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La réforme des retraites n’est pas due à une contrainte démographique

dimanche 17 octobre 2010

C’EST CE QU’EXPLIQUE UN ARTICLE DE « DECHIFFRAGES », UN BLOG D’ECONOMIE DU QUOTIDIEN LE MONDE (11 octobre), FACILE A LIRE : 

On peut tout dire de la réforme des retraites, sauf qu’elle est dictée par une contrainte démographique. Elle vise en réalité à réduire la part de la richesse nationale consacrée au financement public des pensions. Les chiffres officiels illustrent  ce dessein, que plusieurs responsables gouvernementaux ont d’ailleurs proclamé.

L’office statistique de la commission européenne, Eurostat vient à point d’actualiser ses projections. Celles-ci  indiquent la part de son PIB que chaque pays de l’Union consacre et devra consacrer au financement des pensions d’ici à 2060, pour faire face au surcoût dû au choc démographique.  

La France y apparaît en position très favorable.  C’est un des pays où le papy-boom sera le moins onéreux. Le surcoût n’y dépassera pas un dixième de point de PIB d’ici à 2025 ; et il atteindra un point à son apogée, en 2035, avant de diminuer progressivement jusqu’en 2060.

Bref, le PIB français étant d’environ 2.000 milliards d’euros, le « choc démographique » proprement dit n’impose qu’une réforme d’ampleur dérisoire : de quoi financer un surcoût de 2 milliards d’euros d’ici 2020 et 20 milliards d’ici 2035. Le papy-boom est bien loin d’imposer la réforme en cours, dont l’ampleur  atteint 43,8 milliards d’euros à l’horizon 2018, dont 18,6 milliards pour les seules mesures d’âge, comme le rappelait Eric Woerth le 5 octobre, en la présentant  au Sénat. 

Certes, la France est le pays d’Europe où le poids des retraites dans le PIB est aujourd’hui le plus lourd : 13,5% du PIB. Cette caractéristique n’est pas récente. Le coût des pensions atteignait déjà 13,5% du PIB français en 1996. Cette générosité garantit des revenus décents à  la plupart des retraités, de sorte que le taux de pauvreté des personnes âgées est en France un des plus bas du monde.

Mais cela ne semble pas devoir durer. Le faible impact du papy-boom sur les futures dépenses de retraites reflète les effets de la réforme engagée durant l’été 1993 par le gouvernement Balladur.  Ses principales dispositions, qui réduisent drastiquement le niveau des pensions, sont loin d’avoir produit tous leurs effets. D’ici à 2030, le taux de remplacement du dernier salaire par la pension de retraite chutera de 62,3% aujourd’hui en moyenne à 52,9%. Cela correspond à un revenu amputé de 16%, contre 7% en moyenne dans les pays de l’OCDE, comme le rappelle un tout récent document de travail du FMI.

Pourquoi, dans ces conditions, le gouvernement veut-il à tout prix imposer sa réforme ? Il cherche sans aucun doute à réduire le déficit public en comprimant la dépense, alors que le déficit s’est creusé sous l’effet de la crise, par contraction des recettes . Le 3 mai dernier, sur France 2, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, avait tranquillement justifié l’argument de la peur  et l’opportunité à saisir :

« Il y a un sondage qui montre que 75% des Français craignent qu’un jour, la situation de la France rejoigne la situation de la Grèce. C’est peu plausible, parce que la situation de la Grèce est très particulière. Mais cela montre qu’il y a une inquiétude et que donc, les responsables politiques doivent saisir cette opportunité pour dire aux Français : ben voilà, donc si on veut éviter cette situation il faut qu’on fasse des efforts, tous. »

« Tous » ? Pas tout à fait, puisque le bouclier fiscal demeure, et surtout l’amendement Copé, qui exonère  les cessions de filiales d’impôt sur les plus values, et vient de coûter à l’Etat 20,5 milliards d’euros en deux  ans. Si l’on cherche vraiment à réduire le déficit public, peut-être pourrait-on commencer par abroger les plus injustifiables baisses d’impôts.

Le gouvernement sait bien pourquoi il veut d’abord réduire la dépense publique. Il espère ainsi augmenter la dépense privée – et les profits qui vont avec. En matière de retraites, la voie fut tracée il y a belle lurette. Dès 1993, un homme définit la stratégie, qu’il, expliqua ainsi :

«  L’encouragement à la création, avec avantages fiscaux, de régimes de capitalisation, n’a pas à être présenté comme une solution, même partielle, à des régimes de répartition qui auraient échoué.

