De grands économistes français adoptent une lecture marxiste de la crise !

Patrick Artus, économiste en chef de la banque d’investissement Natixis, vient de publier une note intitulée « Une lecture marxiste de la crise »… alors qu’il n’a pas la réputation d’être marxiste ni anti-capitaliste, loin de là.

Oui, c’est incroyable mais vrai : un économiste bien connu, qui travaille pour une banque, nous explique (avec de nombreux chiffres à l’appui) que l’excès de capital au niveau mondial entraîne des surcapacités de production, d’où un risque de baisse du taux de profit et par conséquent une accentuation de l’exploitation des salariés, etc. Je rappelle que Karl Marx prévoyait au milieu du XIXe s. la fin du capitalisme, tout simplement, et la fin des classes sociales, à la suite d’une révolution du prolétariat, lorsque l’exploitation serait trop forte…

2009 a été l’année de la redécouverte de Keynes par les économistes (mais Keynes n’a pas jamais dénoncé l’exploitation des travailleurs, ni prôné la fin du capitalisme, au contraire !) ; 2010 sera-t-elle l’année de Marx

Si un économiste très connu adopte courageusement ce point de vue (j’attends les réactions de ses collègues…), ne serait-ce pas parce que le capitalisme lui-même aurait connu une formidable régression ces dernières années vers le mode de régulation du XIXe s., c’est-à-dire la concurrence et l’exploitation sauvages (peut-être même pires qu’au XIXe s., car nous disposons de moyens financiers et technologiques incomparablement plus puissants) ?…

Quelques mois plus tôt, dans le même ordre d’idées, un autre économiste reconnu (et pas non plus classé à l’extrême-gauche), professeur à l’Ecole normale supérieure, Philippe Askenazy montrait (dans quatre petites vidéos à voir ici) que le partage de la valeur ajoutée s’effectue de nos jours au bénéfice exclusif des entreprises : celles-ci maintiennent la part du profit dans la valeur ajoutée (taux de marge) même en période de récession, alors que la part des salaires stagne et que le travail devient de plus en plus précaire : « travail précaire, capital protégé »… et tous les risques du capitalisme sont pris en charge par les travailleurs, qui ne sont pour rien dans les dérives qui ont abouti à la crise actuelle…

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