Tous les billets de mars 2010

« Une demande sans tonus en Europe »

vendredi 26 mars 2010

Tel est le titre d’une note de conjoncture de l’INSEE, bien morose. Les composantes de la demande (consommation, investissement) tournent au ralenti, et ne donnent aucun signe de reprise… Le marché du travail est également atone (manque de tonicité, de vivacité, bon adjectif à placer dans une copie…)

L’« indicateur de moral des ménages » (sorte de sondage où l’on compare la part des opinions positives sur la situation économique, et celle des opinions négatives : un chiffre négatif signifie donc que les opinions négatives l’emportent) continue à se détériorer en mars (-34 %, contre – 33 % précédemment). Inquiétant quand on sait que l’an dernier, la consommation des ménages avait relativement bien résisté, évitant une chute encore plus importante du PIB.

Voir les courbes de confiance des ménages, sur le site du Monde. Bizarrement, les indicateurs s’étaient légèrement améliorés durant l’année 2009, au plus fort de la crise ; et les opinions des Français sur leur situation personnelle étaient bien meilleurs que celles sur la situation collective (« Le pays est au fond du trou, mais pour moi, ça va pas trop mal… ») Et c’est depuis le début de l’année 2010 que cet indicateur du « moral des ménages » se dégrade…

Bref, comme on dit dans le sud-ouest, « on n’est pas rendus… »

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Le chômage augmentera moins en 2010, mais la reprise est très molle

mercredi 24 mars 2010

Le quotidien économique Les Echos fait le point sur les évolutions prévisibles de la croissance et de l’emploi en France en 2010.

http://www.lesechos.fr/info/france/020434533489-pour-pole-emploi-le-chomage-montera-encore-cette-annee-avant-de-baisser-un-peu-en-2011.htm

Ainsi, on pourra observer cette année un ralentissement de la hausse du chômage, et une reprise très lente dans certains secteurs ; mais faute de reprise de l’investissement, et de créations d’emplois, on ne peut pas sortir que nous soyons sortis de la crise…

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Qu’est-ce qu’être pauvre, selon les gens ?

mardi 23 mars 2010

Cette question est toujours compliquée. On cite souvent le seuil de pauvreté – correspondant à 60 % du revenu médian, dans les statistiques européennes, soient environ 850 euros par personne –  mais il faudrait aussi prendre en compte le niveau de vie : l’accès à certains équipements ou biens de consommation considérés comme indispensable.

Une enquête a été réalisée par l’INSEE  sur ces « standards de vie » : ses résultats sont rapportés sur le site Inegalites.fr ; ils montrent ce que les gens entendent par « être pauvre » – il s’agit donc d’une définition qualitative, qui va plus loin d’une simple évaluation monétaire.

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Petite visite d’une exposition au Quai Branly

mardi 23 mars 2010

Dans une courte vidéo, l’anthropologue Philippe Descola nous accompagne dans la nouvelle exposition du musée des Arts premiers, Quai Branly à Paris, consacrée aux relations entre l’homme et son environnement.

Un très beau musée, si vous avez l’occasion de passer à Paris.

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Stratification et classes sociales : révisions importantes

lundi 22 mars 2010

Je suis malade aujourd’hui, hélas, mais cela ne m’empêche pas de vous transmettre un rappel de quelques notions importantes pour le cours sur les inégalités. Il s’agit de révision du programme de première – mais elles sont loin d’être superflues…

1. Plusieurs types de stratification sociale peuvent être repérés au cours de l’histoire des sociétés. Ce sont des « idéaux-types » (modèles théoriques) qui ne reflètent pas totalement la complexité des situations concrètes. Ainsi, dans l’Inde moderne, un système de classe coexiste avec un régime de castes pourtant légalement aboli.

