Tous les billets de mai 2010

Des économistes s’expriment sur la crise actuelle…

Jeudi 13 mai 2010

… et ne reprennent pas forcément les arguments avancés par le gouvernement ou le patronat, en ce qui concerne les marchés financiers, ou les retraites : une sorte de « désintoxication » salutaire de l’opinion publique, en somme :

Ne manquez pas l’entretien lumineux avec Henri Sterdyniak, professeur d’économie à Paris IX-Dauphine et à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (spécialiste de macroéconomie donc). (sur France 2 : durée 10 mn environ)

L’économiste rejoint implicitement le point de vue du PG dans sa campagne contre l’affolement de l’opinion publique par la droite et le patronat, en montrant que la « réforme » des retraites a été relancée sous la pression du Medef et des marchés financiers, qu’elle n’est en rien urgente (depuis la précédente réforme de 2003).

Les véritables problèmes en France sont selon lui l’insuffisance de la croissance, et le départ précoce des salariés âgés, bien avant 60 ans en fait.

 

Un autre économiste, Bruno Amable, professeur de sciences économiques à l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne (qui n’est pas vraiment un repaire de gauchistes) déclare dans Libération qu' »Il serait temps que les caves se rebiffent », c’est-à-dire que les Français se révoltent contre les marchés, les gouvernements et les médias dominants, qui les prennent pour des c…

Lire ci-dessous :

Il serait temps que les caves se rebiffent

 La crise grecque et ses possibles suites espagnoles et portugaises, les interrogations sur la survie de l’euro puis le plan d’austérité concocté par le FMI de Dominique Strauss-Kahn et celui de François Fillon et de Nicolas Sarkozy pour la France… on se demande si tout le monde n’a pas décidé de donner raison à Naomi Klein qui, dans son dernier best-seller (la Stratégie du choc), explique que le néolibéralisme progresse par chocs violents : on impose des réformes structurelles néolibérales brutalement, immédiatement après une crise, à une population sous le choc et incapable de se ressaisir. Cette stratégie aurait servi après le coup d’Etat au Chili, la guerre des Malouines, l’ouragan Katrina : événements utilisés pour modifier profondément les structures économiques des sociétés concernées.

Les catastrophes naturelles étant heureusement rares sous nos latitudes et les militaires européens n’ayant plus tellement le goût des coups d’Etat, une stratégie néolibérale radicale va devoir se rabattre sur les crises économiques, comme ce fut le cas lors de la crise asiatique de 1997. C’est le rôle que semble opportunément pouvoir tenir la crise gréco-européenne, à condition de l’exploiter habilement. On pourrait alors porter un regard différent sur l’attitude de la chancelière allemande Angela Merkel, qui a retardé autant que possible le soutien à la Grèce, contribuant à accentuer la crise.

Au lieu de n’y voir que tergiversations et hésitations dans l’attente de l’élection en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, on pourrait aussi l’interpréter comme la volonté de dramatiser la situation pour faire accepter plus facilement l’inéluctabilité des «réformes douloureuses» en Allemagne et accessoirement montrer qui commande en Europe. Puisque les Etats sont en faillite (aujourd’hui la Grèce, demain l’Europe…), il faut couper dans les dépenses. Oui mais lesquelles ?

Revenons sur ce problème de dette publique. Comme l’a très bien expliqué Marc Flandreau sur son excellent blog (1), on peut distinguer plusieurs types de dettes publiques ; disons pour simplifier qu’il y a la dette sociale (ce que l’Etat doit à ses citoyens : traitement des fonctionnaires, retraites, protection sociale, etc.) et la dette financière, celle qui prend la forme de titres émis par l’Etat et qui se retrouve sur «les marchés» comme on dit. Il semblerait bien, et c’est un choix politique, que ces deux types de dette ne bénéficient pas du même traitement. La dette financière semble être une dette «senior» et la dette sociale une dette «junior» : la première sera remboursée en priorité, la deuxième passera après et sera honorée s’il reste de quoi.

Justement, il ne resterait plus de quoi et donc il faudrait se serrer la ceinture ; enfin c’est ce que nous répètent, avec la propension naturelle au radotage qui les caractérise, les plus grassement payés de nos éditocrates.