«  Les fonds d’épargne-retraite auront toujours en France un rôle marginal et complémentaire. C’est uniquement si l’on pose ce principe que l’on aboutira à obtenir du législateur et des partenaires sociaux l’incitation à de vrais régimes de capitalisation favorisant l’épargne longue et les fonds propres des entreprises. »

Cet homme était Raymond Soubie. Il dirigeait alors un lobby d’assureurs. Il est aujourd’hui conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires sociales et, de toute évidence, il n’a pas perdu la main.

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Une commission de déontologie s’était opposée à l’usage des flash-balls dans les manifestations

vendredi 15 octobre 2010

    

 

 

Un article de Libération du 11 mars 2010 (il y a 7 mois donc) rapportait l’avis de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, concernant l’usage du flash-ball, qui avait déjà provoqué des blessures graves lors de manifestations en 2009.

Hier, un lycéen de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a reçu un tir de flash-ball dans la tête ; il pourrait perdre un oeil, alors que les policiers n’étaient en rien en situation de légitime défense. Ce drame aurait pu être évité.

UNE VIDEO D’UN JEUNE MONTRE PRECISEMENT CETTE SCENE :

http://www.dailymotion.com/video/xf7czf

Pour mieux se rendre compte du comportement de la police, voici ci-dessous le compte-rendu précis et intéressant de la journée du 14, au lycée de Montrouge (Hauts-de-Seine), par une professeure :
 
Les infos suivantes ne sont pas des rumeurs: elles ont été assemblées après une réunion aujourd’hui jeudi à 13h entre des professeurs, le proviseur et son adjoint.
 
 Hier mercredi, des jeunes non scolarisés au lycée sont venus, ont brûlé quelques poubelles et lancé des bouteilles. Les policiers sont restés à distance, les pompiers ont éteint le feu.

 Le JT de France 2 le soir a montré des images des débris, et du portail, avec le nom du lycée visible.
 
L’IA et la Préfecture avaient donc décidé d’une importante présence policière ce matin, aux deux bouts de la rue. Administration et surveillants filtraient l’accès en demandant les carnets de correspondance. Des policiers ont participé de façon peu aimable à ce contrôle.
 
Dans une rue adjacente, un automobiliste non-identifié a distribué à des élèves des badges et drapeaux
CFDT. De l’avis des profs et du proviseur, il s’agit là d’une manip’ grossière, on ne voit pas ce que la CFDT viendrait faire là.
 
Toute manifestation étant ce jour interdite devant le lycée, comme nous avons entendu des policiers le dire fort
à plusieurs reprises, les élèves ainsi équipés se sont fait charger et 4 d’entre eux arrêter. Une élève filmant la scène a été forcée d’effacer ses images, dans un véhicule policier. Des policiers (ou CRS) ont insulté des élèves (« salope, pute ») et ont brandi (sans tirer) des flashballs tout prêt des visages d’élèves.
 
Le calme étant revenu, un face à face s’est prolongé jusqu’à midi dans la rue, avec des professeurs entre les policiers et les élèves.
 
La réunion de 13h a permis d’établir tous ces éléments. Le proviseur n’est pas content qu’aucune
arrestation n’ait eu lieu le jour des violences… et que l’inverse se soit produit aujourd’hui. Il entend éclaircir cette histoire de distribution d’insignes. Et souhaite que le dispositif policier soit différent demain.
 
Vers 16h, 3 des 4 élèves avaient été relachés.
 
Des professeurs ont demandé la fermeture du lycée demain, en passant par le proviseur, pour raisons de
sécurité. L’Inspection académique a refusé.
 
Les élèves semblant préparer un blocus pour demain matin, plusieurs professeurs seront présents dès 8h, on attend aussi des éducateurs de Bagneux et des parents du lycée.
 
Les professeurs mobilisés contre la réforme des retraites regrettent que ce genre d’évènements détourne
l’attention.
 