? Les castes sont des groupes sociaux fermés fondés sur le degré de pureté défini par la religion. On naît dans une caste et on ne peut en sortir. La mobilité sociale est donc nulle. L’esprit de caste interdit formellement les contacts physiques (les hors castes sont des « intouchables » ou dalit), les relations sexuelles (mariage endogamique), les repas en commun entre membres de castes différentes…

? Les ordres sont des groupes sociaux hiérarchisés en fonction de la dignité, de l’honneur, de l’estime accordés aux différentes fonctions sociales. Seuls les nobles ont l’interdiction de travailler pour ne pas déchoir. Les métiers ont tendance à être héréditaires et organisés au sein de corporations mais une certaine mobilité professionnelle est possible. De même, on peut passer d’un ordre à un autre (achat de titres de noblesse, choix de l’ordre religieux). La mobilité sociale est possible mais elle est faible.

? Les classes sont des groupes sociaux de grande taille relativement homogène dont les individus qui la composent ont en commun :

? Une unité de situation, ou « classe en soi », définie par la position sociale et professionnelle de l’individu, son mode de vie, sa place dans la hiérarchie des prestiges. Les études sociologiques du travail, de la consommation, des pratiques culturelles permettent de cerner les contours de chaque classe.

? Une conscience de classe, ou « classe pour soi ». Toute situation commune, toute culture commune peut entraîner le sentiment d’appartenir à la même classe, d’avoir la même condition et le même mode de pensée, d’avoir des intérêts communs à défendre. Les études sociologiques sur la conscience de classe, les syndicats, les partis, le vote politique, les mouvements sociaux permettent d’appréhender cette dimension des classes.

? L’hérédité des positions assure la permanence de la classe dans le temps. Pour qu’une classe ait conscience d’elle-même, il faut qu’elle ait une histoire, une mémoire, c’est-à-dire qu’elle se perpétue à travers plusieurs générations. Les études sociologiques peuvent porter sur la mobilité sociale, les trajectoires sociales, la réussite scolaire, le mariage, les stratégies de reproduction des classes… La mobilité sociale est plus grande dans les sociétés démocratiques.

2. Les sociétés démocratiques sont des sociétés de classes. Cependant, un débat théorique reste ouvert sur les rapports entre les classes :

? Karl Marx (1818-1883) a une conception « réaliste » des classes sociales. Une classe existe en soi, avant même sa construction intellectuelle. Selon lui elle se définit à partir de deux éléments :

? La place qu’elle occupe dans les « rapports sociaux de production », qui sont déterminés par la propriété des moyens de production. Karl Marx distingue, dans tout mode de production, deux classes fondamentales, celle des propriétaires et celles des non-propriétaires.

? L’antagonisme de classe (classe en opposition) qui débouche sur une conscience de classe et une lutte des classes. Les classes se construisent surtout les unes par rapport aux autres, de manière conflictuelle. L’existence d’une classe suppose donc un lien social entre les différents membres de la classe et l’auto-organisation politique du groupe (de « classe en soi » la classe devient une « classe pour soi »). La lutte des classes s’opère, pour lui, à tous les niveaux de la société. Les rapports économiques conditionnent les rapports sociaux et politiques. Dans le mode de production capitaliste, la bourgeoisie, qui détient le pouvoir économique, détient également le pouvoir social (elle est une « classe dominante » idéologiquement et en terme de prestige) et le pouvoir politique (l’Etat est un « l’Etat bourgeois » qui sert les intérêts de la classe dominante même si la sphère politique peut parfois être autonome vis-à-vis de la sphère économique).

? Autour de cet antagonisme central « exploiteurs-exploités », présent dans tout « mode de production », Karl Marx distingue un certain nombre de classes propres à la « formation sociale » de son époque : la paysannerie, la petite bourgeoisie, le lumpenproletariat (sous-prolétariat misérable)…Ces classes sont, soit en voie de disparition, soit gravitent autour des deux classes centrales. Il y a « polarisation des classes » autour du conflit central.

