Tous les billets de octobre 2010

Vidéo sur les haricots verts du Kenya

samedi 30 octobre 2010

Les haricots verts du Kenya sont très répandus dans les rayons de nos hypermarchés. Mais après avoir vu ce reportage, tiré de l’émission « Complément d’enquête » sur France 2, vous ne verrez plus ces barquettes de haricots verts extra fins de la même manière…

http://www.dailymotion.com/video/xczkyl Tags : ,

La consommation des ménages tient contre vents et marées

mercredi 27 octobre 2010

Lire cet article sur un blog d’économie du quotidien Le Monde.

Les économistes et analystes (en majorité libéraux, qui critiquent souvent les « rigidités » et le poids des dépenses publiques en France) font observer que la consommation des Français, exceptionnellement stable parmi les pays développés depuis des années, est due certes à une bonne gestion des budgets (les Français sachant bien arbitrer entre consommation et épargne), mais aussi et surtout à la protection sociale qui stabilise les revenus, et soutient ainsi la demande mieux que dans d’autres pays… Keynes n’aurait pas dit mieux.

Un bémol toutefois : ces statistiques de la consommation ne sont qu’une moyenne globale, et prennent en compte les produits de luxe, ce qui signifie que si certains ménages peuvent se permettre de les acheter, d’autres ont beaucoup de mal à terminer leurs mois, et subissent le surendettement et l’incertitude…

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Clichy-sous-Bois veut redevenir une banlieue « normale »

mardi 26 octobre 2010

Des images montrant des projets de rénovation à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, deux des cités les plus tristement célèbres, pour leur misère et leurs émeutes.

Au programme : architecture agréable et urbanisme sage, pour que les habitants des HLM vivent comme tout le monde, tout simplement.

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A voir : documentaire sur l’OMC

vendredi 22 octobre 2010

Je vous invite à regarder le documentaire « Pas assez de volume » (2004), afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’Organisation Mondiale du Commerce, créée en 1995 pour succéder au GATT, et siège des négociations internationales multilatérales (appelées « cycles », rounds) visant à développer le libre-échange, à lever les barrières protectionnistes, et si possible à « réguler » la mondialisation.

Elle est aujourd’hui dirigée par le Français Pascal Lamy (qui à l’époque du film était le commissaire européen au commerce, c’est-à-dire le représentant de l’Europe aux négociations de l’OMC).

Tout le documentaire est passionnant (et bien réalisé), et fait appel à de nombreuses notions étudiées toute l’année en SES. Bien sûr, vous pourrez vous arrêter quand vous voudrez, et ce que vous aurez vu vous apportera déjà beaucoup.

Il s’agit d’un documentaire résolument altermondialiste et antilibéral, donc très critique vis-à-vis de l’OMC ; vous y rencontrerez plusieurs grandes figures altermondialistes, telles que Susan George, René Passet ou le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. 

Faites donc la part des choses, et posez-vous des questions, pour essayer de « contrer » les intervenants de ce film avec des arguments libéraux, comme dans un débat… Vous comprendrez d’autant mieux les enjeux de cette question essentielle.

Chaque extrait : 10-15 mn environ.

1re partie :

http://www.dailymotion.com/video/x20yr6

2e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x20yzu

3e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x210jx

4e partie :

http://www.dailymotion.com/video/x210sl

5e partie

6e partie

7e partie

8e partie

9e partie

10e partie

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Selon le premier sondage public, la majorité des Français soutiennent le mouvement social sur les retraites

vendredi 22 octobre 2010

Ce soutien de l’opinion publique a même tendance à se renforcer, par rapport aux précédents sondages. 69 % des Français interrogés soutiennent « grèves et manifestations ».

Plus surprenant : un peu plus de la moitié des personnes interrogées sont même favorables à la grève dans les transports, et presque la moitié soutiennent le blocage des raffineries.

On observe des différences d’attitude selon les générations : les personnes âgées sont plutôt contre, les jeunes massivement pour… Faut-il rappeler que ce sont les seconds qui sont concernés par ce mouvement social ?

Voir ici les résultats d’un sondage BVA, premier sondage public portant sur le mouvement social actuel, publiés aujourd’hui dans Le Monde.