 
Florence Arié (présente au lycée de 9h à 15h)

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Journée d’action des lycéens le 14 : ça démarre doucement…

jeudi 14 octobre 2010

Le jeudi 14, à l’appel des organisations lycéennes (UNL, FIDL), plusieurs manifestations ont eu lieu en France. Pour le moment, le nombre de manifestants reste limité, mais le nombre d’actions et de blocages de lycée a tendance à augmenter.

Des images, par le quotidien Le Monde.

Un article sur cette journée.

Le quotidien Libération rapporte une lettre envoyée par les proviseurs aux parents, pour les inciter à interdire à leurs enfants de participer à des blocages.

Une carte des manifestations en France, toujours dans Le Monde (quotidien sérieux, « de référence »).

Enfin, une petite vidéo où des historiens analysent un terme qui revient sans cesse en ce moment : « irresponsable » en parlant des manifestants lycéens, et des adultes qui sont censés les avoir envoyés dans la rue…

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Comprendre et lutter contre la pauvreté dans le monde : entretien avec une (déjà) grande économiste, Esther Duflo

jeudi 14 octobre 2010

Nous avons déjà parlé sur ce blog il y a un mois d’Esther Duflo, économiste française mais qui travaille aux Etats-Unis – au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT). Déjà reconnue au plan mondial, malgré son jeune âge, elle est titulaire d’une chaire au Collège de France – l’institution universitaire la plus prestigieuse en France.

Esther Duflo est spécialiste d’économie du développement. Elle cherche à « exploser », comme elle dit, la Pauvreté en une multitude de problèmes plus limités et donc plus faciles à résoudre (cette méthode ayant déjà été proposée par René Descartes au XVIIe s. : ça c’est pour le cours de philo… ;)). Elle applique à ses travaux la méthode expérimentale, assez rare parmi les chercheurs en économie : tester des solutions à petite échelle, sur le terrain.

http://www.dailymotion.com/video/xc3rs1 Tags : ,

12 octobre : les plus grandes manifestations depuis quinze ans

mercredi 13 octobre 2010

Le magazine Le Point (qui n’est pas une revue d’extrême-gauche) estime qu’il s’agit des plus grandes manifestations en France depuis quinze ans.

A Marseille, comme d’habitude, l’écart entre la police et les syndicats pour le calcul du nombre de manifestants a été énorme : un syndicat de police dénonce un maquillage des chiffres.

Voici des images orignales : la participation aux manifestation pour les retraites du Théâtre du Soleil.

Enfin, il ne faut pas oublier un aspect essentiel de tout mouvement social : le rôle joué par les médias. Aujourd’hui, certains médias, qui avaient minimisé la mobilisation jusqu’à présent, entonnent désormais le grand air de la radicalisation, l’embrigadement des jeunes (comme si les profs pouvaient forcer leurs élèves à descendre dans la rue), etc.

Voir l’analyse d’un site consacré à l’analyse des médias, Acrimed.

 

Et pour finir, pour vous donner une idée de ce que sont ces manifestations (les lycéens auxquels je m’adresse en priorité n’étant pas censés le savoir…), voici quelques images de la manifestation précédente, le 23 septembre, à Paris .

Et une petite vidéo de la manifestation à Bobigny (93) ce 12 octobre : « C’est dans la rue que ça se passe, quand il se passe quelque chose… » 🙂

Image de prévisualisation YouTube

 

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La France 3ème au palmarès des millionnaires en dollars

mardi 12 octobre 2010

On dit souvent que les impôts en France font fuir les riches à l’étranger…

Le Figaro – quotidien libéral – rapporte l’étude d’une banque suisse sur les millionnaires en dollars dans le monde : la France se classe au 3ème rang mondial, avec 2,2 millions de millionnaires (9 % des millionnaires du monde) qui vivent chez nous. 

Par ailleurs, la France dépasse le Royaume-Uni (qui a presque la même population) pour le PIB par habitant, et elle dépasse aussi le Japon. Pas trop mal pour un pays que certains disent en faillite, et ne pouvant plus payer ses retraites…

On apprend aussi que les millionnaires dans le monde représentent 0,5 % (1/200) de la population, et détiennent 35 % (1/3) de la richesse totale !

 

Sur cette question des très grandes fortunes, écoutons le milliardaire Warren Buffett, très écouté dans le monde financier (propos tenus dans un colloque récent aux Etats-Unis – article du Figaro le 5 octobre) :

Les Etats-Unis devraient imposer davantage les plus riches, a estimé le milliardaire américain Warren Buffett, troisième fortune mondiale, lors d’une colloque sur les femmes les plus puissantes organisé par le magazine Fortune aujourd’hui à Washington.