On peut donc anticiper la poursuite de la préparation d’artillerie médiatique, déjà commencée avec la question de l’allongement de l’âge de la retraite, avant l’offensive politique. La prochaine étape devrait être celle de l’assurance-maladie. Parce que vous trouvez ça juste que ceux qui ont les moyens bénéficient de la même protection sociale que les plus défavorisés ? Ce ne serait pas mieux de réserver cette protection aux plus démunis et que les autres contribuent de façon privée, ce ne serait pas plus équitable ?

Eh bien non, c’est un vieux piège néolibéral. En réduisant la population qui bénéficie de la protection sociale, on affaiblit le soutien politique de celle-ci. Si la classe moyenne doit décider de la générosité d’un système dont elle est exclue, on sait où cela va finir : vers la protection sociale minimale du type «filet de sécurité» pour les pauvres et la différenciation de l’accès aux soins selon les revenus.

Le système financier était au bord du gouffre il y a deux ans et aujourd’hui ce sont «les marchés» qui font la leçon aux Etats ; il y a tout de même de quoi être épaté. Finalement les marchés financiers sont peut-être bien ce qu’ils sont supposés être, de fantastiques machines à diversifier les risques : risque zéro pour les banquiers, risque maximal pour les fonctionnaires, les retraités, les malades, les chômeurs… Et dire qu’il n’y a pas deux ans on nous assurait que «le marché tout puissant qui a toujours raison, c’est fini (2)». Excusez-moi si je m’exprime trivialement, mais on ne nous prendrait pas pour des «caves», par hasard ?

(1) http://alternatives-economiques.fr/blogs/flandreau

(2) Nicolas Sarkozy, Toulon, 25 septembre 2008.

 

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A ne pas manquer : un très grand économiste explique très clairement la crise grecque

Dimanche 9 mai 2010

Ne manquez pas l’interview sur France Culture d’André Orléan, l’un des plus grands économistes français, qu’on entend trop peu dans les médias. Démarrez l’écoute de l’émission « Les retours du dimanche » d’aujourd’hui, à 3 min 30, et jusqu’à 29 mn. (une petite demi-heure donc, mais un grand moment, je vous l’assure)

Avec une approche originale, développée depuis les années 80 et faisant intervenir l’anthropologie et la psychologie, donc éloignée de la pensée économique dominante – mais très appréciée en SES 😉 -, André Orléan explique ici de manière lumineuse la crise financière actuelle, ses origines et ses solutions possibles – car elles existent ! Encore faudrait-il un minimum de volonté politique de la part des Etats, par exemple dans la zone euro qui fait la preuve aujourd’hui de sa faiblesse, et de son manque de solidarité entre Etats-membres.

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Ce que les grands patrons français ont gagné en 2009

Vendredi 7 mai 2010

Le quotidien économique Les Echos a réalisé un diaporama sur la rémunération des patrons en 2009.

L’évaluation précise de cette rémunération est compliquée du fait qu’une part du revenu des grands dirigeants est différée (donc reçu plus tard) : stock-options, retraites-chapeaux…

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3 scénarios possibles dans la zone euro

Samedi 1 mai 2010

Alternatives Economiques, dans son numéro de mai, analyse trois scénarios possibles, à propos de la crise grecque qui fragilise toute la zone euro : lisez le texte ci-dessous, de Christian Chavagneux :

 

L’Union européenne n’a jamais été si mal en point. Elle semble certes prête à passer le test grec, mais les risques qui se profilent à l’horizon augurent mal pour les mois qui viennent.

Le premier scénario est celui d’un nouvel emballement sur le dossier grec. Admettons qu’après le déblocage des fonds du plan d’aide à la Grèce, le calme revienne de façon durable sur les marchés financiers, le pays ne sera pas pour autant sorti d’affaire sur le plan budgétaire. L’austérité supplémentaire qui lui est demandée en contrepartie de l’aide risque, en effet, de provoquer un cercle vicieux déflationniste : une baisse non maîtrisée et durable des prix et de l’activité ? qui entraînera à son tour une chute des recettes fiscales ? accroîtra les taux d’intérêt réels et limitera fortement les effets des mesures d’austérité sur le rétablissement du solde budgétaire et de la dette.

