg dans les années 2000, 8% des fruits et légumes bio contenaient des résidus phytosanitaires supérieurs à 0,01 mg par kilo en 2008 (en fait surtout dans le citron et le poivre) contre… 73% pour les échantillons conventionnels !
Et pourquoi pas 0% ? Parce que l’agriculture biologique n’occupe que 4% des terres agricoles en Europe, 2,4% en France, et que celles-ci ne prospèrent pas sous cloche. Malgré les « bandes tampon » et les trois années de conversion, les terres sont au contact du reste de l’espace agricole. Soit 98% des terroirs, où, rappelle François Veillerette, du MDRGF (Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations futures), «le tonnage des pesticides utilisé est encore équivalent, malgré le Grenelle, à celui des années 1990» !
« Non, les risques sont sans aucune commune mesure avec ce qu’on trouve dans le conventionnel. Pour ne rien dire de ce qu’on ne cherche pas… », s’insurge William Vidal, le patron d’Ecocert, principal organisme certificateur des produits AB. «Je dirais même, ajoute-t-il, que la sécurité du label bio est plus sûre encore dans la grande distribution, où on ne plaisante pas avec le contrôle qualité. »
D’accord, mais l’opinion exige toujours plus de bio : des nutriments plus riches, les saveurs d’antan et une origine locale. Soyons clair : le label bio ne garantit rien de tout ça. Pas plus un salaire équitable en Ukraine que des maxi bonus en vitamines. Mais il ne l’exclut pas. Mieux vaut alors passer par les paniers des Amap (1), par Biocoop ou via une vente directe à la ferme. « Là, oui, dit un maraîcher bio, vous aurez plus de chances d’avoir une salade fraîchement cueillie, et donc le goût du frais. »
Ce qui est sûr, c’est que la microplanète bio, dont la croissance explose, est proche du bigbang. On compte dix nouvelles conversions d’agriculteurs, parfois opportunistes, par jour vers le bio et 86% de progression entre 2008 et 2009. Les ventes de lait et d’œufs ont doublé en quatre ans et les vignobles progressent de 40%…
Un bio business pulsé par la demande – la France est le deuxième pays consommateur d’Europe – qui inquiète. A commencer par la Fédération nationale de l’Agriculture biologique qui lance sa marque privé «Bio Cohérence » pour revenir à « l’utopie des origines » : un bio ultra-intransigeant, équitable et solidaire, capable de tenir la dragée haute à la grande distribution. Mais le trouble gagne aussi les parrains de l’agro-business, qui ont longtemps regardé le bio comme l’idiot inutile de la grande famille agricole.
Ca change. D’abord, le bio est rendu attractif par les aides dont il bénéficie. Et surtout ses techniques alternatives séduisent ceux, de plus en plus nombreux, qui ne veulent plus du tout-chimique, sans pour autant virer leur cuti. Émergent de nouveaux profils ruraux de gens bien dans leur peau, alors que la profession déprime, s’endette et s’abîme. Écoutez Patrice. «Je ne serai jamais un exploitant, dit-il. Ce qui s’exploite, ce sont les mines de charbon. Jusqu’à épuisement. Moi, je cultive une terre. Je donne la vie. » Un petit bio de fermette ? Du tout. Patrice Bounet, 40 ans, gère, depuis 1998, 368 hectares de céréales près de Toulouse. 100% bio.
-
Associations pour le Maintien d’une Agriculture paysanne.
Article publié le 01/07/2010 sur http://hebdo.nouvelobs.com
A lire également
Neuf questions clés
AB, lettres magiques ou gage de qualité ? Voici les réponses aux questions que vous vous posez face au rayon alimentation biologique neuf-questions-cles
Il faut réduire de moitié les pesticides
Bruno Le Maire s’entretient avec Marc Dufumier, professeur à l’Institut national agronomique et membre du comité d’experts de la Fondation Hulot il-faut-reduire-de-moitie-les-pesticides