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Deux responsables lycéens s’expliquent

jeudi 21 octobre 2010

Les responsables des deux principaux « syndicats » lycéens, l’UNL et la FIDL, étaient les invités d’une émission vidéo de Libération, « Parti pris » :

http://www.liberation.fr/politiques/06012546-il-y-a-un-mepris-envers-les-jeunes

Vous pouvez aussi lire le communiqué publié conjointement par les organisations lycéennes et les syndicats concernant les jeunes.

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La France mal classée pour la liberté de la presse

jeudi 21 octobre 2010

ARTICLE DU QUOTIDIEN « LIBERATION » (de gauche) – 20 OCTOBRE

Le pays pointe à la 44e place au classement de Reporters sans Frontières. De façon générale, «l’Europe tombe de son piédestal», juge l’ONG.

Par DOMINIQUE POIRET

(Photo truquée : Reporters Sans Frontières)

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    En matière de liberté de la presse, l’Europe perd encore un peu plus de son leadership. C’est ce que révèle le  classement 2010 établi par Reporters sans frontières (RSF). A l’opposé, le carré des pays les plus répressifs de la planète tend à gonfler. «Plus que jamais, nous observons que développement économique, réformes des institutions et respect des droits fondamentaux ne vont pas forcément ensemble», (idée intéressante, en relation avec les chapitres de terminale Croissance et développement, et La Mondialisation – E. B.) a dit Jean-François Julliard, secrétaire général de l’organisation.

    «Il convient de saluer, d’un côté, les moteurs de la liberté de la presse, Finlande, Islande, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse en tête et, de l’autre, de rendre hommage à la détermination des militants des droits de l’homme, journalistes, blogueurs, qui par le monde défendent avec vaillance le droit de dénoncer et dont le sort occupe toujours nos pensées», souligne Julliard.

    Mais cette neuvième édition, confirme une nouvelle dégradation de la liberté de la presse dans l’Union européenne. Sur les vingt-sept pays membres de l’UE, treize pays se trouvent dans les vingt premiers. Quatorze pays sont sous la vingtième place et certains se retrouvent même très bas dans le classement: Grèce (70e), Bulgarie (70e), Roumanie (52e), Italie (49e). Ce qui va compliquer un peu plus la tâche de RSF auprès des régimes autoritaires, pour leur demander des améliorations. Plus inquiétant encore, plusieurs pays européens déjà signalés par l’organisation ne connaissent aucune progression.

    L’UE risque de perdre son statut de leader mondial

    Il s’agit, en premier lieu, de la France, qui perd encore une place (44e, derrière le Surinam) et de l’Italie, où incidents et autres faits ont jalonné l’année en cours. Selon Julliard, si «l’UE ne se ressaisit pas, elle risque de perdre son statut de leader mondial dans le domaine du respect des droits de l’homme».

    Les USA sont 20e et la Russie à la 140e place derrière la Turquie et l’Ethiopie.

    A l’autre bout du classement, Reporters sans frontières pointe du doigt, «les dix pays où il ne fait pas bon d’être journalistes»: au trio infernal – Erythrée, Corée du Nord, Turkménistan-, il faut ajouter le Yemen, la Chine, le Soudan, l’Iran, la Birmanie, la Syrie et le Rwanda. Pour la première fois, Cuba n’en fait pas partie. «Cette tendance n’augure rien de bon pour l’année 2011. Elle n’est malheureusement pas à l’amélioration dans les pays les plus autoritaires», s’inquiète Jean-François Julliard.

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    Grèves et répression… en 1906

    mercredi 20 octobre 2010

    Un collègue m’a envoyé ceci :

     

    En 1906, des grèves très dures ont eu lieu après une catastrophe dans une mine. Georges Clémenceau (grand homme politique de centre-droit) au pouvoir est accusé par les « socialistes » (classés à l’époque à l’extrême-gauche), et notamment Jean Jaurès (grand homme politique de gauche) à la Chambre des députés, d’avoir durement réprimé ces mouvements de grève.

    Il rétorque à Jaurès qu’il entendait faire respecter la liberté de ceux qui voulaient travailler et que certaines actions justifiaient amplement une telle répression (par exemple, un propriétaire d’une usine de serrurerie a vu son château incendié). Pour justifier le « maintien de l’ordre », Clemenceau s’adresse directement à Jaurès en lui demandant : « vous êtes à ma place, que ferez-vous si votre préfet vous télégraphie : « On pille la maison d’un mineur » ? »
     

    Voici un extrait de la réponse de Jaurès :
     
    « Oui, monsieur le ministre ; la violence, c’est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges.
    Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses !

    Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »
    (Chambre des députés, séance du 19 juin 1906)
     
    Source : La gauche et le pouvoir – Juin 1906 : le débat Jaurès Clemenceau, avec un texte de Gilles Candar et un texte de Manuel Valls, éditions Fondation Jean Jaurès.

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    A qui appartient la biodiversité ?

    mardi 19 octobre 2010

    LISEZ CET ARTICLE D' »ALTERNATIVES ECONOMIQUES » (la revue économique la plus proche de l' »esprit SES ») dans le numéro de ce mois-ci, sur la biodiversité et les tentatives de certains de lui donner un prix, et de l’échanger sur un marché (comme on le fait pour l’énergie par exemple, ou les droits à polluer) :

     

    Alors que se déroule, du 18 au 30 octobre 2010, la Conférence de la Convention sur la Biodiversité à Nagoya, la protection des droits des peuples sur les ressources génétiques présentes sur leurs territoires et utilisées à des fins commerciales peine à se mettre en place.

    Le changement climatique menace gravement notre environnement. Mais ce n’est pas le seul défi majeur auquel nous soyons confrontés: la biodiversité, indispensable à la vie sur Terre, est elle aussi en grand danger. Mieux la protéger, c’est l’objet de la Convention internationale sur la diversité biologique, signée en 1992 dans le cadre du Sommet mondial de Rio. Ce texte entend en particulier lutter contre la biopiraterie, en codifiant les droits des peuples sur les ressources génétiques que recèlent leur pays. Mais la mise en oeuvre de cette convention se révèle très insatisfaisante pour l’instant.

    Dans les années 80, les débuts des biotechnologies laissent espérer un eldorado, avec la création de nombreux nouveaux médicaments ou cosmétiques. A côté des produits de synthèse et de la modification génétique d’organismes déjà connus, les laboratoires se mettent alors en recherche de ressources génétiques de base encore inexploitées. Les chercheurs des pays du Nord se ruent vers les pays du Sud, en particulier vers les zones tropicales, les plus riches en biodiversité et les plus mal connues. Leur mission: recueillir le savoir traditionnel des populations sur les plantes et identifier ainsi les végétaux dont les molécules pourraient posséder des propriétés commercialement intéressantes. Certains chercheurs et certaines multinationales déposent dans la foulée des brevets sur les biomolécules qu’ils jugent les plus prometteuses, profitant de nouvelles règles plus favorables à la propriété intellectuelle mises en oeuvre parallèlement, notamment aux Etats-Unis.

     
    Origines non vérifiées

    C’est alors que surgissent les problèmes, car les populations locales ne sont généralement pas associées aux retombées financières des produits issus de ces brevets. Ces pratiques sont très anciennes, comme dans le cas de la quinine, par exemple. Mais le phénomène a pris une ampleur nouvelle au cours des décennies récentes, même si personne ne sait au juste ce que représente le marché des produits issus de la bioprospection. Dans le cadre d’une étude soutenue par l’Union européenne, deux chercheuses, Kerry Ten Kate et Sarah A. Laird, ont tenté de l’évaluer en 1999: à l’époque, il aurait pesé entre 500 et 800 milliards de dollars chaque année. Une fourchette très large.Du coup, de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) se sont mises à dénoncer ce qu’elles qualifient de « biopiraterie ». L’une des affaires les plus connues en la matière concerne l’arbre de Neem, que l’on trouve en Inde et dont on tire un fongicide. Les vertus antiparasitaires de cet arbre sont connues et utilisées par les Indiens depuis plusieurs siècles. La société américaine G. R. Grace & Company a cependant déposé un brevet sur ce produit en 1990 aux Etats Unis. Un procès retentissant s’en était suivi, que Grace a définitivement perdu en mai 2005. La justice a reconnu que la multinationale n’avait rien inventé. On peut citer également le cas de l’Hoodia, un cactus d’Afrique du Sud grâce auquel Pfizer souhaitait mettre au point un traitement contre l’obésité, ou l’Ayahuasca de l’Equateur, sur lequel le chercheur américain Loren Miller de l’International Plant Medecine Corporation revendique des droits.