« On va avoir besoin d’environ 20% du PIB pour financer tout ce qu’on croit avoir le droit d’avoir dans ce pays et personne ne va nous donner cet argent », a déclaré M. Buffett, un des rares invités masculins de cette conférence.

« Si vous ne le prenez pas auprès de gens comme moi, vous n’allez pas l’avoir de la part de ceux qui leur servent à manger », a lancé le milliardaire qui a promis de verser la quasi-totalité de sa fortune à des oeuvres philanthropiques.

Grâce aux réductions d’impôts accordées aux plus riches par le président George W. Bush, Warren Buffett affirme avoir été l’individu proportionnellement le moins imposé au sein de son propre bureau, mieux placé que sa secrétaire et la femme de ménage.
« Je paye un plus bas taux d’imposition que la femme de ménage et ce n’est pas comme cela que le système devrait fonctionner », a ajouté M. Buffett, PDG de la holding d’investissement Berkshire Hathaway.

La question de l’extension des mesures fiscales en faveur des plus riches est au centre du débat électoral à quelques semaines des élections parlementaires de mi-mandat.

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Un économiste américain dénonce la « folie » et la « terreur » créées par « les marchés »

lundi 11 octobre 2010

Qu’est-ce que « le(s) marché(s) », et « la confiance des marchés », dont on nous rebat les oreilles tous les jours, pour justifier toutes sortes de politiques – allant souvent à l’encontre des acquis sociaux de la population – ?

UN TEXTE LUMINEUX, ET FACILE A LIRE, PAR UN GRAND ECONOMISTE AMERICAIN, DANI RODRIK (daté du 9 septembre, et traduit par Gilles Raveaud) :

 

Le monde à l’envers des économistes (ou de certains d’entre eux)

L’Espagne, dont le chômage à atteint 20% et où la demande reste faible, vient de décider d’une réforme du droit du travail qui facilite les licenciements.

J’espère que quelqu’un au FMI ou à l’OCDE – les deux institutions qui ont convaincu les Espagnols de l’urgence et de la nécessité d’une telle réforme – saura m’expliquer comment le fait de réduire le coût du licenciement pour les employeurs permettra de réduire le chômage, à un moment où les entreprises cherchent à se séparer de leurs salariés [parce qu’il n’y a pas suffisamment d’acheteurs pour les biens et services qu’elles essaient de vendre].

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L’épouvantail de la confiance du marché

Un spectre hante l’Europe, celui « la confiance du marché »

La peur du communisme a peut-être été une source d’inquiétude pour les gouvernements au moment où Karl Marx couchait sur le papier les premiers mots de son fameux manifeste en 1949, mais aujourd’hui, ce qu’ils redoutent est que l’humeur du marché puisse se retourner contre eux et ne creuse les écarts entre les obligations d’Etat. Les gouvernements un peu partout dans le monde sont obligés de procéder à des contractions budgétaires prématurées, même si le chômage reste très élevé et que la demande privée montre quelques soubresauts. Nombre d’entre eux sont obligés d’entreprendre des réformes structurelles auxquelles ils ne croient pas vraiment – simplement parce que ne pas le faire serait mal perçu par les marchés.

La terreur que fait régner l’humeur du marché fut à une époque le fléau des seules nations pauvres. Au cours de la crise de la dette latino-américaine des années 80 ou au cours de la crise financière asiatique de 1997, par exemple, les économies en développement lourdement endettées pensaient qu’ils avaient peu d’options si ce n’est d’avaler l’amère pilule – à moins de faire face à un torrent d’exode des capitaux. Il semble que ce soit aujourd’hui au tour de l’Espagne, de la France, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et, selon de nombreux analystes, des Etats-Unis même.

Si l’on veut continuer à emprunter de l’argent, il faut convaincre le prêteur que l’on sera en mesure de rembourser. C’est évident. Mais en temps de crise, la confiance du marché suit sa propre logique. Elle devient un concept éthéré dénué d’un réel contenu économique. Elle devient ce que les philosophes appellent une « construction sociale » – quelque chose qui est réel uniquement parce que l’on est convaincu qu’elle l’est.

