La Convention d’éducation prioritaire, ou « procédure ZEP »

Bonjour à vous tous,

Sciences Po s’est fait remarquer, en 2001, en instaurant pour la première fois en France des mesures de « discrimination positive ». Ces mesures sont l’œuvre de notre très cher et bien aimé directeur Richard Descoings, jamais avare de nouvelles propositions.

Cette procédure vise à permettre à des lycéens de lycées dits défavorisés (les lycées en ZEP, ou zone d’éducation prioritaire) d’entrer à Sciences Po par une procédure spéciale, où comptent moins les connaissances académiques que la motivation, le projet personnel et le profil des élèves.


Le but de cette procédure est en fait double. D’un côté, il s’agit de permettre à des gens qui, du fait de leur origine sociale et géographique, n’auraient pas eu les moyens d’entrer à Sciences Po, alors qu’ils ont les capacités d’y réussir. D’autre part, il s’agit d’instaurer au sein de l’école une certaine mixité sociale (toute relative tout de même), et de permettre ainsi à des personnes venant de milieux défavorisés d’avoir la possibilité d’atteindre des postes à haute responsabilité. Ainsi, chaque année, environ 80 étudiants entrent à Sciences Po juste après leur bac par cette procédure.

Elle s’adresse aux lycées classés en zone d’éducation prioritaire (ZEP) qui ont signé une convention d’éducation prioritaire (CEP) avec Sciences Po. Au sein de l’école, c’est Cyril Delhay, également responsable pédagogique de la première année et maître de conférences d’histoire et de lecture-écriture pour les première année, qui s’occupe de la coordination cette procédure.

Cette procédure a été très critiquée. L’idée de discrimination positive n’est pas du goût de tout le monde. Mais je reprendrai là un argument développé par Jean-Luc Parodi, qui relève que cette discrimination a lieu sur des critères territoriaux, et non sur des critères d’origine ethnique, sociale ou culturelle, ce qui la rend plus acceptable. Bien évidemment, les élèves qui sont en train de préparer l’admission à bac0 par le concours sont pour la plupart hostiles à cette procédure car ayant l’impression de se faire voler des places par « les ZEP ». Une fois à Sciences Po, ce genre d’idées vous passera très vite.

L’intérêt de cette procédure est que la plupart des lycées sont aidés par des élèves de Sciences Po, qui viennent de temps en temps témoigner auprès des élèves de leur expérience, leur montrer qu’eux aussi ont leur chance. D’ailleurs, une des grandes qualités de cette procédure est qu’elle montre aux étudiants de ces lycées, même s’ils ne réussissent finalement pas intégrer Sciences Po, qu’ils ont le droit de réussir, qu’ils peuvent le faire. Et souvent ils s’orientent vers des filières un peu plus ambitieuses que ce qu’ils envisageaient auparavant.

L’an dernier, avec 7 autres élèves, nous aidions ainsi le lycée Edouard Branly de Châtellerault, nouveau venu dans la liste des établissements ayant signé une CEP avec Sciences Po. Ainsi j’ai pu mieux comprendre comment fonctionnait cette procédure, ses intérêts, ses avantages. Nous y allions toutes les semaines par groupe de 2 ou 3, et nous les aidions pour certaines opérations, comme pour la journée portes ouvertes du lycée, ou pour parler avec leurs parents et les convaincre de leur chance qu’avaient leurs enfants de pouvoir bénéficier de cette procédure, de l’incroyable opportunité que cela représentait pour eux, tout en les mettant en garde contre la perspective d’un éventuel échec. Car si à première vue certains peuvent considérer que cette procédure est très facile, il faut bien noter que la sélection est assez rude, et que les exigences requises sont grandes.