    Francis Gurry, vice directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) reconnaît qu’« il faudrait être plus attentif lors de la délivrance d’un brevet pour en vérifier la pertinence, mais les offices sont inondés de demande ». 15 millions de brevets ont en effet été enregistrés dans le monde en 2002, dix fois plus qu’en 1990. Difficile de vérifier avec certitude que les critères d’obtention du brevet sont bien respectés, notamment que l’invention proposée est bien nouvelle. Dans le cas de la biopiraterie, la tâche est d’autant plus ardue que les savoirs des communautés locales ne sont le plus souvent pas écrits, voire n’ont pas vocation à être rendus publics quand ils concernent des pratiques magiques ou religieuses secrètes. « Tout l’outillage juridique actuel concernant la propriété intellectuelle, comme le brevet, est construit à partir de notre vision du monde et est le plus souvent inadapté à la réalité des populations autochtones », rappelle Philippe Karpe, juriste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

    Ceci dit, les exemples de biopiraterie mis en avant sont un peu toujours les mêmes et en nombre limité. L’ampleur réelle du problème est difficile à appréhender. Pour Catherine Aubertin, économiste à l’Institut de recherche sur le développement (IRD), la dérive est probablement surestimée: « Les ONG assimilent systématiquement la bioprospection à la biopiraterie. En réalité, les procès en biopiraterie sont surtout l’expression de frustrations liées aux inégalités des échanges entre le Nord et le Sud. Les peuples indigènes y trouvent une scène pour faire entendre leurs revendications politiques et territoriales. »

     
    Mieux réguler la bioprospection

    La Convention sur la diversité biologique a cependant cherché à mieux réguler la bioprospection. Ce texte ne vise pas à l’interdire. La Convention considère au contraire que celle-ci peut contribuer à préserver la biodiversité: les bénéfices tirés de ces activités peuvent en effet apporter des revenus aux populations locales. Ce qui rend alors moins intéressant la surexploitation à d’autres fins des milieux les plus riches en biodiversité et limite ainsi le risque de leur destruction. Pour ce faire, la Convention introduit une innovation juridique majeure: les ressources génétiques présentes sur le territoire d’un pays cessent d’être considérées comme patrimoine commun de l’humanité et deviennent des ressources nationales au même titre que les ressources minières ou pétrolières. La Convention reconnaît aussi la validité en termes de propriété intellectuelle des savoirs traditionnels liés à l’usage de ces ressources génétiques même s’ils ne sont pas écrits. L’objectif est d’encourager la conclusion de contrats de gré à gré entre industriels, organismes publics et populations locales. 

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    M. Sarkozy est-il le président des riches ?

    lundi 18 octobre 2010

    le-president-des-riches

    Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon forment un couple de sociologues bien connus des élèves de série ES. Ils dissèquent depuis vingt ans le milieu de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie, avec une approche théorique proche de celle de Pierre Bourdieu.

    Leur nouvelle enquête, Le Président des riches : enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, est un livre à la fois rigoureux et militant. Chiffres et faits à l’appui, ils démontrent comment la France se transforme en oligarchie, en un régime politique dans lequel la souveraineté appartient à un petit groupe de personne, à une classe restreinte et privilégiée. Selon ces sociologues, le pouvoir actuel est au service d’une classe, la grande bourgeoisie, dont Nicolas Sarkozy s’est fait le porte-parole. Suite à la soirée au Fouquet’s, après les vacances du nouveau président sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré, les deux sociologues ont décidé de tenir un journal d’enquête qui a abouti à cet ouvrage. Ils racontent « en un récit tragi-comique, les cadeaux faits aux plus riches et les réformes rétrogrades qui conduisent à l’appauvrissement des plus pauvres. »

    En compilant ces faits, les Pinçon-Charlot nous offrent un bilan d’étape de la Sarkozie, et prouvent que le gouvernement mène systématiquement une politique en faveur des nantis. Une démarche d’autant plus précieuse que le mode de gouvernement de l’ « omniprésident » privilégie à la fois l’urgence absolue (un événement en chasse un autre tous les jours), le double discours (il n’est pas rare qu’une chose et son contraire soient annoncées le même jour) mais aussi le mensonge pur et simple, en disant une chose mais faisant son contraire. Un des exemples les plus explicites concerne la « moralisation du capitalisme » et la pseudo-fin des paradis fiscaux. En atteste la vaste blague de la liste noire établie en janvier 2009 des pays « fiscalement non coopératifs », dix huit micro-Etats, qui n’accueillent que 0,6 % des 500 milliards d’euros français installés dans des paradis fiscaux !