Car, si la logique économique était claire et nette, les gouvernements n’auraient pas à justifier de leurs décisions en fonction de la confiance du marché. Savoir quelles sont les politiques qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas serait une évidence, et adopter les « bonnes » politiques serait la façon la plus sûre de restaurer la confiance des marchés. Rechercher cette confiance du marché deviendrait superflu.

Donc, si la confiance du marché veut dire quelque chose, ce doit être quelque chose qui ne peut pas être simplement déterminé par les fondamentaux économiques. Mais qu’est-ce donc ?

Marx expliquait dans son Manifeste Communiste qu’il était « grand temps pour les communistes d’exposer ouvertement au monde entier leur vision, leurs objectifs, leurs tendances et de se mesurer à cette petite musique du spectre du communisme avec le propre Manifeste du parti. » De même, il serait une bonne chose que les marchés clarifient ce qu’ils entendent par « confiance » afin que nous puissions tous savoir de quoi il est question.

Bien sûr, il est peu probable que les ‘marchés’ le fassent. Et ce n’est pas uniquement parce que les marchés sont composés d’une multitude d’investisseurs et de spéculateurs dont on ne peut s’attendre à ce qu’ils publient un « programme de parti », mais plus fondamentalement parce que les marchés n’en ont vraiment aucune idée.

La capacité d’un gouvernement et sa volonté à rembourser sa dette dépendent d’un nombre presque infini de contingences présentes et futures. Cela ne dépend pas uniquement de ses programmes budgétaire et de dépenses mais aussi de l’état de l’économie, de la conjoncture extérieure et du contexte politique. Tous ces éléments sont très aléatoires et exigent de faire un certain nombre de suppositions pour permettre d’établir quelque avis que ce soit sur la solvabilité.

Les marchés semblent aujourd’hui penser que les énormes déficits budgétaires constituent la plus grande menace pour la solvabilité d’un gouvernement. Ils peuvent dès demain estimer que le vrai problème est la croissance lente, et regretter les mesures budgétaires strictes qui ont contribué à la produire.

Ils s’inquiètent aujourd’hui de la mollesse des gouvernements incapables de prendre les mesures difficiles nécessaires pour gérer la crise. Ils auront peut-être quelques insomnies demain à propos des nombreuses manifestations et des conflits sociaux que les politiques économiques strictes auront provoqué.

Rares sont ceux qui peuvent prédire l’humeur du marché, encore moins les propres acteurs de ces marchés. Même avec le recul, il n’est pas toujours facile d’expliquer pourquoi les marchés vont dans une direction plutôt qu’une autre. Des politiques similaires produiront des réactions différentes du marché en fonction de la vision dominante, ou de la mode du moment. C’est pourquoi piloter l’économie en fonction des diktats de la confiance des marchés n’est que pure folie.

A toute chose, malheur est bon et contrairement aux économistes et aux hommes politiques, les marchés n’ont aucune idéologie. Tant que l’argent entre, ils se moquent d’avoir à ravaler leurs mots. Ils veulent juste que « cela fonctionne » – que tout soit fait pour contribuer à produire un environnement économique stable et sain, propice au remboursement la dette. Lorsque les circonstances deviennent vraiment difficiles, ils tolèreront la restructuration de la dette – si la seule alternative est le chaos et la perspective de lourdes pertes.

Cela laisse une certaine marge de manouvre aux gouvernements et permet aux responsables politiques confiants de prendre en charge leur propre avenir. Cela leur permet de déterminer le discours qui leur assurera la confiance du marché, plutôt que d’être toujours à la traine.

Mais pour faire bon usage de cette marge de manouvre, les politiciens doivent articuler un récit cohérent, consistant et crédible de ce qu’ils font, basé à la fois sur des politiques bonnes et des décisions économiques bonnes. Ils doivent dire : « nous agissons ainsi non pas parce que les marchés nous le demandent, mais parce que c’est bon pour nous et voici pourquoi. »

Leur discours devra convaincre leur électorat autant que les marchés. S’ils y parviennent, ils pourront poursuivre leurs propres priorités tout en préservant la confiance du marché.

C’est bien là où les gouvernements européens (ainsi que leurs conseillers économiques) ont raté le coche. Plutôt que de faire face au défi, les dirigeants ont dans un premier temps tergiversé puis ont cédé sous la pression. Ils ont fini par fétichiser les annonces des analystes du marché. Ce faisant, ils se sont privés de politiques économiquement souhaitables, plus susceptibles de rassembler un large soutien populaire.

