La violence des jeunes, diversion commode

« Ils sont votre épouvante, vous êtes leur crainte ». Cette citation de Victor Hugo, à propos des émeutiers, des pauvres dressant des barricades, a été reprise par un romancier, Thierry Jonquet, en titre d’un roman très noir sur les banlieues…

Un rapport de police met en garde contre la violence croissante des bandes de jeunes à Paris. On peut parier que les médias vont reprendre à l’envi cette information, et les journaux télévisés de nous repasser les images des feux nocturnes lors des émeutes de 2005, etc.

Vous avez remarqué qu’à chaque fois que le pays est plongé dans la crise économique et l’absence de vision et d’idées de la part des politiques, le thème des bandes de jeunes et de leur violence revient à la une. C’est au début des années 90 (en pleine récession économique) que la délinquance des jeunes (qui a toujours existé, mais pas plus aujourd’hui qu’il y a 20 ou 50 ans…) est entrée au coeur des débats de société, avec des expressions inquiétantes telles que « violences urbaines » – comme si nos villes étaient à feu et à sang… Plusieurs sociologues spécialistes du sujet (comme Laurent Mucchielli) ont dénoncé depuis longtemps l’amplification médiatique et l’utilisation politique de ces phénomènes, ce qui évite de se demander pourquoi les jeunes des quartiers populaires (oui, populaires tout simplement, et non pas « sensibles », « difficiles »… les qualificatifs sont toujours très importants) sont trois fois plus touchés par l’échec scolaire et par le chômage que l’ensemble de la population.

En avril 2002, l' »insécurité » fut au coeur de la campagne présidentielle, elle devient une véritable obsession des médias, ce qui permit à Jean-Marie Le Pen d’accéder au second tour, éliminant ainsi Lionel Jospin (le candidat de la gauche) qui n’avait pas fait une campagne brillante mais était tout de même le premier ministre sortant, avec un bilan économique correct.

Vous vous souvenez qu’à l’automne 2005, c’est le ministre de l’Intérieur (donc de l’ordre public, du lien social), un certain Nicolas Sarkozy, qui a mis le feu aux poudres dans les banlieues en parlant des « racailles » et des quartiers qu’il allait nettoyer au « Kärcher ». Loin de le discréditer, ces émeutes qu’il avait provoquées par ses discours agressifs et méprisants ont au contraire fait de M. Sarkozy le spécialiste de la sécurité, un « Monsieur Police » rassurant pour les personnes âgées, les petits artisans et commerçants, tous ceux qui ont peur des jeunes, surtout s’ils sont un peu bronzés…

Fin mars 2007, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, des affrontements entre des jeunes et la police à la Gare du Nord à Paris ont effrayé la population, et permis au candidat Nicolas Sarkozy de faire un excellent score dès le premier tour (31 % des voix), après avoir fait une campagne stigmatisant la « racaille », en utilisant l’argument ethnique (afin de rallier les électeurs du Front National : concrètement, les « ennemis de l’intérieur » seraient arabes, noirs et musulmans… ce qui est absurde – puisque les banlieues sont très « mélangées » ethniquement – mais efficace). La gauche, au lieu de dénoncer cette obsession de la « sécurité », et ce rejet des jeunes Français d’origine étrangère (qui sont pourtant les principales victimes du racisme, du chômage, et de la violence elle-même dans les quartiers), est tombée dans le panneau, et n’a guère su répondre… Ségolène Royal adopta comme slogan le fameux « ordre juste » (l’ordre d’abord), et proposait dans son programme qu’on fasse chanter aux élèves « La Marseillaise » devant le drapeau tricolore…

Je ne dis pas que les actes de délinquance en 2002, en 2007, et aujourd’hui même, ont été délibérément provoqués par des amis de l’actuel Président, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que cela les arrange ; pendant qu’une grande partie des catégories populaires ont peur des jeunes, elles ne se révoltent pas contre d’autres scandales, autrement plus importants : le chômage, les inégalités économiques et sociales, les licenciements dans les entreprises bénéficiaires, les revenus scandaleux des grands patrons et des financiers, la stagnation du pouvoir d’achat ouvrier depuis vingt ans, etc.

A réécouter : « La France a peur », premier succès des Stéphanois de Mickey 3D (en 1999).

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