Tous les billets de novembre 2010

Les salaires progressent peu dans les grandes entreprises

lundi 29 novembre 2010

Voici une interview très intéressante dans le magazine économique L’Expansion, à propos d’une comparaison entre l’évolution des salaires et celle de la productivité, dans les entreprises du CAC40… :

Pourquoi les salaires du CAC 40 augmentent moins vite que la productivité

Franck Dedieu – publié le 26/11/2010

En 10 ans, les salaires des grandes entreprises françaises ont augmenté de 15% tandis que la productivité bondissait de 27%. Les explications d’Emmanuel Dayan, directeur général délégué de Detroyat Associés.

Votre étude minutieuse sur une vingtaine de grandes sociétés françaises montre une augmentation de la productivité par salarié de 27% en dix ans. Comment cette performance a-t-elle été obtenue ? Et y a-t-il des différences selon les secteurs d’activités ?
Emmanuel Dayan : Cette augmentation doit être comparée à l’inflation sur 10 ans. Hors inflation, la croissance annuelle du chiffre d’affaires par employé est inférieure à 0,5%. C’est peu pour des groupes internationaux dont les ventes ont progressé ces dix dernières années de 3% par an en euros constants. En réalité, ces groupes ne bénéficient plus des gains de productivité qu’avaient permis les progrès technologiques et l’accumulation de capital dans les décennies d’après-guerre. Désormais, l’augmentation des effectifs accompagne l’augmentation des ventes. La croissance est devenue plus riche en emplois, même si l’on ne le perçoit pas ainsi en France où l’activité et les effectifs stagnent ou décroissent. Aujourd’hui encore, ce sont les sociétés qui nécessitent le plus de capitaux, dans l’industrie et les télécoms, qui permettent d’obtenir des gains de productivité significatifs, souvent au prix de restructurations douloureuses. Dans les services, l’emploi progresse plus vite que le chiffre d’affaires.

Sur la période 1999-2009, les salaires ont aussi augmenté mais de 15% donc presque deux fois moins vite que la productivité. Les fleurons français ont-ils inégalement réparti la valeur ajoutée au bénéfice du capital ?Ils ont surtout été plus actifs à l’international. Au cours de cette décennie, la part des effectifs hors de France a fortement augmenté. Il y aurait aujourd’hui moins d’un tiers des salariés des sociétés du CAC 40 employés en France, contre la moitié en 1998. Le développement international, surtout dans les pays émergents, a permis de limiter l’augmentation des frais de personnel. Dans le même temps, les groupes à forte intensité capitalistique ont poursuivi leur mutation vers l’emploi qualifié : moins d’emplois, mais de l’emploi plus cher pour innover et utiliser les nouvelles technologies. Ce sont les sociétés de service qui limitent le plus les coûts salariaux parce qu’ils représentent l’essentiel de leur valeur ajoutée, mais ce sont elles qui créent le plus d’emplois : Carrefour a un demi-million d’employés dans le monde.

Augmentation forte de la productivité et modérée des salaires pour le CAC 40… Les PME ont-elles le même profil économique ?Les PME mobilisent moins de capitaux, sont moins présentes à l’international et créent davantage d’emplois en France. Mais elles sont très attentives à l’évolution de leurs charges de personnel et les salaires sont plus élevés dans les grandes entreprises.

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Grèce-Irlande-Portugal : les peuples boivent l’austérité jusqu’à la lie, et les banques françaises se prennent le bouillon

jeudi 25 novembre 2010

En Grèce au printemps dernier, en Irlande la semaine dernière et aujourd’hui au Portugal (où a eu lieu hier la plus grande grève générale depuis 1988), les cures d’austérité se suivent et se ressemblent : diminution des salaires des fonctionnaires et des aides sociales, hausse des impôts…