    De longs développements sont consacrés à la contre-révolution fiscale de l’été 2007, durant laquelle le seuil du bouclier fiscal a été abaissé de 60 à 50 %, de nouvelles niches fiscales créées et les droits sur les successions et donations quasiment supprimés. Six pour cent des contribuables concernés par le bouclier fiscal ont récupéré 63% du total des restitutions. Un accaparement à l’opposé du partage des richesses ! « 979 bénéficiaires du bouclier fiscal se sont vus restituer 368 millions d’euros, soit un moyenne de 376 134 euros, qui atteint les six millions pour les dix les plus favorisés. Pour Liliane Bettencourt, troisième fortune professionnelle de France, avec 17 milliards d’euros, ce sera 30 millions, soit plus de 5 % du coût global du bouclier. »

    La défiscalisation quasi-totale des successions et des donations, deux mois après l’élection présidentielle, montre les honneurs que Nicolas Sarkozy octroie à un milieu dont l’héritage forme la clef de voûte. Les Pinçon-Charlot ont calculé qu’ « un enfant peut recevoir, tous les six ans, des donations pour un montant cumulé de 313 948 euros ». Ils estiment que deux milliards et demi d’euros sont octroyés chaque année pour « favoriser la transmission des patrimoines familiaux et la pérennité de la classe dominante. Le capitalisme héréditaire est assumé… » « Le sacre de Nicolas Sarkozy est celui du racisme social. L’argent ne doit plus se cacher, il est la consécration naturelle du talent, du courage, de l’utilité sociale et de toute réussite. »

    Un autre épisode a permis à Sarkozy de faire sienne la devise de Guizot (ministre de Louis-Philippe, pendant la Révolution industrielle) « Enrichissez-vous » : celui du sauvetage des banques. La dette contractée par l’État pour renflouer les banques au cœur de la crise financière de l’automne 2008 creuse le déficit tout en renflouant les rentiers ! « Les coûts du remboursement de la dette, liée notamment à tous ces cadeaux faits aux riches, doivent être couverts au prix de coupes sévères dans les dépenses publiques et sociales. » Les profits restent privés mais la dette est socialisée.

    Ainsi, il a été décidé d’« aider les banques… mais sans se mêler de leurs affaires. L’absence de contrôle sur l’utilisation de ces milliards d’euros a permis une relance de l’activité spéculative, qui avait justement mené à la crise ». Les Pinçon-Charlot démontrent également comment l’État organise sa propre insolvabilité (« il n’y a plus d’argent dans les caisses », « nous sommes en faillite », « l’Etat est obligé d’emprunter pour payer 10 % des retraites »…)

    Des anecdotes plus personnelles sont égrenées tout au long de l’ouvrage. Quelques épisodes croustillants illustrent le népotisme (placer sa famille ou ses amis proches à des postes importants) du Président. La liste d’amis intimes directement favorisés par le pouvoir est réellement impressionnante, les détails des petits arrangements troublants. Les conflits d’intérêts fourmillent. On l’a vu quand le Président a tenté d’installer son fils à la présidence de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de La Défense : premier quartier d’affaires d’Europe). Garder un contrôle total du fief « Hauts-de-Seine » semble être une préoccupation majeure du Président. Ainsi, les Pinçon-Charlot montrent comment le projet de loi sur le Grand Paris favorise essentiellement les intérêts des Hauts-de-Seine (banlieue ouest, département le plus riche de France).

    Pour porter des coups fatals à l’oligarchie économique et financière, les Pinçon-Charlot invitent à nationaliser les banques et les agences de notations, à interdire la titrisation, et d’autres mesures radicales, sur lesquelles on n’est pas obligé de les suivre… Enfin, dans un épilogue intitulé « Que faire des riches ? », Michel et Monique nous engagent simplement à « faire des riches notre exemple », dans la mesure où leur puissance est due à leur solidarité.

     

    Le Président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Ed. Zones.

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