Plus techniquement, la procédure CEP est basée sur deux oraux consécutifs. Le premier a lieu sur la base d’un dossier préparé tout au long de l’année par l’élève. Ce dossier est une petite revue de presse sur un thème d’actualité au choix, auquel on doit joindre une synthèse de deux pages. Cet oral se passe au sein de chaque lycée, et détermine l’admissibilité des élèves. Le jury est alors composé de personnalités locales, choisies par le lycée lui-même : professeurs, chefs d’entreprises de la région, représentants politiques locaux etc. L’élève doit alors soutenir son dossier, puis on lui pose des questions à la fois sur son dossier que sur ses motivations, son projet etc. Il se peut également qu’une ou deux questions soient posées en Anglais, ou dans une autre langue.

Une fois ces élèves sélectionnés et déclarés admissibles, ils doivent passer leur oral à Paris, devant un jury également, mais cette fois-ci composé de personnalités venant d’un peu partout, mais selon le même principe : mélanger professeurs, chercheurs, personnalités politiques, entrepreneurs etc. L’oral a à peu près les mêmes caractéristiques que le premier, mais, d’après les témoignages que nous avions eus, le jury insiste plus sur la personnalité, le profil, les motivations, le projet de l’étudiant. Après s’être réuni, ce jury définit alors la liste des candidats admis.

Ces élèves feront leur scolarité comme tous les autres, sans distinction aucune. La seule différence est qu’ils peuvent bénéficier d’aides, notamment d’un logement à la cité universitaire (mais seulement pour les années de premier cycle), et de diverses bourses.

D’après la direction de Sciences Po, les étudiants issus de la procédure de la CEP réussissent aussi bien que les autres.

J’ai l’impression d’avoir été très positif sur cette procédure, je me dois donc d’émettre quelques petites réserves. En premier lieu l’objectif de mixité au sein de l’école n’a pas véritablement été atteint. On observe quand même parfois que ce mélange s’opère de façon imparfaite. De plus, certains étudiants semblent éprouver plus de difficultés au début de leur scolarité. Mais cela est tout à fait normal, et une fois en 2ème année voire en master, la différence s’estompe, et disparaît, me semble-t-il. Enfin, cela pose le problème de la discrimination positive, sachant que de nombreux lycées ne peuvent bénéficier de cette chance, soit étant en ZEP mais n’ayant pas signé de CEP, soit étant un lycée en difficulté mais n’étant pas considéré comme un lycée en ZEP.

Donc si votre lycée a signé une telle convention et que vous souhaitez intégrer Sciences Po, cela constitue une bonne opportunité. Dès lors, n’hésitez pas !

A noter que le fait de passer par la CEP permet également d’intégrer un cycle délocalisé.

Pour plus d’informations, vous pouvez vous reporter à la page du site internet de Sciences Po consacrée à cette procédure, ainsi qu’à une page complète dédiée à la CEP, avec archives, communiqués de presse etc.

Et voici un reportage intitulé « Promotion Sciences Po », diffusé à l’automne dernier dans l’émission de France 2 Envoyé Spécial.

Enfin, des liens vers le livre écrit par Cyril Delhay, Promotion ZEP, et le livre publié cet hiver par le directeur de l’IEP, Richard Descoings, De la Courneuve à Shanghai.

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Arthur

RSP.fm, la radio des étudiants de SciencesPo, vous propose un blog regroupant des conseils pour entrer rue Saint Guillaume. Nous sommes deux à tenir ce blog : - Arthur Richer, étudiant en 4ème année, en Master Marketing et Etudes, créateur du blog en 2006. - Nathan Sigal, étudiant en 1ère année, et habitué du blog depuis 2006 N'hésitez pas à poser vos questions et à nous suggérer des idées d'articles !

16 thoughts on “La Convention d’éducation prioritaire, ou « procédure ZEP »”

  1. bonjour,
    ton article est très bien construit. Je vais faire ta pub dans mon lycée car j’ai quelques élèves qui sont susceptibles un jour de passer par la rue St-Guillaume.
    Cordialement
    thomas galoisy

  2. Merci pour cette vidéo qui contribue ? me faire sortir d’une longue phase de découragement. Émouvants moments que ceux de l’heureuse découverte des résultats d’admission, et je pense que quiconque passe par ce blog souhaite en vivre de pareils.

