Tous les billets de avril 2010

Destruction d’une barre à Vaulx-en-Velin

Jeudi 8 avril 2010

 Demol

Libélyon a fait un beau reportage sur la démolition d’une barre à Vaulx-en-Velin, avec des photos de l’intérieur de l’immeuble avant l’explosion.

Je me suis alors souvenu d’un autre document : l’interview, dans le cadre d’un documentaire sur la haute société, d’un aristocrate, Olivier de Rohan, qui organisait des fêtes au Château de Versailles, se sentait « propriétaire de la France » depuis le XIe s. (parce que ses ancêtres avaient construit des bâtiments un peu partout), et à qui le sociologue Michel Pinçon (spécialiste des « beaux quartiers ») faisait remarquer que si les « racines » et le patrimoine des grandes familles sont considérés comme ayant de la valeur, on n’hésite pas à détruire les logements des catégories populaires, effaçant du coup tout le passé de ces familles… :  (regardez les 10 premières minutes de la vidéo)

Le logement et l’urbanisme révèlent toutes les inégalités économiques et sociales, et les déterminent en grande partie, car ils ont des conséquences directes sur l’échec scolaire, les problèmes de santé, de transport, de violence, le sentiment d’exclusion sociale, l’abstentionnisme politique…

Certes, ces logements étaient inhumains et vétustes, mais pourquoi n’a-t-on pas construit des logements de qualité dès l’origine, dans les « banlieues » (terme déjà péjoratif, puisqu’il signifie « ban-lieue », un quartier mis au ban, à l’écart, à une distance d’une lieue, soient 3 km…) ? Pourquoi manque-t-il aujourd’hui près d’un million de logements sociaux en France ? Pourquoi le droit à la santé, par exemple, est-il acquis (personne ne se voyant refuser des soins, en principe) alors que le logement des pauvres est traité de manière indigne par les pouvoirs publics ?

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Un économiste attaque le « climato-scepticisme » d’Allègre

Jeudi 8 avril 2010

Claude Allègre, ancien ministre de l’Education nationale (qui a voulu en son temps supprimer la série ES, et avait été chassé par les manifestations massives dans la rue contre sa réforme du lycée – c’est vous dire si les profs de SES l’adorent… ;)), et chercheur en géophysique, s’est fait une spécialité de critiquer les thèses du réchauffement climatique, défendues par l’écrasante majorité des scientifiques dans le monde entier. Selon lui, les gaz à effet de serre (au premier plan desquels le CO2) ne seraient pas les principaux responsables du changement climatique ; la lutte contre leur émission ne devrait donc pas être la priorité des politiques publiques dans les années qui viennent… Dans le monde, les thèses dites « climato-sceptiques » sont de plus en plus écoutées.

Un jeune économiste de l’OFCE (laboratoire de macroéconomie de Sciences Po Paris), Eloi Laurent, qui a beaucoup travaillé sur l’économie de l’environnement, s’attaque de front à la position d’Allègre.

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La crise de l’école, reflet de la crise de la société

Mardi 6 avril 2010

Une professeure de philosophie s’interroge sur la crise éducative et la violence dans les établissements scolaires, symptômes selon elle d’une crise beaucoup plus large de la culture et de la société. Les écologistes se demandent quelle Terre nous allons laisser à nos enfants, mais nous pourrions aussi bien nous demander quels enfants nous allons laisser à cette Terre…

Cela fait longtemps que les enseignants constatent que leurs valeurs et leur travail sont en concurrence avec des valeurs opposées, dans le reste de la société, qui sapent les fondements de la culture et de l’humanisme… Mais aujourd’hui, on pourrait craindre un point de non-retour, si la majorité des élèves de l’enseignement secondaire étaient réellement convaincus de l’inutilité de l’école, comparée aux médias, à internet, et du manque total d’intérêt de la culture « gratuite », de la connaissance pour le plaisir de la connaissance…

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Comment les riches se portent-ils en France ? Très bien, merci.

Samedi 3 avril 2010

european currency - europäische währung

Dépêche Agence France Presse du 2 avril :

AFP   02/04/2010  13h34

Plus de 99% des sommes restituées au titre du bouclier fiscal 2009 sont allées à des contribuables assujettis à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), selon des chiffres provisoires publiés vendredi par le Figaro et dont l’AFP a eu confirmation.

D’après les dernières données officielles disponibles, les foyers « les plus favorisés », moins d’un millier en tout, perçoivent à eux seuls près de 63% du montant total, soit un chèque moyen de 376.000 euros. (Vous avez bien lu, l’Etat envoie à 900 ménages environ un chèque de plus de 300 000 euros en moyenne, chaque année – E. B.).