Les pays sont différents : l’Irlande souffre de l’éclatement d’une bulle immobilière notamment (après avoir connu une période d’expansion économique très rapide, avec des méthodes peu orthodoxes au sein de la zone euro, puisque l’Irlande se comportait quasiment comme un paradis fiscal), alors que la Grèce et le Portugal se trouvent dans un marasme économique depuis plusieurs années. Mais dans tous les cas, c’est le peuple qui paie, alors qu’il n’est pas responsable de la crise financière. Contrairement à la France, ces pays ne bénéficient pas d’un filet de protection sociale, d’où un accroissement rapide de la pauvreté. Les responsables, les financiers qui ont spéculé durant des années et mené ces pays à la catastrophe, non seulement ne sont pas sanctionnés mais reçoivent des milliards d’euros d’aides internationales (85 milliards d’euros par exemple pour le plan de sauvetage du système bancaire irlandais).

LES BANQUES NE PAIERONT RIEN ? PAS SI SUR : LES BANQUES FRANCAISES SONT TRES EXPOSEES A LA CRISE FINANCIERE EN GRECE, EN IRLANDE ET MAINTENANT AU PORTUGAL :

(lire ci-dessous un article dans Slate.fr – mis en gras par moi)

Quelles sont les banques potentiellement les plus affectées par la crise de la dette européenne? C’est la question à laquelle permet de répondre en partie un document de la banque américaine Morgan Stanley, révélé par FT Alphaville, un blog du Financial Times: il chiffre l’exposition (les sommes engagées sous forme de prêts, soit aux Etats —les dettes souveraines—, soit à l’économie en général) des principales banques de l’Union en Irlande, au Portugal et en Grèce.

Et à ce petit jeu, les banques françaises sont placées très haut. L’exposition totale du Crédit Agricole, qui est notamment très actif en Grèce depuis le rachat en 2006 de la banque Emporiki, est en effet évaluée à 35 milliards d’euros (dont un peu plus de 3 milliards d’euros de dette souveraine), soit 123% de sa valeur (actif net). La suit la banque franco-luxembourgeoise Dexia: sauvée de la faillite de justesse à l’automne 2008, celle-ci est exposée sur 119% de sa valeur, dont 75% de dettes souveraines (le courtier KBW, cité sur le site TradingSat, estime qu’elle est la banque française la plus exposée à l’économie portugaise). La troisième de ce «podium» est la britannique Royal Bank of Scotland, très active en Irlande.

Les autres banques françaises citées par le document, Société Générale, BNP Paribas et Natixis (filiale de banque d’investissement des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne), affichent des taux d’exposition de respectivement 29%, 19% et 10%. Récemment sacrée première banque mondiale en termes d’actifs par l’agence Bloomberg (dont les calculs sont contestés), BNP Paribas est la banque la plus exposée du classement aux dettes souveraines de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, avec un total de 8 milliards d’euros.

Et si l’on parle essentiellement des finances publiques irlandaises ces jours-ci, c’est la Grèce qui fait peser les plus gros risques sur les banques françaises: la Banque des réglements internationaux (BRI), citée en mai par le Journal des Finances, faisait état d’une exposition totale du secteur bancaire français à la Grèce de plus de 57 milliards d’euros.

Photo: Jean-Marie Sander, président du Crédit Agricole. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

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Poubelles du monde…

mercredi 24 novembre 2010

Des photographes ont eu l’idée d’exposer les contenus de poubelles de différents endroits du monde…

http://www.lemonde.fr/planete/portfolio/2010/11/22/dissection-de-poubelles-du-monde-entier_1443660_3244.html

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Etonnant : les élèves ne sont pas égaux face aux sanctions

lundi 22 novembre 2010

Un article de Libération, sur une nouvelle inégalité sociale à l’école, celle qui distingue les élèves face aux sanctions :

http://www.liberation.fr/societe/01012303625-les-defavorises-doublement-punis

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M. Néolibéralisme vous parle

dimanche 21 novembre 2010

Un document rare de Milton Friedman, le pape du néolibéralisme depuis les années 70, le fossoyeur de la pensée keynésienne, le défenseur inconditionnel du libre marché et du libre échange… Les images du documents sont très « seventies », mais ne souriez pas trop vite : ce petit monsieur (prix Nobel d’économie, naturellement, et qui a même figuré un temps dans l’enseignement de spécialité de SES en terminale !) a eu une influence immense sur notre époque, positive ou négative selon le point de vue théorique que l’on adopte…

A partir de l’exemple d’un simple crayon, il montre comment le marché apporte la prospérité et l’harmonie universelles… En plus, ça vous fera travailler votre anglais…

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Je recherche une vidéo d’une interview d’Adam Smith, je vous tiens au courant.

