Stratification et classes sociales : révisions importantes

Je suis malade aujourd’hui, hélas, mais cela ne m’empêche pas de vous transmettre un rappel de quelques notions importantes pour le cours sur les inégalités. Il s’agit de révision du programme de première – mais elles sont loin d’être superflues…

1. Plusieurs types de stratification sociale peuvent être repérés au cours de l’histoire des sociétés. Ce sont des « idéaux-types » (modèles théoriques) qui ne reflètent pas totalement la complexité des situations concrètes. Ainsi, dans l’Inde moderne, un système de classe coexiste avec un régime de castes pourtant légalement aboli.

? Les castes sont des groupes sociaux fermés fondés sur le degré de pureté défini par la religion. On naît dans une caste et on ne peut en sortir. La mobilité sociale est donc nulle. L’esprit de caste interdit formellement les contacts physiques (les hors castes sont des « intouchables » ou dalit), les relations sexuelles (mariage endogamique), les repas en commun entre membres de castes différentes…

? Les ordres sont des groupes sociaux hiérarchisés en fonction de la dignité, de l’honneur, de l’estime accordés aux différentes fonctions sociales. Seuls les nobles ont l’interdiction de travailler pour ne pas déchoir. Les métiers ont tendance à être héréditaires et organisés au sein de corporations mais une certaine mobilité professionnelle est possible. De même, on peut passer d’un ordre à un autre (achat de titres de noblesse, choix de l’ordre religieux). La mobilité sociale est possible mais elle est faible.

? Les classes sont des groupes sociaux de grande taille relativement homogène dont les individus qui la composent ont en commun :

? Une unité de situation, ou « classe en soi », définie par la position sociale et professionnelle de l’individu, son mode de vie, sa place dans la hiérarchie des prestiges. Les études sociologiques du travail, de la consommation, des pratiques culturelles permettent de cerner les contours de chaque classe.

? Une conscience de classe, ou « classe pour soi ». Toute situation commune, toute culture commune peut entraîner le sentiment d’appartenir à la même classe, d’avoir la même condition et le même mode de pensée, d’avoir des intérêts communs à défendre. Les études sociologiques sur la conscience de classe, les syndicats, les partis, le vote politique, les mouvements sociaux permettent d’appréhender cette dimension des classes.

? L’hérédité des positions assure la permanence de la classe dans le temps. Pour qu’une classe ait conscience d’elle-même, il faut qu’elle ait une histoire, une mémoire, c’est-à-dire qu’elle se perpétue à travers plusieurs générations. Les études sociologiques peuvent porter sur la mobilité sociale, les trajectoires sociales, la réussite scolaire, le mariage, les stratégies de reproduction des classes… La mobilité sociale est plus grande dans les sociétés démocratiques.

2. Les sociétés démocratiques sont des sociétés de classes. Cependant, un débat théorique reste ouvert sur les rapports entre les classes :

? Karl Marx (1818-1883) a une conception « réaliste » des classes sociales. Une classe existe en soi, avant même sa construction intellectuelle. Selon lui elle se définit à partir de deux éléments :

? La place qu’elle occupe dans les « rapports sociaux de production », qui sont déterminés par la propriété des moyens de production. Karl Marx distingue, dans tout mode de production, deux classes fondamentales, celle des propriétaires et celles des non-propriétaires.

? L’antagonisme de classe (classe en opposition) qui débouche sur une conscience de classe et une lutte des classes. Les classes se construisent surtout les unes par rapport aux autres, de manière conflictuelle. L’existence d’une classe suppose donc un lien social entre les différents membres de la classe et l’auto-organisation politique du groupe (de « classe en soi » la classe devient une « classe pour soi »). La lutte des classes s’opère, pour lui, à tous les niveaux de la société. Les rapports économiques conditionnent les rapports sociaux et politiques. Dans le mode de production capitaliste, la bourgeoisie, qui détient le pouvoir économique, détient également le pouvoir social (elle est une « classe dominante » idéologiquement et en terme de prestige) et le pouvoir politique (l’Etat est un « l’Etat bourgeois » qui sert les intérêts de la classe dominante même si la sphère politique peut parfois être autonome vis-à-vis de la sphère économique).

? Autour de cet antagonisme central « exploiteurs-exploités », présent dans tout « mode de production », Karl Marx distingue un certain nombre de classes propres à la « formation sociale » de son époque : la paysannerie, la petite bourgeoisie, le lumpenproletariat (sous-prolétariat misérable)…Ces classes sont, soit en voie de disparition, soit gravitent autour des deux classes centrales. Il y a « polarisation des classes » autour du conflit central.

? Max Weber (1864-1920) a une conception « nominaliste » des classes. La classe résulte d’une construction intellectuelle du sociologue qui cherche à comprendre la réalité en regroupant de façon logique des individus ayant un certain nombre de traits communs. La classe n’existe pas en soi. On la nomme. Mais, elle a une certaine existence puisque, pour analyser une action individuelle, il faut pouvoir la resituer dans une perspective d’appartenance de classe. La classe est un élément de la hiérarchie sociale, mais il n’est pas le seul. En effet, pour Max Weber, la distribution du pouvoir dans une société se fait à trois niveaux :

? L’ordre économique est le mode selon lequel les biens et les services sont distribués. Il est à l’origine des classes sociales. La classe est un groupe de personne occupant le même statut de classe. Cette situation de classe dépend du degré de chances (de probabilité) qu’a une personne d’accéder aux biens (classe de possession) et à un certain type de services (classe de production) qui dépend des différents capitaux dont il dispose.

? L’ordre social ou statutaire est le mode selon lequel le prestige se distribue au sein d’une société. Un groupe de statut rassemble tous les individus qui ont le même degré de prestige, qui ont la même probabilité d’accéder aux honneurs (distinction par le style de vie, les pratiques culturelles).

? L’ordre politique est celui de la compétition pour le contrôle de l’Etat. Elle est opérée par des partis, associations qui ont pour but d’assurer le pouvoir à un groupe afin d’obtenir des avantages matériels et de prestige pour ses membres.

? Ces trois ordres ne se recouvrent pas nécessairement. Le pouvoir économique, par exemple, ne confère pas automatiquement du prestige (le nouveau riche) ou un pouvoir politique. La hiérarchie sociale est une hiérarchie de prestige – ou « honneur social » –, qui se traduit par des styles de vie et des modes de consommation spécifiques. Ce raisonnement en termes de statut s’ajoute ainsi à la différenciation en termes de classe. C’est d’ailleurs en Allemagne que se développent, au tournant du 20e siècle, les premiers travaux sociologiques sur ces nouveaux groupes sociaux, nommés « classes moyennes » pour indiquer qu’ils n’appartiennent ni aux groupes des ouvriers d’un côté, ni à la bourgeoisie de l’autre. Les sociétés démocratiques seraient donc appelées à se moyenniser.

 

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Un commentaire

  1. adrien bergon :

    Les « strat »… Que de bons souvenirs ! J’ai toujours trouver ce chapitre plus intéressant que les autres ! En espérant que la réussite est été au rendez-vous pour les élèves ! 😉

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