    Merci encore.

  3. Ca donne des frissons de voir des gens heureux comme ca de découvrir leurs noms sur la liste des admis.
    Personnellement je pense que je vais faire un arret si y’a le mien dessus dans 1 an 😀

    Sinon, le mec pose tres bien un probleme au 2 tiers de la vidéo: C’est cool de prendre ce genre de mesure ? l’échelle de quelques lycées, mais il y a un probleme bien plus grave et plus profond par rapport aux lycées défavorisés. Peut on considérer que le CEP est une bonne chose? Oui, mais donner l’opportunité ? quelques dizaines de jeunes de banlieues ou de province d’acceder ? Sciences po ne résoud pas le probleme.

    La question de la discrimination positive est posée…a mon humble avis, il faut prévenir les inégalités plutot que de les réduire ? la sortie

    Merci pour l’article en tout cas!
    Nathan

  4. J’ai parlé de la discrimination positive ? ma prof d’économie, elle est totalement contre et je la comprends : les grandes écoles de ce genre agissent comme des rouleaux compresseurs face aux élèves venant de milieux défavorisés et qui, au final, bénéficient d’un traitement de faveur… Comme le dit si bien Bourdieu, il y a un choc des habitus ^^

  5. Hum, il y a tout de même une raison pour laquelle ils ont un traitement de faveur, non? On ne les pioche pas n’importe comment en disant « Toi et pas tes amis ». Ils sont séléctionnés et reconnus comme ayant un talent particulier.

    Mais bon, on verra pas souvent des profs défendre quoi que ce soit qui ne soit pas purement de gauche. Au lycée, en tout cas.

    Nathan

  6. Je suis d’accord avec Nathan, pourquoi ne pas donner sa chance ? chacun ? N’est-ce pas la pire des injustices que de se conforter dans un système où l’on fait de l’élite ? partir de l’élite ? N’est-ce pas l? matière ? se révolter ? Pourquoi offrir l’exclusivité de l’accès ? de brillantes études aux uniques lycées sortant de lycées prestigieux bien plus ? même de préparer ? l’entrée ? l’IEP que d’autres provenant de milieux défavorisés ? Car c’est bien l? le principe de cette admission parallèle, proposer une évaluation moins portée sur les connaissances que sur la capacité de réflexion et un projet personnel : les lycées visés sont en effet des lycées de ZEP, où le niveau d’enseignement est nettement moins élevé que d’autres lycées parisiens prestigieux. Un bachelier sortant de H4 possède sûrement un bagage nettement plus élevé qu’un élève de banlieue ou de province, et cela fait la différence au concours. Cette admission parallèle est donc une opportunité de montrer de quoi on serait capable de faire ? Sciences Po et non pas ce dont on est capable ? la sortie du Bac. Mais comme le dit Nathan, la si faible portée de cette initiative ne résoud pas vraiment le problème.

    Je pense que cela pose un autre problème : les bacheliers de S ne sont-ils pas justement défavorisés ? Je suis en terminale S, et j’ai le même professeur d’histoire depuis deux ans qui, étant donné que les matières littéraires ont un poids moins important, néglige ses cours encore plus qu’il ne les négligerait pour une classe de ES ou de L. Je ne veux pas être médisant, mais m’étant rendu compte que nous en étions ? la moitié du programme ? un mois du Bac… je commence nettement ? stresser, considérant avoir bien plus appris sur le XXè siècle en classe de troisième qu’en deux ans avec ce professeur. Le jury du concours prend-il en considération notre section lors des délibérations ?

  7. Je suis d’accord sur la différence entre l’équité et l’égalité, je suis d’accord sur le fait que le système méritocratique n’est pas en faveur des plus défavorisés, qu’il y a surtout des carences au niveau de la culture inculquée par la famille plus que par celle inculquée par l’école.
    Cependant, le reportage le montre bien, il y a choc des habitus et des milieux, je n’ai pas dit que les défavorisés doivent forcément se retrouver en université, mais le fait qu’ils aient été « aidés » ? entrer ? sciences po et qu’ils aient bénéficiés de faveurs ne les aide pas dans l’intégration. Un des étudiants le montre d’ailleurs (il vient de province et est entré par « la petite porte ») lorsqu’ils débatent de la manière dont ils sont entrés ? sciences po.