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Des chiffres sur les inégalités scolaires

dimanche 21 novembre 2010

Voici des chiffres sur les inégalités sociales à l’école, réunis sur l’excellent site de l’Observatoire des inégalités:

Inégalités sociales au collège

Inégalités face au redoublement

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La méthologie de la synthèse en SES en vidéo

samedi 20 novembre 2010

Pour tout réviser sur la méthodologie de la Question de Synthèse en SES, en 5 mn. Génial, non ?  🙂

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Un grand numéro d’un député à l’Assemblée nationale

samedi 20 novembre 2010

Le député Jean-Pierre Brard, ancien maire de Montreuil, n’est plus au PCF mais il est très engagé dans le Front de Gauche, et membre du groupe de la Gauche Démocratique et Républicaine.

En une dizaine de minutes, il attaque magistralement – et avec beaucoup d’humour – la réforme des retraites. Je ne mets pas cette vidéo sur le blog à cause des idées que le député défend, mais pour le plaisir de voir un élu du peuple faire preuve de verve et faire vivre la démocratie. J’espère pouvoir trouver également une vidéo d’un défenseur de la réforme.

 Ce grand moment d’éloquence parlementaire rappelle une célèbre séquence de Jean Gabin dans « Le Président » (1961), où le dialogue d’Audiard dénonçait les puissantes sociétés privées (les multinationales de l’époque) qui manipulaient les élus du peuple comme des marionnettes, et modelaient l’avenir de l’Europe selon leurs intérêts…

http://www.dailymotion.com/video/xd8452 Tags : ,

Comment récupérer les élèves perturbateurs ?

jeudi 18 novembre 2010

A PROPOS DU ROLE DE L’ECOLE DANS L’INTEGRATION SOCIALE (thème étudié dans le programme de terminale), voici un chat très intéressant organisé par le quotidien Le Monde, avec une responsable de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) : à lire pour sortir des idées reçues sur les « voyous » et leur répression…

 

 « La mise à l’écart des élèves perturbateurs est inefficace »

LEMONDE pour Le Monde.fr | 18.11.10 | 12h58  •  Mis à jour le 18.11.10 | 18h26

Dans un chat sur Le Monde.fr, Maria Ines, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, prône la suspension des établissements de réinsertion scolaire, expérimentés depuis cette rentrée.
Pol : Qu’appelle-t-on précisément des élèves « perturbateurs » ? Comment sont-ils « gérés » en général par les proviseurs et principaux de lycée et collège ?

Maria Ines : Cette appellation recouvre plusieurs situations. Chacun de ces élèves a des difficultés différentes. Ce sont les élèves qui font des bêtises en classe, empêchent qu’une classe tourne bien, perturbent la vie scolaire en général. Mais on ne peut pas mettre tous les « perturbateurs » dans le même sac.

Classe de 3 -5 : Quelles sont les raisons du décrochement ?

Les raisons du décrochement sont différentes, là aussi. Mais il y a des choses qui les rassemblent : en général, ce sont des situations familiales très dégradées – séparation des parents, père au chômage, alcoolisme.

Quand un élève décroche, cela veut dire que les parents sont trop démunis pour le stimuler. Mais les problèmes familiaux sont différents pour chacun, il faut donc trouver des solutions différentes, voir comment on peut aider les parents.

Rivalpo : Comment redonner le goût des études à des jeunes qui ont totalement rejeté le système scolaire et qui sont à la limite de la désocialisation?

On redonne le goût de l’école à un jeune en difficulté en essayant de comprendre précisément quels sont ses problèmes. Qu’est-ce qui le fait souffrir ? Qu’est-ce qui fait qu’il n’a pas envie d’aller à l’école ?