Au total, 16.350 contribuables ont bénéficié pour leurs revenus de 2009 du bouclier fiscal, dont le principe de plafonner l’impôt à 50% des revenus est très décrié désormais. Le coût pour l’Etat a été de 585,6 millions d’euros, soit une moyenne de 35.814 euros restitués par dossier.

Mais ce chiffre cache d’énormes disparités. Si 53% des bénéficiaires (8.675) ne sont pas assujettis à l’ISF, les sommes que le fisc leur a remboursées au titre du bouclier ne représentent que 0,8% du coût total (4,8 millions d’euros). Soit un chèque moyen de seulement 565 euros par contribuable.

Par conséquent, les 47% de bénéficiaires redevables de l’ISF (7.675) captent plus de 99% des sommes remboursées, soit en moyenne 75.674 euros.

Mais même au sein des contribuables assujettis à l’ISF, les disparités sont criantes. 3.154 d’entre eux (19% du total des bénéficiaires du bouclier) qui se situent parmi les patrimoines les plus « faibles » se partagent 51,2 millions d’euros de remboursement (8,75% du montant total).

Dans la tranche au dessus, soit les 4.521 foyers restants qui disposent d’un patrimoine supérieur à 7,36 millions d’euros et d’un revenu fiscal d’au moins 43.761 euros, ont perçu 90,4% des sommes restituées, soit un chèque de 117.142 euros en moyenne.

 

 Enfin, une étude de l’INSEE parue le même jour montre que « le nombre de très riches a explosé » entre 2004 et 2007. Ainsi, « le nombre de personnes dépassant les 100.000 euros de revenus annuels s’est accru de 28 %, celui dépassant les 500.000 euros de 70 % », note l’Insee. Les effectifs de cette catégorie sont passés sur la période de 6.500 personnes à 11.000. Sur la période 2004-2007, ce sont les revenus du patrimoine (+ 46 %) et les revenus exceptionnels (+ 55 %), par exemple les plus-values ou les levées d’option, qui ont tiré l’ensemble. Les revenus directs du travail n’ont, eux, progressé « que » de 11 % sur la période. Le revenu moyen des 90 % de Français les moins dotés ayant progressé de 9 % sur la période, « c’est une augmentation des inégalités par le très haut », souligne Julie Solard, de l’Insee.

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Freeze des profs de SES à Paris

Vendredi 2 avril 2010

Toujours à la recherche de formes de manifestation innovantes, une cinquantaine d' »Obsédés SESsuels », de retour d’une manifestation nationale qui avait réuni plusieurs centaines de professeurs de SES venus de toute la France, en direction de l’Assemblée nationale, ont réalisé deux « freezes », dans le quartier des Halles à Paris, mercredi 31 mars vers 16h. Les manifestants portaient les t-shirts de combat de l’APSES, et lisaient les grands classiques de notre programme : Bourdieu, Weber, Durkheim, Smith, Hayek…

Bientôt d’autres « freezes » des élèves et des profs de SES, dans les lycées un peu partout en France, pour protester contre l’horaire ridicule des SES en seconde, les suppressions de postes d’enseignants, et l’absence de formation des nouveaux professeurs stagiaires ?… Are you ready ?  😉

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Le nouvel objectif des ZEP : trouver les élèves « à potentiel »

Vendredi 2 avril 2010

Un article intéressant, pour mieux comprendre la notion d' »égalité des chances », et l’évolution de la politique éducative dans les quartiers défavorisés, avec un spécialiste de la question, Daniel Frandji :

 

Éducation prioritaire : « On a désormais un nouveau critère de ciblage des politiques, la potentialité des élèves » (Daniel Frandji, INRP)

« On a aujourd’hui une vision essentialiste des politiques d’éducation prioritaire (PEP). On s’occupe des enfants à potentiel avec l’idée que l’École ne peut plus intégrer tout le monde », estime Daniel Frandji, maître de conférences en sociologie à l’INRP et co-auteur de l’ouvrage « Les politiques d’éducation prioritaire en Europe » (1). Il intervient à l’occasion d’une « journée nationale sur l’éducation prioritaire », jeudi 1er avril 2010, organisée par le Snuipp-FSU.

« Les PEP sont en constante évolution. Il y a sans cesse de nouveaux dispositifs en Europe et dans le monde », explique Daniel Frandji qui distingue des nuances selon les différents pays. « En Angleterre, les PEP sont les plus anciennes d’Europe, explique-t-il. On constate également une profusion de dispositifs, à tel point que pour notre étude, on ne savait plus sur quoi se centrer. » « Au Portugal, elles sont apparues plus tardivement, à la fin des années 1990, et ciblent plus particulièrement un territoire », ajoute-t-il. « En Grèce, les politiques sont très axées sur des critères notamment religieux. Dans les pays d’Europe de l’Est, le ciblage se fait davantage en fonction de l’ethnie. »

