L’arbre, allié de taille

22 11 2011

Pour aider à répondre au défi EDD : http://www.ia94.ac-creteil.fr/EDD/defi_foret_service_homme.htm

UN ÉPURATEUR D’ATMOSPHÈRE

Nous, humains, avec nos 2 mètres carrés de peau, sous-estimons la surface de l’arbre. Pour la calculer, il faut mesurer chaque feuille recto verso, ajouter la surface du tronc, des branches et rameaux, des racines longues et fines et des poils absorbants, sans oublier les poches dans l’écorce. Un arbre feuillu de 15 mètres occupe au total 200 hectares, l’équivalent de Monaco. Il double de poids quand il est mouillé. Toute cette surface respire, nous fait respirer.

« Grâce à la photosynthèse, l’arbre est notre meilleur allié dans la lutte contre le réchauffement climatique « , estime Francis Hallé. Tout arbre, absorbe quantité de dioxyde de carbone (CO2), responsable de l’effet de serre. 20 % à 50 % de la matière produite par l’arbre – bois, racines, feuillages, fruits… – est constituée de CO2. Ainsi, en respirant, l’arbre épure l’atmosphère. Il séquestre le dioxyde de carbone et les polluants urbains tels que les métaux lourds, le plomb, le manganèse, les suies industrielles, les oxydes d’azote et de soufre, l’ozone… Ceux-ci sont dissous par l’eau intérieure, puis stockés dans le bois. C’est pourquoi il faut couper les vieux arbres le moins possible. Plus ils sont grands, plus ils purifient l’air.

En même temps, l’arbre libère l’oxygène qui nous fait vivre, l’O2. Un humain adulte consomme environ 700 grammes d’O2 par jour, soit 255 kg par an. Pendant ce temps, un arbre moyen en produit 15 à 30 kg. Il faut donc une dizaine d’arbres pour oxygéner un homme. En plus, l’arbre humidifie et rafraîchit l’atmosphère par évaporation et transpiration. Une zone boisée de 50 m2 fait baisser la température de 3,5 °C et augmente le taux d’humidité de 50 %. L’agitation des feuillages, surtout des conifères, libère des ions négatifs qui auraient un effet bénéfique sur la santé et l’humeur. Et l’arbre accueille nombre d’espèces utiles.

Pascal Cribier, jardinier talentueux, habite au-dessus du jardin du Luxembourg, à Paris. Il désigne la cime rougeoyante des arbres : « Nous ne voyons que la moitié d’un arbre. Nous n’imaginons pas l’activité souterraine, la taille et la force de ses racines, les espèces qui vivent en symbiose avec lui. Nous oublions que, sans les arbres, le sol se dégrade vite, et pour toujours. » Il faut savoir que sous-bois, racines et sous-sols font vivre champignons, lichens, fougères, plantes épiphytes, insectes, vers et mammifères. Sous terre, les racines font circuler des tonnes d’eau pour abreuver les feuilles. Souvent, elles dépassent en longueur les branchages.

« L’homme ne saurait vivre sans l’arbre, et il le menace partout, s’étonne Francis Hallé. Pourtant, la réciproque n’est pas vraie… » Les Nations unies ont déclaré 2011 Année internationale de la forêt. Les arbres abritent 50 % de la biodiversité terrestre et apportent la subsistance à 1,6 milliard d’humains.

Les enquêtes de l’ONU montrent que la moitié des forêts de la planète a été détruite au XXe siècle. Ainsi, 7,3 millions d’hectares de forêts tropicales ont disparu chaque année entre 2000 et 2005, soit 20 000 hectares par jour. Résultat, la déforestation et la dégradation des forêts tropicales contribuent pour 15 % à 20 % aux émissions de CO2 : brûlés, abattus, les arbres libèrent leur carbone. A l’inverse, l’ONU estime que des plantations d’arbres pourraient compenser 15 % des émissions de carbone dans la première moitié du XXIe siècle.

DE L’ASPIRINE AU PAPIER

L’arbre se contente de peu – lumière, eau, oligoéléments – et déjoue ses ennemis sans bruit, en développant un arsenal chimique. Un if produit des molécules qui éloignent souris et insectes et, ce faisant, il fournit le taxol à l’homme, un anticancéreux efficace. Et chacun sait que le tilleul ou le bouleau, le noisetier ou le citronnier donnent des médicaments.

Prenons un citadin qui déguste en terrasse une salade à l’huile d’olive et au citron avec des pignons, puis commande une omelette aux truffes et un verre de chablis. Au dessert, poire belle-Hélène accompagnée d’un café à la cannelle. En digestif, une goutte de vieux gin. Ensuite, après une aspirine, il prend quelques notes avec un stylo jetable sur un carnet. Cet homme vient de mettre quinze arbres à contribution. Un frêne pour sa chaise, un orme pour la table, un olivier, un pin parasol, un citronnier, un chêne pour la truffe, un robinier (faux acacia) pour le fût du vin blanc, un poirier et un cacaoyer, un caféier, un cannelier, un genévrier, un saule pour l’aspirine, du ricin pour le plastique, un pin sylvestre pour le papier. Nous ne saurions vivre sans les arbres.

ARBRES ET FORÊTS DES VILLES

En Europe, Bruxelles protège les 5 000 hectares de la forêt de Soignes, en pleine ville ; Zurich fait de même, Barcelone a classé sa forêt riveraine, Nantes prévoit de planter 1 400 hectares d’arbres à ses portes. Julien Custot, expert à la FAO, explique : « L’arbre urbain est fondamental pour préserver les sols, contenir les inondations, apporter de l’énergie, pourvoir des aliments sains. Il rend les villes plus agréables, plus fraîches. Il nous faut une vraie politique de foresterie urbaine. »

L’économiste indien Pavan Sukhdev a chiffré les services rendus par les écosystèmes à la conférence de Nagoya sur la biodiversité, dont la France vient de signer le protocole. Il calcule la valeur économique de la nature et ses dégradations. Après trois ans d’enquêtes menées par cent experts, « les gros chiffres impressionnent », affirme-t-il. Si nous divisions par deux le rythme de la déforestation d’ici à 2030, les réductions d’émission de CO2 allégeraient de 2 600 milliards d’euros le coût du réchauffement. L’érosion de tous les écosystèmes terrestres – forêts, sols ou encore zones maritimes – nous fait perdre entre 1 350 et 3 100 milliards d’euros chaque année.

En jardinier, Pascal Cribier s’inquiète de ces chiffres : « Un arbre est inestimable, ce qu’il nous apporte n’a pas de prix… »

D’après un article publié sur http://www.lemonde.fr/planete/ le 20.11.11


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