? Max Weber (1864-1920) a une conception « nominaliste » des classes. La classe résulte d’une construction intellectuelle du sociologue qui cherche à comprendre la réalité en regroupant de façon logique des individus ayant un certain nombre de traits communs. La classe n’existe pas en soi. On la nomme. Mais, elle a une certaine existence puisque, pour analyser une action individuelle, il faut pouvoir la resituer dans une perspective d’appartenance de classe. La classe est un élément de la hiérarchie sociale, mais il n’est pas le seul. En effet, pour Max Weber, la distribution du pouvoir dans une société se fait à trois niveaux :

? L’ordre économique est le mode selon lequel les biens et les services sont distribués. Il est à l’origine des classes sociales. La classe est un groupe de personne occupant le même statut de classe. Cette situation de classe dépend du degré de chances (de probabilité) qu’a une personne d’accéder aux biens (classe de possession) et à un certain type de services (classe de production) qui dépend des différents capitaux dont il dispose.

? L’ordre social ou statutaire est le mode selon lequel le prestige se distribue au sein d’une société. Un groupe de statut rassemble tous les individus qui ont le même degré de prestige, qui ont la même probabilité d’accéder aux honneurs (distinction par le style de vie, les pratiques culturelles).

? L’ordre politique est celui de la compétition pour le contrôle de l’Etat. Elle est opérée par des partis, associations qui ont pour but d’assurer le pouvoir à un groupe afin d’obtenir des avantages matériels et de prestige pour ses membres.

? Ces trois ordres ne se recouvrent pas nécessairement. Le pouvoir économique, par exemple, ne confère pas automatiquement du prestige (le nouveau riche) ou un pouvoir politique. La hiérarchie sociale est une hiérarchie de prestige – ou « honneur social » –, qui se traduit par des styles de vie et des modes de consommation spécifiques. Ce raisonnement en termes de statut s’ajoute ainsi à la différenciation en termes de classe. C’est d’ailleurs en Allemagne que se développent, au tournant du 20e siècle, les premiers travaux sociologiques sur ces nouveaux groupes sociaux, nommés « classes moyennes » pour indiquer qu’ils n’appartiennent ni aux groupes des ouvriers d’un côté, ni à la bourgeoisie de l’autre. Les sociétés démocratiques seraient donc appelées à se moyenniser.

 

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Le mal-logement, un fléau national dont les premières victimes sont les enfants

vendredi 19 mars 2010

La Fondation Abbé Pierre vient de publier un rapport sur le mal-logement des enfants en France : on compte 600 000 mineurs très mal logés, sur 3,5 millions de personnes connaissant de graves difficultés de logements. Mais la Fondation estime à 10 millions (1/6 de la population) le nombre de personnes mal logées en France. En Rhône-Alpes, 60 000 personnes n’ont pas de logement personnel ; le délai théorique d’accès à un HLM dans le Rhône est de quatre ans…

Pourtant, les constructions de logements sociaux sont très insuffisantes, et même en diminution en 2009 : il manque près d’un million de logements sociaux dans notre pays.

Les enfants  et les adolescents sont les victimes les plus vulnérables de la crise du logement. L’échec scolaire, ou certains problèmes de santé, sont directement liés au difficultés de logement ; et on peut tous les problèmes psychologiques entraînées par une expérience de déplacements, de séjours courts chez des tiers, où l’on n’est pas chez soi… Ce sont toutes les possibilités d’intégration dans la société, et d' »égalité des chances », qui sont compromises par cette question.

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A propos du « Jeu de la mort »

jeudi 18 mars 2010

Image tirée du documentaire de Christophe Nick "Le jeu de la mort, jusqu'où va la télé ?" diffusé mercredi soir sur France 2.

Le quotidien Le Monde revient longuement sur « Le Jeu de la mort », l’émission de mercredi dernier qui reconstituait l’expérience de Milgram sur la soumission des individus à une autorité supérieure :

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/17/le-jeu-dont-vous-etes-le-bourreau_1320397_3236.html

En fin de compte, la soumission des participants à la télévision – puisque l’expérience était effectuée dans le cadre d’un faux jeu télévisé – était encore plus grande que celle des cobayes de Milgram – qui se trouvaient dans un laboratoire universitaire. Selon les psychologues sociaux analysant l’expérience d’aujourd’hui, la télévision exerce une emprise très forte sur les individus : une fois maquillés, les lumières dans la figure, les participants aux jeux sont comme hypnotisés et ne s’appartiennent plus… Inquiétant.