LES TROIS ÂGES DES POLITIQUES D’ÉDUCATION PRIORITAIRE

« Dans notre étude, nous avons constaté trois grosses évolutions des politiques d’éducation prioritaires depuis les années 1960. La première concerne les politiques de compensation, initiées par les États-Unis. Elles sont nées dans une période optimiste, celle du ‘Welfare State’ [État-Providence], continue Daniel Frandji. L’idée, c’est que le collège unique n’a pas permis de démocratiser l’école. On pense l’échec scolaire en termes d’inégalités sociales et on cible des territoires socio-économiques dans lesquels agir : en France, c’est la naissance des ZEP. »

« Le second âge est la lutte contre l’exclusion, poursuit-il. On gère les conséquences des inégalités scolaires comme l’insertion et le chômage ou la violence à l’école. On parle du ‘sort des vaincus de la compétition scolaire’ mais on ne se demande plus qui sont ces vaincus. On se contente d’essayer de diminuer leur nombre. »

« Le dernier âge est celui de l’éducation inclusive », indique-t-il. « C’est la multiplication des dispositifs selon des catégories d’élèves. En France, cela correspond aux Segpa et aux PRE. » « On ne s’interroge plus sur le fait que l’école n’arrive pas à intégrer tous les enfants mais on essaie d’intégrer par des filières spécifiques le public le plus large possible. »

INTERNAT D’EXCELLENCE ET ÉDUCATION PRIORITAIRE

« Moi, ce qui me frappe, c’est le tri que l’on nous demande maintenant de faire entre les élèves », explique Rachel Schneider, enseignante en ZEP en Seine-Saint-Denis. « Après les évaluations de CM2, on m’a dit que ce serait bien de ‘piocher’ dans les 10 % de très bons résultats et d’envoyer ces élèves dans un internat d’excellence. »

« C’est dans l’idée de maximiser les capacités déjà existantes des élèves, affirme Daniel Frandji. L’idée d’école commune éclate : elle ne produit plus de compétences. » « On sélectionne dans ces internats des élèves qui ne sont pas ‘violents’, qui ont de bons résultats scolaires : on est loin de l’idéal de permettre à tous de réussir », ajoute Rachel Schneider. « Il existe un nouveau critère de ciblage des politiques d’éducation prioritaire : la ‘potentialité’ des élèves », affirme Daniel Frandji. « Les ZEP étaient conçues pour développer et viser des territoires précis. Avec cette visée d’excellence, on a une vision mortifère des territoires : on enlève les bons élèves pour les mettre ailleurs. »

RÉUSSITE ÉDUCATIVE

« On assiste à un effacement de la politique d’éducation prioritaire territoriale, constate Marc Douaire de l’OZP. On est clairement passé d’une logique de zone à une logique de public. »

« Avec la réussite éducative, on travaille dans des zones en mettant en place des partenariats avec la ville et le quartier », nuance Sylvie Lissorgues, coordinatrice de la réussite éducative de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) et membre de l’Anare. La réussite éducative est un dispositif national qui s’inscrit dans la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005, qui « s’adresse prioritairement aux enfants et aux adolescents de 2 à 16 ans scolarisés dans des établissements des premier et second degrés relevant des zones d’éducation prioritaire et/ou habitant dans des quartiers inscrits dans la géographie de la politique de la ville ».

Pour la majorité des enseignants en ZEP présents, la réussite éducative ne « sert à rien car elle arrive sous l’égide des maires, sur les ruines de tous les autres dispositifs. » « Cette ‘politique’ ne sert à rien. On va proposer à un enfant qui a de graves difficultés de faire du judo : avec la réussite éducative, c’est sûr, tout s’arrange », ironise Charlotte, enseignante en ZEP en Seine-Saint-Denis. « Les personnes référentes, de ce dispositif, arrivent dans l’école et on ne sait pas qui elles sont, ni ce qu’elles font. » « Le problème des politiques éducatives aujourd’hui, c’est que le dispositif est un véritable millefeuille », estime Marc Douaire. « Plus personne ne sait qui fait quoi, ni qui perçoit quoi comme financement. »

L’éducation prioritaire concerne aujourd’hui 1 110 collèges, 254 en RAR, 856 en RRS, soit 20 % des élèves.

(1) « Les politiques d’éducation prioritaire en Europe » de Marc Demeuse, Daniel Frandji, David Greger, Jean-Yves Rochex, INRP, 2008.

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Le bouclier fiscal empêcherait les capitaux de fuir à l’étranger ?

Jeudi 1 avril 2010

FAUX :  M. Sarkozy tient par-dessus tout à ce « bouclier fiscal », mais un blog économique du quotidien Le Monde démonte cet argument, avancé récemment par Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances :

http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2010/04/01/pathetique-defense-du-bouclier-fiscal/#xtor=RSS-32280322

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