En général, ils ont un profond sentiment d’insécurité, ils ont peur de ne pas réussir. Pour leur redonner confiance, il faut d’abord comprendre ce qui se passe et mettre en place tout un accompagnement social et éducatif qui aide les parents et redonne confiance aux jeunes en essayant de déceler ses qualités, afin de faire émerger ce qu’il a en lui de meilleur.

Même les élèves les plus en difficulté ont quelque chose de bien en eux. Il faut aller le chercher. Il faut pour cela des professionnels qui ont un intérêt pour ces jeunes, de façon à mettre de côté provisoirement ce qu’ils font de mal.

Petit à petit, on arrive à ce que ces jeunes reprennent confiance en eux et retrouvent le goût d’aller à l’école. Même si ces jeunes font des bêtises, ils aimeraient être comme les autres mais n’y arrivent pas à cause d’une souffrance psychologique très forte.

Manola : Que pensez-vous des établissements de réinsertion scolaire voulus par Nicolas Sarkozy au printemps et dont une dizaine a ouvert depuis cette rentrée ? Ne constituent-ils pas un recul plutôt qu’une avancée ?

C’est un véritable recul. Je crois vraiment qu’il faut trouver des solutions pour ces jeunes. Ils se font du mal et en font aux autres. Ces établissements ont été annoncés au printemps. Le président a fait un discours disant qu’il fallait écarter du milieu scolaire ces jeunes qui perturbent l’école et dont personne ne veut et créer des établissements spécialisés pour eux.

Quelques mois après, il a donné l’injonction à l’éducation nationale de créer ces internats. Ce discours voulait dire qu’il fallait les séparer radicalement des autres jeunes. Donc, c’est parti sur de mauvais rails. Car s’il faut trouver des solutions adaptées pour ces jeunes, la séparation radicale du système scolaire et des autres élèves n’est pas la bonne solution.

Ni les enseignants ni les travailleurs sociaux n’ont été consultés. Il a fallu, en quelques mois, que les professionnels puissent imaginer quelque chose qui ait un peu de sens pour ces élèves, mais à l’intérieur d’une demande politique qui, dès le départ, hypothéquait les chances de réussite de ces établissements. En effet, il fallait séparer ces élèves des autres, et de plus, les mettre ensemble.

Les professionnels – enseignants et travailleurs sociaux – savent que quand on sépare ces jeunes de leur famille, de leur quartier, et qu’on les met tous ensemble, les choses deviennent explosives, car ils endossent l’étiquette de perturbateurs.

Pierre : Ces établissements de réinsertion scolaire [ERS], où les élèves ingérables sont concentrés entre eux, me font sérieusement penser aux maisons de correction, qui ont fait la preuve de leur inefficacité et que l’on a choisi de fermer dans les années 1970. Qu’en pensez-vous ?

Oui, absolument. Cela fait penser aux maisons de correction, qui accueillaient des délinquants et aussi des jeunes en difficulté, délaissés par leur famille. C’était une séparation brutale, avec une coupure des liens. Et ce qui présidait à leur fonctionnement, c’était tout ce qui tournait autour de la discipline, de la règle. L’obsession première dans les maisons de correction était d’apprendre à ces jeunes, de façon rapide, comment se comporter.

Je ne dis pas que dans les ERS, le régime soit aussi dur. Mais n’empêche que dans ces établissements, ces jeunes reçoivent un enseignement scolaire a minima, le matin, et ensuite, le temps est consacré à des activités et à l’enseignement de règles. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais pour ces jeunes, ça ne marche pas. Ils ont un sentiment d’exclusion, ils ont été séparés de leur famille, donc ils vont être très réticents à ce que la plus grande partie de leur temps soit consacrée à apprendre la discipline.

Ces jeunes apprennent les règles et le vivre-ensemble quand on s’intéresse très sincèrement à eux. Ils vont écouter l’adulte qui tente de comprendre où s’enracinent leurs difficultés et accepteront d’intégrer un cadre, des limites, des règles. Mais si on les leur impose de l’extérieur, ils ont l’impression que c’est une punition.