Dans les mois qui viennent, on peut s’attendre à de mauvaises nouvelles sur le front grec. Celles-ci pourraient réveiller le volcan des marchés et lui faire cracher de nouveau ses poussières pour embrumer nos économies. Compte tenu des difficultés rencontrées pour aider les Grecs, on n’ose imaginer la cacophonie qui résulterait de la nécessité d’aider l’Espagne si elle devait être touchée. Et cela d’autant plus qu’une aide à l’espagne réclamerait des sommes bien supérieures : entre 350 et 500 milliards d’euros, selon les estimations. L’absence totale de leadership européen, que ce soit de la part de la Commission européenne, d’Herman van Rompuy ou de la présidence espagnole du Conseil européen, fait craindre le pire pour la suite.

La hausse des taux d’intérêt

Le deuxième scénario à risque est celui d’une hausse trop rapide des taux d’intérêt. L’Europe est la zone qui reste le plus à la traîne de la croissance mondiale. Si le reste du monde repart plus vite, les prix du pétrole et des matières premières vont monter, poussés à la fois par la demande et par la spéculation. De quoi rendre la Banque centrale européenne (BCE) nerveuse ; d’autant plus qu’il est à peu près sûr que, dans l’année qui vient, la Fed américaine annoncera haut et fort qu’elle va remonter ses taux à court terme, pour les remonter effectivement ensuite.

L’euro en subira les conséquences en se dépréciant. Cela apportera un soutien aux exportations européennes et à la croissance, mais la BCE ne laissera pas la monnaie commune trop décrocher, surtout si les prix des matières premières alimentent l’inflation. Certes, il n’y aura pas de tensions structurelles sur les prix : l’offre de produits de pays émergents à bas prix sera toujours là, et on voit mal les entreprises qui délocalisent à tour de bras se mettre à augmenter vigoureusement les salaires. Néanmoins, la BCE, toujours soucieuse de protéger les investisseurs détenteurs d’obligations, réagira en augmentant ses taux si des tensions conjoncturelles apparaissent. Au risque d’entraver le retour de la croissance et de l’emploi.

Ce scénario augure également mal pour le coût de la dette publique, si les taux à long terme suivent. Certes, dans un contexte de liquidités mondiales abondantes, le mouvement des taux longs ne reflète plus forcément celui des taux courts. Mais le risque existe que, face à des situations budgétaires tendues et un endettement public élevé, les marchés réclament des taux d’intérêt plus importants pour continuer à prêter aux Etats endettés.

Retour de la rigueur

Ce qui nous amène au troisième scénario de risque : face aux exigences des marchés financiers, les gouvernements peuvent être tentés de montrer leur attachement viscéral à la bonne gestion des deniers publics et de serrer la vis budgétaire par des réductions de dépenses plus rapides. Alors même que l’endettement privé sera encore atone, l’Etat viendrait alors étouffer le dernier moteur interne de la croissance.

Ces trois scénarios de risque font peser une forte menace sur l’Europe. Dès lors qu’aucun mécanisme de solidarité n’existe entre pays européens pour faire face à une crise, la zone euro devient une machine à fabriquer de la divergence entre les économies (comme le soulignent à juste titre Patrick Artus et Marie-Paule Virard, dans leur prochain livre à paraître bientôt Pourquoi il faut partager les revenus), réduisant encore la volonté politique de trouver des solutions communes.

Le pire, c’est précisément le manque de volonté politique. Les dirigeants européens actuels ? à commencer par Jose Manuel Baroso et Herman van Rompuy ?n’ont pas de projet pour relancer la construction européenne. En face, les Etats membres ne veulent pas s’engager dans une évolution qui risquerait de leur enlever la moindre petite parcelle de prérogative nationale. De leur côté, quand elles peuvent s’exprimer, les opinions publiques renvoient surtout une image négative de l’Europe actuelle. On voit donc mal d’où pourrait venir une initiative politique à la hauteur des défis.

Le projet européen n’allait pas bien avant la crise. Depuis, il a pris du plomb dans l’aile.

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