Faire une place à la nature en Ile-de-France

30 01 2014

 

monde planète

 

 

Publié sur http://www.lemonde.fr/planete/ le 28.01.2014

 

L’agence régionale de la biodiversité en Ile-en-France a publié, mardi 28 janvier, le diagnostic le plus exhaustif de l’état de santé de la nature en Ile-de-France : il n’est pas bon. Le constat n’est pas nouveau et les nouveaux indicateurs élaborés par les naturalistes de l’agence confortent en l’affinant la photographie d’un territoire où vivent 12 millions d’habitants et où la dynamique démographique demeure forte.

 

Ce diagnostic doit permettre aux élus locaux qui donnent le feu vert aux projets d’aménagement de faire des choix en étant mieux informés, a expliqué Liliane Pays, présidente de Natureparif. Les indicateurs évaluant par exemple les superficies de zones humides, des réservoirs de biodiversité, du nombre d’espèces de faune et de flore…seront remis à jour régulièrement. L’agence prévoit aussi de lancer au printemps prochain un Observatoire des territoires qui fournira des données à l’échelle des communes ou des communautés de communes.

 

DÉCLIN DE LA FAUNE ET DE LA FLORE

 

Seuls 20 % de l’Ile-de-France sont urbanisés, ce qui, à première vue, pourrait être une bonne nouvelle pour la nature. Malheureusement, s’empresse de corriger Maxime Zucca, qui a piloté ce diagnostic, si l’on met de côté les forêts qui constituent des refuges de biodiversité, l’espace restant est, dans une très large majorité, occupé par de grandes exploitations agricoles qui continuent à « utiliser de façon déraisonnée des pesticides ». « Environ 1 200 tonnes de substances actives sont épandues chaque année sur la région où l’on compte seulement 1,5 % de milieux agricoles en agriculture biologique, plaçant l’Ile-de-France en queue de peloton à l’échelle nationale », souligne le diagnostic.

 

Résultat : ces vastes étendues sont devenues des déserts pour la faune et la flore sauvages. « Il n’y a plus à séparer le bon grain de l’ivraie. L’ivraie a disparu », constate M. Zucca, naturaliste, en rappelant que sur les 130 plantes qui habitaient traditionnellement dans les champs, les trois quarts ont disparu ou sont en déclin. Les oiseaux sont également les premières victimes de ces pratiques agricoles : en nombre comme en variété, leur déclin est marqué. Seules les espèces les plus « généralistes » comme les corneilles noires sont susceptibles de s’adapter à cet appauvrissement du milieu.

 

Les naturalistes de Natureparif ne plaident pas cependant pour une mise sous protection totale de nouveaux pans du territoire francilien. Ils jugent cette approche peu réaliste dans une région où 940 hectares d’espaces ruraux sont consommés chaque année par l’urbanisation, soit l’équivalent de la superficie de la ville de Paris tous les onze ans. L’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement de placer 2 % du territoire sous protection forte, paraît ici hors d’atteinte.

 

RÉVOLUTION PLUS FACILE À FAIRE EN VILLE QU’À LA CAMPAGNE

 

« Nous sommes à 0,6 % et il nous semble difficile d’aller beaucoup plus loin », explique Grégoire Lois, chargé d’études chez Naturparif, en proposant un « changement de paradigme ». « Toute la biomasse –agricole, forestière – produite aujourd’hui est intégralement destinée au bénéfice de l’homme. Il faut apprendre à partager, à en laisser une part pour la nature », précise-t-il. En citant, pour exemple, la restauration des haies dans les champs, la réintroduction de l’élevage ovin sur les coteaux calcaires ou encore la multiplication en forêt des zones de sénescence où tout le cycle forestier peut se dérouler sans interruption.

 

Cette révolution est plus facile à faire en ville qu’à la campagne : l’abandon des pesticides, par exemple, est déjà acté dans de nombreuses communes. Des ruches sont installées sur les toits des bâtiments. Les fouines sont désormais présentes à Paris et la capitale a abrité en 2013 un couple de faucons pèlerin. Il ne faudrait pas cependant conclure hâtivement que la biodiversité francilienne trouve refuge en ville, avertit M. Lois.

 

Sauf à vouloir encourager l’étalement urbain ce qui n’est évidemment pas le propos des naturalistes. Sur ce point, ils déplorent que le Schéma régional de cohérence écologique adopté par la région en octobre 2013 ne soit pas plus contraignant pour les aménageurs. Cette « trame verte » décidée par le Grenelle de l’environnement devra seulement être « prise en compte », ce qui, en droit, correspond au degré d’obligation le plus faible. « Nous sommes conscients que nous arrivons après bien d’autres priorités », admet M. Lois.

 

Des espèces fortement menacées

12 millions d’habitants habitent en Ile-de-France, soit 20 % de la population française sur 2 % du territoire.

Biodiversité 20 % environ de la superficie francilienne sont identifiés comme « réservoir de biodiversité ». Parmi eux, figurent les pelouses calcaires, dont il ne resterait que 1 300 hectares, et les landes, moins de 800 hectares.

26 % de la flore vasculaire, soit 400 espèces, sont menacés, dont 145 espèces en danger critique d’extinction, selon la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

23 % du territoire sont forestiers et 21 % des lisières forestières sont en contact direct avec le milieu urbain. Presque toutes les forêts situées à moins de 20 km de Paris sont enclavées, ce qui ne permet pas le déplacement des espèces entre les massifs.

 

 


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