Lolo : Comment fonctionne concrètement les établissements de réinsertion scolaire ? Quel est l’emploi du temps des élèves ?

Je n’ai pas l’emploi du temps précis, heure par heure. Je sais qu’il y a un enseignement scolaire minimum durant la matinée, et l’après-midi est consacré à des activités, surtout sportives, puisque le sport est considéré comme bénéfique pour ces jeunes. Je pense que c’est vrai, mais il n’y a pas que ça.

Et il y a un encadrement très précis, avec des éducateurs – non formés d’ailleurs, car le soir et la nuit, ce sont des jeunes du service civique qui viennent pour les encadrer. Je pense qu’on ne peut pas s’occuper de ces jeunes qui sont en très grande difficulté sans une véritable formation.

RnR Radio : Pourquoi s’obstiner à leur imposer des études et ne pas les faire travailler, tout simplement ?

Ce serait bien pour ces jeunes, ils ne demandent que ça, pour certains. Mais quand ils disent que l’école ne les intéresse pas, c’est que bien souvent, ils n’ont pas confiance en eux. Il faut donc d’abord essayer de leur redonner le goût de l’école.

Mais pour ceux qui veulent travailler, il n’y a pas beaucoup de travail, surtout pour les jeunes sans qualification. Il faut donc trouver le moyen de leur redonner le goût de l’école, ou d’une formation professionnelle. Il faut trouver la meilleure orientation possible.

Rivalpo : N’est-il pas un peu utopique de vouloir mettre ensemble des élèves en décrochage, parfois issus de quartiers où la violence est banalisée, avec des élèves considérés « normaux » ?

Encore une fois, on ne peut pas globaliser les choses. C’est une stigmatisation. Chacun de ces jeunes est différent. Je pense, et je parle d’expérience, que la meilleure chose pour ces jeunes est de les mélanger avec les autres. Il faut de la mixité. Sinon, ils endossent une étiquette négative, l’assument et peuvent aller très loin dans leur révolte.

Mais il faut les accompagner pour qu’ils arrêtent leurs « bêtises ». Je sais que ce qui est efficace pour ces jeunes, c’est ce qui va à l’encontre de la mise à l’écart.

Paul J :  Les enseignants sont-ils préparés correctement ? Y a-t-il des parties de formation en commun avec les éducateurs ?

Il n’y a pas assez de formation commune entre enseignants et éducateurs. Ce serait une bonne chose, qu’il faudrait développer. Nous avons des savoir-faire et des métiers différents, mais complémentaires.

Effectivement, peut-être que les enseignants n’ont pas suffisamment de formation pour appréhender ces élèves. Mais le plus problématique, selon moi, c’est l’insuffisance des moyens dévolus à l’éducation nationale pour s’occuper d’eux.

Avoir un nombre suffisant d’enseignants permettrait notamment de faire des classes avec de petits effectifs pour ces jeunes, qui ne peuvent se retrouver dans des grands groupes. Ils ont besoin d’un suivi le plus individualisé possible. Et surtout, il faudrait développer tous les réseaux d’aide au soutien scolaire, toute l’éducation spécialisée, qu’on attaque dans le même temps, car il y a de moins en moins de personnes et d’argent pour ces structures.

Il faudrait des assistants sociaux scolaires, qui sont là pour quand on relève un problème chez un jeune, aller voir ce qui se passe du côté de la famille. Mais il n’y a pas assez d’assistants sociaux.

Guest : Pourquoi avoir créé les ERS dans des établissements ruraux (où pas mal de parents et d’élèves se sentent un peu abandonnés aussi) et pas dans les beaux quartiers et les « bons » collèges ?

Ce qui m’a frappée pour les jeunes du 93, c’est qu’on les envoie à la campagne, effectivement. Je pense que ce n’est pas un hasard. Cela participe d’une très vieille idée selon laquelle la ville, avec toutes ses tentations, est nocive et que le bon air de la campagne aurait un effet rédempteur. On a connu les colonies agricoles pénitentiaires, où on envoyait les enfants à la campagne. C’est une idée qui a fait son temps, ça n’a jamais marché.