    De plus, ? l’attention de Nathan, ma prof est clairement de gauche, et être de gauche ne veut pas dire soutenir la discrimination positive et assistanat : au lieu de faire entrer les élèves de ZEP par une autre procédure que le concours, on devrait leur permettre, par exemple, de suivre des cours en plus, un accès plus facile ? l’information, de leur montrer la manière de procéder. Bref, il y a des solutions ? tout.

    Et, ? l’attention d’Antoine, je ne pense pas que le jury prenne en compte ta section… ? toi de rattraper le temps perdu, t’as deux mois avant le concours…tu sais quoi faire au lieu de partir ^^

  8. Merci d’avoir précisé ta pensée, Holy. Je suis de même d’avis que dispenser le élèves de concours n’est pas forcément la bonne solution.

    Et pour cet été, j’ai en effet prévu de ne pas partir pour me consacrer entièrement au concours. ^^

    Bonne continuation.

  9. Holy : « au lieu de faire entrer les élèves de ZEP par une autre procédure que le concours, on devrait leur permettre, par exemple, de suivre des cours en plus, un accès plus facile ? l’information, de leur montrer la manière de procéder. Bref, il y a des solutions ? tout.  »

    Tu plaisantes, j’espère ?

  10. Non, elle a bien raison. Le probleme avec les eleves qui rentrent par le CEP c’est pas qu’ils n’ont pas la capacité de réussir le concours, c’est que ca ne leur viendrait même pas ? l’idée.
    Je pense personnellement qu’avoir des parents qui gagnet 10 smic par mois n’aide pas ? mieux comprendre ses cours de philo ou d’histoire, ou de savoir faire une dissertation. C’est un probleme de culture générale, et c’est ce ? quoi il faut remédier. On pourrait penser que le CEP c’est fait pour les gens qui ont une moitié de cerveau. Or, c’est pas vrai, ils n’ont simplement pas la culture élitiste que certains jeunes issus de milieux favorisés ont.

    C’est donc en fesant un travail sur ca qu’on les aidera. Ca commence tôt, ? l’école…

  11. Non Victoire, je ne plaisante pas et je ne vois pas en quoi ma proposition peut choquer 🙂
    La discrimination positive c’est de la stygmatisation, un point c’est tout. En fait, négative ou positive, c’est la même chose, au final, on bénéficie de traitements de faveurs qui, dans cet exemple, nous font entrer ? sciences po, mais on a toujours l’étiquette « procédure zep » sur le front, tu m’en voudras pas d’être directe mais c’est comme ça que je le vois

  12. Je ne veux pas interférer dans le débat, mais je vais apporter une petite précision. En lycée classé ZEP, les conditions de travail et le niveau général ne permettent pas, me semble-t-il pour avoir aidé certains de ces élèves, de se préparer pour le concours de Sciences Po. Sans la procédure de la CEP, il serait impossible pour la majorité de ces élèves d’entrer dans cette école.

    Enfin, je vous laisse débattre, j’ai choisi ici de ne pas intervenir, je ne pense pas que mon avis aide beaucoup.

  13. bon ce commentaire n’a aucune utilité mais bon …

    Arthur tu as le bonjour de tous les lycéens que tu a rencontrés lors de ces journées à branly : moi (wilfried) et nico . d’ailleurs juste pour dire que j’ai reussi avec une aute eleve de ma classe à passer le grand oral a science po nicolas ayant echoué au premier oral on aura les resultats le 16 juillet

    et bonne année à l’etranger

  14. I’d prefer reading in my native language, because my knowledge of your languange is no so well. But it was interesting! Look for some my links:

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