Si la crise actuelle s’aggrave, la responsabilité en incombera principalement aux responsables politiques – non parce qu’ils auront ignoré les marchés, mais parce qu’ils les auront pris au sérieux.

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Et si la défaite de 1940 avait été voulue ?

samedi 9 octobre 2010

La découverte la semaine dernière d’un document autographe du Maréchal Pétain, où celui-ci durcissait lui-même les mesures de discrimination contre les Juifs en 1940, est l’occasion de revenir sur les travaux de l’historienne Annie Lacroix-Riz (ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, professeur d’université) sur l’activité des sociétés secrètes d’extrême-droite dans les années 30, visant à renverser la République et à instaurer un régime fasciste. Celles-ci n’avaient rien de folklorique, et réunissaient des personnalités influentes de la banque, de l’industrie ou de l’armée (Pétain et Weygand en faisaient partie dès les années 30 !) 

Pour ceux qui veulent comprendre l’Histoire, cette vidéo est longue mais passionnante, à ne pas manquer !

http://www.dailymotion.com/video/xztbh

Pour ceux qui ont apprécié : voici une conférence plus longue, plus développée, et tout aussi passionnante :

http://www.dailymotion.com/video/xe30j6_1940-le-choix-de-la-defaite_news

Comment comprendre l’engagement massif du patronat dans la « collaboration économique  » avec les Allemands sous l’Occupation sans s’interroger sur la phase précédente ? Pourquoi Hitler n’a-t-il pas été renversé dans les années 30, alors que tout le monde connaissait son intention de faire la guerre, mais savait que l’Allemagne n’était pas encore prête ?

À la lumière d’archives françaises et étrangères nouvelles, Annie Lacroix-Riz revient sur les origines de Vichy. On peut parler d’une approche marxiste de cette période, qui met en exergue le caractère déterminant de l’économie dans le fonctionnement de la société française des années 30, et bouleverse notre approche de la défaite française de 1940, et des relations internationales à cette époque. Cet ouvrage montre, documents à l’appui, que les hommes de Vichy ont préparé leur arrivée au pouvoir (dans ces clubs et ces sociétés secrètes) et que la transformation des institutions et la reprise en main des salariés et des syndicats, souhaitées par eux, passait par la défaite française.

L’ouvrage montre ainsi que la très surprenante défaite de 1940 ne l’est peut-être pas tant que cela, et que les causes de l’Occupation sont avant tout intérieures. Il aborde la question de la nature des actions et des complots successifs menés de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin : abandon de l’Espagne républicaine, accords de Munich, trahison de l’alliance avec l’URSS (qui fut alors obligée de signer le « pacte germano-soviétique » pour gagner du temps et se préparer militairement)…

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L’espérance de vie des Américains se dégrade

vendredi 8 octobre 2010

Malgré un système de santé très coûteux, le classement des Etats-Unis par rapport aux autres pays développés, en termes d’espérance de vie (et notamment d’espérance de vie « en bonne santé ») – qui comme nous le savons est un des critères du développement (dans le fameux Indicateur de Développement Humain) a reculé ces dernières années :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/10/07/esperance-de-vie-les-etats-unis-reculent-au-classement-des-pays-industrialises_1422014_3222.html

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Le jugement de Kerviel décortiqué par un avocat

jeudi 7 octobre 2010

«On a tué le soldat Kerviel» pour «sauver la Générale», a déclaré l'ex-trader.

L’ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel avait géré jusqu’à 50 milliards d’euros, de manière illicite, et sa banque avait perdu 5 milliards d’euros en liquidant ces placements. Pour ces fraudes, Kerviel a été condamné à trois ans de prison ferme et deux autres avec sursis, assorti de dommages et intérêts de près de 5 milliards d’euros à rembourser à la banque.

La Société Générale sort donc totalement blanchie de cette affaire. Kerviel est coupable, il n’y a pas de doute, et il doit donc être condamné à la hauteur du préjudice causé, mais est-il le seul coupable ?

Sur son blog, un avocat – qui écrit sous le pseudonyme de « Maître Eolas » – analyse dans le détail (mais de manière très accessible) le jugement.

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