Tiens, cela fait trois articles consécutifs que je consacre à la violence, sur ce blog…

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Soumission à l’autorité : le retour

lundi 15 mars 2010

Cette semaine sera diffusé à la télé un jeu reconstituant – je ne sais pas encore comment –  la célèbre expérience du psychologue américain Stanley Milgram, « culte » en SES, qui permet de mieux comprendre pourquoi des individus et des groupes civilisés peuvent se livrer à des violences extrêmes, y compris sur des innocents, quand on leur en donne l’ordre, notamment en temps de guerre. 

Milgram, hanté par les régimes totalitaires du XXe siècle comme le nazisme, a mené son expérience entre 1960 et 1963, à la prestigieuse université de Yale : un homme devait poser des questions à un autre homme, et devait lui envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes (jusqu’à près de 500 volts !) si l’autre ne répondait pas correctement, dans le cadre d’une expérience portant officiellement sur la mémoire… En réalité, la « victime » était un comédien, et le « bourreau » était le véritable sujet de l’expérience : jusqu’à quel point était-il prêt à torturer quelqu’un qui ne lui avait rien fait, pour une expérience idiote, et même pas pour de l’argent (les individus recrutés recevait une faible somme).
 
Cette expérience, analysée par Milgram dans son ouvrage Soumission à l’autorité, a été renouvelée de multiples fois, dans différents pays, pour aboutir à chaque fois à des résultats très proches. La vidéo suivante, extraite du film d’Henri Verneuil « I comme Icare », reconstitue fidèlement l’expérience ; regardez-la attentivement (durée : 20 mn).
 
De multiples variantes ont été introduites dans l’expérience, afin d’observer les réactions des sujets : l' »élève » est visible ou pas par le « professeur », celui-ci doit le toucher ou pas, il est en contact plus ou moins proche avec l »expérimentateur » (le chef), etc. Ainsi, le « taux d’obéissance » peut varier selon les circonstances de l’expérience, mais en définitive, les résultats chiffrés sont terribles…
 
Voici, pour exercer votre anglais et voir l’expérience dans les conditions réelles (ce qui la rend encore plus saisissante), un extrait (22′) d’un film de Milgram lui-même .

En définitive, le principal enseignement de cette expérience n’est pas que l’homme soit mauvais, mais qu’il déteste perdre la face, avouer qu’il s’est trompé, qu’il a eu tort d’obéir : aussi, enchaîné par son engagement, un individu pourrait aussi bien commettre des actes héroïques…

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Violence au lycée, violence du lycée

dimanche 14 mars 2010

Un professeur de lettres analyse de manière très franche et pertinente la montée de la violence au lycée, et ses origines : très intéressant.

Réagissez avec vos commentaires !

http://lemonde.fr/opinions/article/2010/03/13/lycee-genese-de-la-violence-par-fabrice-humbert_1318662_3232.html

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Les bénéfices du CAC40 ont fondu de moitié en deux ans…

mercredi 10 mars 2010

… Mais retenez vos larmes, ils s’élèvent tout de même à près de 50 milliards d’euros.

L’article du Monde sur les sociétés du CAC40 (les 40 plus grosses capitalisations de la Brouse de Paris), cad. les plus grandes multinationales françaises, fait le point sur les secteurs les plus rentables, ceux qui ont des difficultés… Pas de surprise : ce sont les banques et assurances qui font les bénéfices les plus spectaculaires (celles-là mêmes qui sont à l’origine de la crise financière, et qui ont reçu une douzaine de millliards d’euros de prêts bonifiés de l’Etat en 2008, alors qu’elles n’étaient en rien en faillite…) – BNP-Paribas réalisant à elle seule 6 milliards d’euros de résultat net en 2009, soit plus de deux fois le budget de la région Rhône-Alpes.

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