Mais ce qui s’est passé pour les jeunes du 93 qu’on envoie dans la Mayenne ou dans la Manche est très significatif de cette idée très forte aujourd’hui, selon laquelle il faut mettre ces enfants à l’écart, quitte à ce qu’ils se retrouvent dans un autre ghetto.

Delly : N’est-il pas compréhensible que les élèves et les parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants, refusent de payer le prix de soucis sociaux et familiaux dont ils ne sont pas responsables et préfèrent donc que ces enfants très difficiles soient séparés des autres ?

Je comprends l’inquiétude des parents. Mais ce qu’il faudrait que les pouvoirs publics leur expliquent, c’est que la séparation de ces élèves des autres est inefficace. Pour rassurer ces parents, il faut qu’on trouve les bonnes solutions. Ces jeunes ont déjà un sentiment d’exclusion intérieur, à cause de leurs problèmes. Si on les exclut de tous les systèmes « normaux », ce sentiment d’exclusion va être plus fort, ils vont se révolter et être violents.

Zaguezoo :  Qu’en est-il d’un service civique citoyen, avec ou sans encadrement militaire, pour des élèves en déshérence ?

Ce n’est pas la bonne solution non plus. Ce qu’il convient de faire, c’est rechercher les causes de la violence de ces jeunes. Il faut savoir qu’ils n’ont qu’une envie : revenir à l’école. Mais comme ils sentent, à tort, que l’école n’est pas pour eux, les exclut, ils s’y sentent mal, n’ont pas confiance en eux, ils perturbent. Donc il faut soit les réintégrer dans l’école, soit leur trouver une autre orientation.

L’encadrement militaire n’est pas la solution miracle à tout. Ce n’est pas parce qu’on encadre avec une discipline très forte que cela résout les problèmes.

Amélie :  Faut-il fermer les établissements de réinsertion scolaire ? Ce serait un bel aveu d’échec pour le gouvernement.

Il faut suspendre cette expérience-là, et réfléchir vraiment. Et si on voit que ce n’est pas viable, il faut les fermer. En attendant, ce sont les jeunes qu’on envoie là-bas qui vont payer les pots cassés : ils vont être violents, on va les exclure, ils vont retourner dans une espèce de déshérence.

Parent délève : Pouvez-vous m’expliquer l’intérêt scolaire pour mes enfants de côtoyer des délinquants dans leurs classes ? Savez-vous quelle sera la reconnaissance de la société envers mes enfants pour avoir vécu des problèmes qu’une volonté politique leur aura imposés ?

Je comprends l’inquiétude des parents pour leurs enfants. Mais d’abord, l’effet pervers de toutes ces annonces et de tous ces programmes mis en place à la va-vite est là : les élèves perturbateurs peuvent être assimilés à des délinquants. Or ce n’est pas vrai. Il peut y avoir des jeunes qui ont commis des délits, mais les élèves perturbateurs ne sont pas tous des délinquants. S’ils l’étaient, ils seraient dans d’autres lieux.

D’autre part, des élèves qui ne perturbent pas peuvent commettre des délits. C’est donc toute une éducation à faire pour informer le public, pour ne pas qu’il y ait de tels amalgames. La jeunesse ne se divise pas aussi facilement entre les délinquants et les non-délinquants, entre les élèves normaux et les élèves pas normaux. Ce que j’aurais envie de dire avec beaucoup de force, car dans mon métier, je suis amenée à connaître ces jeunes, à rencontrer leur famille, c’est que tout le monde, toute la société, aurait à gagner à comprendre d’abord que ces jeunes, dont certains peuvent faire peur à certains moments, sont d’abord des jeunes en très, très grande souffrance.

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Le commerce international amène-t-il la paix ? Pas sûr

lundi 15 novembre 2010

Un blog d’économie se demande si la mondialisation réduit les conflits armés : en réalité, les conflits régionaux se multiplient…

http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/11/tradeorwar.html

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